Trotskisme
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Généralités
Le trotskisme (parfois trotskysme), ou IVe Internationale, est une scission de la IIIe Internationale. Il fait référence aux idées de Léon Trotski, exclu du Parti Communiste d'Union Soviétique en 1927 et banni de l'URSS en 1929.
Après la mort de Lénine qui n'avait pas désigné de successeur, mais laissé des notes (notes connues sous le nom de testament de Lénine) concernant les personnalités les plus en vue du parti commmuniste russe, Léon Trotsky se heurte rapidement à une coalition (triumvirat) composé de Zinoviev, Kamenev et Staline. Dès 1924 c'est le début d'une campagne de calomnies et d'injures contre Trotsky et ses partisans. Peu à peu Staline évince ses partenaires, en pratiquant dans l'ombre, une politique qui les discrédite à chaque faux pas. Lui permettant ainsi de poser en maître de l'orthodoxie. Ensuite c'est avec Boukharine qu'il prend les destinées du pays en mains. C'est avec celui-ci qu'il défend une vision « pragmatique » de modernisation à « pas de tortue » cumulant ainsi les retards en s'opposant à la politique d'industrialisation urgente préconisée par l'aile gauche du parti (Trotsky). Par la suite Staline et Boukharine défendent l'idée de l'instauration du « socialisme dans un seul pays » véritable marche en arrière par rapport au programme de fondation de la Troisième Internationale (parti mondial de la révolution). Face aux démissions et aux compromis multiples de toute une frange de dirigeants du parti, le courant de Trotski se renforce et fait figure d'intransigeance, de garantie de continuité de la révolution. Il prône la « révolution permanente et mondiale », et critique, dès 1923, la bureaucratisation du parti communiste.
Après des années de tentatives de redressement de la politique de la IIIe Internationale, Trotsky fonde, en France, avec d'autres dirigeants de partis communistes ou socialistes, en rupture avec la politique d'alignement sur Moscou, la IVe Internationale en 1938 dont ses membres seront désormais appelés trotskistes. Le 20 août 1940, Léon Trotsky est assassiné à coups de piolet dans sa résidence au Mexique, par un agent soviétique, du nom de Ramon Mercader (Jacson Mornard), qui a réussi à infiltrer son entourage.
Suivant les groupes et les époques les trotskistes ont pu apparaître sectaires, face à un isolement au sein même du monde du travail et à l'hostilité affichée ou dissimulée des partis de gauche (PS et PC) mais prêtes à travailler, suivant des objectifs déterminés et vitaux, dans de larges alliances (fronts uniques), ou même cas plus rare, à défendre leurs options dans d'autres formations (entrisme). Ils affichent une culture de la dissidence, du fait de leur isolement relatif, et furent de tout temps l'incubateur d'un grand nombre de groupuscules, de cénacles et de petits partis, et parfois aussi un vivier de nouveaux cadres, notamment pour le PS, résultat d'une politique d'entrisme tardive d'une partie de leurs organisations.
Idées générales
Le trotskisme critique la dérive dictatoriale et totalitaire du stalinisme, et prétend défendre une certaine démocratie à l'intérieur du Parti. Cependant, il ne faut pas oublier que l'on doit à Léon Trotsky, la création et l'organisation de l'Armée rouge et le massacre d'une opposition socialiste non bolchevik (socialistes révolutionnaires, anarchistes).
Les organisations se réclamant du trotskisme se réclament du communisme révolutionnaire et veulent mettre fin au capitalisme. Le trotskisme tient pour responsable des guerres, de l'exploitation et de la misère la domination bourgeoise et capitaliste du monde. Les trotskistes se veulent pour la paix, qui ne pourrait avoir lieu que par la révolution socialiste mondiale, c'est-à-dire la prise de pouvoir par la population laborieuse des moyens de production, à des fins de réponses aux besoins de l'humanité et non de profit et d'expansion. Pour parvenir à ce but, les trotskistes s'attachent à construire un parti démocratique et révolutionnaire. C'est le programme de transitition de Léon Trotsky : organisation de conseils d'usines, de soviets, réformes agraires (la terre à ceux qui la cultivent), échelle mobile des salaires et des prix, etc., et aussi la dictature du prolétariat.
Le caractère secret de certaines grandes organisations trotskistes est un héritage du sort qu'ils ont connu en URSS. Chassés dans les goulags par la bureaucratie stalinienne, puis rappelés au front lors de la guerre (bataille de Stalingrad en particulier), ils furent longtemps les victimes des staliniens à travers le monde, contraints de s'organiser dans l'anonymat (d'où les pseudonymes d'une certaine génération de militants par exemple). Pour certains groupes, il s'agit également d'une représentation médiatique à la fois faible et, quand elle est présente, trop souvent calomnieuse.
