Victoria du Royaume-Uni
Queen_Victoria_bw.jpg
Reine du Royaume Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande
</div>
Victoria, née Alexandrina Victoria de Hanovre (24 mai 1819 - 22 janvier 1901) fut reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande et Impératrice des Indes du 20 juin 1837 à sa mort. Son règne a duré plus de soixante-trois ans — le plus long de tous les monarques britanniques. En plus de son titre de reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, elle fut le premier monarque à utiliser le titre l'impératrice des Indes.
Le règne de Victoria a été marqué par une grande expansion de l'Empire britannique. L'Ère Victorienne fut à la hauteur de la Révolution industrielle, une période de grand changement social, économique et technologique au Royaume-Uni. La reine Victoria a été le dernier monarque de la Maison de Hanovre; son successeur, le roi Edouard VII a appartenu à la Maison de Saxe-Cobourg-Gotha, de par son père, le prince Albert
| Sommaire |
Premières années
Son Altesse Royale Princesse Victoria de Kent est née le 14 mai 1819 à Palais de Kensington. Elle est la fille unique du duc de Kent, le dernier des quatre fils du roi George III et de Marie Louise Victoire, fille du duc de Saxe-Cobourg.
La légende raconte qu'en 1802, alors que le duc de Kent était en poste à Gibraltar, une gitane lui aurait prédit toutes sortes de « vicissitudes mais une fin heureuse et un grand trône pour sa fille ».
Bien que son prénom de baptême soit Alexandrina Victoria, elle est officiellement dénommée « Altesse Royale Victoria de Kent » à sa naissance. Sa famille, quant à elle, l'appelle Drina. Le père de la princesse Victoria meurt d'une pneumonie huit mois après sa naissance. Son grand-père, Georges III, aveugle et dément, meurt moins d'une semaine plus tard. L'oncle de la princesse Victoria, le Prince de Galles, hérite de la Couronne, devenant le Roi Georges IV. Bien qu'elle soit bien placée dans la ligne de succession, au cours de premières années de Victoria, on ne lui parle qu'allemand, la première langue de sa mère et de sa gouvernante. Mais dès qu'elle atteint l'âge trois ans, elle poursuit sa scolarité en anglais. Elle apprend à parler italien, grec, latin et français.
La Princesse Victoria de Kent a onze ans quand son oncle, le roi George IV, meurt sans enfant, laissant le trône à son frère. Le Duc de Clarence et de St Andrews, devient le roi Guillaume IV. Comme le nouveau roi n'a pas d'enfant, la jeune Princesse Victoria devient prétendante au trône. Comme la loi ne prévoit alors aucune disposition spéciale pour un monarque de bas âge, Victoria aurait eu le droit de régner comme un adulte. Pour prévenir un tel scénario, le Parlement vote la loi de régence de 1831, selon laquelle la mère de Victoria, la Duchesse de Kent et de Strathearn, prendrait, si nécessaire, la fonction de régente pendant la minorité de la reine. Ne connaissant pas de précédent, le Parlement ne crée pas de conseil pour limiter les pouvoirs du régent.
La princesse Victoria n'a que seize ans quand elle rencontre son futur mari, le Prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha. Le prince Albert est le cousin germain de Victoria ; son père est le frère de la Duchesse de Kent et de Strathearn. L'oncle de la princesse Victoria, le roi Guillaume IV, désapprouve l'union, mais ses objections ne réussissent pas à dissuader le couple. Beaucoup d'historiens ont suggéré que le Prince Albert n'était pas amoureux de la jeune Victoria et qu'il est entré en relation avec elle pour gagner un statut social (il n'était qu'un petit prince allemand) et par sens du devoir (sa famille souhaitait l'union). Quelles que furent les raisons qui poussèrent Albert à épouser Victoria, leur mariage se révéla extrêmement heureux.
Un règne qui commence tôt
Queen_victoria.jpg
Le roi Guillaume IV décède à l'âge de soixante-douze ans, le 20 juin 1837, laissant le trône à Victoria. Comme la jeune reine vient d'avoir dix-huit ans, une régence n'est pas nécessaire. Mais, selon la loi salique, une femme ne peut pas régner sur Hanovre, un royaume qui partage un monarque avec la Grande-Bretagne depuis 1714. Hanovre ne revient donc pas à Victoria, mais à son oncle, le Duc de Cumberland et de Teviotdale, qui devient le Roi Ernest-Auguste de Hanovre. Comme la jeune reine est encore célibataire et sans enfant, Ernest-Auguste est aussi l'héritier présomptif du trône britannique.
