Pic pétrolier
Le pic pétrolier désigne le maximum historique de production pétrolière, aussi bien pour un gisement, une zone ou un pays, que pour le monde. Après ce maximum, les conditions d'exploitation font que, bien que les réserves soient abondantes, la production ne fera que décroître. Le terme désigne également la crise prévisible découlant de l'épuisement des ressources pétrolières mondiales. On entend fréquemment le terme anglophone peak-oil, mais il s'agit en fait d'une application particulière de la loi plus générale dite du Pic de Hubbert.
Les experts les plus optimistes (les gouvernements étatsuniens et des pays de l'OPEP, les compagnies pétrolières) évaluent publiquement qu'il surviendrait vers 2030. La croissance économique rapide de la Chine incite à avancer cette date.
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Les appels de plus en plus pressants de scientifiques à préparer nos infrastructures pour l'après pic pétrolier sont pour l'instant peu entendus, les solutions essentiellement pressenties sont le recours accru aux énergies renouvelables et à l'énergie nucléaire, et aux économies d'énergie, ce qui recoupe les préoccupations liées à l'effet de serre, mais une autre piste explorée, l'usage des hydrates de méthane présenterait des problèmes très importants en matière d'effet de serre.
Définition d'un pic pétrolier
Pour un gisement pétrolifère
La production de pétrole au cours du temps peut être représentée par une courbe. Cette courbe commence à zéro quand l'exploitation du gisement commence, et finit également à zéro lorsque le gisement est totalement épuisé. Entre ces deux moments, la production passe nécessairement par un maximum qui coïncide à peu près au moment ou la moitié du pétrole a été extrait. Une fois le pic passé, la production ne peut que décroître. En outre, le pétrole restant est considérablement plus difficile à extraire et est donc plus cher.
Il faut également noter que la production de pétrole n'est pas uniquement une question d'argent mais aussi d'énergie. En effet, le pompage et les diverses opérations mécaniques effectuées consomment de l'énergie. Quand le gisement s'épuise, il faut en dépenser de plus en plus pour extraire des quantités toujours décroissantes de pétrole. À la fin, on peut atteindre un point ou l'énergie nécessaire pour extraire un litre de pétrole dépasse celle contenue dans ce même litre. Le gisement n'est alors plus une source mais un puits d'énergie et son exploitation n'est plus rentable, quel que soit le prix du pétrole sur le marché, même s'il peut encore servir de sources de matière première (pour les plastiques par exemple). En d'autres termes, il faut comprendre qu'un gisement peut être considéré comme « épuisé » même s'il contient encore une quantité appréciable de brut.
Pour les principales régions de production
Ce phénomène est général et se vérifie pour toutes les zones de production. Ainsi en 1956, le géologue King Hubbert avait prédit la diminution de la production étatsunienne de brut à partir de 1970. Ce qui s'est produit. Le pic de production a déjà été dépassé dans de nombreux pays producteurs, tels que la Libye (1970), l'Iran (1976), l'URSS (1987), le Royaume-Uni (2000) et la Norvège (2000). Au total, une soixantaine de pays aurait dépassés le pic. Naturellement, si l'on considère la production mondiale de pétrole, il est évident que le même phénomène est à l'œuvre. La seule inconnue est la date à laquelle il surviendra. Selon un expert de la Maison blanche, l'Arabie saoudite aurait également passé son pic.
Pour savoir quand aura lieu le pic pétrolier d'une région, il suffit en théorie de connaître le montant des réserves à un moment t et les quantités extraites depuis le début de son exploitation : lorsque les quantités extraites sont égales à celles restant à extraire, le pic est atteint.
Toutefois, il est souvent difficile de connaître la valeur précise des réserves, et le pic n'est généralement identifié comme tel que plusieurs années après qu'il se soit effectivement produit.
Calcul des réserves mondiales
Il existe différentes façons de calculer les réserves de pétrole qui seront exploitables dans les décennies à venir.
Différents types de réserves
L'estimation des réserves disponibles dans un gisement est faite lors de sa découverte : il s'agit au départ de paris de géologues et d'ingénieurs, sauf quand le gisement est à moitié exploité : les estimations sont alors plus sûres. Ces réserves sont les réserves initiales, celles sur lesquelles on se base pour calculer le prix de vente du gisement, l'investissement fait pour son exploitation, la valeur d'une entreprise. Ce premier type d'estimation est assez peu fiable, non en raison de l'avancement de la science, mais en raison des enjeux financiers : ainsi, en 1988, lors de la découverte du champ pétrolifère de Cusiana, en Colombie, la compagnie étatsunienne Triton (aujourd'hui Amerada Hess) a estimé son potentiel à 3 milliards de barils, une quantité importante qui a fait remonter le cours de son action. Mais BP a fait une nouvelle estimation du gisement après avoir commencé d'extraire le brut à Cusiana : 1,5 milliards de barils. Des experts de l'ASPO pensent que ce gisement ne dépasse pas 800 millions de barils.