Pratiques
Programme de transition
Le programme de la IVe Internationale a été écrit par Trotsky en 1938, il s'agit d'un programme de transition vers le socialisme. Trotsky pensait que l'on ne peut pas savoir à l'avance la forme que prendra le communisme, et qu'il fallait donc préparer la transition avant de laisser l'avenir du mouvement entre les mains du prolétariat.
Pour les trotskistes, le programme doit être «l'expression consciente de l'expression inconsciente des masses».
La question des élections chez les mouvements trotskistes
Les trotksystes voient l'échéance électorale dans un pays comme un problème pratique à résoudre, non comme une obligation démocratique, surtout dans des pays où ils considèrent la constitution comme « réactionnaire » et « anti-ouvrière ».
Si une élection où leurs candidats se présentent permet, d'après eux, d'apporter quelque chose à la population, alors ils se présentent. Ainsi ils utilisent le débat démocratique pour débattre de leurs idées, critiquer le système qu'ils condamnent, et grossir le nombre de leurs militants.
Ce dernier point, de construction d'un parti ouvrier, est peut-être le plus important aujourd'hui pour les trotskistes, car pour eux le mouvement ouvrier se doit d'avoir un parti indépendant du pouvoir en place, et de l'union la plus large possible, mais de pensée marxiste, et de volonté révolutionnaire.
C'est la raison pour laquelle, aujourd'hui, les partis d'origine trotskiste ne sont pas forcément entièrement, ou majoritairement, trotskistes.
C'est aussi la raison pour laquelle les courants trotskistes peuvent paraître difficilement déchiffrables. Les critères changent d'un courant à l'autre, brouillant les cartes de compréhension du trotskisme comme idéologie (isme) unique.
La question du syndicalisme chez les mouvements trotskistes
Compte tenu de ses origines marxistes-léninistes, la pensée trotskiste considère le syndicalisme comme une arme d'organisation nécessaire, mais non suffisante. Des grèves sporadiques dans tout le pays ne sont pas suffisantes, au moment révolutionnaire, il faut y ajouter un but politique, celui des ouvriers les plus formés, les plus politisés, ceux dont les idées sont les plus avancés. Pour eux seule une organisation politique, dont la révolution est la raison d'être, est en mesure d'influer ou d'assurer le développement et le succès d'un mouvement révolutionnaire. De lui donner le caractère nécessaire à sa réalisation.
Il peut paraître paradoxal que des courants du trotskisme réclament l'indépendance réciproque des partis et syndicats. Ce point de vue peut s'expliquer par leur combat contre la bureaucratie syndicale, et le stalinisme qui, pour eux, comprend l'influence des partis communistes sur les syndicats. Pour eux, quand les mouvements de grève d'ampleur sont l'arêne d'âpres luttes de tendances politiques syndicales représentant tout l'éventail de la gauche, il est dès lors nécessaire, selon eux, d'y apparaître au moins selon les lignes directrices de sa politique. De plus les syndicats sont plus que de simples appareils entre les mains des partis politiques, ils sont avant tout des regroupements de travailleurs combatifs, plus ou moins déterminés. D'où, selon eux, l'intérêt d'une indépendance des syndicats vis-à-vis des partis, afin d'y faire valoir, démocratiquement leur politique.
La question de la lutte armée chez les mouvements trotskistes
Dans le programme de transition de la IVe Internationale, Trotsky aborde la question de l'armement du prolétariat. En effet, pour Trotsky, matérialiste, « dans toute situation révolutionnaire, la question de l'affrontement entre le peuple et l'armée se pose à un moment ou à un autre » (La révolution Russe, tome 1: février). Pour lui, il faut clairement que la direction du parti assume le choix éventuel de l'organisation armée du peuple.
Maintenant, dans le cadre du trotskisme, une question se pose: tous les trotskistes sont-ils favorables à cet armement ? Cet armement est-il inévitable ? Est-ce de la légitime défense ? De l'opportunisme ? De la violence gratuite ? Armement ou défense ?
Dans son livre 100 mots pour changer le monde, Olivier Besancenot, dont le parti (LCR) se réclame de la IVe Internationale, se dit pacifiste et plus volontiers « marxiste révolutionnaire » que « trotskiste », Trotski lui-même réfutant ce terme.
De son côté, l'OCI (Organisation communiste internationaliste), à l'époque des évenements tragiques au Chili, en 1973, s'est désolé que Allende et son parti n'aient pas mieux participé à l'organisation, à ce moment particulier, des ouvriers et des paysans pour les aider à prendre le pouvoir dans les usines et les terres. Ce faisant, l'OCI critiquait la protection de fait que l'UP procurait à la bourgeoisie, empêchant à la population de prendre le contrôle de la production.