Quand Victoria accède au trône, le gouvernement est contrôlé par le Parti Whig, qui est au pouvoir, à quelques interruptions près, depuis 1830. Le Premier ministre, Lord Melbourne, devient immédiatement une personnalité influente dans la vie de la Reine qui manque d'expérience politique et qui compte sur son avis dans de nombreuses décisions à tel point que certains appellent même Victoria « Mme Melbourne ». Le gouvernement Melbourne ne peut pas rester longtemps aux affaires ; il devient de plus impopulaire et doit faire face à des difficultés liées au gouvernement des colonies britanniques. Au Canada, le Royaume-Uni se trouve confronté à une insurrection. En Jamaïque, la législature coloniale proteste contre la politique britannique et refuse de voter certaines lois. En 1839, incapable de s'occuper des problèmes à l'étranger, le gouvernement de Lord Melbourne démissionne.
La Reine charge Sir Robert Peel, un Tory, de former un nouveau gouvernement. A cette occasion, une crise politico-diplomatique connue sous le nom de Crise de la chambre à coucher se noue. À l'époque, il est d'usage que ce soit le premier ministre qui nomme les Dames de la Reine de la Chambre à coucher. Ces postes sont traditionnellement accordés à des femmes dont les maris appartiennent au parti au pouvoir. Beaucoup de Dames de la Reine de la Chambre à coucher sont des femmes de Whigs, mais Sir Robert Peel souhaite les remplacer par des femmes de Tories. Victoria s'oppose fortement à ce remplacement car elle considère davantage ces dames comme des amies proches plutôt que comme des membres d'une institution cérémonielle. Robert Peel estime qu'il ne peut pas gouverner conformément aux restrictions imposées par la Reine et démissionne de son mandat, permettant ainsi à Melbourne de revenir aux affaires.
Mariage
La Reine épouse le Prince Albert le 10 février 1840 dans la Chapelle Royale du Palais de saint James ; quatre jours plus tôt, Victoria accordait à son futur mari le titre d'Altesse Royale. Le prince Albert est communément connu comme « le Prince consort », bien qu'il n'obtienne officiellement ce titre qu'en 1857. On n'a jamais accordé de dignité de pairie au prince Albert.
Pendant la première grossesse de Victoria, un jeune homme de dix-huit ans, Edward Oxford, tente d'assassiner la reine tandis qu'elle se rend dans une voiture avec le Prince Albert à Londres. Oxford tire deux fois, mais les deux balles manquent leur cible. Il est jugé pour haute trahison, mais acquitté après avoir été reconnu fou. Nombreux sont ceux qui se sont interrogé sur son geste ; Oxford peut simplement avoir cherché la notoriété. Beaucoup ont suggéré qu'une conspiration Chartist était derrière la tentative d'assassinat ; d'autres ont attribué le complot à des sympatisants de l'héritier présomptif, le Roi de Hanovre. Ces soupçons de conspiration suscitent dans le pays une vague de patriotisme et de loyauté.
L'attentat n'a aucun effet sur la santé de la reine ou sur sa grossesse. Le premier enfant du couple royal, appelé Victoria, naît le 21 novembre 1840. Huit autres enfants naitront pendant le mariage exceptionnellement heureux entre Victoria et Prince Albert. Albert n'est pas seulement le compagnon de la Reine, mais aussi un conseiller politique important, remplaçant Lord Melbourne comme figure dominante dans sa vie. Ayant trouvé un partenaire, Victoria ne compte plus sur les dames Whigs de sa cour pour compagnie. Ainsi, quand les Whigs sous Melbourne perdent les élections de 1841 et sont remplacés par les Tories sous Peel, la Crise de Chambre à coucher ne se répète pas. Victoria continue à correspondre secrètement avec Lord Melbourne, dont l'influence, pourtant, diminue à mesure que celle du Prince Albert augmente.
Le 13 juin 1842, Victoria fait son premier voyage par le train, voyageant de la station de Slough (près du Château Windsor) au Bishop's Bridge, près de Paddington (à Londres), dans une voiture royale spéciale fournie par le Grand Chemin de fer Occidental. Son mari et l'ingénieur de la Grande ligne Occidentale, Isambard Kingdom Brunel, l'accompagnent.
