Recherche scientifique
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La recherche scientifique se caractérise par l’ensemble des actions entreprises en vue d’améliorer et d’augmenter l’état des connaissances dans un domaine scientifique.
Le manuel de Frascati, qui propose une série de définitions et de méthodes standards pour les enquêtes sur la recherche et de le développement (R-D), et qui fait référence aujourd'hui parmi les spécialistes, distingue deux grands types de recherche : la recherche fondamentale, entreprise principalement (mais pas toujours exclusivement) en vue de produire de nouvelles connaissances indépendamment des perspectives d'application, et la recherche appliquée, qui est dirigée vers un but ou un objectif pratique. À cela s'ajoute les activités de développement expérimental (parfois confondu avec la recherche technologique), qui consiste en l'application de ces connaissances pour la fabrication de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs.
Il ne faut cependant pas se laisser abuser par ces grandes catégorisations, qui parfois peinent à rendre compte de réalités plus complexes. Il faut également prendre garde également de ne pas tomber dans l'excès inverse qui consisterait, face à la complexité du réel, à nier qu'il puisse y avoir de profondes différences entre les différentes formes de recherche scientifique.
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- « Croire tout découvert est une erreur profonde,
- c’est prendre l’horizon pour les bornes du monde ! »
- Camille Flammarion
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2.1 Les chercheurs |
La démarche scientifique
La démarche scientifique distingue en général deux activités : l’élaboration des théories (ou modèles), et l’expérimentation.
Les chercheurs s’appuient sur des modèles, c’est-à-dire une réduction des phénomènes naturels à un nombre de paramètres définis et maîtrisables, et regardent la manière dont évolue le phénomène lorsque l’on fait varier les paramètres ; lorsqu’il n’est pas possible de faire varier les paramètres, les chercheurs observent le phénomène et cherchent à corréler son évolution à celle des paramètres. Le but des ces expériences est de mettre en évidence les relations de cause à effet entre les divers phénomènes, et de quantifier l’influence d’un phénomène sur l’autre, c’est-à-dire dans l’idéal de relier l’intensité des phénomènes par des formules mathématiques lorsque c’est possible.
Les méthodes scientifiques pour y parvenir font preuve d’une démarche intellectuelle progressive et empirique.
Expérimentation
Si la démarche expérimentale fait à peu près consensus dans l’ensemble des sciences, les méthodes pour mettre en œuvre cette démarche est l’objet de nombreuses divergences selon les domaines d’étude et les buts des chercheurs.
Les fondements de cette démarche sont :
- la reproductibilité : on ne peut étudier scientifiquement un fait que s’il est reproductible à l’identique ; cela permet notamment la mise en évidence et la vérification des expériences ;
- l’isolement des paramètres : pour quantifier de manière précise l’influence de tel ou tel paramètre, il faut pouvoir l’isoler et le faire varier de manière indépendente des autres.
Toutefois, cela est souvent impossible à réaliser, par exemple dans les sciences de la vie et dans les sciences humaines, notamment sociales.
Voir
Théorie
La démarche théorique consiste à donner un modèle abstrait du phénomène étudié. « Abstrait » signifie que ce modèle est dépouillé de tout ce qui ne concerne pas l’étude présente ; on fait des hypothèses simplificatrices. Ce faisant, on s’est éloigné de la réalité, par contre, en simplifiant le problème, l’étude est plus facile.
La démarche théorique s’appuie toujours sur l’expérimentation : c’est l’expérimentation qui met en évidence les liens de cause à effet entre les phénomènes, ce qui permet de décider des hypothèses simplificatrices que l’on peut appliquer. C’est aussi l’expérimentation qui va permettre de confirmer ou d’infirmer une théorie. La théorie, elle, va guider l’expérimentation et déterminer les paramètres à contrôler, à isoler, à mesurer et à faire varier lors des expériences.
Expérimentation et théorie sont intimement liées. Cependant, la démarche théorique est très différente de la démarche expérimentale, puisqu’il s’agit essentiellement d’une démarche purement intellectuelle, d’une réflexion sur des données déjà acquises, alors que l’expérimentation concerne l’acquisition de ces données. Certains chercheurs sont spécialisés dans la démarche théorique et ne participent que très peu aux expérimentations.