Cette question de l'armement possible de la classe ouvrière que posent les différents courants du trotskisme montre les différences qui existent au sein de mouvements se réclamant des mêmes idées, mais de pratiques différentes. Cette question est pour le moins peu débattue dans la sphère publique et médiatique, mais courante dans certains milieux trotskistes et marxistes. Cette question est aussi un point de discorde : ou bien le parti arme volontairement à des fins bureaucratiques et idéologiques, ou bien il laisse faire pragmatiquement, c'est-à-dire laisse, voire aide, le peuple s'armer « selon ses besoins », pour reprendre une expression léniniste-socialiste. Dans les deux cas se pose la question de la morale en différents termes : morale bourgeoise, « tuer est mal et antidémocratique, et même si c'est la volonté du peuple cela doit être évité » ; morale prolétarienne, tuer devient alors une nécessité historique provoquée par la domination bourgeoise, qui de toute façon répondra de manière armée.
Dans cette optique, qu'est-ce que le trotskisme ? La défense et l'application du programme de transition de la IVe Internationale ? La défense des idées de Léon Trotsky ? La défense des pratiques de Léon Trotsky ? La volonté d'armer la classe ouvrière ? La volonté de faire chaque pas vers le socialisme, pacifiquement, ou au prix d'une révolte armée s'il le faut ? Y a-t-il une critique possible des actes de l'homme quand on en revendique le nom ? Y a-t-il un trotskisme pacifiste, ou un nouveau trotskisme ?
Cette question n'est qu'un point du programme, et il ne s'agit pas de morale, mais de concrétude. Chacun peut s'imaginer, le jour « du grand soir », devant les balles ennemies, quelque soit son « bord », que fera-t-il ?
Cela montre, s'il était nécessaire, la différence entre les idées dont un parti peut se réclamer, et la pratique mise en place par lui. Deux choses que l'histoire ne suffit pas à expliquer, même si de nombreux exemples de révoltes se sont passées dans le sang, écrasées comme la Commune ou victorieuses comme la révolution d'Octobre.
Le Trotskisme dans le monde
Les mouvements communistes internationalistes connaissent en général une grave crise d'identité, mais les trotskistes demeurent présents et possèdent des sections organisées dans plus de 50 pays. En sus de la France, ils sont aussi très présents en Grande-Bretagne, au Brésil, en Argentine, en Bolivie et en Afrique du Sud.
Quelques trotskistes
- Martin Abern
- Kazimierz Badowski, Robert Barcia (Hardy), Daniel Bensaïd, Olivier Besancenot, Pierre Bois, Pierre Broué
- Alex Callinicos, James P. Cannon, Chen Duxiu, Tony Cliff, François Chesnais
- Farrell Dobbs, Hal Draper, Isaac Deutscher, Raya Dunayevskaya, Ross Dowson
- Kat Fletcher, Paul Foot, Pierre Frank, Josef Frey , Gérard Filoche
- Albert Goldman, Ted Grant, Daniel Gluckstein
- Duncan Hallas, Joseph Hansen, Chris Harman, Jock Haston, Derek Hatton, Gerry Healy, Joe Higgins, Irving Howe
- C. L. R. James, Stéphane Just
- Frida Kahlo, Michael Kidron, David Korner (Barta), Alain Krivine
- Arlette Laguiller, Pierre Lambert, Abraham Léon, Ken Loach, Guillermo Lora
- Jack MacDonald, Ernest Mandel, Tristán Marof, Sean Matgamna, Raymond Molinier, Nahuel Moreno, Felix Morrow, Grandizo Munis
- Pierre Naville, Dave Nellist, Jabra Nicola, Andreu Nin
- N. M. Perera, Jeannette Pienkny, J. Posadas, Pandelis Pouliopoulos
- Michel Raptis (Pablo), Christian Rakovsky, Vanessa Redgrave, Diego Rivera, Roman Rosdolsky, Alfred Rosmer
- Leon Sedov, Mark Serwotka, Max Shachtman, Tommy Sheridan, Maurice Spector, Mark Steel
- Peter Taaffe, Ta Tu Thau, Alan Thornett, Pierre Tresso (Blasco), Léon Trotsky
- Bill Van Auken, Jean Van Heijenoort (Gerland), Esteban Volkov
- Lyn Walsh, Wang Fanxi, David Widgery, Tim Wohlforth
Le Trotskisme en France
Voir Trotskisme en France
Voir aussi :
- Communisme | Extrême gauche | Rosa Luxemburg | Anton Pannekoek | Idées politiques | Mouvements politiques | Mouvements révolutionnaires | Parti politique | Socialisme | Lutte des classes | Kronstadt.