Trois tentatives d'assassinat contre la Reine se produisent en 1842. le 29 mai à St James's Park, John Francis (recherchant fort probablement à gagner une certaine notoriété) tire au pistolet sur la Reine (alors dans une voiture), mais est immédiatement saisi par Guillaume Trounce PC53. Il est condamné pour haute trahison, mais sa condamnation à mort est commuée en détention à vie. Le prince Albert estime que cette nouvelle tentative a été encouragée par l'acquittement d'Oxford en 1840. Le 3 juillet, juste quelques jours après que la sentence de Francis ait été commuée, un autre garçon, John William Bean, tire sur la Reine. Bien que son fusil soit chargé seulement de papier et de tabac, son crime est toujours passible de la peine de mort. Estimant qu'une telle peine serait trop dure, le Prince Albert encourage le Parlement à voter une loi, selon laquelle pointer une arme à feu vers la Reine, la frapper, lui lancer un objet ou présenter une arme à feu ou tout autre arme dangereuse en sa présence avec l'intention de la menacer, est passible d'un emprisonnement de sept ans et de la flagellation. Bean est ainsi condamné à dix-huit mois de prison. Cependant ni lui, ni n'importe quelle personne susceptible de subir cette sanction ne fut jamais fouettés.
Première politique victorienne
Le gouvernement de Peel doit affronter une crise concernant l'abrogation des Lois de Grain. Beaucoup de Tories (alors connus aussi comme Conservateurs) sont opposés à l'abrogation, mais certains Tories (les « Peeliens ») et la plupart des Whigs soutiennent ce projet. Peel démissionne en 1846, après que l'abrogation soit passée. Il est remplacé par Lord John Russell. Le gouvernement de Russell, bien que whig, n'est pas apprécié par la Reine. En particulier, le Ministre des Affaires étrangères, Lord Palmerston, agissant souvent sans consulter le Cabinet, le Premier ministre, ou la Reine, semble à la Reine Victoria d'une insolence inadmissible. En 1849, la reine s'en plaint auprès de Lord John Russell, en signalant que Palmerston a envoyé des missives officielles à des chefs d'État étrangers sans l'en avoir informée. Elle renouvelle sa plainte en 1850, mais toujours sans succès. Lord Palmerston ne quitte le gouvernement qu'en 1851 : il avait approuvé au nom du gouvernement britannique le coup d'État, en France, de Louis-Napoléon Bonaparte, sans avoir consulté préalablement le Premier ministre.
L'Irlande
La jeune Reine Victoria tombe amoureuse de l'Irlande, choisissant de passer ses vacances à Killarney, dans comté de Kerry, et en fait ainsi l'un des endroits les plus touristiques du dix-neuvième siècle. En réponse à son amour pour cette île, les Irlandais lui vouent d'abord un respect chaleureux. En 1845, l'Irlande est frappée par une épidémie de mildiou qui, en plus de quatre ans, coûte la vie à plus d'un demi-million d'Irlandais et provoque l'émigration d'un million d'autres. En réaction à ce qu'on appelle la famine irlandaise de pomme de terre (An Gorta Mor), la reine offre 5000 £ sur sa cassette personnelle et s'implique dans diverses organisations de lutte contre la famine. Bien que la politique du gouvernement de Lord John Russell soit la principale responsable de l'aggravation de la famine en Irlande, cette famine est reprochée à la reine qui perd de sa popularité. Pour les républicains extrémistes, Victoria devient la « Reine de la Famine ». Des rumeurs courent dans les milieux républicains sur la pauvreté de sa contribution à la lutte contre la famine (5 £).
La première visite officielle de Victoria en Irlande, en 1849, est spécialement organisée par Lord Clarendon, représentant de la Couronne en Irlande (le chef de l'administration britannique), pour essayer à la fois d'attirer l'attention publique sur la famine et d'alerter les politiciens britanniques du sérieux de la crise en Irlande grâce à la présence de la Reine. Malgré l'impact négatif de la famine sur la popularité de la Reine, elle reste toujours suffisamment populaire pour les nationalistes aux réunions de parti qui finissent toujours par le chant God Save the Queen. Pourtant durant les années 1870 et les années 1880 , le respect pour la monarchie diminue considérablement en Irlande, en partie à la suite de la décision de Victoria de refuser de visiter l'Irlande. En effet la Corporation de Dublin ayant refusé de féliciter son fils, le Prince de Galles, pour son mariage avec la Princesse Alexandra de Danemark, La reine Victoria décide en protestation de ne plus se rendre en Irlande.
