Première Renaissance
Cet article concerne la Première Renaissance du Quattrocento, présenté du point de vue de l'Histoire de l'art; ce mouvement artistique se pose en rupture par rapport à l'art de la Pré-Renaissance.
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Des origines florentines de la Renaissance italienne
l'origine de la Première Renaissance provient de l'impulsion financée par la dynastie de mécènes et de collectionneurs que constituent la famille des Médicis à Florence.
- Après la chute de Constantinople, les savants et artistes de la civilisation byzantine fuient les Ottomans et se réfugient en Italie, où les accueillent les florentins de la riche cité-État, rivale de la République de Venise et des États pontificaux. Chaque puissance finance des œuvres d'embellissement, initialement religieuses.
- Ce foisonnement va engendrer un climat d'émulation sur toute la botte italienne; les Papes financent également en temps que donneurs d'ordres, l'embellissement de la cité du Vatican, par dessus la Rome antique des Empereurs : voûte de la Chapelle Sixtine.
- Contribuant à ce climat, se trouvent aussi les ateliers des maîtres qui enseignent à leurs apprentis, et parfois les peignent (figure du ragazzo dans le Bacchus du Caravage).
Evolutions techniques et philosophiques
- Vont éclore de nouvelles techniques dans la peinture (sfumato) et les fresques, mais aussi une nouvelle représentation du monde, plus proche de l'Homme et s'éloignant de la Sainte Trinité, la religion et la gloire de dieu étant restés précédemment les seuls thèmes artistiques. C'est la naissance de l'humanisme : pensée de la dimension de l'Homme dans l'Univers, en temps que figure centrale, en lieu et place de la Divinité.
- Les peintures de Botticelli sont connues pour leur mélange subtil de profane et de sacré, dont les figures allégoriques sont adressées à son public, aristocrate et lettré :
- l'identification des figures allégoriques de la calomnie d'Apelles(voir Lien externe) n'est pas immédiate pour le non-initié ;
- la figure centrale de sa fresque le Printemps, représente t'elle la Vierge Marie avec une auréole végétale, où serait-ce la Vénus allégorique, autre sujet de prédilection du peintre ?
- Dans le même temps, Brunelleschi construit le Dôme de la cathédrale, prouesse architecturale illustrant les progrés des travaux de construction de l'époque. À partir de ces travaux d'architectes, les peintres trouvent la perspective et la représentation des formes en trois dimensions, puis, ayant épuisé le sujet, passeront ensuite au baroque pendant la Haute Renaissance.
Redécouverte de l'héritage gréco-romain
par les textes anciens
Cette vision découle des perspectives philosophiques de l'école néoplatonicienne, fondée par Marsile Ficin et à laquelle Pic de la Mirandole contribue; elle s'affranchit de la vision médiévale qui jusqu'alors prévalait, pour se replonger dans la lecture des textes gréco-romains; nombreux parmi ces derniers furent transmis à l'Occident par l'intermédiaire des bibliothèques du monde arabo-musulman telle que la Grande Bibliothèque d'Alexandrie, et les travaux sur la philosophie aristotélicienne à Tolède et Cordoue dans l'Espagne arabo-musulmane, effectués par des personnages tels que Averroes et Maïmonide.
par les excavations de Rome
Le sculpteur Michel-Ange, de voyage à Rome durant quatre ans, assiste à l'excavation des statues antiques de la Rome des Empereurs. De retour à Florence, cette vision l'inspirera pour sa scultpure du David, dont une copie se trouve aujourd'hui sur la place qui fait face au Palazzo Vecchio.
de nouvelles déités pour Florence
La fière cité au lys rouge n'est pas bâtie sur un promontoire, mais entre des collines : prospère, cette cité attire les convoitises.
Il s'agit d'inspirer, par des mythes provenant de l'Antiquité, le courage et la ferveur à la population de cette cité encore fragile, qui doit se défendre face à ses voisines, voire face à des nations étrangères à l'Italie : la fonction allégorique est ici directe.
