Pol Pot

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Pol Pot (1978)

Saloth Sar (19 mai 192815 avril 1998), mieux connu sous le nom de Pol Pot, fut le leader des Khmers rouges et le Premier Ministre du Kampuchéa Démocratique (Cambodge actuel) entre 1976 et 1979. Les politiques révolutionnaires de son gouvernement provoquèrent la mort de centaines de milliers de personnes.

Sommaire

Sa jeunesse

Issu d’une famille paysanne sino-khmère aisée liée aux autorités royales, Saloth Sar naquit le 19 mai 1928 à Prek Sbauv, dans la province cambodgienne de Kompong Thom. Il vécut son adolescence à la campagne, où il suivit l’enseignement bouddhiste dans le but de devenir moine. Passionné de politique, il s’engagea dans le mouvement vietnamien anti-français de Hô Chi Minh au cours de la Seconde Guerre mondiale, et devint membre du Parti Communiste Indochinois en 1949.


Le gouvernement cambodgien lui accorda cette même année une bourse afin qu’il puisse effectuer des études de radio-électricité à l'École française de radio-électricité à Paris, de 1949 à 1953. Dès son arrivée en France, il rejoignit les cercles du Parti Communiste Français, auprès desquels il se familiarisa avec l’idéologie marxiste, et au sein desquels il passa la majorité de son temps.

Sa montée vers le pouvoir

Sans avoir obtenu le moindre diplôme, Saloth Sar devint professeur de français peu après son retour au Cambodge dans deux établissements privés de Phnom Penh, Chamroeun Vichea et Kampuchaboth (1956-1963).


Lorsque les Français se retirèrent d’Indochine en 1954, ils nommèrent le Roi Norodom Sihanouk à la tête de l'état et la monarchie fut restaurée au Cambodge. Comme plusieurs de ses comtemporains, Saloth Sar s'opposa au nouveau pouvoir. Il entra alors dans un parti communiste de faible envergure, le Parti Révolutionnaire du Peuple Khmer (qui devint par la suite le Parti Communiste du Kampuchéa), et y milita activement. D'ailleurs, élu secrétaire du comité central du Parti en 1962, les autorités chinoises commencèrent à montrer de l'intérêt pour Saloth Sar, le désignant sous le vocable de Political Potential.


En 1963, pour fuir la police, de plus en plus suspecte quant à ses activités politiques, il prit le maquis avec ses compagnons et entra dans la clandestinité. C’est dans la jungle cambodgienne qu’il formera la guérilla dont il prit la tête, grâce à l’aide et au soutien de la Chine. Mao Zedong voyait en lui un moyen aisé de se prémunir contre le communisme soviétique dont il craignait l’expansion dans la région, d'autant plus que Pol Pot lui vouait une réelle admiration.


Pendant les années 1970, la guerre que les États-Unis livraient au Viêt-Nam s’étendit au Cambodge, où les troupes américaines vinrent débusquer, à l'aide de bombardements massifs, les forces vietnamiennes qui s’y étaient réfugiées. Le 18 mars 1970, un proche de Sihanouk orchestra un coup d'État pro-américain et renversa la monarchie. Le Maréchal Lon Nol, de collusion avec la CIA, renversa le Roi, incapable selon lui de faire régner l'ordre dans le pays. Une guerre civile s’ensuivit. Norodom Sihanouk, en exil, s'allia avec les Khmers rouges contre Lon Nol.


Sous la promesse de mettre un terme à la guerre et profitant des revers des Américains au Viêt-Nam ainsi que de l'appui de la Chine et des insurgés Vietcong, les Khmers rouges passèrent d'une petite guérilla de quelques milliers d'hommes à une armée conventionnelle, composée majoritairement de jeunes paysans pauvres.


Après quelques années, malgré l'appui du Viêt-Nam du Sud et des États-Unis, le régime du Maréchal Lon Nol s'avéra immensément corrompu et incompétent dans la lutte contre le communisme. Bientôt, l'armée ne contrôla plus que la capitale, Phnom Penh, surpeuplée de réfugiés fuyant les opérations militaires américaines ou les mesures drastiques déjà imposées dans les campagnes par les Khmers rouges.

Son règne

Les forces communistes menées par Saloth Sar triomphèrent de l’armée de Lon Nol le 17 avril 1975, date à laquelle Phnom Penh tomba entre les mains des Khmers rouges, considérés au départ comme une force libératrice par la population. Saloth Sar se fit alors connaître comme le frère numéro un et adopta son nom de guerre: Pol Pot.


Toutefois, les Khmers rouges soumirent très tôt le pays à la dictature et révélèrent des ambitions cruelles et utopiques. Avec l’aide de Ieng Sary et de Khieu Samphan, ses anciens camarades de classe, Pol Pot mit en place un régime totalitaire communiste qui s'éprit rapidement d'éliminer tous les individus liés au gouvernement de Lon Nol. Sous le faux prétexte que les Américains s'apprêtaient à bombarder la ville, Phnom Penh fut pratiquement vidée de ses deux millions d'habitants. Associés au capitalisme, tous les citadins, par la pointe du fusil, furent forcés d'aller travailler dans des coopératives agricoles afin, disait-on, d'augmenter les récoltes et de nourrir la population. Mais plus que la volonté de faire respecter l’idéologie communiste dans le pays, l’épuration de la population allait se transformer en véritable nettoyage ethnique.


