Tibéto-birman
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Histoire du concept
Le groupe tibéto-birman est un groupe très diversifié de langues parlées entre la Chine, l'Inde, le Tibet, le Népal, le Bhoutan, la Birmanie et dans quelques régions du Pakistan, du Bangladesh, de la Thaïlande, du Laos et même du Viêt Nam. C'est le linguiste allemand Julius Klaproth qui en 1823 dans son ouvrage « Asia Polyglotta » a découvert le tibéto-birman, dans lequel il incluait les trois langues connues à son époque : le chinois, le tibétain et le birman.
À la différence l'indo-européen pour lequel de nombreuses langues sont attestées avant notre ère, il y a peu de langues tibéto-birmanes traditionnellement écrites : on ne trouve guère que le tibétain (VIIe siècle), le tangoute (XIe siècle), le birman (XIIe siècle), le meitei (XIVe siècle), le néware (XIVe siècle) et le Nosu, ainsi que le lepcha et le limbou. Quelques langues ont été écrites en alphabet latin durant l'époque coloniale : c'est notamment le cas du Jinghpo.
Toutefois, dans le Houhanshu 后汉书, on trouve un texte bilingue écrit dans une langue tibéto-birmane parlée alors par la tribu Bailang 白狼 dans le Sichuan actuel. Ce texte est pourvu d'une traduction ligne par ligne en chinois, et son décriffrement a permis de déterminé que cette langue est proche du lolo-birman : c'est là la langue plus anciennement attestée de la famille en dehors du chinois.
Les langues chinoises sont apparentées au tibéto-birman, et, selon un nombre croissant de chercheurs, ne seraient qu'une branche tibéto-birmane parmi d'autres, qui n'aurait de particulier que son nombre de locuteurs et l'ancienneté de son écriture. C'était déjà là l'opinion de Klaproth dès le début du XIXe siècle. Pour des informations sur la reconstruction de la prononciation ancienne du chinois, qui permet de la comparer par la suite aux langue tibéto-birmanes, voir l'article chinois archaïque. Etant donné que les langues tibéto-birmanes ne forment pas un groupe phylétique par rapport au chinois (elles ne sont pas caractérisées par des innovations communes),
Les langues tibéto-birmanes n'étant pas plus proche entre elles qu'avec les autres langues sino-tibétaines, le groupe tibéto-birman est obsolète.
Liste et classification
En voir la liste dans cet autre article.
Origine
Si l'on porte foi à la théorie démique de l'expansion des populations, l'agriculture est le moteur principal qui a permis la diffusion des familles de langues. L'urheimat du sino-tibétain serait donc à chercher dans une région où l'agriculture est particulièrement ancienne : ce pourrait être le bassin du Huang He (fleuve Jaune), de la rivière Huai ou du Chang Jiang (fleuve Bleu) en Chine. Les céréales qui auraient permis la diffusion des peuples tibéto-birmans seraient peut-être les millets Setaria italica et Panicum miliaceum ainsi que le riz Oryza sativa.
Reconstruction du proto-tibéto-birman
Les trois groupes de langues les mieux étudiés de la famille sont le chinois, le tibétain et les langues lolo-birmanes. Les langues tibéto-birmanes, à l'exception du qianguique et du kiranti, ne présentent pas une morphologie complexe. Dans la mesure où les deux derniers groupes de langue sont encore insuffisamment étudiés, il est difficile pour le moment de reconstruire le système grammatical de la proto-langue. Tout juste peut-on entrevoir l'existence de certains préfixes et plus rarement de suffixes dans la proto-langue. Certains sont toujours productifs en rGyalrong, un groupe de langues de la sous-famille qianguique dont l'archaïsme est à tous points incomparable dans le reste de la famille.
Préfixes
- s- causatifs : tibétain : 'khor « tourner » donne skor « faire tourner ». Se trouve dans toutes les langues de la famille, mais souvent sous la forme d'une opposition sonore / sourd ou non-aspiré / aspiré dus aux changements phonétiques.
- prénasalisation intransitivante : rGyalrong ka-prat « casser qqch » donne ka-mbrat « être cassé »
- k- nominalisateur : en rGyalrong, ce préfixe, avec deux vocalismes différents, sert à former le nom d'agent et le nom d'action (forme d'infinitif). On retrouve ce préfixe en angami-pochuri, en tangkhul et en kiranti
Suffixes
- -s passé : tibétain bri « écrire, présent » donne bris « écrire, passé ». Se trouve aussi en rGyalrong, en qiang et peut-être en jinghpo.
- -n et -s nominalisants : tibétain za « manger » donne zas et zan « nourriture ». Se trouve en chinois, en rGyalrong et peut-être en qiang.
- -t applicatif : limbou ha:p « pleurer (intr.) », ha:pt « pleurer pour quelqu'un »; quelques traces en chinois et en rGyalrong
- -s causatif : limbou ha:p « pleurer (intr.) », ha:ps « faire pleurer qqun », traces en chinois.
Verbes irréguliers
On trouve des verbes irréguliers dans quelques langues telles que le tibétain, le rGyalrong et certaines langues kiranti. Toutefois, il n'existe qu'un seul verbe dont l'irrégularité semble apparentée entre langues de familles différentes et qui pourrait remonter à une irrégularité commune :
- manger : tibétain za passé zos : l'alternance a-o pour ce verbe se retrouve en Kiranti.
Voir aussi
Bibliographie
- Haudricourt, André-Georges, 1954. « De l’origine des tons en viêtnamien ». Journal Asiatique 242, 68-82.
- Klaproth, Julius Heinrich, 1823. Asia Polyglotta. Paris : Schubart.
- Leyden, John Casper 1808, « On the languages and literature of Indo-Chinese nations », Asiatic Researches X, 158-289
- Przyluski, Jean 1924. Le sino-tibétain. In : Antoine Meillet et Marcel Cohen, Les langues du monde, 361-384. Paris : Librairie ancienne Edouard Champion.
