Pline le Jeune
Né en 61 à Côme et mort vers 114, Pline le Jeune est, par sa mère, le neveu de Pline l'Ancien, qui l'a d'ailleurs adopté. Sénateur et haut fonctionnaire sous Trajan, sa Correspondance avec l'empereur est une précieuse mine de renseignements sur l'administration romaine de cette époque.
La Correspondance de Pline marque l’avènement d’une prose épistolaire artistique, où l’utilitarisme civique de l’échange familier cède le pas à l’urbanité de la persona littéraire. À en croire l’épistolier, ce raffinement vise à compenser l’absence de matière. Il met en cause le déclin de la République, laquelle fournissait naguère à Cicéron de nombreuses occasions pour écrire. Certes, ses lettres sont adressées pour la plupart à des proches et l’épistolier admet volontiers que « écrire pour un ami n’est pas écrire pour le public » (Correspondance, VI, 17, 22), mais son œuvre est le théâtre d’une mise en scène rhétorique dans laquelle les destinataires ne font que figurer nominalement. Ils constituent autant de prétextes à l’exercice de style et à l’expression égotiste. Si les lettres écrites à cœur ouvert sont celles dont on garde le meilleur souvenir, le style « rapide et correct » du mode épistolaire n’exclut pas pour autant l’ornement, et l’ancien élève de Quintilien se souvient des leçons de son maître lorsqu’il préconise, plutôt qu’un atticisme d’une simplicité outrée, une éloquence pleine, « serrée et drue, mais en même temps abondante [...] divine et céleste » (I, 20, 22) Conformément à un usage déjà ancien, le premier livre s’ouvre sur une lettre dédicace qui sert de préface à l’ensemble. On y apprend que Pline, à l’instigation du destinataire, un certain Septicus, aurait entrepris de publier celles de ses lettres qu’il avait composées avec « un peu plus de soin ». Il affirme ne pas avoir suivi l’ordre chronologique et prétend que leur classement s’est effectué au hasard de celles qui lui sont tombées sous la main. En fait,il s’agissait plutôt pour l’auteur de choisir l’ordre le plus approprié à leur mise en valeur. Car pour « authentiques » qu’elles puissent être (c’est-à-dire qu’elles aient été envoyées ou non), ces lettres sont d’abord des exercices de prose où la forme, par ailleurs fort variée (récit, dissertation, histoire, éloge, etc.), garde toujours préséance sur le fond. La dédicace se termine sur un vœu assorti d’un engagement : « Il reste que nous n’ayons pas à nous repentir, vous de votre conseil et moi de ma docilité. En ce cas, je rechercherai [les lettres qui n’ont pas encore été publiées] et si j’en écris de nouvelles, je ne les laisserai pas se perdre. Adieu » ( I, 1, 1-2.). Si l’on se fie au nombre de livres édités par la suite (huit recueils publiés successivement de 97 à 109, plus l’édition posthume de sa correspondance officielle avec Trajan), il semble que l’auteur n’ait jamais eu à regretter son initiative.
Voir aussi
Bibliographie
- « The Tradition of Pliny’s Letters », par Elmer T. Merril, Classical Philology, X, 1915, p. 8-25,
- « The Fate of Pliny’s Letters in the Late Empire », par Alan Cameron, The Classical Quaterly, XV, 2, 1965, p. 289-298.
- Étude sur la correspondance de Pline le Jeune avec Trajan, par Ladislav Vidman, Rome, 1972.
- Métrique et stylistique des clausules dans la prose latine : de Cicéron à Pline le Jeune et de César à Florus, par Jacques J. Aumont, Paris, Champion, 1996.
