Prostitution
La prostitution (du latin prostituere mettre devant, exposer au public) est une activité consistant à accepter ou obtenir, en échange d'une rémunération (ou d'une promesse de rémunération), des relations sexuelles. Bien que cette activité soit pratiquée par les membres des deux sexes, elle est le plus souvent le fait des femmes. Nous utiliserons donc le terme de prostituée, mais cela concerne aussi les hommes (prostitution hétéro- ou homosexuelle le plus souvent) par des gigolos. La prostitution est aussi appelée, curieusement, «le plus vieux métier du monde». Les sociétés européennes occidentales sont confrontées aujourd’hui à de multiples problèmes que pose l’existence de la prostitution. Les réseaux de recrutement à l’étranger et d’exploitation en Europe, utilisant les failles des dispositions légales qui régissent les «artistes», sont difficilement maîtrisables. À côté des réseaux criminels internationaux, ces «mafias» appuyées sur les mouvements migratoires de réfugiés et sur des minorités ethniques, le développement d’une prostitution occasionnelle, liée à la misère économique, réclame des solutions d’un tout autre type. Enfin, l’harmonisation des législations européennes, nécessaire afin que les délinquants ne profitent pas des divergences locales, bute sur des conceptions culturellement différentes du phénomène prostitutionnel et des attitudes à adopter à son égard. L’histoire de la prostitution peut alors se focaliser sur les données du passé qui permettent de mieux réfléchir à la situation actuelle.
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Histoire
Voir l'article détaillé Histoire de la prostitution
Situation actuelle
Dans l’Europe d’aujourd’hui, on voit s’opposer deux conceptions de la prostitution, qui dépendent de la réponse à une question préalable : la prostitution est-elle une forme d’exploitation qui doit être abolie, ou est-elle une activité comme une autre qu’il suffit de réglementer ? Abolitionnisme et réglementarisme sont donc les deux façons pour les états de réagir à l’existence de la prostitution. Nous avons vu que dans notre civilisation méditerranéenne et européenne la réglementation a été chronologiquement la première attitude, depuis les premiers temps historiques, jusqu’à ce que le christianisme et l’arrivée d’empereurs chrétiens à la tête de l’empire romain provoquent des mesures abolitionnistes. Celles-ci, malgré leur inefficacité patente, sont maintenues jusqu’au XIIe siècle, époque où les réglementations renaissent et finissent par se généraliser. Au XVIe siècle, les mesures abolitionnistes réapparaissent dans toute l’Europe. Elles vont être à nouveau remplacées par des réglementations au XIXe siècle. Aujourd’hui, les résultats les plus aboutis de la logique réglementariste se trouvent dans les législations des Pays-Bas et de l’Allemagne. L’Autriche et la Suisse sont les deux autres pays réglementaristes, la Grèce présentant une situation intermédiaire. Les autres pays sont abolitionnistes. Ils refusent toute réglementation qui ne peut que cautionner l’existence de la prostitution. L’abolitionnisme moderne naît dans la Grande-Bretagne victorienne de la fin du XIXe siècle, avec les combats de Joséphine Butler. Il a conquis la majorité des pays européens. La France, qui a été le pays d’origine du réglementarisme, change d’orientation en 1946 avec la loi «Marthe Richard» et devient le pays le plus engagé contre les réglementations dans les instances internationales. Les raisonnements des deux camps en présence s’opposent sur le fond même de la problématique. Pour les abolitionnistes, la prostitution est une atteinte à la dignité humaine, et la personne prostituée est une victime. Pour les réglementaristes, les prostituées sont des travailleuses sexuelles et la prostitution une activité que l’état doit réguler comme toutes les autres, c’est-à-dire en protégeant les droits des travailleurs de même qu’en prévenant et en limitant les abus des employeurs. Afin de justifier leur point de vue, les réglementaristes ont développé au XXe siècle l’idée qu’il faut distinguer une prostitution « libre » d’une prostitution « forcée ». L’État n’aurait pas à intervenir, s’il veut respecter les libertés individuelles, dans le choix par un citoyen des moyens de gagner sa vie. Il doit simplement garantir la liberté de choix, donc établir des lois punissant la contrainte, la violence, le trafic des personnes : forcer une personne à se prostituer est un délit, mais organiser les moyens nécessaires à ce qu’une personne qui le désire puisse se prostituer dans des conditions de sécurité et d’hygiène égales à celles des autres travailleurs du pays ne serait pas condamnable. Ce que l’on peut reprocher à cette thèse, c’est que sa mise en œuvre n’a pas fait cesser la prostitution clandestine (celle de