Les structure de la recherche scientifique
En majeure partie, la recherche scientifique est menée dans des universités, des organismes de recherche privés ou publics, et les divisions de recherche des entreprises (généralement, seules des grandes entreprises ont les moyens d’avoir de la recherche scientifique).
Les chercheurs
Le chercheur est ... celui qui fait de la recherche! Derrière cette apparente tautologie se cachent une grande diversité de situations qui échappent à toute définition englobante. Un chercheur peut aussi bien être membre bénévole d'une association ou d'une ONG, qu'ingénieur dans une PME de haute technologie ou dirigeant d'un grand laboratoire public. Un chercheur n'est pas non plus nécessairement titulaire d'un haut diplôme universitaire. Cette difficulté à produire une définition précise de ce qu'est un chercheur se reflète dans le caractère très général de celle qu'en donne Le manuel de Frascati (des spécialistes se consacrant en particulier à la création de connaissance), qui par ailleurs revient plus en détail sur cette diversité et en expose les conséquences.
Les chercheurs scientifiques sont cependant, en général, des professionnels très qualifiés, titulaires d’un doctorat. Le doctorat est un titre sanctionnant une expérience professionnelle de recherche d’environs trois ans en moyenne, concrétisée par la rédaction d’un ouvrage appelé la thèse. Le doctorat est délivré suite à l’évaluation de la thèse, et d’un exposé (soutenance de thèse) par un jury de personnalités scientifiques. Les modalités précises de cette évaluation dépendent du pays, et parfois aussi de l’université ou de la discipline.
Dans la plupart des pays, il faut être docteur pour avoir un poste de chercheur ou d’enseignant-chercheur.
Voir l’article détaillé Doctorat.
En France existe également un diplôme post doctoral nommé « habilitation à diriger la recherche » (HDR), délivré à l’issue de la rédaction d’un mémoire et d’une soutenance, selon une procédure plus légère que celle du doctorat.
Publication scientifique
Les chercheurs scientifiques publient leurs découvertes dans diverses catégories de publications:
- les revues de publications scientifiques à comité de lecture (citons notamment Nature, Science), et les comptes-rendus de conférences à comité de lecture (notamment en informatique) : la publication y est soumise à l’avis conforme d’un comité de personnalités scientifiques ;
- les revues et comptes-rendus de conférences sans comité de lecture ;
- les magazines scientifiques, et les magazines de vulgarisation scientifique (Science et Vie, etc.);
- les ouvrages scientifiques ou éducatifs.
Le terme de « publication scientifique » ne recouvre normalement que le premier cas, c’est-à-dire de publications techniques évaluées par un comité scientifique, dirigées vers un public de spécialistes. Le grand public ne lit jamais ces publications.
L’évaluation des publications scientifiques est difficile. Dans le cas de sciences expérimentales, l’article soumis à publication est censé décrire précisément l’expérience menée, afin de permettre sa reproduction par d’autres scientifiques. Cependant, les personnes qui évaluent les articles n’ont pas le temps et les moyens matériels de refaire l’expérience; en conséquence, d’éventuelles erreurs ne seront le plu souvent découvertes qu’a posteriori. Souvent, la description donnée dans l’article est insuffisante pour la reproduction à l’identique de l’expérience. Dans le cas de sciences mathématiques, la vérification des preuves fournies ne peut pas toujours être faite dans un degré tel de détail que toutes les erreurs pourraient être trouvées.
La productivité scientifique d’un chercheur est en grande partie mesurée à la quantité d’articles qu’il publie. Aux États-Unis, notamment, cela a pris l’aspect de publish or perish : publier ou périr. Une conséquence critiquable de cette façon d’évaluer la recherche est l’inflation de la quantité de publications scientifiques ; un chercheur peut avoir intérêt à multiplier les publications, parfois d’intérêt médiocre, pour allonger sa liste de publications. Pour cette raison, des procédés d’évaluation plus fins que le simple comptage ont été proposés (indices de citation, etc.).
Toutes les revues et conférences n’ont pas le même impact et la même notoriété, ni le même sérieux pour la sélection de leurs articles.
| pays | |
|---|---|
| États-Unis | 265 |
| Japon | 98 |
| Allemagne | 55 |
| France | 32 |
| Royaume-Uni | 27 |
| Italie | 14 |
Les dépenses de recherche-développement par pays : source : l’état du monde 2004
| pays | |
|---|---|
| Suède | 4,25 |
| Japon | 3,90 |
| Finlande | 3,40 |
| Islande | 3,04 |
| Corée du Sud | 2,96 |
| États-Unis | 2,82 |
| Suisse | 2,64 |
| Allemagne | 2,50 |
| France | 2,20 |
Évaluation de la recherche
Elle est, par essence, difficile, le chercheur ne produisant rien de tangible.
