République de Weimar

La République de Weimar est le nom du régime politique dont se dota l'Allemagne de 1919 à 1933. C'est en effet dans la ville de Weimar que, suite à la défaite allemande à la fin de la Première Guerre mondiale, l'assemblée nationale établit une nouvelle constitution.

Cet article fait partie de la série
Histoire de l'Allemagne

Germanie franque
Saint Empire romain germanique
Confédération allemande
Confédération de l'Allemagne du Nord
Empire allemand
République de Weimar
Troisième Reich
Depuis 1945

La première tentative de construire une démocratie libérale en Allemagne fut l'occasion de nombreuses tensions et de conflits internes, et finalement échoua avec l'ascension de Adolf Hitler et du Parti nazi en 1933. La constitution de 1919 ne fut jamais formellement invalidée jusqu'à la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais les mesures légales (connues sous le nom de Gleichschaltung) prises par le gouvernement nazi dès 1933 détruisirent tous les mécanismes du système démocratique. De ce point de vue, 1933 marque la fin de la République de Weimar.

Sommaire

Révolution contrôlée : Établissement de la république (1918-1919)

Jusqu'en 1916, l'empire allemand de 1871 a toujours été gouverné par les militaires de Oberste Heeresleitung (OHL, commandement suprême de l'armée), avec comme chef d'état-major Paul von Hindenburg. Lorsqu'il devint évident que la guerre était perdue, l'OHL demanda qu'un gouvernement civil soit formé.

Le 28 octobre 1918, la constitution de 1871 fut amendée pour faire du Reich une démocratie parlementaire, ce qui avait été refusé depuis un demi-siècle. Le Chancelier serait désormais responsable devant le parlement et non plus devant l'empereur. Le plan originel de transformer l'Allemagne en une monarchie constitutionnelle devint rapidement obsolète alors que le pays était plongé dans chaos presque total. L'Allemagne croulait sous les soldats et les blessés revenant du front. La violence était omniprésente, des combats se produisaient entre groupes rivaux de gauche et de droite.

La rébellion survint le 29 octobre, lorsque le commandement militaire, sans consultation du gouvernement, ordonna une ultime sortie à la flotte allemande. Une manœuvre presque sans espoir d'un point de vue militaire, et qui risquait de mettre fin aux négociations de paix. L'équipage de deux navires de Wilhelmshaven se mutinèrent. Lorsque les militaires arrêtèrent environ 1000 marins, et les transportèrent à Kiel, cette révolte locale se transforma rapidement en une rébellion généralisée qui s'étendit rapidement à toute l'Allemagne. Des marins, des soldats ainsi que des ouvriers se solidarisèrent avec les mutins. Ceux-ci commencèrent à élire des conseils ouvriers qui regroupaient ouvriers et soldats sur le modèle des soviets de la révolution russe. Ceux-ci prennent alors le pouvoir civil et militaire dans de nombreuses villes. Le 7 novembre, la révolution atteint Munich, provoquant la fuite du dernier souverain allemand, Ludwig III de Bavière.

À l'origine, la demande des conseils d'ouvriers était modeste, ils voulaient obtenir la libération des marins détenus. À l'opposé de la Russie une année auparavant, ces conseils n'étaient pas contrôlés par le parti communiste (qui n'était pas fondé). Toutefois, avec l'émergence de l'Union soviétique, cette rébellion provoqua une grande inquiétude dans les classes supérieures et moyennes. Le pays semblait à la veille de devenir une république socialiste.

Les représentants de la classe ouvrière étaient eux-mêmes divisés. Les Sociaux Démocrates Indépendants (USPD, pour Unabhängige Sozialdemokratische Partei Deutschlands) tendaient à l'instauration d'un système socialistes se séparèrent des Sociaux-Démocrates. Le reste des Sociaux-Démocrates (MSPD qui soutenaient un système parlementaire) décidèrent de prendre la tête du mouvement et demandèrent le 7 novembre à l'empereur Wilhelm II d'abdiquer. Le 9 novembre 1918, la république était proclamée par Philipp Scheidemann au Reichstag à Berlin, deux heures avant la République Socialiste de Karl Liebknecht.

