Quotient intellectuel
Le QI ou Quotient Intellectuel désigne le résultat à un test psychométrique de mesure d’efficience mentale.
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5.1 Limitations |
Construction des tests
On distingue :
- le QI Classique (ou « en âge mental »). C’est le rapport entre l'âge « mental » que donne le résultat du test sur l'âge réel, multiplié par 100. Ainsi un enfant de 10 ans montrant les mêmes résultats que la moyenne des enfants de 12 ans a « douze ans d'âge mental » et un QI de 120 = (12 / 10) * 100).
- le QI par rang qui correspond au rang auquel se situe une personne relativement à une population représentée par une Loi normale (Courbe de Gauss).
Les tests sont étalonnés lors de leur conception pour que les résultats suivent une courbe à peu près en cloche, pour laquelle toutefois rien n'autorise à parler de courbe de Gauss, celle-ci étant associé au hasard, doit la présence est en la matière hypothétique. L'étalonnage fixe par construction la Moyenne (ou Espérance) et l'écart type. Tous les tests fixent la moyenne à 100, par contre il existe des variantes sur l'écart-type : il est le plus souvent de 15 (on parle alors de QI Standard), parfois de 16 ou de 24.
Le QI obtenu dépend bien évidemment du type de test utilisé : un QI de 115 dans un test par rang avec Moyenne de 100 et Ecart-Type de 15 correspond à un QI de 124 dans un autre test par rang avec Moyenne de 100 et Ecart-Type de 24. Par convention, quand aucune autre précision n’est apportée, le QI considéré est le QI Standard (M=100, SD=15). Attention cependant : tous ne respectent pas cette convention (voir Mensa).
Par construction, ce procédé est criticable, notamment par rapport à l'échantillon de population qui sert à l'étallonage : si on le prend dans un lieu (un pays, une région, ...) et à une époque précise, on risque de rendre sensible le test à des phénomènes culturels (plus ou moins grande familiarité préalable avec les notions utilisée par le test, par exemple), avec le risque de tirer des conclusion érronées lorsqu'on utilise le test plus tard ou dans un autre pays ; si on élargit la population de référence dans le temps et l'espace, on risque d'introduire une inhomogénéité produisant d'autres biais.
Dans la pratique, si le QI constitue un indicateur, un repère valable de quelque chose (en deux heures d’entretien avec une personne, il n’arrive pour ainsi dire jamais qu’on confonde un QI de 140 et un de 110), il lui manque les trois caractéristiques qui définissent un instrument de mesure dans le monde scientifique :
- chiffrage de la précision
- chiffrage de la justesse
- chiffrage de la sensibilité
Cela ne supprime pas pour autant l’intérêt de ce type de tests, mais rappelle qu’ils n’ont pas dans leur état actuel le caractère précis de la mesure d’une température ou d’une longueur.
Historique simplifié
- Fin XIX° : Débuts de la psychologie scientifique. De nombreux chercheurs s’intéressent à la mesure de l’intelligence. Le plus avancé sur le sujet est l’anglais Sir Francis Galton, un cousin de Charles Darwin, qui ne parviendra cependant pas à mettre en place un test utilisable. Galton, inventeur du terme eugénisme, publie son livre L’intelligence héréditaire, la raison de ses travaux étant de montrer que celle-ci est justement héréditaire, et d’en tirer la conséquence pour l’amélioration de l’espèce humaine.
- 1904 : L’Anglais Charles Spearman reprend les travaux de Galton, et par l’analyse factorielle découvre un Facteur Général qu’il nomme Intelligence Générale (c’est le Facteur g, avec g en basse casse italique)
- 1905 : Les français Alfred Binet et Théodore Simon, travaillant à la demande de l’état sur un moyen de détecter d’avance les élèves faibles scolairement mettent au point le premier test utilisable.
- 1912 : L’allemand Wilhem Stern a l’idée de faire le rapport entre les résultats obtenus au Binet-Simon et l’âge réel, et invente le terme « Quotient Intellectuel ». Le problème est bien sûr que ce QI n'est applicable qu'aux enfants, et à la limite, aux adultes handicapés mentaux .
- 1926 : La psychologue Catherine Morris Cox utilise les informations biographies sur l’enfance de personnes célèbres pour estimer a posteriori leur QI. Cette étude amusante sera souvent citée.
- 1939 : L'états-unien David Wechsler invente la mesure par rang (utilisation de la Loi Normale) qui permet l'utilisation sur les adultes. Le terme Quotient est cependant conservé.