Victoria résiste à la pression répétée d'un certain nombre de Premiers ministres, Lord Lieutenants et même les membres de la Famille Royale, lui conseillant d'établir une résidence royale en Irlande. En écrivant dans ses mémoires, Irlande : dupe ou héroïne ? en 1930, Lord Midleton, ancien dirigeant du parti irlandais unioniste, a décrit cette décision comme s'étant avérée désastreuse pour la monarchie et pour la règle britannique en Irlande.
Victoria organise sa dernière visite en Irlande en 1900, quand elle vient appeler les Irlandais à s'enrôler dans l'Armée britannique pour combattre dans la Guerre des Boers. L'opposition nationaliste à sa visite est menée par Arthur Griffith, qui fonde une organisation appelée Cumann na nGaedheal pour unir l'opposition. Cinq ans plus tard, Griffith utilise les contacts établis dans sa campagne contre la visite de la reine pour former un nouveau mouvement politique, le Sinn Fein.
Les années 50
En 1851, la première exposition universelle, Great Exhibition of the Works of Industry of All Nations, est organisée au Crystal Palace. Orchestrée par le Prince Albert, l'exposition est officiellement inaugurée par la Reine le 1er mai 1851. Malgré les craintes de certains, elle remporte un très grand succès. Les recettes permettent l'entretien du Musée de Kensington Sud, rebaptisé plus tard le Musée d'Albert et de Victoria.
Le ministère de Lord John Russell s'effondre en 1852, quand le Premier ministre Whig est remplacé par un Conservateur, Lord Derby. Lord Derby ne reste pas longtemps au pouvoir, car il ne peut garder une majorité au Parlement ; il démissionne moins d'un an après être arrivé aux affaires. Victoria cherche alors à mettre fin à cette période de gouvernements faibles. La Reine ainsi que son mari encouragent vivement la formation d'une forte coalition entre les Whigs et les Tories Peelite. Un tel gouvernement est effectivement formé, avec Lord Aberdeen à sa tête.
Un des actes les plus importants du nouveau gouvernement est de faire entrer le Royaume-Uni dans la Guerre de Crimée en 1854, aux côtés de l'Empire Ottoman et contre la Russie. Immédiatement avant l'entrée du Royaume-Uni, des rumeurs selon lesquelles la reine et le prince Albert préfèreraient le côté russe entament la popularité du couple royal. Pourtant, Victoria prend publiquement le parti des troupes engagées au côté de l'empire Ottoman. À la fin de la guerre, elle crée la Victoria Cross, une décoration récompensant la bravoure lors des combats.
Sa gestion de la guerre de Crimée est tellement critiquée que Lord Aberdeen doit démissionner en 1855. Il est remplacé par Lord Palmerston, avec qui la Reine s'est réconciliée. Palmerston doit également quitter ses fonctions en raison de sa conduite impopulaire d'un conflit militaire, la Deuxième Guerre d'Opium, en 1857. Il est remplacé par Lord Derby. Parmi les événements remarquables de l'administration de Derby, il faut noter la Révolte des Cipayes contre la domination de la Compagnie anglaise des Indes orientales sur l'Inde. Dès que la mutinerie est écrasée, l'Inde est soumise à la gestion directe de la Couronne (bien que le titre d'« Impératrice des Indes » ne soit pas institué immédiatement). Le deuxième gouvernement de Derby ne se porte pas mieux que le premier ; il chute en 1859, permettant à Palmerston de revenir au pouvoir.
Le veuvage
Le Prince consort meurt en 1861, ce qui affecte beaucoup Victoria. Elle entre dans une condition semi-permanente de deuil et s'habille de noir pour le reste de sa vie. Elle évite les apparitions publiques et met rarement le pied à l'intérieur de Londres dans les années suivantes. Son isolement lui vaut le surnom de « Veuve de Windsor ». Elle tient son fils, le Prince du Pays de Galles, pour un jeune indiscret et frivole, lui reprochant la mort de son père.
