Transcription et translittération

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Sommaire

Définitions

Translittération

La translittération (ou translitération) est l'opération consistant à transcrire les graphèmes d'un alphabet, d'un abjad, d'un syllabaire ou encore d'un alphasyllabaire dans les graphèmes d'un autre système d'écriture (généralement un alphabet), de telle sorte qu'à un même graphème ou suite de graphèmes de la langue de départ corresponde toujours un même graphème ou suite de graphèmes du système d'écriture d'arrivée, et ce indépendamment de la prononciation. Les deux systèmes d'écriture doivent donc être équipotents : une translittération ne peut être ambiguë et doit être bijective. À partir d'une translittération, on doit être capable de retrouver le texte original.

Transcription

La translittération s'oppose en cela à la transcription, qui vise à représenter (de façon plus ou moins approximative) la prononciation. La transcription dépend souvent des usages de la langue du transcripteur. Un Français pourra transcrire le son [ʃ] (dans chat) d'une langue donnée par le digramme ch, tandis qu'un anglophone choisira sh, un Allemand sch et un Polonais sz.

Une transcription phonétique peut se faire au moyen de l'alphabet phonétique international. Elle vise à représenter les sons tels qu'ils sont émis. On note une telle transcription entre crochets droits. Par exemple, le mot français prêtre se transcrit [pʁ̥ɛt̪ʁ̥]. S'oppose à cette transcription celle dite phonologique, qui ne représente pas les sons émis mais les phonèmes d'une langue donnée. Elle est nécessairement moins précise et l'on se sert pour elle de symboles variés plus ou moins proches de l'alphabet phonétique international, variant selon les auteurs, la langue notée, les époques (consulter cette liste). Elle s'écrit entre barres obliques. Le même mot prêtre se transcrit phonologiquement /pretr/.

Romanisation

On appelle les systèmes de translittération ou de transcription d'une écriture non latine (comme le cyrillique, l'arabe, la devanâgarî, etc.), vers une écriture latine, la romanisation. Ces systèmes ont souvent un statut de norme officielle nationale ou internationale (normes ISO). On parle aussi de romanisation pour la transcription de langues logographiques, comme le chinois ou le japonais, bien que ce procédé ne puisse être appelé translittération puisqu'il n'y a pas là de conversion d'un système de lettres vers un autre.

Exemples

Cyrillique

Par exemple, la norme internationale de translittération du russe porte le numéro ISO 9. Dans sa dernière version (1995), ce système fait correspondre à chaque caractère cyrillique un caractère latin unique, ce qui rend les translittérations parfaitement réversibles sans la moindre ambiguïté.

On peut donner un exemple simple de la différence entre translittération et transcription : soit le patronyme Горбачёв ; celui-ci devra être translittéré Gorbačëv selon la norme ISO 9 (équivalence un caractère uniqueun caractère unique : à tout č doit correspondre un ч et inversement), mais pourra être transcrit Gorbatchof, Gorbachof ou encore Gorbatschow, selon la langue du transcripteur (équivalence phonétique approximative en tenant compte des usages de la langue cible, ici respectivement le français, l'anglais et l'allemand).

Grec

La transcription du grec ancien ne soulève pas de grands problèmes : en effet, l'alphabet grec de l'époque est relativement peu ambigu (à un graphème correspond le plus souvent une seule interprétation phonétique) et une transcription sera très proche d'une translittération. Par exemple, γνῶθι σεαυτόν pourra être transcrit gnothi seauton et translittéré gnỗthi seautón (ou gnȭthi seautón). La translittération fera juste intervenir les accents (et les quantités vocaliques). Il est possible de retrouver facilement l'original, même à partir d'une transcription floue.

Le grec moderne, cependant, est bien plus difficile à traiter. En effet, sa prononciation s'est modifiée en donnant naissance à nombre de phonèmes écrits de manières différentes ainsi qu'à des valeurs phonétiques de certaines lettres très éloignées de nos habitudes. L'une des modifications les plus « gênantes » est l'iotacisme, qui a fait se prononcer [i] six graphèmes différents lesquels, en grec ancien, n'étaient pas confondus. De même, ε et αι se prononcent [e] ; ο et ω valent tous deux [o]. Ainsi, la translittération et la transcription seront parfois très éloignées (ce qui est l'indice d'une orthographe complexe : en effet, il n'est pas possible de noter directement, à l'écoute, un mot grec moderne sans en connaître la graphie).

Voici un exemple concret. Soit le vers suivant d'Odysseus Elytis :

Στην αρχαία εκείνη θάλασσα που εγνώριζα (Journal d'un avril invisible, « Samedi 11 »).

Une transcription (phonétique et avec les accents) possible serait stin archéa ekíni thálasa pou eghnóriza. On compte quatre [i], écrits η, ει et ι, deux [e], écrits αι et ε. Si l'on veut proposer une translittération, qui permettrait de reconnaître le texte original, il est nécessaire de distinguer ces graphies. On pourrait par exemple adopter la translittération du grec ancien : stên archaía ekeínê thálassa pou egnốriza, laquelle sera très éloignée de la transcription et demandera au lecteur de connaître des règles de lecture moins intuitives.

