Arthur Schopenhauer
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Arthur Schopenhauer est un philosophe allemand, né le 22 février 1788 à Danzig (ancienne Prusse et actuelle Pologne), mort le 21 septembre 1860 à Francfort-sur-le-Main.
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Biographie
Destiné à une carrière commerciale par son père, il fait, avec lui, de nombreux voyages dans toutes l'Europe. À la mort de ce dernier, en 1806, il étudie successivement la littérature, la médecine, la philosophie ; sa mère Johanna ouvre un salon littéraire à Weimar et écrit des romans. Il assiste en 1810 aux cours de Fichte à Berlin et se révèle assez critique vis-à-vis de celui-ci. En 1813, il soutient sa thèse dont le titre est La Quadruple Racine du principe de raison suffisante à l'université d'Iéna. La même année, il rencontre Goethe à Weimar avec qui il discute de la théorie des couleurs. En 1814, il se brouille avec sa mère et emménage seul à Dresde. En 1819, il est chargé de cours à l'université de Berlin où enseignait Hegel qu'il critique vigoureusement et qui occupait toute l'attention philosophique dans l'Allemagne du XIXe siècle. C'est seulement vers la fin de sa vie que l'importance de son œuvre est reconnue et que l'attention des philosophes se détourne presque entièrement de la philosophie de Hegel. Il démissionnera au bout de six mois. Il publie pour la première fois en 1819 Le Monde comme volonté et comme représentation (puis 2e édition en 1844, et 3e en 1859) où le principe est que « La volonté singulière d'un individu n'a qu'une existence illusoire, elle est de toutes parts immergée dans le jeu infini et absurde d'une réalité qui la dépasse et finit par la détruire. ». Les deux premières éditions sont des échecs éditoriaux. En 1825, il arrive à vivre de ses rentes. Il retourne à Francfort en 1833.
Il a également publié Parerga et Paralipomena (1851).
Situation de sa philosophie
Sources
La philosophie de Schopenhauer s'inspire de celles d'Emmanuel Kant, de Platon et des religions indiennes (le vedanta et le bouddhisme, que l'Europe venait de découvrir).
Position
La philosophie de Schopenhauer peut se rattacher à un idéalisme athée, mais tient une place à part. Schopenhauer se réfère à Platon et se place en héritier de Kant, mais aussi en opposition de tous les post-kantiens de son époque. Il ne rate jamais en effet, une occasion de ridiculiser les idées de Fichte, Hegel et Schelling, qu’il exclut de la filiation de la philosophie kantienne.
Influences
Cette philosophie a eu une influence importante sur certains écrivains, philosophes ou artistes du XIXe siècle et du XXe siècle : Guy de Maupassant, Friedrich Nietzsche, Richard Wagner, Léon Tolstoï, Sigmund Freud, Marcel Proust, Thomas Mann, Henri Bergson, Ludwig Wittgenstein, André Gide, Émile Michel Cioran, etc. Sa vision pessimiste et absurde du monde préfigure également l'existentialisme.
Présentation de sa philosophie
La Volonté, principe fondamental
La réalité au-delà des phénomènes (la chose en soi) est la Volonté, dont chaque chose en ce monde est l'expression. L'individuation est l'expression de la Volonté à un degré supérieur en un point particulier, l'individu. À ce point particulier, la Volonté se trouve confrontée à elle-même exprimée par d'autres unités individuelles, tout en étant toujours une. Cette confrontation permanente est le monde dans lequel nous vivons. Nous autres humains sommes en effet en perpétuelle lutte les uns les autres, et en perpétuelle lutte contre ce qui exprime la Volonté par une branche autre que la nôtre. C'est cette lutte pour la vie qui engendre la souffrance qui ne cesse que momentanément, pour laisser la place à l'ennui.
Les individus croient pouvoir disposer d'un libre arbitre, mais agissent toujours selon la Volonté qui est au plus profond d'eux-mêmes ; chacun des choix que l'on pourra faire sera toujours guidé par une forme particulière qu'adopte la Volonté.
Le renoncement ou l'émotion esthétique peuvent nous permettre de nous détacher de la Volonté.
Il est important pour aborder la philosophie de Schopenhauer de bien distinguer le terme Volonté, qui désigne le concept central de sa philosophie, de la volonté dont nous pouvons parler tous les jours pour les actions à entreprendre. Le champ de la Volonté schopenhauerienne ne se limite pas au vivant, mais englobe tous les changements qui peuvent avoir lieu dans l'univers.