Dans le cas de chercheurs du monde universitaire ou de la recherche publique, on évalue la qualité de la recherche notamment au regard de la quantité et la qualité de leurs publications scientifiques. En général, les chercheurs sont évalués par leur pairs.
Une autre façon de « valoriser » sa recherche est le dépot de brevets sur ses découvertes.
Les organismes de recherche scientifique
Dans la plupart des pays du monde, la recherche scientifique est faite par quatre type d’organismes :
- les organismes de recherche publics, comme en France le CNRS ou l’Inserm ;
- les organismes publics ou privés d’enseignement et de recherche, les universités ;
- les sociétés privées à but non lucratif (tels que SRI International), fondations de recherche (tels que le Wellcome Trust) ;
- les sociétés privées, dans le cadre du développement de leurs produits (électronique, automobile, industrie pharmaceutique, industrie agro-alimentaire...).
L’ensemble de ces organismes peut recevoir des subventions des états et collectivités locales pour financer leur recherche. Certains états ont des structures importantes pour distribuer ces subventions ; citons aux États-Unis la National Science Foundation et la DARPA.
Les apports de la recherche scientifique
D’une manière générale, la recherche scientifique est porteuse de progrès technique qui permet une amélioration des conditions de vie. Par ailleurs, en apportant un modèle du monde, elle aide à combattre les idées reçues et les manipulations.
C’est aussi un instrument primordial du développement social et économique d’un pays. En effet, la recherche est porteuse d’innovation et permet aux entreprises de faire évoluer leurs produits et services pour rester compétitifs. Par ailleurs, les chercheurs au sein de l’université ont une activité de formation ; étant toujours à la pointe des techniques et des savoirs, ils peuvent former des personnes qui sauront s’adapter aux évolutions des techniques, et qui seront elles-mêmes porteuses d’innovation au sein des entreprises.
Enfin, les chercheurs constituent un réservoir d’experts, qui peuvent participer à la résolution de problèmes ponctuels et réagir à des situations inattendues (participation à la manifestation de la vérité dans les enquêtes de police, mise en place de mesure pour combattre les épidémies...).
La recherche scientifique apporte donc non seulement des innovations technologiques, thérapeutiques, économiques... mais aussi un service (formation, expertise, normalisation).
Production alimentaire
La recherche scientifique a révolutionné l’agriculture et multiplié par deux la production mondiale de céréales entre 1950 et 1971. Cette augmentation résulte d’une combinaison de génétique, de botanique, de chimie et d’ingénierie.
Santé
De même, la science nous a permis d’améliorer notre compréhension du fonctionnement du corps humain et a contribué à augmenter notre espérance de vie dans les pays industrialisés. En 1693, l’astronome anglais Edmond Halley publia une étude portant sur l’espérance de vie dans la ville allemande de Breslau qui montre que sur 100 enfants, la moitié dépassait les 10 ans et seulement 11 atteignaient l’âge de 70 ans. Masaccio, Mozart et Schubert moururent respectivement à l’âge de 27 ans, 35 ans et 31 ans bien que d’autres grands hommes aient vécu plus longtemps. De plus, la tuberculose, la variole, la poliomyélite, la méningite et la pneumonie ont quasiment disparu dans les pays industrialisés (ceci étant également dû à une meilleure hygiène et un meilleur niveau de vie eux-même atteints grâce aux découvertes scientifiques).
Ces progrès se sont bien entendu portés sur les traitements (vaccination, médicaments, chirurgie, et maintenant thérapie génique) mais aussi sur l’organisation (médecine d'urgence, Samu), l’hygiène et la prévention (éducation à la santé, services vétérinaires pour la surveillance des aliments, traitement des eaux...).
Les études sur le comportement (sociologie, psychiatrie, psychanalyse, psychologie) ont permis de mieux comprendre les maladies mentales, les névroses et les psychoses. On est passé d’un statut de « fou » (enfermé dans des asiles et soumis à des traitements dégradants) à celui de « patient ».