Toujours le 9 novembre, dans un acte litigieux, le Reichkanzler, le Prince Max von Baden, transféra tous ses pouvoirs à Friedrich Ebert, le dirigeant du MSPD. Il était clair que cet acte ne suffirait pas en lui-même à satisfaire les masses. Le lendemain, un gouvernement révolutionnaire appelé Conseil des députés du peuple (Rat der Volksbeauftragten) fut créé. Il comprenait trois membres du MDSP et trois membres l'USPD, dirigé respectivement par Ebert pour le MSPD et Hugo Haase pour le USPD. Bien que ce gouvernement fût confirmé par le conseil ouvrier des travailleurs de Berlin, les Spartakistes, qui composaient l'aile gauche de l'USPD, dirigés par Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht s'y opposèrent. Erbert appela alors à un congrès des « conseils ouvriers », qui eut lieu du 16 au 20 décembre 1918, et dans lequel le MSPD obtint la majorité. Erbert réussit à faire tenir rapidement des élections pour former l'assemblée nationale afin de mettre en place au plus vite une constitution parlementaire, marginalisant ainsi le mouvement pour l'instauration d'une république socialiste.

Afin de s'assurer un nouveau gouvernement capable de conserver le contrôle du pays, Ebert s'allia avec l'OHL, dirigé par le successeur de Ludendorff, le général Wilhelm Groener. Ce pacte Ebert-Groener stipulait que le gouvernement ne réformerait pas l'armée tant que celle-ci jurait de protéger le gouvernement. D'un côté, cet arrangement symbolisait l'acceptation de ce gouvernement par l'armée et rassurait les classes moyennes, et d'un autre coté, l'aile gauche considérait cet accord comme une trahison des intérêts des travailleurs, et faisait de l'armée un groupe conservateur qui aura une grande influence sur le destin de la république de Weimar. Ceci marqua aussi une des étapes du partage de la classe ouvrière entre le SPD et le Parti communiste.

La rupture devient définitive le 23 novembre 1918 lorsqu'Ebert fait appel à l'OHL pour mater une mutinerie à Berlin lors de laquelle des soldats mutins avaient pris le contrôle de la ville et bloqué le Reichskanzlei. L'intervention brutale fit de nombreux morts et blessés. provoquant l'appel de l'aile gauche à la sécession avec le MSPD, qui de leur point de vue avait pactisé avec les militaires contre-révolutionnaires afin de supprimer la révolution. L'USPD quitte alors le Conseil des députés du peuple après seulement quelques semaines. La scission devient encore plus profonde lorsqu'en décembre, le Parti communiste allemand (KPD) est fondé par le mouvement spartakiste et d'autres groupes se réclamant du marxisme révolutionnaire.

En janvier, une nouvelle tentative d'établir un régime socialiste par les travailleurs dans les rues de Berlin est réprimée par les unité du Freikorps, un groupe paramilitaire composé de volontaires. Le point de non retour est atteint le 15 janvier avec l'assassinat de Rosa Luxemburg et de Karl Liebknecht. À la demande d'Erbert, les meurtriers ne sont pas jugés par une cour civile, mais par un tribunal militaire qui rend des sentences très légères.

Les élections pour l'Assemblée nationale eurent lieu le 19 janvier 1919. À ce moment là les partis de gauche, y compris l'USPD, n'étaient pas vraiment organisés, et le KPD avait refusé de se présenter aux élections, ce qui mena à une solide majorité en sièges pour les mouvements modérés. Pour éviter les émeutes en cours à Berlin, l'assemblée nationale se réunit dans la ville de Weimar, lui donnant ainsi son nom non officiel.

Durant les débats à Weimar, les combats continuaient. Une République soviétique fut même déclarée à Munich, mais elle fut arrêtée par le Freikorps et des unités de l'armée régulière, provoquant la poursuite des combats dans le pays. Des combats eurent aussi lieu dans les provinces orientales qui restaient fidèles à l'empereur et ne voulaient pas d'une république.

Pendant ce temps, la délégation aux pourparlers de paix signa le désastreux Traité de Versailles, acceptant d'importantes réductions dans l'armée allemande, le payement d'importants dommages de guerre, et une clause de responsabilité de la guerre. Ainsi se créa le mythe du coup de poignard dans le dos qui connut un grand succès. Adolf Hitler reprochera plus tard à la République la signature de ce traité.

Le premier président de la République, Friedrich Ebert du MSPD signa la nouvelle constitution allemande le 11 août 1919.

Les premières années: Conflits internes (1919-1923)

Dès le début, la république fut sous la pression des extrémistes de tous bords. La gauche accusait les démocrates sociaux de trahir l'idéal du mouvement ouvrier en s'alliant aux forces de l'ancien régime, au lieu de poursuivre une révolution communiste. La droite était opposée au système démocratique et préférait conserver l'état autoritaire qu'était l'empire de 1871.

Le 13 mars 1920 a lieu le coup d’état de Kapp. Des troupes du Freikorps occupèrent Berlin et installèrent Wolfgang Kapp, un journaliste de droite, au poste de chancelier du nouveau gouvernement. Ebert se retira avec le parlement de Berlin et s'installa à Dresde. La riposte fut immédiate, un appel à la grève générale fut lancé. Celle-ci fut totale et dura 4 jours, bloquant toute l'économie, ce qui obligea Kapp et le Freikorps à se retirer dès le 17 mars.