Victoria se fie de plus en plus à un domestique écossais, John Brown à tel point que l'on soupçonne une connexion romantique et même un mariage secret. Un journal récemment découvert, confession de lit de mort présumée du chapelain privé de la Reine, confirmerait qu'il aurait présidé au mariage secret entre Victoria et John Brown. Mais tous les historiens ne sont pas d'accord pour accorder du crédit à ce journal. Pourtant, quand le corps de Victoria a été posé dans son cercueil, deux objets ont été placés avec elle, à sa demande. À côté d'elle, a été placée une des robes de chambre d'Albert pendant que dans sa main gauche a été déposée une mèche de cheveux de Brown, avec son portrait. Les rumeurs d'une affaire et d'un mariage ont valu à Victoria le surnom « Mme Brown ».
L'isolement de Victoria et son éloignement de la scène publique contribuent à diminuer la popularité de la monarchie et encouragent la croissance du mouvement républicain. Elle exécute avec sérieux ses devoirs officiels mais ne participe pas activement au gouvernement, restant isolée dans ses résidences royales, Balmoral en Écosse ou sa résidence à Osborne dans l'Île de Wight. Pendant ce temps, la part la plus importante de la législation du dix-neuvième siècle — la loi de Réforme de 1867 — est votée par le Parlement. Lord Palmerston est vigoureusement opposé à une réforme électorale, mais son gouvernement prend fin à sa mort en 1865. Il est suivi par Lord Russell (ancien Lord John Russell) et ensuite par Lord Derby, pendant le ministère duquel la loi de Réforme est votée.
Gladstone et Disraeli
Vic&dz.jpg
En 1868, un homme qui s'avère être le Premier ministre préféré de Victoria, le Conservateur Benjamin Disraeli, entre en fonction. Son gouvernement, pourtant, résiste peu de temps et il est remplacé par William Ewart Gladstone, un membre du Parti libéral (c'est ainsi qu'on appelait la Coalition Whig-Peelite). Gladstone est notoirement en désaccord tant avec Victoria qu'avec Disraeli durant sa carrière politique. Une fois même, elle fait la remarque suivante : elle a le sentiment, lorsqu'il s'adresse à elle, qu'il s'adresse aux auditeurs d'un meeting politique. La Reine déteste Gladstone, ainsi bien que sa politique, autant qu'elle admire Disraeli. C'est pendant le gouvernement de Gladstone, au début des années 1870, que la Reine commence à sortir peu à peu de son état de deuil et d'isolement permanent. Encourageé par sa famille, elle devient plus active.
En 1872, Victoria subit sa sixième aggression avec arme à feu. Alors qu'elle descend de voiture, un Irlandais de dix-sept ans, Arthur O'Connor, se précipite vers elle, un pistolet dans une main et une pétition pour la libération des prisonniers irlandais dans l'autre. L'arme n'est pas chargée ; le but du jeune jeune homme est très probablement de faire peur à Victoria pour qu'elle accepte la pétition. John Brown, qui se trouve à côté de la Reine, plaque le garçon au sol avant même que Victoria ait pu voir le pistolet ; il est décoré d'une médaille d'or pour sa bravoure. O'Connor est condamné à la déportation et au châtiment corporel, comme prévu par la loi de 1842, mais Victoria accorde sa grâce pour la deuxième partie de la sentence.
Disraeli revient au pouvoir en 1874, à un moment où un sentiment impérialiste se fait jour dans le pays, sentiment partagé par le nouveau Premier ministre et la Reine, comme par beaucoup en Europe. En 1876, encouragé par Disraeli, la Reine prend le titre d'« Impératrice des Indes », titre officiellement reconnu par la Loi sur les titres royaux (Royal Titles Act) de 1876. Victoria récompense son Premier ministre en le faisant Comte de Beaconsfield.
L'administration de Lord Beaconsfield tombe en 1880, année où les Libéraux remportent les élections générales. Gladstone a renoncé à la direction des Libéraux quatre ans plus tôt et la Reine invite Lord Hartington, le chef des Libéraux à la chambre des communes, à former un gouvernement. Mais Lord Hartington décline la proposition, en soutenant qu'aucun gouvernement libéral ne peut travailler sans Gladstone et qu'il ne servirait sous personne d'autre et Victoria ne peut que nommer Gladstone Premier ministre.