Production d’énergie
La force et la résistance humaine étant limitées, les humains ont recours à outils et à des machines qui permettent d’effectuer plus efficacement les tâches (plus rapidement, avec une plus grande ampleur, avec une plus grande sécurité...). Le passage du travail d’origine animale (animaux de bât, de trait) et des moulins (à eau et à vent) à la machine a été rendu possible grâce à la possibilité de produire de l’énergie.
Les deux révolutions industrielles ont été permises par la découverte de modes de production d’énergie maîtrisée : la machine à vapeur et les énergies fossile (charbon, pétrole).
La découverte de l’électricité ou de la transmission hydraulique ou pneumatique a permis de séparer le lieu de production d’énergie (centrale) et le lieu de son utilisation (domicile, usine).
La découverte de la radioactivité au début du XXe siècle a fourni une nouvelle source d’énergie thermique (transformée en électricité), qui a permis notamment à certains pays, comme la France, de diversifier ses fournisseurs de matière première et a donc joué un rôle important sur la politique extérieure (indépendance vis-à-vis des producteurs de pétrole), et de réduire la pollution atmosphérique, au prix d’une augmentation des risques et d’un problème jusqu’ici non résolu de traitement des déchets et des centrales désaffectées.
Actuellement, de nombreuses recherches et expérimentations sont menées sur les énergies dites « renouvelables » (éolienne, solaire) en plus de celle déjà maîtrisées (barrages hydrauliques, usine maréemotrice de la Rance). On mène également des recherches sur la fusion nucléaire.
Niveau de vie
Grâce aux autres domaines scientifiques, nous pouvons bénéficier d’un meilleur niveau de vie (le taux d’illettrisme a diminué au cours du 20e siècle).
Les controverses autour des applications de la science
Les résultats scientifiques, de part les technologies qu’ils permettent de concevoir, ont pris une grande importance dans les sociétés industrielles développées. Pour cette raison, elles subissent diverses critiques liées à ces applications, notamment celles qui sont liées à un aspect de la société particulièrement cible de critiques politiques (relations économiques, activités militaires).
Les applications militaires de la science
Les moyens militaires modernes reposent souvent sur des technologies de pointe, parfois résultant de développements scientifiques récents. Un exemple célèbre de développement scientifique, technologique et militaire combiné est le Projet Manhattan, par lequel les États-Unis ont développé l’arme nucléaire au cours de la Seconde Guerre mondiale. L’intégration de la science, de la technologie, des moyens industriels et des utilisateurs militaires a d’ailleurs parfois été appelée complexe militaro-industriel (d’après l’expression du président américain Dwight Eisenhower).
On critique la participation de la science à l’industrie militaire sur plusieurs points :
- Toute découverte scientifique peut, potentiellement, déboucher sur une application militaire.
- Par les financements qu’elle procure, l’industrie de l’armement influence la direction des recherches menées, peut remettre en jeu leur objectivité, et les détourne d’activités plus productives.
- Pour certains, l’excitation de la découverte et la concurrence entre chercheurs amène les scientifiques à se concentrer sur les tâches qu’ils ont à accomplir et à ignorer les perspectives à long terme. C’est ainsi que certains scientifiques du Projet Manhattan ont exprimé des regrets après coup.
Les directions économiques
Le financement de la recherche, notamment par l’industrie privée, tend à favoriser les directions permettant la création de technologies pour un marché solvable.
On accuse notamment l’industrie pharmaceutique
- de favoriser la recherche sur les maladies touchant les pays développés, même si celles-ci sont relativement bénignes, tandis que les maladies des pays les plus pauvres sont ignorés, car le marché correspondant est non solvable ;
- de favoriser la création et l’utilisation de nouvelles molécules, vendues à des prix élevées, et aux effets secondaires parfois mal maîtrisés, au détriment de l’utilisation de médicaments génériques.
De la même façon, on accuse les industries agronomiques d’ignorer les risques éventuels des OGM et l’impacts socioéconomique de leur diffusion dans les pays peu développés, dans le but d’augmenter ces profits.