Le problème se pose donc pour les noms propres actuels : faut-il choisir la transcription ou la translittération ? Par exemple, Γιάννης Αλευράς se translittère Giánnês Aleurás mais se transcrit Yánnis Alevrás, voire Yannis Alévras si l'on utilise l'accent aigu en suivant les conventions françaises. « Pire », Βασίλης Κοντογιαννόπουλος translittéré sera plus proche des habitudes françaises car son prénom, Βασίλης, vaudra Basílês, qui permet de reconnaître Basile, alors que la transcription, Vasílis, voire Vassilis, masque le lien avec Basile. Quant au patronyme, il peut être surprenant de constater qu'il se translittère Kontogiannópoulos et se transcrit Kondoyannópoulos (ou Kondoyannopoulos).

Fausses translittérations

Dans les médias écrits, il est courant de pratiquer une sorte de translittération lâche qui consiste à représenter grossièrement un mot étranger dans le respect flou de sa graphie d’origine. Quand l’alphabet de départ est déjà latin, cette fausse translittération se fait le plus souvent en abandonnant les diacritiques et autres signes n’existant pas dans la langue d’arrivée. Le résultat est cependant lu comme une transcription mais celle-ci n’a parfois plus rien à voir avec la prononciation de départ.

Par exemple, le patronyme Горбачёв est souvent, dans la presse écrite, rendu par Gorbatchev. Le ё russe, écrit normalement sans tréma (qui s’utilise surtout dans les ouvrages pédagogiques ; le patronyme Горбачёв est donc couramment écrit en cyrillique Горбачев), se prononce ici /jo/ (comme dans Yolande) et non /e/ et le в final /f/. Le rendre, en alphabet latin, par Gorbatchev, amène à le prononcer, de manière erronée, avec un /e/ et un /v/. Si l’on s’en tenait plus logiquement à une transcription, on éviterait ce genre d’erreurs, qui cumule les désavantages d’une transcription floue et d’une lecture fautive. Il s’agit là très souvent d’une translittération par imitation de l’allure générale du mot de départ, qui est confondue avec une transcription.

Le cas est très fréquent avec des alphabets latins modifiés, comme celui du polonais. Les caractères étendus absents des claviers courants sont simplement omis, sans que l’on adapte cependant l’orthographe pour qu’elle représente mieux la prononciation réelle. Ainsi, le nom du pape Jean-Paul II, (Karol) Wojtyła (avec un l barré, prononcé /w/) est simplement écrit Wojtyla, avec un l normal. Le locuteur français devrait donc prononcer cette fausse translittération /wɔʒti'la, v-/ mais la prononciation la plus fréquente, /vɔjti'la/, est un compromis finalement assez proche de la prononciation polonaise /'vɔjtɪwa/ auquel ne manque que la valeur réelle du ł (abstraction faite de la place de l’accent d’intensité, sur la 1re syllabe en polonais, et la valeur de /ɪ/, plus proche du /e/ que du /i/ français). Si une plus grande rigueur était observée dans ce domaine, on écrirait ce patronyme Voytéwa (par exemple) : en effet, Wojtyla est non seulement une orthographe fausse (le l devrait être barré) mais conduit en outre à écorcher le patronyme noté. Lech Walesa subit les mêmes outrages : son nom, écrit Lech Wałęsa en polonais, se prononce dans cette langue /'lɛx va'wɛ̃ŋsa/ (à noter qu’en polonais on a /x/ [x̞], c’est-à-dire un approximant vélaire non sonore). Une translittération efficace proposerait par exemple Lekh Vawensa. Écrire Walesa et prononcer Valéza est donc doublement fautif. Dans de nombreuses langues, on n'hésite pas à modifier la graphie des noms étrangers pour qu'ils soient lus de manière plus correcte.

Les cas de notation floue de ce type sont malheureusement très courants. La tendance peut cependant s’inverser mais rester tout aussi néfaste : ainsi, les tenants d’une orthographe systématique des noms chinois en pinyin (méthode de romanisation du mandarin), faisant fi d’une vieille tradition en langue française pour certains mots, écrivent Beijing au lieu de Pékin, Guangdong pour Canton et Lao Zi pour Lao Tseu. Or, à moins de connaître déjà le pinyin, des lecteurs non avertis risqueraient de ne pas comprendre à quels mots ces orthographes font référence (et les induire à prononcer de manière erronée : Zi, dans Lao Zi, se prononce en effet presque tseu mais surtout pas dzi). De telles notations doivent donc être réservées aux ouvrages didactiques ou spécialisés. Dans la presse écrite, elles n’ont aucun intérêt.

En sorte, on ne peut que conseiller, quand on transcrit des mots étrangers, de le faire en connaissance de cause et en prenant garde au lectorat visé : le plus souvent, pour un large public, il conviendrait de rester le plus proche possible de la prononciation d’origine, quitte à s’éloigner de l’aspect du mot, tout en restant proche des habitudes de lecture propres à la langue cible et en conservant, le cas échéant, l’orthographe traditionnelle, même si elle est plus éloignée de cette prononciation.

Articles connexes

See also: Transcription et translittération, Abjad, Accent aigu, Alphabet, Alphabet arabe, Alphabet cyrillique, Alphabet grec, Alphabet latin