La dernière tentative d'attentat sur la vie de Victoria survient en 1882. Un fou écossais, Roderick Maclean, tire une balle en direction de la Reine, alors assise dans sa voiture, mais la manque. Depuis 1842, chaque individu qui a essayé d'attaquer la Reine a été jugé pour incartade (punissable de sept ans de travaux forcés), mais Maclean est jugé pour haute trahison (passible de la peine de mort). Il est acquitté, ayant été jugé irresponsable et est enfermé dans un asile. Victoria exprime sa grande contrariété vis-à-vis du verdict « non coupable, mais dément », et encourage l'introduction du verdict « coupable, mais dément » l'année suivante.
Les conflits de Victoria avec Gladstone continuent pendant ces dernières années. Elle est contrainte d'accepter les réformes électorales qu'il propose, en incluant l'acte de représentation des Gens 1884, qui augmente considérablement le corps électoral. Le gouvernement de Gladstone est remplacé en 1885, par un gouvernement dirigé par le Conservateur, Lord Salisbury. Gladstone revient au pouvoir en 1886 et il présente le Irish Home Rule Bill, qui tend à accorder une législature séparée à l'Irlande. Victoria y est opposé, car elle pressent que cela saperait l'Empire britannique. Quand le projet de loi est rejeté par la Chambre des Communes, Gladstone démissionne, permettant à Victoria de nommer Lord Salisbury pour reprendre la fonction de Premier ministre.
Les dernières années
Royal_Family_In_1880.jpg
En 1887, le Royaume-Uni célébre le Jubilé (le cinquantième anniversaire de l'accession au trône) de Victoria. La reine marque l'événement le 20 juin 1887 par un banquet, auquel cinquante rois et princes européens sont invités. Le lendemain, elle participe à un défilé qui, selon Mark Twain, « s'étendait à perte de vue dans les deux directions ». À l'époque, Victoria est un monarque extrêmement populaire. Le scandale de ses relations supposées avec son domestique s'est apaisé après la mort de John Brown en 1883, permettant à la Reine d'être perçue comme un symbole de moralité.
Victoria est contrainte de supporter un gouvernement de Guillaume Ewart Gladstone encore une fois, en 1892. Après la dernière défaite de sa loi sur l'Irlande (Irish Home Rule Bill), il prend sa retraite en 1894, pour être remplacé par Lord Rosebery, un Libéral Impérialiste. À Lord Rosebery, succède en 1895 Lord Salisbury, qui reste au pouvoir jusqu'à la fin du règne de Victoria.
Le 22 septembre 1896, Victoria devient le monarque de l'histoire anglaise, écossaise, ou britannique ayant régné le plus longtemps, pulvérisant le record détenu jusqu'à présent par George III. Conformément à la demande de la Reine, toutes les célébrations publiques spéciales de l'événement sont retardées jusqu'à 1897, pour le soixantième anniversaire de la Reine. Le Ministre des colonies, Joseph Chamberlain, propose que le Jubilé devienne un festival de l'Empire britannique. Ainsi, les Premiers ministres de toutes les colonies autonomes sont invités avec leur famille. Le défilé auquel la Reine assiste comporte des troupes issues de chaque colonie britannique et des dépendances, ainsi que des soldats envoyés par les princes et les chefs indiens (qui sont des vassaux de Victoria, Impératrice des Indes). La célébration du soixantième anniversaire est une occasion marquée par de grands débordements d'affection envers une reine septuagénaire, alors clouée dans un fauteuil roulant.
Pendant les dernières années de Victoria, le Royaume-Uni est impliqué dans la Guerre des Boers, qui a reçu le soutien enthousiaste de la Reine. La vie personnelle de Victoria est marquée par de nombreuses tragédies personnelles, dont la mort de son fils, le Duc de Saxe-Cobourg-Gotha, la maladie fatale de sa fille, l'Impératrice d'Allemagne et la mort de deux de ses petit-fils. Sa dernière apparition publique officielle a lieu en 1899, quand elle pose la première pierre des nouveaux bâtiments du Musée de Kensington Sud, devenu Musée d'Albert et de Victoria.