Remarquons que ces critiques ne portent pas sur la recherche scientifique en tant que telle, mais sur sa direction et l’usage de ses résultats par le système économique. Cependant, elles s’accompagnent généralement d’une critique du système scientifique et des scientifiques :
- le financement industriel remettrait en cause l’objectivité des scientifiques: ceux-ci seraient tentés de gauchir leurs résultats afin de soutenir les thèses leur garantissant un meilleur financement;
- d’après certaines critiques, les scientifiques devraient d’eux-mêmes remettre en cause les applications qui sont faites de leurs découvertes, décidées par le système économique et le pouvoir politique.
Critiques de la recherche scientifique
Critiques morales
Certaines religions réprouvent l’orgueil humain qui le pousse à tenter de devenir omnipotent et omniscient. Il s’agit des dangers de l’hybris (la démesure), dénoncée dans de nombreux ouvrages fantastiques et de science-fiction, à commencer par Frankenstein de Mary Shelley (et de manière générale les avatars du Faust de Goethe).
Heidegger reproche surtout la perte de certaines valeurs et le fait que le progrès nous éloigne de la nature, de l’unité. C’est l’arraisonnement de l’homme par la technique bien que l’on puisse aussi penser que l’on se reconnaît dans son œuvre et par là que la technique est plutôt humanisante.
Certains prétendent que les découvertes scientifiques biologiques et informatiques menacent le concept d’humanité. Peuvent également être rattachés à cette attitude certaines critiques du génie génétique et des OGM, qui accusent les scientifiques de s’être arrogés un droit, le droit de créer de nouveaux types d’êtres vivants, qui ne devrait pas appartenir à un humain.
Élitisme intellectuel supposé
On critique parfois le monde scientifique pour l’usage d’un vocabulaire abscons et l’incapacité à rendre les contenus scientifiques accessibles. Cette critique se double d’accusations de faible qualité réelles des concepts et des résultats, masquée par l’usage d’un vocabulaire complexe.
En 1996, un article fut publié dans la revue Social Text dont le titre était : Transgresser les frontières : vers une herméneutique transformative de la gravitation quantique. Son auteur, Alan Sokal, révéla par la suite, qu’il s’agissait d’une parodie et qu’il voulait s’attaquer à l’usage intempestif de terminologie scientifique et des extrapolation abusives des sciences exactes aux sciences humaines.
On par exemple citer une partie de l'œuvre de Jacques Lacan. Lors d’un congrès sur Les Langages critiques et les sciences de l’homme, qui s’est tenu à l’université Johns Hopkins en 1966, Lacan developpa les corrélations existantes entre les figures géométriques et les différents types de névroses. Sa discussion est considéré par plusieurs scientifiques comme du simple verbiage (indépendamment de la façon dont ils considèrent le reste de l'œuvre de Lacan).
- Ce diagramme [le ] peut être considéré comme la base s’une sorte d’inscription essentielle à l’origine, dans le nœud qui constitue le sujet.
Accusations de conservatisme
D’après le professeur Giovanni Busino : Le monde de la recherche est un ensemble de praticiens et de théoriciens [qui] est peu favorable à l'innovation et au changement, il fonctionnarise les rôles et les attentes relatives.
On accuse parfois la communauté scientifique d'un certain conservatisme : d'après ces critiques, la communauté scientifique (donc, les comités éditoriaux de revues etc.) n'accepteraient que les résultats ne contredisant pas ses dogmes principaux. Cette critique prend souvent la forme d'une critique d'une « science officielle » qui étoufferait les initiatives non orthodoxes. On la retrouve notamment chez les partisans de médecines alternatives.
Controverses scientifiques
Scientifiques au cœur de polémiques
Il arrive que des scientifiques se retrouvent au cœur de vives polémiques. C’est en particulier le cas du secteur médical ou du secteur pharmaceutique, probablement en raison des sommes fréquemment en jeu.
L’homéopathie est l’un de ces domaines polémiques. Les prescriptions sont très précises et les médicaments assez particuliers. Le principe actif (lui-même toxique) subit 15 dilutions successives : la proportion de principe actif dans le médicament final équivaut à une goutte pour un volume de d’eau égale à 50 fois le volume de la terre. Il semble que les résultats (selon les études) sont meilleurs qu’avec des médicaments placebos et c’est ce qui poussa le professeur français Benveniste à entreprendre des recherches sur la mémoire de l’eau. Cependant, de nombreux scientifiques dénoncent ce qu’ils estiment être des supercheries.