Pendant près de quatre ans, les Khmers rouges firent régner la terreur dans le pays, s'acharnant particulièrement sur la population urbaine et sur les intellectuels, désormais baptisés « nouveau peuple ». Une prison d'État fut instituée dans ce qui resta de Phnom Penh. Surnommé S-21, ce centre de détention incarcéra, entre 1975 et 1979, plus de 20 000 détenus, dont pas plus d'une demi-douzaine en sortirent vivant. Tout ce qui pouvait rappeler la modernité ou l'Occident fut systématiquement détruit, telle la cathédrale catholique de Phnom Penh et la Banque Nationale du Cambodge, tout deux rasées par les flammes en 1975. Le Cambodge, coupé du monde, revint dès lors à l'ère du Moyen-Âge.


Les Khmers rouges tardèrent à se doter d'un gouvernement. La République Khmère (nom donné au Cambodge depuis 1970) ne devint le Kampuchéa Démocratique qu'en 1976. C'est alors que Pol Pot fut nommé Premier Ministre et qu'une nouvelle constitution, un nouveau drapeau et un nouvel hymne national furent adoptés. Ailleurs dans le monde, les informations concernant le Kampuchéa Démocratique arrivèrent au compte-goutte, sauf en Chine et au Viêt-Nam, où quelques journalistes et hommes politiques eurent la rarissime occasion de visiter le pays. Mise à part quelques visites à l'étranger, Pol Pot était pratiquement absent de la scène internationale. Personnage effacé et pratiquement inconnu de son propre peuple, il se déplacait peu et évitait les interviews et les apparitions publiques.


Après avoir survécu à trois tentatives d'assassinat et constatant la difficulté que les Khmers rouges éprouvaient à maintenir la loi, Pol Pot définit, en 1977, « les trois extirpations » à réprimer pour « purifier » le pays : l’ensemble des Vietnamiens présents au Cambodge, tous les Khmers parlant le vietnamien ainsi que tous les Khmers entretenant des relations ou ayant des intérêts avec les Vietnamiens. Il élabora également un plan économique quadriennal qui eut des effets catastrophiques sur l'économie. Au total, plus d'un million et demi d’individus périrent dans ce chaos, soit près du quart de la population du pays, par les exécutions et la torture, le surtravail, la maladie non traitée ou la famine.

Sa chute

Pour en finir avec le régime des Khmers rouges dont l'hostilité antivietnamienne atteignait son paroxysme, le Viêt-Nam envahit, le 7 janvier 1979, le Kampuchéa Démocratique avec l’aide de l’U.R.S.S., renversant Pol Pot et mettant ainsi fin à la terreur qu’il avait instaurée. Avec l'aide de l'armée vietnamienne, un nouveau gouvernement fut formé par d'anciens Khmers rouges opposés à Pol Pot, dont la plupart fuirent les innombrables purges de 1977-1978. Le Kampuchéa Démocratique devint la République Populaire du Kampuchéa.


Pol Pot et ses complices s'enfuirent alors dans la jungle, où ils formèrent une guérilla contre le nouveau régime pro-vietnamien. Ils lancèrent également, en 1982, un front commun contre le gouvernement avec leur ennemi d’antan, le Roi Norodom Sihanouk.


Pol Pot quitta le commandement des Khmers rouges en 1985. En 1980, condamné à mort par contumace par les autorités pour les crimes commis, il disparut jusqu’à la fin des années 1990. Il aurait coulé des jours paisibles bien loin de la jungle cambodgienne, dans une résidence luxueuse en Thaïlande. Il se serait, par ailleurs, livré au trafic illégal de bois et de pierres précieuses pendant cette période.


Alors que les États-Unis travaillaient sur la mise en place d’un plan visant à capturer et à traduire Pol Pot devant la justice internationale, ses anciens camarades le retrouvèrent, en juillet 1997, affaibli par la malaria et d’importants problèmes de santé. Arrêté par ses propres troupes pour l'assassinat de Son Sen, l'ancien chef de la sûreté du Kampuchéa Démocratique, Pol Pot fut condamné cette fois à une peine d'emprisonnement à perpétuité.


Tout juste avant d'être capturé pour crimes contre l'humanité par un commando américain basé aux Philippines, Pol Pot s’éteignit, le 15 avril 1998, à l’âge de soixante-neuf ans, officiellement d’une crise cardiaque. Le décès fut confirmé par l’armée thaïlandaise, qui ne livra aucun détail supplémentaire. Certains journalistes prétendirent qu’il s’était suicidé, d’autres qu’il avait été empoisonné par son médecin. La fin de son existence se déroula dans des conditions particulièrement mystérieuses, qui laissent encore planer un doute quant à la véracité de l’annonce de sa mort. Sceptique vis-à-vis de l’identité du corps, le gouvernement cambodgien, appuyé par la communauté internationale, demanda qu’une autopsie indépendante soit réalisée. Mais le corps fut incinéré très rapidement, et la preuve de la mort du dirigeant sanguinaire ne fut jamais confirmée.

Bibliographie

http://www.fsa.ulaval.ca/personnel/vernag/leadership/disk/cambodge_index.htm

See also: Pol Pot, 15 avril, 1928, 1998, 19 mai, Années 1970, Années 1990, Bouddhisme, CIA, Cambodge