prostituées immigrées sans permis de séjour) et qu’elle ne permet pas de gérer la contrainte imposée aux prostituées : tout gérant de maisons de prostitution, tout proxénète affirmera que les personnes sont libres. Et de fait les prostituées pourront difficilement se révolter contre les contraintes quand celles-ci consistent à droguer de force, à rosser, à mutiler ou à tuer pour l’exemple, à user de chantage en menaçant de mort des membres de la famille. Les réglementations ont donc échoué dans leur objectif de mettre en place une prostitution « propre », où tout est transparent et respectueux des lois générales du pays. Le problème le plus grave, qu’elles ne permettent pas de combattre, et qu’elles nourrissent même par l’appel de personnel qu’elles génèrent, est la réapparition et le développement de la traite des blanches. L’Asie du Sud-Est (Thaïlande et Philippines), puis l’Amérique latine (Brésil, Colombie, République Dominicaine), l’Afrique (Ghana et Libéria) ont été les grandes pourvoyeuses de prostituées à l’Europe à la fin du XXe siècle : 700 000 ghanéens ont débarqué en Europe dans les années 80 ! Les pays pauvres de l’Europe de l’Est, ceux qui sont le plus désorganisés socialement, ont pris la relève : l’Ukraine, la Russie, la Biélo-Russie, la Roumanie, tout particulièrement. « Les prétendus réseaux d’artistes de cabaret, ainsi que les réseaux liés à la grande criminalité internationale, aux migrations de réfugiés et aux minorités ethniques constituent des filières qui assurent le recrutement, le transport et l’installation des filles » (mafias russes ou albanaises, par exemple). Les chiffres sont éloquents : 500 000 femmes russes exportées en dix ans (1989-1999), un trafic européen de traite des femmes qui concerne bon an mal an de 120 000 à 500 000 personnes ces derniers temps.
Conclusion
Joséphine Butler l’avait déjà remarqué en 1870 : les jeunes filles se trouvent à la merci d’une société qui leur refusait toit, nourriture, travail, respectabilité et même pitié. Elles n’avaient plus qu’à vendre leur corps. Donc, il est extrêmement rare que l’on choisisse d’exercer la prostitution ». Aujourd’hui, les observateurs établissent le même constat : « parmi les victimes de la prostitution, bien peu sont consentantes ». Ajoutée aux échecs de la démarche réglementariste, cette évidence que la prostitution «libre» est très minoritaire devrait nourrir la motivation de tous les pays abolitionnistes.
Sources
FONDATION SELLES, La Prostitution adulte en Europe, Érès, Paris, 2002. WIESNER-HANKS Merry E., Christianity and Sexuality in the Early Modern World, Routledge, London, 2000. RUSH F., Le Secret le mieux gardé : l’exploitation sexuelle des enfants, Denoël-Gonthier, Paris 1980 (1983). SOLÉ J., L’Amour en Occident à l’époque moderne, Éditions Complexes, 1984 (Albin Michel, 1976). ZELDIN TH., Histoire des passions françaises, 1848-1945, tome I, Ambition et Amour, Seuil, Points-Histoire, 1978.
Les prostituées sacrées
La prostitution a des origines anciennes et inconnues. Hérodote parle dans son premier livre des prostituées sacrées, quelquefois nommées harots des temples d'Ishtar et d'autres divinités des civilisations de Mésopotamie. Le Code d'Hammourabi, notamment la loi 181, fait référence à une hiérarchie de prostituées sacrées sans faire ouvertement référence à une rémunération par les fidèles. La présence de bordels près de ces temples fait encore l'objet de controverses.
Bien que le témoignage de Hérodote soit quelquefois mis en doute, la présence de prostituées sacrées dans la Genèse XXXVIII avec l'histoire de Tamar et le Deutéronome XXIII:18 laisse deviner la présence de telles pratiques. La « grande prostituée » de la Bible réfère sans doute aux prêtresses des cultes rivaux.
Dans le culte de Cybèle, la déesse-mère de l'orient, il existait une prostitution sacrée particulière. Le parèdre de Cybèle, Attys, s'étant émasculé pour plaire à la déesse, les prêtres de Cybèle en faisaient autant. Ces eunuques portaient le nom de Galles, et étaient connus dans toute l'antiquité pour se livrer à une prostitution sacrée dans le temple et ses abords.
Le monde indien possède lui aussi sa prostituée sacrée, la devadasi.
Les politiques actuelles vis à vis de la prostitution
La prostitution intéresse les autorités sur le plan fiscal, moral et sanitaire. Les politiques des pouvoirs temporels et religieux sont connues et expérimentées depuis longtemps. Les deux principales tendances sont l'abolitionnisme et la réglementation.
La réglementation s'est souvent faite par le biais de lois et de registres de prostituées. C'est la position actuelle des Pays-Bas et de l'Allemagne où toutes les entreprises de 15 employés et plus, y compris les bordels, doivent maintenant obligatoirement «avoir à l'emploi» des apprenties sous peine de pénalités financières.