Il existe d’autre exemple :
- le physicien Terence Meaden tenta de démontrer l’existence de mini-tornades capables de créer des œuvres d’art dans les champs de céréales
- l’astrophysicien Jean-Pierre Petit affirma que ses recherches cosmogoniques lui avaient été inspirées par des courriers reçus d’un groupe d’extraterrestres.
La fraude scientifique
La fraude scientifique peut prendre de multiples formes :
- invention pure et simple de résultats scientifiques, avec parfois fabrication de faux matériels ;
- rectification ou sélection de résultats expérimentaux, afin de faire paraître meilleure la force de prédiction d’une théorie ;
- plagiat d’autres scientifiques.
D’autres comportements, sans prendre le caractère d’une fraude, s’en rapprochent : ainsi, la présentation d’un résultat scientifique pour ce qu’il n’est pas, la présentation du même résultat dans plusieurs publications, etc.
Son but est le plus souvent de permettre la construction d’une notoriété scientifique, mais d’autres raisons peuvent apparaître (justification de financements etc.).
La principale cause de la fraude scientifique est le fait que la carrière des chercheurs dépend de leurs résultats : recrutements, promotions etc. se font le plus souvent au vu de la production scientifique, c’est-à-dire essentiellement des publications scientifiques. Il peut donc être tentant d’augmenter artificiellement ce nombre. Les équipes et laboratoires sont en concurrence, et chacun essaye d’apparaître comme le meilleur.
Les publications scientifiques sont évaluées par d’autres scientifiques, lesquels ne peuvent le plus souvent pas reproduire les expériences des candidats à la publication. L’évaluateur peut ainsi se trouver dans la position inconfortable de
- soit refuser une publication au motif qu’elle propose des résultats peu crédibles (car trop éloignés de l’état de la science), au risque de se voir taxer de jalousie, conservatisme ou de refus des théories alternatives ;
- soit l’accepter, au risque qu’elle soit basée sur des résultats erronés.
Il est rare qu’une fraude soit détectée au moment de l’évaluation. Par ailleurs, dans la plupart des cas, les erreurs dans les publications scientifiques sont commises de bonne foi.
La justice intervient rarement dans des affaires de fraude scientifique ; cela arrive cependant parfois, notamment dans des affaires médiatisées où l’un des participants accuse l’autre de diffamation. Cependant, les organismes de recherche ou les universités peuvent être pourvues d’instances disciplinaires pouvant sanctionner professionnellement un manquement grave à la probité scientifique. Ces dernières années, un certain nombre de fraudes ont défrayé la chronique.
La fraude scientifique remonte aux débuts de la recherche. Galilée a par exemple exagéré des résultats expérimentaux. Des analyses statistiques ont montré Mendel, le père de la génétique moderne, a probablement arrangé des résultats, sans doute en omettant des données jugées trop éloignées du résultat attendu. Même Isaac Newton a fait intervenir un facteur correctif dans ces théories pour augmenter son pouvoir de prédiction.
Quleques exmples de fraudes célèbres :
- Lyssenko a truqué ses résultats pour étayer sa théorie de la transmission héréditaire des caractères acquis.
- Le crâne de l’homme de Piltdown, représentant à une époque le chaînon manquant entre les singes et les hominidés, était en fait une machoire de singe sur un crâne humain.
Éthique
Un scientifique peut être amené, dans le cadre de ses activités professionnelles, a trancher des questions ayant un contenu moral ou éthique. Cela peut concerner :
- la pratique même de ses activités de recherche : il en est notamment ainsi des pratiques d’expérimentation médicale sur les êtres humains, ou dans une moindre mesure sur les animaux ;
- les conséquences technologiques, puis humaines, des découvertes faites : un cas célèbre est la mise au point de l’arme nucléaire.
En 1955, le manifeste Russell-Einstein donna naissance au mouvement Pugwash, dont les conférences ont voulu être la conscience morale des scientifiques.
Les activités biomédicales sont particulièrement concernées par les problèmes éthiques ; citons ainsi, notamment, la controverse autour des techniques de clonage et de leur hypothétique application à la personne humaine. En 1994, l’unité de bioéthique de l’UNESCO recensait plus de deux cents comités d’éthique nationaux.
Aujourd’hui les grands thèmes de réflexion éthique sont:
- Les limites de la science (maîtrise du savoir);
- La déontologie du chercheur;
- Les institutions.