- 1961, en France : un jeune travailleur agricole nommé Jean Frêne se voit créditer aux trois jours de sélection militaire d'un QI exceptionnel. L'affaire remonte au ministère des Armées (= de la Défense) qui lui accorde un sursis et une bourse : cinq ans plus tard, Jean Frêne décroche son diplôme d'ingénieur et embraye directement sur un doctorat. Il est actuellement (2004) professeur à l'université de Poitiers (chaire de tribologie). Cette affaire popularisera l’intérêt de la notion de QI en France.
- 1963 : le jeune Alexandre Boviatsis, lui aussi crédité d’un important QI et dont la mère assure pour cette raison l’éducation, obtient son « premier bac » (nom de la partie du baccalauréat située à l’époque à la fin de la classe de première) à 13 ans 1/2.
Quelques résultats et quelques erreurs communes
Hérédité
- Les premières études de Eysenck sur le sujet de vrais jumeaux élevés séparément et qui étaient censées démontrer le côté essentiellement héréditaire du QI ont été invalidées (pour être plus précis, on l’a explicitement accusé d’avoir donné un coup de pouce à ses résultats, écartant ceux qui ne confirmaient pas son hypothèse).
- Des études faites sur des enfants en orphelinats dont on connaissait le niveau des parents de leur vivant suggèrent bien une corrélation liée essentiellement à l’hérédité, mais compte-tenu des conditions de l’expérience il ne peut en être autrement : les enfants des orphelinats étant par définition dans le même type d’environnement, celui-ci ne peut pas intervenir beaucoup pour différencier leurs résultats. On ne peut pas en conclure que l'environnement n'a aucun impact sur le développement de l'intelligence, c'est d'ailleurs évidemment faux.
« Retour à la moyenne »
Une autre « loi » avancée par Eysenck, et très citée par Cyril Burt était celle dite « du retour à la normale » : les enfants auraient toujours un QI intermédiaire entre celui de leurs parents et celui de la population. Elle est évidement absurde : la variance du QI se réduirait de façon visible de génération en génération et serait devenue nulle depuis le temps qu’il y a des générations. Si cette remarque a été opposée à Eysenck ou à Burt, ils ne semblent pas en avoir tenu compte.
« Courbe en cloche »
Si les tests de QI fournissent des courbes en cloche, c’est tout simplement parce qu’ils sont... construits et étalonnés pour le faire : ils comportent un petit nombre de questions très difficiles (pour débusquer les capacités exceptionnelles), un petit nombre de questions très simples (pour identifier rapidement les personnes ayant un retard intellectuel) et le gros des autres questions sert à départager l’immense majorité de ceux qui sont dans la moyenne. La loi de Gauss ne s’y applique ni plus ni moins qu’à toute information bruitée.
Il n'y a donc pas lieu de s'émerveiller en voyant la courbe des résultats, et surtout il serait érroné d'en tirer la moindre conclusion quantitative (par exemple : les gens deux fois plus intelligent que la moyenne représente x % de la population).
QI de machines ?
On peut programmer assez facilement un ordinateur en LISP ou en SLIP pour lui faire compléter quelques petites séries simples analogues à certaines rencontrées dans des tests de QI :
1 3 5 7 ... 1 5 11 19 ... 1 15 3 12 5 ...
(Les réponses 9, 29 9 sont trouvées par des programmes dont le listing ne dépasse pas trois pages.)
Voir toutefois la question plus ardue du Test de Turing.
Réserves sur le QI
Limitations
- Le test de QI ne mesure pas l’ouverture d’esprit et la créativité, la capacité à dépasser un problème pour le placer dans une perspective plus générale, qui joue pourtant un rôle important dans beaucoup de travaux intellectuels.
- Il est en revanche très influencé par la motivation : les problèmes posés sont souvent fastidieux en raison de leur caractère répétitif et coupé dans une certaine mesure du réel. Le problème se complique du fait que l’intelligence répugne en général à la répétition. On se souvient d’Évariste Galois refusant de répondre à une question au motif qu’il la trouvait trop facile et inintéressante.
- Il concerne des problèmes clos posés de façon explicite, ce qui ne correspond qu’à une partie limitée des questions où ce que nous nommons « intelligence » se montre utile. Il est fréquent que la vraie difficulté intellectuelle d’une tâche soit d’arriver à bien poser le problème plutôt que le résoudre une fois posé; cette dernière tâche peut même dans certains cas être accomplie par une machine.
- Étalonnage : Comment étalonner les extrèmes ? Il apparaît très difficile d’estimer le réel potentiel des personnes manifestant un QI très élevé (ou très bas, dans une moindre mesure). La principale raison réside bien entendu dans la faiblesse de l’échantillon disponible à ce niveau. Quand un enfant sur 3000 environ obtient un QI supérieur à 150 au WISC, il devient très difficile d’établir un nouveau test pour ceux-ci (il faudrait d’abord constituer un échantillon valable, ce qui est très délicat). Ainsi, les bêta-testeurs des tests réservés aux THQI (personnes à très haut qi) se sont-ils, en fait, auto-évalués.