Ainsi, à côté du David sur la Piazza della Signoria, tirant profit des carrières de marbre de Carrare de la région, la cité de Florence ajoute d'autres sculptures allégoriques antiques, qui viennent illustrer son avènement sur la scène du monde : la fontaine de Neptune, Hercule, l'enlèvement des Sabines; également, la figure de Judith, tranchant la tête du conquérant Holopherne pour éviter le sac de sa ville, fait l'objet de nombreuses peintures, telle que celle du palais Pitti. Le message livré à Florence, au regard de l'histoire de Judith, est qu'il faut savoir être cruelle pour préserver ses intérêts.
Une liberté de ton nouvelle pour l'artiste
Causes de cet affranchissement
- C'en est fini des visions obscures et pessimistes de perdition du moyen-âge, liées à la crainte de l'an mil; depuis l'Italie, la lumière contenue dans la couleur des peintures, la finesse des formes vont instaurer de nouveaux canons, bravant ainsi les dogmes religieux qui maintenaient la peinture enluminée dans un carcan.
- Las d'être soumis à des donneurs d'ordre religieux leur commandant de sempiternelles représentations de la Passion, de l'Annonciation et de la Vierge à l'Enfant, les artistes exécutent désormais des portraits de grands nobles, qui veulent montrer le prestige de leur rang en mandant des peintres talentueux. Se développe ainsi l'art du portrait (retrato), qui montre le gentilhomme au bas des figures divines, autrefois représentées seules dans la peinture du Trecento.
Transgression des interdits concernant le Nu en peinture
- Les interdits professés sur l'image du corps humain ne sont plus suivis ; auparavant, le Nu en représentation artisitque n'était toléré dans le contexte d'un thème religieux, que parce qu'associé à l'Etat de nature de la Génèse:
- - 1485, la naissance de Vénus, par Botticelli, constitue la première représentation artistique d'un Nu féminin dans le monde occidental de confession catholique.
- Il faut toutefois attendre
- - 1500, la statue de David, par Michel-Ange,
- pour voir transgressé le tabou de la représentation du Nu masculin.
Un jeu aristocratique particulier à Florence
- Cette liberté de ton nouvelle reste cependant soumise aux autorités de bonne morale, l'artiste pour l'exercer sans tomber dans l'interdit va donc utiliser des symboles équivoques dans ses représentations, et des expressions de visage allant jusqu'à une érotisation graphique du sujet représenté ; sans jamais livrer ces clés d'analyse graphique à son donneur d'ordre, qui soit est un hiérarque religieux, soit un courtisan enrichi. La peinture devient donc objet d'un jeu d'intelligence entre le peintre et son mandataire, au travers des messages codés qu'il cache dans les détails, ou expose de manière indirecte.
- Encouragés par leurs mécènes, les Botticelli, Michel-Ange, et autres artistes florentins se lancent dans l'aventure ; leur art à Florence sera reconnu sous le nom de Néoplatonisme médicéen, puisque hérité de l'Ecole Néoplatoniciennne soutenue par Laurent le Magnifique et supporté tout du long par les fameux Médicis.
Une période de changement et d'influences
En 1497, la famille Médicis est chassée de Florence, et sa population tombe subjuguée des visions d'apocalypse professées par le Moine dominicain Savonarole dans ses offices.
Voir, à ce sujet, l'article dédié Théocratie à Florence.
Ce dernier aura une influence sur le style artistique de Botticelli, qui est notable en comparant les deux représentations de la même figure allégorique qu'il interprête à quelques années d'intervalle, celle de Vénus : la première dans la naissance de Vénus, toute en majesté et d'une beauté de divinité allégorique, la seconde dans la calomnie d'Apelles (voir Lien externe, personnage de gauche), cette fois beaucoup plus marquée par l'austérité.
- La rupture avec le passé était donnée ; le siècle suivant allait poursuivre avec la Haute Renaissance.