La bioéthique est un débat actuel et regroupe les oppositions existantes par exemple sur la possibilité d’utiliser des embryons pour des expériences scientifiques.
Voir éthique, bioéthique
Raison d’être de la recherche scientifique
La recherche scientifique, en général, est nécessaire à l’élaboration des connaissances scientifiques ; la question de son intérêt revient donc à la question de l’intérêt de la science. Il existe par ailleurs d’autres raisons, sociétales ou personnelles, à la poursuite de recherches dans tel ou tel domaine.
Nécessité de la recherche pour l’élaboration des connaissances scientifiques
La science essaie de modéliser la nature, essentiellement pour en prédire le comportement, et pour créer des objets nouveaux (outils, services, organisation...).
Un modèle étant une construction de l’esprit, plusieurs personnes peuvent élaborer un modèle différent pour le même phénomène. L’idée de base des sciences est que ce sont les faits qui arbitrent le débat ; un modèle n’est acceptable que s’il permet de représenter la réalité.
Au sein des sciences, la raison d’être de la recherche est donc double :
- produire des modèles : rechercher les liens de cause à effet entre les phénomènes, classer, définir des hypothèses simplificatrices...
- déterminer la pertinence de ces modèles, leur adéquation avec la réalité, confirmer ou infirmer les hypothèses simplificatrices.
Il n’y a donc pas de science sans recherche, se poser la question de la pertinence de la recherche, c’est se poser la question de l’utilité de la science.
Les autres raisons d’être de la recherche scientifique sont traitées dans la section Les motivations.
Motivations sociétales
Les motivations sont souvent politiques, stratégiques, sociales, culturelles, économiques ou morales. Il est risqué de deviner les motivations d’une recherche car les applications d’une découverte scientifique sont souvent très éloignées des motivations initiales des chercheurs et la psychologie des scientifiques (comme de n’importe quel autre être humain) est complexe et souvent mal connue de l’intéressé(e).
Politiques et stratégiques
Par exemple, la course à l'armement, le programme spatial, la recherche sur la bombe atomique.
Économiques
Par exemple, la recherche pharmaceutique, agricole, les études sociologiques appliquées aux techniques de ventes.
Sociales
Par exemple, les recherches médicales sur le paludisme ainsi que sur les autres maladies.
Culturelles
Par exemple, saisir le phénomène de la création artistique. La nomenclature et l’analyse des productions issues des « fous littéraires », les créations artistiques générées par contrainte volontaire (Ouxpo), ou les travaux de l’International School of Theatre Antropology (ISTA)
Motivations personnelles
- Conscience de l’approche de la mort et volonté d’améliorer son niveau de connaissance (comme dans le cas de Descartes)
- Identité sociale
- Appartenir à une élite intellectuelle. Cela peut inciter à mystifier artificiellement une compétence par l’usage d’une terminologie scientifique inutile (voir la section Controverses).
- Plaisir de maîtriser une connaissance
- Attrait de l’inconnu et désir de nouveauté
- Plaisir personnel
Voir Passion.
Annexes
Articles connexes
- Découvertes scientifiques
- Scientifiques célèbres
- Scientifiques, par ordre chronologique
- Université
- CNRS
- Organisme public civil de recherche français
- Pôle de compétence
- recherche fondamentale
Liens externes
Bibliographie
- Giovanni Busino, Sociologie des sciences et des techniques, Que sais-je ? 3375, 1998. ISBN 213049241X.
- Gérard Toulouse, Regards sur l’éthique des sciences, Hachette Littératures, 1998. ISBN 2012352812.
- Max F. Perutz, La science est-elle nécessaire ?, Éditions Odile Jacob, 1991. ISBN 2738100856.
- Gaston Bachelard, La formation de l’esprit scientifique. ISBN 2711611507.
- Albert Einstein, Comment je vois je monde. ISBN 2080811835.
- William Broad, Nicholas Wade, La souris truquée, Editions du Seuil, 1982. ISBN 2020217686, ISBN 2020096404.
- Alan Sokal, Jean Bicmont, Impostures intellectuelles, 2° éd. Le livre de poche/Odile Jacob 1999. ISBN 2738105033.
- Henri Atlan, La science est-elle inhumaine ?, Bayard, 2002. ISBN 2227020040.
- Edgar Morin, Science avec conscience, Editions du Seuil, 1990. ISBN 2020120887.