Selon l'habitude qu'elle respecte depuis le début de son veuvage, Victoria passe Noël à Osborne House (que le Prince Albert a dessiné lui-même), sur l'Île de Wight. Elle y meurt le 22 janvier 1901, ayant régné durant soixante-trois ans, sept mois et deux jours, plus que n'importe quel monarque britannique auparavant ou depuis. Ses funérailles ont lieu le 2 février ; après deux jours d'exposition solennelle, son corps est inhumé dans le Mausolée Frogmore, au côté de celui de son mari.
À Victoria succède son fils l'aîné, le Prince des Galles, qui règne sous le nom de Roi Edouard VII. La mort de Victoria sonne la fin du règne de la Maison de Hanovre au Royaume-Uni ; le Roi Edouard VII, comme son père le Prince Albert, appartient à la Maison de Saxe-Cobourg-Gotha. Le fils du roi Edouard VII et son successeur, le Roi Georges V, change le nom de la Maison Royale en Windsor pendant la Première Guerre mondiale. (Le nom « Saxe-Cobourg-Gotha » étant associé à l'ennemi du Royaume-Uni pendant la guerre, l'Allemagne, dirigée par son petit-fils, le Kaiser Guillaume II).
Héritage
Penny_black.jpg
La reine Victoria fut le premier monarque britannique de l'époque moderne. Ses prédécesseurs avaient pu jouer un rôle actif dans le gouvernement du pays. Mais une série de réformes voit le pouvoir de la chambre des communes augmenter au dépens de celui des Lords et de la monarchie. Le rôle du monarque devient alors plus symbolique. À compter du règne de Victoria, le monarque selon les mots de Bagehot de Walter, avait « le droit d'être consulté, le droit de conseiller, et le droit de mettre en garde. »
La monarchie de Victoria est devenue plus symbolique que politique, avec un accent porté sur la moralité et les valeurs de famille victoriennes, par opposition aux scandales sexuels, financiers et personnels qui avaient été associés aux membres précédents de la Maison de Hanovre et qui avaient discrédité la monarchie. Le règne de Victoria voit la création du concept de monarchie familiale auquel les classes moyennes naissantes peuvent s'identifier.
Sur le plan international, Victoria fut une figure majeure, non seulement par l'image qu'elle incarne ou par l'influence de la Grande-Bretagne sur l'Empire, mais aussi à cause des liens familiaux qu'elle a su créer entre les familles royales d'Europe, lui valant ainsi le surnom affectueux de « grand-mère de l'Europe ». On peut citer par exemple le fait que trois des monarques principaux des pays impliqués dans la Première Guerre mondiale étaient, soit les petits-enfants de Victoria, soit des époux de petits-enfants de Victoria. Huit des neuf enfants de Victoria épousèrent des membres de familles royales européennes, et la neuvième, la Princesse Louise, se maria à un duc écossais.
Victoria a transmis à sa descendance le gène de l'hémophilie, mais on ne sait pas comment elle en a hérité. Elle a pu l'acquérir à la suite d'une mutation de sperme, son père ayant cinquante-deux ans quand Victoria fut conçue. On a aussi dit que le Duc de Kent n'était pas le père biologique de Victoria, et qu'elle était en fait la fille du secrétaire particulier irlandais et amant de sa mère, Sir John Conroy. Si l'on a bien quelques preuves d'une relation entre la duchesse et Conroy (Victoria elle-même raconte au Duc de Wellington avoir assisté à un incident entre eux), l'histoire médicale de Conroy ne révèle aucune trace d'hémophilie dans sa famille, ce qui aurait dû être le cas s'il avait dû transmettre le gène.
Il est beaucoup plus probable que la maladie lui a été transmise par sa mère, bien qu'il n'y ait pas eu de cas connu d'hémophilie dans sa famille maternelle. Elle n'a pas souffert de la maladie, mais l'a transmise à au moins trois de ses enfants. La victime d'hémophilie le plus célèbre dans sa descendance fut son arrière petit-fils, Alexis Nikolaïévitch, Tsarevich de Russie. En 2004, les monarques européens et anciens monarques descendants de Victoria sont : la Reine du Royaume-Uni, le Roi de Norvège, le Roi de Suède, la Reine de Danemark, le Roi d'Espagne, le Roi des Hellènes (détrôné) et le Roi de Roumanie (détrôné).