L'abolitionnisme prévaut dans des pays comme la Suède et la plupart des États américains. Ces politiques sont notamment contournées par les moyens modernes de communication et les possibilités de tourisme sexuel. Il est de plus difficile de prouver qu'une relation sexuelle a eu lieu suite à un échange d'argent liquide.
Les pratiques
- Fille à soldat : Prostituée qui opère autour des armées en campagne et des casernements.
- L'abattage : Pratique qui consiste à se prostituer un grand nombre de fois par jour avec des prix très bas. Les maisons d'abattage furent le plus souvent fréquentées par les clients peu fortunés : militaires (voir femmes de réconfort), marins et migrants.
- Call-girl : Femme qui se prostitue à domicile sur simple appel téléphonique. Les numéros sont diffusés par des revues de petites annonces ou par Internet. Cette pratique est considérée comme la forme la plus enviable de prostitution, puisqu'elle permet éventuellement de rester indépendante, donc de garder l'ensemble des gains, de travailler à son rythme et de ne pas s'exposer sur la voie publique. Ces femmes peuvent aussi recevoir si elles possèdent un appartement. La prostituée peut être indépendante ou exercer par le biais d'une agence. Certaines call-girls peuvent, moyennant finance prendre l'avion et ainsi avoir une activité et une renommée planétaire.
- Prostitution de rue ou tapin : prostitution qui consiste à racoler les clients en marchant sur la voie publique. La forme la plus voyante est limitée par la police à certaines rues et certains horaires, dit du quartier chaud mais certaines prostituées à l'allure discrète opèrent dans les quartiers passants. Dans certains pays cette prostitution à lieu le long des routes passantes et sur les aires d'autoroute. La prostitution de rue est considérée comme la forme la plus dangereuse d'activité.
- Linups : dans certain cas, une maquerelle (ou mama-san s'il s'agit d'asiatique) racole auprès d'un van qui contient les filles. Quand un automobiliste s'arrête les prostituées sortent du van pour lui permettre de choisir.
- Prostitution de vitrine : forme de prostitution typique des pays froids mais limitée à certains quartiers. La prostituée s'expose en tenue légère dans une vitrine. La négociation se fait par gestes à travers la vitre.
- Les maisons closes : appelées clubs, boudoirs, studios, cabarets ou saunas, ces établissements permettent aux filles de recevoir leurs clients. Ces maisons vont du bouge à l'établissement grand standing avec sabot de paiement par carte. Le client qui y rentre peut demander à voir les filles pour en choisir une après une revue de détail.
- Prostitution en discothèque : La prostitution peut avoir lieu dans tout endroit fréquenté par de potentiel(le)s client(e)s. Cela peut-être une discothèque comme une rave partie.
Les moyens de rencontre utilisés pour des relations sans rémunération comme les agences matrimoniales et les forums de rencontres peuvent aussi être détournés : la véritable nature de la relation est dévoilée au dernier moment.
Enjeux contemporains
La prostitution est souvent perçue comme un problème car elle est souvent aux mains de la criminalité organisée. Même les julots casse-croûte (souteneurs individuels) sont obligés de faire de la délinquance pour montrer leur virulence. Les prostituées peuvent alors être victimes d'une forme d'esclavage. De nombreuses prostituées sont aussi consommatrices de drogues. Les prostituées sont également concernées par les maladies sexuellement transmissibles et les convoitises que provoquent leurs revenus.
Pour les riverains, la prostitution de rue est souvent très mal vécue car elle diminue le prestige du quartier et donc la valeur des propriétés.
En terme de flux de populations, la prostitution entraîne, de véritables hémorragies de jeunes femmes des pays dont elles sont issues vers leur pays de travail, souvent distants de plusieurs centaines de kilomètres. Les réseaux criminels utilisent en outre des techniques de contrainte comme la confiscation de papiers d'identité, le chantage familial, la surveillance par des souteneurs, et l'interdiction de quitter le giron mafieux. Il arrive que les prostituées soient l'objet de trafic et soient vendues. Elles peuvent également être droguées de force : une fois dépendantes de la drogue, elles sont plus faciles à surveiller.
Les pays communistes « purs et durs » affirment souvent ne pas connaître ce type d'activité.
Voir aussi
Liens externes
- Pour un monde libéré de la prostitution
- Annuaire (contre) la prostitution
- Sites Web du mouvement international de défense des droits humains des travailleuses et travailleurs du sexe
- Travaildusexe.com : magazine social et culturel traitant de thèmes qui concernent les travailleuses et travailleurs du sexe.
- Prostitution-Travail du sexe, un dossier de Cybersolidaires
- Les pratiques des hommes clients de la prostitution
- Radford, Robert, La prostitution féminine à Rome, entre -200 et 200 après Jésus-Christ : une approche pédagogique utilisant les N.T.I.C.. Sherbrooke, Université de Sherbrooke, 2000.
- Prostitution et autres industries du sexe - Dossier
- Prostitution sur Wikiberal
