Septante
Cette page concerne une traduction de la bible. Pour le nombre septante voir 70 (nombre).
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La Septante (latin : Septuaginta) est une traduction de la Bible en langue grecque, qui aurait été réalisée par 70 personnes à Alexandrie, pour les juifs qui y étaient alors relativement nombreux.
Une légende, déjà rapportée dans la lettre du pseudo-Aristée, veut que ces 70 érudits aient tous traduit séparément l'intégralité de la Bible, et qu'au moment de comparer leur travaux on se soit aperçu avec émerveillement que les 70 traductions étaient identiques.
Plusieurs manuscripts de la Septante nous sont parvenus. Quelques différences existent entre ces différentes versions. Il convient de noter que quatre codex écrits en onciale existent:
- Le Codex vaticanus
- Le Codex sinaiticus
- Le Codex alexandrinus
- Le Codex venetus
De nombreuses autres versions en minuscule existent.
| Sommaire |
Historique
D'où vient la Septante ?
L'origine de la Septante tient à deux faits :
- La diaspora depuis l'exil répand des communautés juives autour de la méditérranée ; l'installation d'une communauté à Alexandrie et en bord de mer, autour du Palais Royal, suite à la conquête de l'Égypte par Alexandre ;
- Le fait d'une part que le culte synagogal était public, et que les juifs laissaient lire leurs textes aux païens au lieu de les réserver à leurs initiés comme le faisaient d'autres religions. Les Grecs étaient curieux des « sagesses barbares ». Quelques uns étaient si intéressés par le judaïsme qu'ils gagnaient le statut reconnu de « craignant-Dieu » (signalés, bien plus tard, dans les Actes des Apôtres) en cela qu'ils suivaient les préceptes du judaïsme, au moins les 7 lois des fils de Noé, à l'exception de la circoncision.
De quoi était fait le culte synagogal ?
D'une lecture tirée de la Tanak en hébreu, d'une traduction souvent paraphrastique dans la langue vernaculaire (quand la langue vernaculaire est l'araméen, on nomme cela un Targum) parfois accompagnée d'un commentaire et d'une prédication. On pense que la traduction de la Septante fut précédée de Targumim grecs. Nombre d'immigrants juifs ne connaissaient plus l'hébreu, et souhaitaient lire leurs textes sacrés dans la langue de leurs transactions commerciales, l'araméen demeurant leur langue quotidienne. Seul le grec pouvait être une langue sacrée à côté de l'hébreu, tant était grand le prestige des philosophies et sciences grecques. Une traduction unifiée fut probablement faite à la demande du souverain lagide Ptolémée, soucieux de connaître les règles des divers peuples qui lui étaient assujettis, dans le cadre d'une réorganisation du royaume. La Septante devint la « loi civique » du royaume d'Égypte, en un élément de sauvegarde de l'identité juive dans la culture grecque.
Sur quels textes fut unifiée la Septante ?
Le Pentateuque fut traduit, à Alexandrie, sous Ptolémée II Philadelphe (285-246 avant J.-C.) et l'entreprise se poursuivit pendant deux ou trois siècles.
Une école de traducteurs s'occupa ensuite du Psautier, à Alexandrie, vers 185 avant J.-C. ; ils entreprirent ensuite Ézéchiel, les douze « petits prophètes » et Jérémie. Ils s'occupèrent alors des livres historiques (Josué, Juges, Rois), et enfin Ésaïe.
Les autres livres, Daniel, Job, et Siracide furent traduits vers 150 avant J.-C. et l'on hésite sur le lieu de traduction.
On situe en Palestine, au premier siècle de notre ère, la traduction du Cantique des Cantiques, des Lamentations, de Ruth et d'Esther, puis celle de l'Ecclésiaste, probablement par Aquila.
On étendit le nom de Septante à des livres non reçus dans le judaïsme palestinien ou composés directement en grec comme la Sagesse, les compléments à Esther, à Jérémie ou à Daniel.
Les premiers traducteurs grecs disposaient de textes hébreux purement consonantiques, ce qui explique, en partie, les différences entre la Septante et le texte hébreu reçu et que très tôt, en milieu juif, on se soit préoccupé de corriger cette version Alexandrine pour l'aligner sur le texte hébreu.
Les manuscrits de Qumrân
Mais la découverte des manuscrits hébreux et grecs de Qumrân en 1947, qui apparaissent comme les restes d'une bibliothèque ayant appartenu à une secte juive, généralement identifiée à celle des « Esséniens », attestent que la LXX (septante) était acceptée comme texte biblique, à côté des textes hébreux.
La découverte a donc obligé à réviser la conception de l'histoire des textes hébreux car ces manuscrits hébreux donnent un texte un peu différent de celui qui résultera plus tard du travail des Massorètes.
A l'inverse Qumrân a révélé des formes qui expliquent la traduction des LXX : certains passages, jusqu'à présent considérés comme des erreurs ou des amplifications dues aux traducteurs, reçoivent désormais l'appui d'un support hébreu prémassorétique.