- Limites de la modélisation par la Loi normale : voir la (Courbe de Gauss), qui sert à étalonner les tests (et vice versa)
Que mesure-t-il ? Qu'est-ce que l'intelligence ?
- Qu'est-ce que l'intelligence ? « Je nomme ainsi ce que mesurent mes tests », aurait, dit-on, répondu (ironiquement ?) Alfred Binet. Il n’y a pas actuellement consensus autour de la définition même d’intelligence, même du côté des extrêmes : on discute par exemple de l'intelligence des animaux. Si quelques individus semblent supérieurement intelligents, géniaux, on est sûr que la société ne repère pas tous les individus de ce type, qui ne sont donc pas si évidents à distinguer. Si on veut décrire mathématiquement des degrés d'intelligence, il semble donc qu'on doivent se contenter au mieux, d'un préordre, et non d'une relation d'ordre total.
Mais même sans définition satisfaisante, le consensus est que les tests de QI ne donnent une image (floue) que d'une partie de ce qu'on entend communément par « intelligence ». Par exemple, les capacités intellectuelles plus difficiles à appréhender que la résolution rapide d’un problème logique donné sont souvent déterminantes dans la vie réelle et ne sont pas prises en compte dans le test.
- L'expression, à l'aide d'un résultat chiffré de l'intelligence d'une personne ne permet pas d'en appréhender de manière détaillée les différents aspects. C'est une sorte de moyenne, le facteur g (comme « général »). Des individus particulièrement doués, voire géniaux, dans un domaine, peuvent être peu compétents dans d’autres : que l’on pense par exemple à Ampère, Chasles, ou à cet archétype du distrait représenté par le savant Cosinus. Prendre en compte les dimensions multiples de l’intelligence peut représenter une voie pour l’établissement des futurs tests visant plus à l’orientation qu’au classement.
Le quotient intellectuel constitue en fait surtout un classement d’un individu par rapport à une population donnée, et ne renseigne QUE sur son écart par rapport à la norme. Il ne s'ensuit pas que cette information soit pour autant dénuée d'utilité.
La mesure du QI n’est pas indépendante du contexte socio-culturel
- Il est indéniable que les résultats obtenus lors de la passation de tests culturels sont influencés par ce type de facteurs. Des études ont montré que les résultats au QI des immigrants s’élevaient 5 ans après leur arrivée dans leur pays d’adoption.
- Les résultats obtenus lors de la passation de tests réputés « aculturels » sont aussi influencés par les facteurs culturels. Certains psychologues utilisent, par exemple, les matrices progressives de Raven, test réputé « aculturel ». Celles-ci, qui consistent en une successions d’items du style « de l’image, rien que de l’image », ne font pas appel aux connaissances ou au vocabulaire. Cela permettrait de tester de la même manière tout le monde... Mais, paradoxalement, dans les pays où le taux de scolarisation augmente, l’augmentation des performances n’a pas lieu où on croit : L'effet Flynn est le nom qu’on donne à l’accroissement lent et inexorable du rendement moyen à des tests de type Q.I. que l’on observe depuis 100 ans dans les pays industrialisés. Ce sont les tests les plus liés aux matières scolaires qui connaissent les plus faibles progressions. MAIS, paradoxalement, l’accroissement de la scolarité, et le niveau scolaire, est un facteur qui joue dans l’augmentation des scores aux tests aculturels !
Philippe Dumas défend l’idée que l’exposition intensive des tout jeunes aux objets des TIC (Technologie de l’Information et de la Communication) est un des facteurs-clé de l’effet Flynn.
Pour Francis Heylighen, utiliser les appareils du quotidien, tels que les fours à micro-ondes et les thermostats, exige un type plus abstrait de raisonnement. Une plus grande complexité de la vie est susceptible de stimuler une plus grande complexité d’esprit. L’utilisation croissante des ordinateurs dans l’éducation est susceptible d’augmenter la connaissance générale, le raisonnement abstrait et l’agilité intellectuelle.
Anecdotes
Quelques avis convergents
Ibuka Masaru
Un des deux fondateurs de la société Sony, M. Ibuka Masaru, a beaucoup insisté lui aussi sur le fait que l’on s’occupait mal (y compris au Japon, pourtant bien placé en ce domaine) de l’éveil intellectuel des très jeunes enfants. Il a consacré au sujet un livre, traduit en France sous le nom Tout se joue avant la maternelle.