La Souffrance
Le comportement des animaux et des hommes, qui sont les objectivations supérieures de la Volonté, est entièrement régi par la souffrance, qui est perçue positivement. Les plaisirs ne sont que des illusions fugaces, des apaisements au creux des désirs et tracas ininterrompus. Ils n’apparaissent qu’en contraste avec un état de souffrance, et ne constituent pas une donnée réelle pour les êtres en mouvement. Le bonheur est un repos de l’esprit.
L’amour
Parmi les désirs auxquels sont soumis les êtres animés, l’instinct sexuel est le plus fort. Ceci pour la bonne raison qu’il est la condition de perpétuation de l’espèce, et donc de son état d'existence. Dans un entretien avec Challemel-Lacour, en 1859, Schopenhauer dit : « L’amour, c’est l’ennemi. Faites-en, si cela vous convient, un luxe et un passe-temps, traitez-le en artiste ; le Génie de l’espèce est un industriel qui ne veut que produire. Il n’a qu’une pensée, pensée positive et sans poésie, c’est la durée du genre humain. »
Le temps
Il est souvent attribué à Schopenhauer l'adoption d'un concept cyclique du temps, mais il n'en est rien. Il est probable que cela soit dû au concept de l'Éternel retour développé par son disciple Friedrich Nietzsche, à la sympathie de Schopenhauer pour le bouddhisme, et aussi à une métaphore du § 54 du Monde comme Volonté et comme Représentation (MVR). Celle-ci présente le temps comme le point de contact entre une droite et un cercle qui tourne, mais cela dans l'objectif de montrer que le présent n'est qu'un point immobile, comme l'est un couteau que l'on aiguise sur une meule de pierre. L'infinité du temps selon Schopenhauer est mieux exprimée par la métaphore suivante dans le § 54 du MVR: « Le temps ressemble […] à un courant irrésistible, et le présent à un écueil, contre lequel le flot se brise, mais sans l'emporter ».
De plus, l'idée fréquente chez Schopenhauer, que les choses se renouvellent et se répètent toujours identiques à elles-mêmes, comme par exemple les évènements de l'histoire, contribue à entretenir cette idée de temps cyclique. Cette répétition dans la continuité ne provient pas d'un aspect cyclique du temps pour le philosophe, mais de l'aspect itératif dans la manifestation de la Volonté, qui se trouve toujours confrontée à elle-même et en perpétuel conflit. Pour Schopenhauer, seul le présent existe : « Avant tout, ce qu'il faut bien comprendre, c'est que la forme propre de la manifestation du vouloir […], c'est le présent, le présent seul, non l'avenir, ni le passé ; ceux-ci n'ont d'existence que comme notions, relativement à la connaissance, et parce qu'elle obéit au principe de raison suffisante. » (§ 54, MVR).
Citations
- La vie de l'homme oscille, comme un pendule, entre la douleur et l'ennui.
- Vouloir c'est essentiellement souffrir, et comme vivre c'est vouloir, toute vie est par essence douleur.
- Notre état est si malheureux qu'un absolu non-être serait bien préférable.
- L'insecte qui meurt en automne est en soi, et d'après son essence, le même que celui qui éclôt au printemps.
- La prétendue beauté des femmes est l'hameçon que nous présente la nature pour arriver à ses fins.
- La vie est une affaire dont le revenu est loin de couvrir les frais.
- L'ascète est celui qui, par la suppression du vouloir, va jusqu'à la complète suppression du caractère de l'espèce.
- L'homme est certes libre de faire ce qu'il veut, mais il ne peut vouloir ce qu'il veut.
- Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence (...) L'homme est un animal métaphysique.
- Les religions sont comme les vers luisants : pour briller, il leur faut de l'obscurité.
- La vie d'un homme n'est qu'une lutte pour l'existence avec la certitude d'être vaincu.
- La femme est un animal aux cheveux longs et aux idées courtes.
Bibliographie
- De la quadruple racine du principe de raison suffisante (Über die vierfache Wurzel des Satzes vom zureichenden Grunde), 1813
- Sur la vue et les couleurs (Über das Sehn und die Farben), 1816
- Le Monde comme Volonté et comme Représentation (Die Welt als Wille und Vorstellung), 1818/1819, vol.2 1844
- L'Art d'avoir toujours raison (1830-1831)
- La Volonté dans la nature Über den Willen in der Natur, 1836
- Parerga et Paralipomena (1851) (Parerga und Paralipomena)
- Essai sur le libre arbitre (Über die Freiheit des menschlichen Willens), 1839
- Le fondement de la morale Über die Grundlage der Moral, 1840
- Nachlassband von Julius Frauenstedt, 1864
Liens externes
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