Inspiré par le succès de la grève générale, une révolte communiste se produisit dans la Ruhr en 1920 lorsque 50'000 personnes formèrent une armée rouge et prirent le contrôle de la province. L'armée régulière et le Freikorps mirent fin à celle-ci sans avoir reçu d'ordre du gouvernement. D'autre rébellions communistes furent aussi arrêtées en mars 1921 dans la Saxe et à Hambourg.

Le 24 juin 1922, le ministre des Affaires étrangères Walter Rathenau est assassiné par l'extrême droite (Organisation Consul)

En 1923, la république n'avait plus les moyens de payer les réparations établies par le traité de Versailles, et le nouveau gouvernement cessa les payements. En réponse, la France sous la direction de Raymond Poincaré et la Belgique occupent la Ruhr, la région la plus industrialisée de l'Allemagne. Ils prirent le contrôle des mines et des fabriques le 11 janvier 1923. L'appel à la grève générale et à la résistance passive pendant 8 mois amenèrent l'économie de l'Allemagne vers l'effondrement.

Image manquante
Timbre_Allemagne_Inflation2.jpg
Timbre surchargé en millions de marks pour suivre l'inflation des tarifs postaux

Bien qu'en grève les ouvriers devaient être payés par l'état, pour ce faire, de la monnaie fut imprimée en masse, ce qui ouvrit une période d'hyperinflation. La valeur du mark décline de 4,2 mark par dollar à 1 000 000 de marks par dollar en août 1923 et passe à 4 200 000 000 000 de marks par dollar le 20 novembre de la même année. Le 1er décembre, une nouvelle devise, le Rentenmark, est créé au taux de 4 200 000 000 000 de marks par dollar.

Aprés l'adoption du plan Dawes, pour le rééchelonnement des dommages, le payement des réparations put reprendre et le 17 août 1924 les troupes françaises commencèrent à quitter la Ruhr.

Le 8 novembre 1923 vit aussi une nouvelle attaque venant de la droite : le Putsch de la brasserie dirigé par Adolf Hitler à Munich. En 1920, le Parti des Travailleurs Allemands (DAP) devient le parti nazi et sera la principale force qui mènera à l'effondrement de la République de Weimar. Hitler devient président du parti dès juillet 1921. Les SA sont créés en novembre 1921 et formeront la garde personnelle du Führer dans son accession au pouvoir.

L'âge d'or de Stresemann (1923-1929)

Gustav Stresemann fut chancelier pendant une brève période en 1923 et ministre des affaires étrangères de 1923 à 1929. Ce fut une période relativement stable pour la république de Weimar avec peu de manifestations et un début de reprise économique.

La première action de Stresemann fut d'introduire une nouvelle monnaie, le Rentenmark, pour arrêter l'hyperinflation qui rongait l'économie et la société allemande. Il réussit son opération en refusant à plusieurs reprises d'augmenter la masse monétaire, première cause de la spirale inflationniste. Afin de poursuivre la stabilisation de l'économie, il diminua les dépenses de l'État et augmenta les taxes.

Durant cette période, fut introduit le plan Dawes qui visait à aligner le remboursement des réparations de guerre avec la capacité économique de l'Allemagne. Simultanément, l'Allemagne est admise à la société des Nations, trouve des arrangements pour sa frontière ouest, signe un pacte de neutralité avec la Russie, et arrête le désarmement. Toutefois, ces progrès sont financés par des prêts étrangers, augmentant la dette du pays, pendant que le commerce diminue et que le chômage augmente. Les réformes que Stresemann met en place ne modifient pas en profondeur les faiblesses de la République de Weimar, mais elles lui donnent l'apparence d'une démocratie.

En 1929, la mort de Stresemann met fin à l'âge d'or de la République de Weimar.

L'effondrement de la république de Weimar et l'ascension d'Hitler

On peut considérer que la fin de la république de Weimar a eu lieu en 1934, et non en 1933. En 1933, Hitler accède au pouvoir par la voie démocratique et n'apparaît finalement que comme un chancelier de plus au sein de cette république. Mais le 7 août 1934, à la mort du Maréchal von Hindenburg, Hitler réussit à cumuler les fonctions par référendum populaire. 90% de votants sont favorables à ce bouleversement constitutionnel, et donc à la suppression de toute forme de pouvoir parlementaire en Allemagne. Adolf Hitler devient donc Reichsführer en 1934.

Voir aussi

See also: République de Weimar, 11 août, 11 janvier, 13 mars, 15 janvier, 17 août, 17 mars, 1871, 1916