Polysémie
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L'évolution du langage (due elle-même au fait qu'il faut bien décrire soit un monde qui évolue, soit un monde dont au moins notre connaissance évolue) conduit à utiliser parfois un mot dans un nouveau sens, le plus souvent par extension de sens. On parlera par exemple d'une feuille de papier ou du pied d'un arbre, par analogie avec une feuille d'arbre ou avec le pied d'un animal.
Lorsqu'un mot se trouve de facto avoir deux sens différents, on le qualifie de polysémique. C'est le cas d'une très grande majorité des mots courants du dictionnaire. Il arrive même qu'un mot désigne ainsi à la fois une chose et son contraire : ainsi en est-il des mots :
- hôte, désignant selon le contexte celui qui reçoit ou celui qui est reçu
- amateur, désignant selon le contexte une personne avertie ou ignorante
Chaînes sémantiques
Utilisées par le linguiste Pierre Parisot, et établies au moyen de cheminements sur ordinateur, des chaînes sémantiques permettent souvent, en jouant sur la polysémie, de passer de synonyme en synonyme d'un mot à son contraire.
Exemple :
Léger = inconséquent = ... = gauche = lourd
On peut passer de même de « vie » à « mort », d'« homme » à « femme », etc., le plus souvent par des chaînes ne comportant pas plus de dix mots. L'astuce réside dans le fait que si A est synonyme de B dans un certain contexte, et B synonyme de C dans un autre contexte, cela n'implique nullement que A soit synonyme de C dans quelque contexte que ce soit : la relation de synonymie n'est pas transitive (voir « Sémantique générale »).
Voir aussi : Oulipo.
Cas particulier des mathématiques
Les mathématiciens, plutôt que de créer des mots nouveaux, aiment souvent reprendre des mots existants en leur donnant un sens particulier dans le contexte de leur discipline, ainsi de mots comme groupe, anneau, corps, adhérence, distribution, clôture, etc. Cela conduit parfois à des formulations qui peuvent sembler curieuses au profane, comme « il ne peut y avoir de groupe à deux éléments ». Il existerait même un théorème d'une branche spécialisée de l'analyse selon lequel les pieds des éléphants disparaissent dans les buissons!
Si les mots n'étaient pas polysémiques
- il y aurait moins de discussions autour, mais il faudrait en apprendre cinq ou six fois plus pour la moindre conversation
- il y aurait moins de malentendus, mais aussi sans doute moins de découvertes entraînées par les malentendus (de même que des mutations aléatoires se soldent parfois par un bienfait pour l'espèce)
- beaucoup de jeux de mots, ou les chaînes sémantiques de Parisot, ne pourraient pas exister, ce qui nous priverait d'un petit plaisir.