Jean-Charles Terrassier
Le psychologue niçois Jean-Charles Terrassier a consacré l’essentiel de sa vie à la question des enfants dits surdoués et aux conditions familiales qui ont permis leur éveil. Il s’impliqua dans une association pour aider ces enfants, l’ALREP (Association nationale et internationale de Loisirs, de Rencontres et d’Éducation pour les enfants et adolescents intellectuellement Précoces), et dans la mise en place d’une école à leur usage. Un ministre de l’Education, Lionel Jospin fit fermer celle-ci.
Bertrand Russell
"M. Watson (voir behaviorisme) estime qu’il n’y a nul besoin de mesurer par des tests l’intelligence d’un homme, puisque selon la définition qu’il en donne cette intelligence est très précisément indiquée par son revenu. Je m’avoue pour ma part incapable de partager cet avis, mais - mes propres revenus étant modestes - mon point de vue ne sera probablement pas considéré par lui comme bien intéressant" (Essais sceptiques).
Un avis sur le quotient intellectuel... par Fidel Castro
« Un pays frère, le Venezuela, a eu un jour la bonne idée de créer un ministère de l’Intelligence. Oh, on a beaucoup ri de ce ministère et de son ministre ! Je crois que j’ai été un des rares dans le monde à ne rire d’aucun des deux, et j’ai même eu l’occasion de discuter avec le ministre de ses théories selon lesquelles l’intelligence se développe dans les premières années de vie, pendant une période donnée. Certains chercheurs ont même mis au point des techniques pour élever le quotient intellectuel, parce que ces être humains que nous sommes possèdent une capacité mentale qui n’est pas négligeable. En tout cas, l’appareil est installé dans nos têtes. Mais on dit que l’homme n’utilise en fait que 10 ou 12 p. 100 de sa capacité intellectuelle. Et les tests prouvent que certaines méthodes d’enseignement aident à en utiliser 15 ou 16 p.100, ou plus. Alors, gare aux menteurs, gare aux escrocs, gare aux exploiteurs, quand l’homme – et pourvu qu’il y arrive - parviendra à utiliser 50 p.100 de sa capacité intellectuelle ! »
Hélas, la raison pour laquelle a surgi la rumeur que « nous n’utilisons que (10, 15, 20)% de notre cerveau pour penser » remonte à une découverte de l’entre-deux-guerres selon laquelle il y a dans le cerveau 9 fois plus de cellules gliales (que l’on croyait alors simplement nourricières) que de neurones (qui traitent directement l’information), ce qui a peu à voir. Il est cependant intéressant de savoir que la possibilité d’éveiller de façon précoce l’intelligence, et de la mesurer dans un premier temps en termes de QI, soit évoquée sous beaucoup de latitudes.
Il faut remarquer aussi qu’un gain d’intelligence profiterait malheureusement tout autant aux escrocs, aux menteurs et aux exploiteurs qu’à leurs victimes, ce qui changerait donc assez peu les situations et ne ferait qu’élever un peu le niveau de complexité de la compétition entre eux.
Bibliographie
- TORT, Michel, Le quotient intellectuel, Maspéro.
- GOULD, Stephen Jay, La mal-mesure de l’homme, Livre de poche, Essais
- HUTEAU Michel, LAUTREY Jacques (1997), Les tests d’intelligence, la Découverte
- Jean-Charles Terrassier, Les enfants surdoués, ou la précocité embarrassante, ESF Editeur, 2002.
- Arielle Adda, Le Livre de l'enfant doué : Le découvrir, le comprendre, l'accompagner sur la voie du plein épanouissement, Éd. Solar, 2003.
- Arielle Adda, Hélène Catroux L'enfant doué : L'intelligence réconciliée, Éd. Odile Jacob, 2003.
Liens externes
- FAQ QI et tests de QI : qu'est-ce que le QI ?
- Qu'est-ce que le QI ? par Mensa France
- FAQ QI
- FAQ Intelligence
- Corrélations du QI
- Table de comparaison des résultats aux différents QI
- The Basic Period of Individual Mental Speed, Underlying IQ
- une page critique du concept (non neutre, mais très décapante); Version PDF.
- Présentation de Mensa France, club de HQI
- Association non élitiste pour les personnes concernées par un haut QI.: ressources, forums, etc.
- Articles d'Ariel Adda sur les enfants doués : « L'approche clinique des enfants précoces, ou le malentendu », « Quand l'enfant doué est qualifié d'agité », « L'échec ordinaire des adolescents précoces non reconnus », « Que sont les enfants doués devenus ? ».
- Les tests de QI en ligne : gratuits et payants
