Présomption d'innocence

En France, le principe est affirmé par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen du 26 août 1789 (auquel fait référence le préambule de la constitution actuelle) :

« tout homme étant présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable... »

Il est décliné dans l'article préliminaire du Code de procédure pénale :

« III. - Toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente tant que sa culpabilité n'a pas été établie. Les atteintes à sa présomption d'innocence sont prévenues, réparées et réprimées dans les conditions prévues par la loi. »

De même, l'article 9-1 du Code civil pose le principe de la présomption d'innocence :

"Chacun a droit au respect de la présomption d'innocence."
Sommaire

Définitions

La présomption d'innocence, telle qu'entendue actuellement, se fonde sur l'article 11 de la Déclaration universelle des Droits de l'homme de 1948 de l'ONU qui la formule de la façon suivante :

« Article 11. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. »
« Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis. »

Outre la présomption d'innocence, le premier alinéa fonde les droits de la défense. Le deuxième alinéa fonde le principe de non-rétroactivité de la loi. Le droit canadien formule cette définition de façon peut-être plus explicite dans son Code criminel (France : Code Pénal) et dans sa Charte canadienne des droits et libertés :

« Tout inculpé a le droit d’être présumé innocent tant qu’il n’est pas déclaré coupable, conformément à la loi, par un tribunal indépendant et impartial à l’issue d’un procès public et équitable »

Éthique du concept

Les droits anciens se fondaient sur la disposition contraire : l'accusé était présumé coupable jusqu'à ce qu'il ait fait la preuve de son innocence, du fait que la puissance accusatoire procède de l'autorité et que celle-ci par essence détient la vérité. Ce cas est particulièrement visible dans le cas où la source de l'autorité est dite de droit divin.

L'expulsion du droit religieux du droit civil réinstaura l'égalité de droit entre les parties en distinguant la source du droit de ceux qui sont chargés de l'appliquer et l'égalité économique de l'accusé devant les moyens illimités de l'accusation (pour accumuler des preuves y compris par des moyens technologiques : exemple de l'arrivée des analyses d'ADN dans les procès criminels)

La présomption d'innocence représente un évolution dans l'éthique du droit qui considère que mieux vaut, pour la santé de la société, un coupable en liberté qu'un innocent condamné injustement.

Modalités d'application

D'autres articles précédant l'article 11 fondent les modalités d'application de la présomption d'innocence. Ce sont :

« Article 6. Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique.
Article 7. Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination.
Article 8. Toute personne a droit à un recours effectif devant les juridictions nationales compétentes contre les actes violant les droits fondamentaux qui lui sont reconnus par la constitution ou par la loi.
Article 9. Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.
Article 10. Toute personne a droit, en pleine égalité, à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal indépendant et impartial, qui décidera, soit de ses droits et obligations, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle.
Article 11. Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées.
Nul ne sera condamné pour des actions ou omissions qui, au moment où elles ont été commises, ne constituaient pas un acte délictueux d'après le droit national ou international. De même, il ne sera infligé aucune peine plus forte que celle qui était applicable au moment où l'acte délictueux a été commis. »

L'article 7 établit la Déclaration des droits de l'homme comme source de tout droit. Ce qui signifie que tous les droits subsidiaires doivent se conformer à ladite déclaration. Parmi les droits subsidiaires s'inscrivent :

Les articles 8 et 10 établissent les droits de la défense et les modalités de son application : le tribunal doit être équitable et impartial, c'est-à-dire indépendant des parties et indépendant du pouvoir politique.

Articles spécialisés : séparation des pouvoirs

L'article 9 reformule l'habeas corpus dont la déclaration des droits de l'homme est un développement.

Articles spécialisés : Déclaration des Droits de l'homme, habeas corpus

Conséquences pratiques

Qu'elle ait lieu à l'audience ou lors d'une procédure séparée, l'application de la présomption d'innocence suppose une instruction. Au cours de cette procédure, on examine les faits à charge et à décharge et l'on confronte les preuves réunies par les deux parties. Cette instruction peut s'achever par une ordonnance de non lieu. La publicité donnée à l'accusation sans contre-partie dans les organes de presse imprimés ou audio-visuel est alors considérée comme une diffamation sauf publication d'une information concernant le non lieu. En France, cette publication est prévue par la loi du 4 janvier 1993 ; le juge d'instruction ou la chambre d'accusation sont à même d'en préciser les termes.

En France, l'article 9-1 du Code civil décrit la présomption d'innocence assortie de la possible réparation de ses atteintes :

« chacun a droit au respect de la présomption d'innocence. Lorsqu'une personne est, avant toute condamnation, présentée publiquement comme étant coupable de faits faisant l'objet d'une enquête ou d'une instruction judiciaire, le juge peut, même en référé, ordonner l'insertion d'une rectification ou la diffusion d'un communiqué aux fins de faire cesser l'atteinte à la présomption d'innocence, sans préjudice d'une action en réparation des dommages subis et des autres mesures qui peuvent être prescrites en application du nouveau code de procédure pénale et ce, aux frais de la personne physique ou morale, responsable de l'atteinte à la présomption d'innocence. »

L'atteinte aux droits de la défense comme l'atteinte à la présomption d'innocence sont sanctionnées par la loi.

Cas particuliers

Flagrant délit : Le cas particulier du flagrants délits peut être vu comme contradictoire avec la présomption d'innocence, cette derniere pouvant alant paraitre inutile ou hypocrite. Toutefois, une affaire judiciaire étant complexe et faisant intervenir de nombreuses personnes différentes sur un dossier, nul ne peut garantir qu'il n'y ai pas erreur ou déformation de la vérité (voir mensonge) à divers échelons, y compris au niveau de celui qui a constaté le flagrant délit. Seul le procès pourra en décider. La présomption d'innocence reste donc nécessaire pour préserver d'éventuelles erreurs de ce genre.

Présomption d'innocence des morts : La présomption d'innocence est ce que l'on appelle un « droit subjectif ». Il est consacré à l'article 9-1 du code civil, qui dispose que « chacun a droit au respect de la présomption d'innocence ». Or, ce droit, qui fait partie du patrimoine juridique de toute personne, disparaît avec la mort. Il ne se transmet pas aux héritiers (un arrêt de la cour d'appel de Paris, rendu le 21 sept. 1993, publié à la RTD civ. 1994, p. 74, le rappelle). Un mort ne bénéficie donc plus du droit au respect de la présomption d'innocence, et par extension, de la présomption d'innocence tout court.

C'est par exemple le cas de l'accusé dans l'affaire des disparus de Mourmelon. Il n'est pas mort présumé innocent car, juridiquement, c'est faux. Ses héritiers, par exemple, ne pourraient pas valablement saisir un juge pour faire respecter son droit au respect de la présomtion d'innocence ; leur demande serait irrecevable.

Par ailleurs, il serait absurde de faire jouer la présomption d'innocence pour un mort alors que le décès du suspect entraîne l'extinction de l'action publique (art. 6 du code de procédure pénale).

Ressources internes

Ressources externes

See also: Présomption d'innocence, ADN, Canada, Code Pénal, Diffamation, Disparus de Mourmelon, Droit, Droit constitutionnel, Délit d'opinion, France