La reine Victoria, impopulaire pendant les premières années de son veuvage, est devenue ensuite extrêmement bien-aimée pendant les années 1880 et 1890. En 2002, la BBC ayant organisé un sondage concernant les 100 plus grands Britanniques, Victoria décrocha la dix-huitième place.
Parmi les innovations de l'ère victorienne, on peut citer les timbres postaux, dont le premier, le Penny Black (émis en 1840), présente une image de la Reine, et le chemin de fer, que Victoria fut le premier souverain britannique à prendre.
Plusieurs endroits dans le monde ont été nommés Victoria, y compris un État d'Australie, les capitales de Colombie-Britannique et Saskatchewan, Canada, la capitale des Seychelles, le plus grand lac d'Afrique, et les plus grands chutes d'eau du Monde.
La reine Victoria reste le monarque britannique dont le souvenir est le plus présent. De nombreuses statues la représentant sont érigées à travers tout l'empire. La statue la plus importante est le Monument Victoria situé à l'extérieur du Palais de Buckingham, érigé une dizaine d'années après sa mort au moment de la rénovation de la facade du Palais.
Une statue plus controversée de la Reine Victoria, sculptée par l'Irlandais John Hughes se trouvait sur Kildare Street en face de Leinster House à Dublin, siège de la Société Royale de Dublin . Elle a été inaugurée par le roi Edouard VII. En 1924, deux années après avoir été loué pour des activités parlementaires, le bâtiment est acheté et devient le siège officiel de Oireachtas Eireann, le parlement de l'État libre d'Irlande. Pendant des années, des voix se sont élevées à l'idée de voir une statue de Victoria, connue de façon peu flatteuse par les républicains irlandais comme « la reine de famine », trôner en face du parlement d'Irlande. C'est pourquoi la statue est enlevée en 1947. Après des années d'oubli, la statue est offerte par la République d'Irlande à l'Australie dans les années 1980 et se trouve maintenant, depuis le 20 décembre 1987, devant le Queen Victoria Building dans le centre de Sidney.
Enfants
| Nom | Naissance | Mort | Notes |
|---|---|---|---|
| Princesse Victoria, princesse royale | 21 novembre 1840 | 5 août 1901 | épouse en 1858 l' empereur d'Allemagne et roi de Prusse Frédéric avec descendance |
| Roi Édouard VII | 9 novembre 1841 | 6 mai 1910 | épouse en 1863 la princesse Alexandra de Danemark avec descendance |
| Princesse Alice | 25 avril 1843 | 14 décembre 1878 | épouse en 1862 le Grand-duc de Hesse et du Rhin, Louis IV avec descendance |
| Prince Alfred, duc de Saxe-Cobourg et Gotha et duc d'Edimbourg | 6 août 1844 | 31 juillet 1900 | épouse en 1874 la Grande-duchesse Marie Alexandrovna de Russie avec descendance |
| Princesse Helena | 25 mai 1846 | 9 juin 1923 | épouse en 1866 le Prince Chrétien de Schleswig-Holstein avec descendance |
| Princesse Louise | 18 mars 1848 | 3 décembre 1939 | épouse en 1871 John Douglas Sutherland Campbell, 9me duc d'Argyll sans descendance |
| Prince Arthur, duc de Connaught et Strathearn | 1er mai 1850 | 16 janvier 1942 | épouse en 1879 la princesse Louise Marguerite de Prusse avec descendance |
| Prince Léopold, duc d'Albany | 7 avril 1853 | 28 mars 1884 | épouse en 1882, la princesse Helena de Waldeck avec descendance |
| Princesse Béatrice | 14 avril 1857 | 26 octobre 1944 | épouse en 1885 le prince Henri de Battenberg avec descendance |
Voir aussi
- Les Chutes Victoria, nommées en son honneur.
- Le Pont Victoria, nommé en son honneur.
- Le Penny Black, premier timbre postal de l'histoire et à l'effigie de la reine Victoria. Elle a également été le sujet de la première émission de timbres de plusieurs pays alors dépendants du Royaume-Uni. Voir Victoria du Royaume-Uni (philatélie).
Liens externes
- http://www.culture.gouv.fr/culture/actualites/celebrations2001/victoria.htm
- http://www.royal.gov.uk/output/Page118.asp
- http://www.britannia.com/history/monarchs/mon58.html
|
Précédée par : |
Suivie par : |
