Verlan

Le verlan est une forme d'argot, qui consiste à inverser les syllabes à l'intérieur d'un mot, accompagné parfois d'une élision.

Dans le lunfardo, la forme d'argot parlée à Buenos Aires est apparue à la fin du XIXe siècle dans ses quartiers populaires, il est appelé vesre qui est l'envers de revés (l'envers).

Sommaire

Histoire

Parlé à l'origine dans les milieux peu éduqués des banlieues, boudé de la fin des années 1930 à celle des années 1970, le verlan est aujourd'hui à nouveau employé en France par plusieurs classes sociales, popularisé notamment par certains chanteurs comme Renaud Séchan et par le film Les ripoux. Jacques Dutronc avait été un précurseur de ce retour avec sa chanson en verlan de 1971 J'avais la cervelle qui faisait des vagues, qui passa inaperçue à l'époque (plus personne ou presque ne comprenait alors le verlan). Le début des années 1990, marqué par l'émergence du mouvement groove, représente le début d'une réintroduction massive du verlan dans le language parlé en France, essentiellement parmi les nouvelles générations. L'essor du rap, genre musical exploitant des textes généralement engagés, a fortement contribué au développement du verlan.

Les amateurs de rap étant majoritairement des jeunes issus de milieux touchés par les problèmes sociaux et qui se retrouvent dans les textes et idées véhiculés par les rappeurs, le verlan leur a permis à la fois de marquer une différence culturelle et sociale tout en apportant une identité marginale qui plaît souvent à l'époque de l'adolescence. Des groupes comme NTM, NAP, Les sages poètes de la rue ou encore le Ministère AMER, précurseurs de la scène rap Française, sont les principaux acteurs du retour du verlan dans le pays, leurs contributions portèrent autant sur les néologismes « verlanisés » que sur le rétablissement d'anciens termes qu'utilisaient, par exemple, Dutronc ou Renaud à leurs époques. En 2004 le verlan est plus ou moins compris et utilisé à tous les niveaux et dans toutes les classes de la société, ce qui en fait un language en cours de démocratisation et l'éloigne ainsi de son image marginale qui tend à s'estomper. Le développement presque exponentiel des nouveux moyens de communication, le SMS en tête, à rendu pratique le verlan notamment en raison du caractère raccourci des mots « verlanisés » qui ainsi sont plus rapides à taper sur des claviers que leurs équivalents dans la langue Française officielle. Cela a conduit des représentants des couches sociales moyenne à élevée, grands consommateurs de ces nouveaux outils personnels de communication, à utiliser le verlan et donc à le comprendre.

Morphologie

Le mot verlan est lui même le verlan de l'envers. Le verlan est essentiellement une langue orale. Assez rarement, il respecte l'orthographe d'origine des mots « verlanisés ». Exemples :

Le plus souvent, l'écriture d'un mot en verlan est une reconstruction plus ou moins phonétique à partir sa prononciation.
Exemples :

Lorsqu'il faut introduire en début de mot une syllabe, qui, dans le mot verlanisé, se réduit à une consonne finale, on ajoute généralement la voyelle eu et on perd la voyelle d'origine. Exemples :

Parfois, l'usage fait apparaître des mots qui sont le verlan d'un verlan. On appelle parfois cette construction un double verlan. Exemple :

Certains mots en verlan sont même d'origine étrangère :

Verlan et linguistique

Le verlan bien que connotant souvent un manque d'éducation et un usage marginal de la langue est cependant linguistiquement très riche et hautement intéressant. Le passage d'une langue officielle à son envers ou verlan se décompose en trois opérations :

Le découpage en syllabes

C'est l'opération d'apparence la plus simple mais bien identifier les syllabes dans un mot n'est pas, pour tout un chacun, une opération évidente.

Inversion syllabique

C'est l'opération d'apparence la plus complexe mais comme aucune règle officielle n'existe pour le verlan il demeure toujours sujet aux préférences personnelles et un même mot peut avoir moult equivalent différent en verlan.

Cas des mots monosyllabe

Le mot n'etant composé que d'une unique syllabe il est impossible de l'inverser alors l'inversion a lieu au niveau des phonèmes composant la syllabe.

Ex: « ça » devient en verlan « ace » (prononcer « asse »).

Il est remarquable d'observer que l'habituelle élision de la voyelle n'a pas lieu, dans ce cas on procède à un ajout de voyelle afin que le mot en verlan ne finisse pas sur un son sec de consonne.

Cas des mots composés de deux syllabes

C'est le cas le plus simple. La dernière syllabe passe en tête alors que la première se retrouve en queue. C'est l'inversion basique.

Cas des mots composés de trois syllabes ou plus

Dès que le mot est composé de trois syllabes ou plus on franchit le seuil de complication.

Rotation

Fonctionne uniquement pour les mots composés d'un nombre impair de syllabe, la syllabe centrale sert d'axe et reste à la même position alors que les syllabes de queue passent en tête et vice-versa.

Ex: « carnaval » composé de « car » « na » « val »

devient en verlan : « valnacar »
Fusion syllabique

Parfois la rotation donnant un résultat peu agréable à l'oreille il est préférable de fusionner deux syllabes afin de reduire le nombre de syllabes du mot.

Ex: « voiture » composé de « voi » « tu » « re » en fusionnant « tu » et « re » on obtient la syllabe « tur » on dispose alors de « voi » et de « tur » inversion simple comme pour un mot de deux syllabes

devient en verlan « turvoi ».

Il est remarquable d'observer l'élision de « e » lors de la fusion.

Inversion subjective

Toujours dans un souci de plaisir auditif puisque le verlan est surtout un langage oral, il est souvent procédé à une inversion décidé de manière subjective.

Ex: « cigarette » composé de « ci » « ga » « ret » « te »

devient en verlan « garet'ci »

Seul la syllabe de tête a en fait été inversée en passant en queue.

Inversion objective ou totale

Dans ce schéma toutes les syllabes constituant le mot original sont inversées c'est-à-dire qu'à la fin de l'inversion aucune syllabe n'est au même endroit qu'avant l'inversion.

Ex: « arnaque » composé de « ar » « na » « que »

devient en verlan « qu'arna »

Il est remarquable d'observer l'élision de e lors de l'inversion.

Le troncage

Très souvent la transformation d'un mot en verlan est accompagné d'une élision, cette dernière peut concerner une lettre unique ou un groupe de lettres, principalement et en majorité des voyelles.

Ex: « arabe » composé de « a » « ra » « be » devient « beuhara » pour que le son soit plus agréable à l'oreille le mot « beuhara » est tronqué et devient « beuhr » ou « beur », il est remarquable d'observer que seules les voyelles sont ôtées au mot.

Ex: « femme » composé de « fem » « me » devient « mefem » et après élision le mot devient « mef » ou « meuf », dans ce cas voyelle et consonne finale sont élidés.

See also: Verlan, 1971, 2004, Adolescence, Années 1930, Années 1970, Années 1990, Argot, Beur