Des travaux de comparaison entre les textes hébreux de Qumrân et la LXX, d'autant plus que des similitudes d'interprétation sont également relevées entre certains écrits de la secte des Esséniens et la LXX. L'attention est maintenant attirée sur l'ensemble des écrits juifs post-bibliques, commodément regroupés sous le nom d'écrits intertestamentaires.
La LXX n'est plus un document isolé. Elle se situe dans l'ensemble des textes juifs produits juste avant l'ère chrétienne.
On peut remarquer que le grec utilisé dans la Septante renferme de nombreuses tournures sémitiques et présente le phénomène de l'attraction.
La Septante est plus proche de l'original que le texte très tardif des Massorètes (IXe siècle après J.-C.).
Ce n'est qu'au IIe siècle de notre ère, après l'extermination des communautés juives d'Égypte et de Cyrénaïque par Hadrien, que la Bible en grec devint exclusivement celle des chrétiens. Auparavant, cette traduction répondait aux besoins du peuple juif en diaspora autour du bassin méditerranéen, dont une communauté particulièrement hellénisée, particulièrement installée, partant, particulièrement intellectuelle, celle d'Alexandrie.
La diversité des conceptions de Dieu
Il serait bien plus significatif de se poser des questions sur le passage d'une langue ancienne à une langue moderne, qui conduit à l'abandon d'une partie du champ sémantique ou à la recréation d'un autre champ sémantique. Les problèmes de traduction posés par le passage d'une langue sémitique à la langue grecque sont bien plus divers. Qu'on songe à la diversité des désignations du divin dans la Bible hébraïque : El, Eloah, Elohim, El Shadday, Sabaoth dont certaines ne trouvent aucune solution satisfaisante ou qui sont banalisés, lors du passage en grec par theos, le dieu, n'importe lequel, kurios, seigneur ou pantokrâtor, tout puissant. Le chaos initial, vide et désert (wa tohu wa bohu) devient la matière invisible et inorganisée des philosophes ; le souffle divin devient pneuma qui peut nommer le vent mais qui est aussi une composante de l'âme humaine (l'âme : notion inconnue du judaïsme ; nephesh est autre chose.).
Les divergences culturelles et les difficultés du texte
Les divergences avec l'hébreu ne sont pas toutes des lectures particulières ni des fautes de traduction. Elles s'expliquent aussi :
- par la différence entre leur modèle et le texte hébreu d'aujourd'hui (la stuttgartensis, par exemple)
- par les diverses vocalisations possibles (codifiées dans la Temura)
- par les permutations de consonnes
- par l'enjambement d'une proposition sur une autre,
- par des actualisations diverses, comme l'effacement ou l'atténuation de tours jugés impropres pour parler du divin, spécialement les menaces des prophéties furent adoucies, au nom de la miséricorde divine exprimant l'espérance des communautés juives hellénistiques.
Livres supplémentaires
Les traducteurs se firent aussi continuateurs. La Septante comprend des livres directement écrits en Grec que la Bible hébraïque ne connaissait pas :
- Judith (conservé dans la Bible latine)
- Tobie (conservé dans la Bible latine mais réécrit par Jérôme)
- 1er et 2e livres des Macchabées (conservés dans la Bible Latine)
- Sagesse de Salomon (conservés dans la Bible latine)
- Sagesse de Sirach (Siracide ou Ecclésiastique) (conservé dans la Bible latine)
- Baruch (conservé dans la Bible latine)
- Lettre de Jérémie (conservé dans la Bible latine)
- Suzanne (Daniel 13) (conservé dans la Bible latine)
- Bel et le Dragon (Daniel 14) (conservé dans la Bible latine)
- Premier livre d'Esdras (non conservé dans la Bible latine)
- 3e et 4e livres des Macchabées (non conservéss dans la Bible latine)
- Psaumes de Salomon (non conservés dans la Bible latine)
Ils sont dits apocryphes par les églises protestantes qui ne gardent que les textes connus par la Bible hébraïque et le Nouveau Testament et deutérocanoniques par les catholiques qui les reconnaissent comme inspirés.
Voir aussi
Articles connexes
- Bible et archéologie
- Traductions de la Bible en français
- Nouveau Testament
- Évangile
Bibliographie
- P. Geoltrain (s. dir.), Aux Origines du Christianisme, Gallimard, coll. « Folio histoire », n° 8, Paris, 2000 (articles de la revue Le Monde de la Bible repris et augmentés) ;
- M. Harl, G. Dorival et O. Munnich, La Bible grecque des Septante. Du judaïsme hellénique au christianisme ancien, éditions du Cerf & éditions du CNRS, 1994 ;
- Ph. Haudebert, Le Pentateuque, débats et recherches, Le Cerf, Paris, 1992 ;
- A. de Pury, Le Pentateuque en questions, Labor et Fides, Genève, 1992 ;
- J.-L. Ska, Introduction à la lecture du Pentateuque, Lessius, Bruxelles, 2000.