En partant des gisements découverts, on extrapole différentes valeurs sur les réserves restantes à découvrir :
- la première, appelée réserves prouvées ou F95, est la quantité de pétrole qui sera exploitée avec les moyens actuels avec une probabilité de 95 % ;
- la deuxième, appelée réserves probables ou F50, est la quantité de pétrole qui sera produite, mais avec une probabilité de 50 % ;
- la troisième, appelée réserves possibles F5, est la quantité de pétrole très hypothétiquement produite, si le prix de vente augmente de façon à absorber les coûts d'extraction qui seront très élevés, avec une probabilité de 5 %.
Ainsi, pour l'Algérie, on a F95 égal à 1,7 milliard de barils, F50 égal à 6,9 milliards de barils et F5 égal à 16,3 milliards de barils (données publiées par l'United States Geology Survey, dont la mission est d'informer le ministère de l'Intérieur étatsunien). Ces probabilités de découverte servent à juger de l'assise financière d'un pays ; mais les gouvernements comme les banques utilisent en général une valeur médiane des trois, soit 7,7 milliards de barils, qui a moins d'une chance sur deux d'être finalement découverte.
Le sujet est extrêmement sensible pour les pays pétroliers : ainsi en 2002, la Douma a voté une loi d'après laquelle révéler les réserves de gaz et de pétrole russe est un crime passible de 7 ans de prison.
Pour justifier cela, les rapports s'appuient sur le fait qu'il existe plusieurs types de pétrole :
- le pétrole conventionnel (95 % de ce qui a été exploité jusqu'ici) ;
- et le pétrole non-conventionnel :
- schistes bitumeux ;
- sables pétrolifères ;
- et le pétrole inexploitable avec la technologie actuelle.
Des experts estiment cependant que les quantités produites seront toujours secondaires, car l'exploitation, même possible, de ces gisements, restera toujours difficile, lente et coûteuse. Elle présente aussi le handicap fondamental d'avoir une production nette d'énergie limitée : l'extraction et la transformation de ces pétroles non conventionnels consomme une part significative de leur énergie : 30% dans le cas des sables bitumeux de l'Alberta. Cela augmente significativement la pollution générée par unité d'énergie finale.
Remise en cause des estimations officielles
Tout d'abord, l'USGS est un organisme qui est chargé d'informer le gouvernement étatsunien, et qui n'est pas tenu à la transparence.
Les pays producteurs de l'OPEP ont décidé en 1985 d'indexer leur production sur leurs réserves. Ce qui était sage à l'époque, provoqua des relèvements des estimations à la hausse, afin d'obtenir des droits de production supérieurs. Ce relèvement permet également d'obtenir des prêts plus élevés et de meilleurs taux. C'est cette dernière raison qui explique le relèvement des réserves estimées de l'Irak en 1983, alors en guerre contre l'Iran.
| Déclarations de réserves avec augmentations suspectes (en milliards de barils) d'après Colin Campbell, SunWorld, 1995 | |||||||
| Année | Abou Dhabi | Doubaï | Iran | Irak | Koweit | Arabie saoudite | Venezuela |
| 1980 | 28,00 | 1,40 | 58,00 | 31,00 | 65,40 | 163,35 | 17,87 |
| 1981 | 29,00 | 1,40 | 57,50 | 30,00 | 65,90 | 165,00 | 17,95 |
| 1982 | 30,60 | 1,27 | 57,00 | 29,70 | 64,48 | 164,60 | 20,30 |
| 1983 | 30,51 | 1,44 | 55,31 | 41,00 | 64,23 | 162,40 | 21,50 |
| 1984 | 30,40 | 1,44 | 51,00 | 43,00 | 63,90 | 166,00 | 24,85 |
| 1985 | 30,50 | 1,44 | 48,50 | 44,50 | 90,00 | 169,00 | 25,85 |
| 1986 | 31,00 | 1,40 | 47,88 | 44,11 | 89,77 | 168,80 | 25,59 |
| 1987 | 31,00 | 1,35 | 48,80 | 47,10 | 91,92 | 166,57 | 25,00 |
| 1988 | 92,21 | 4,00 | 92,85 | 100,00 | 91,92 | 166,98 | 56,30 |
| 1989 | 92,21 | 4,00 | 92,85 | 100,00 | 91,92 | 169,97 | 58,08 |
| 1990 | 92,00 | 4,00 | 93,00 | 100,00 | 95,00 | 258,00 | 59,00 |
| 1991 | 92,00 | 4,00 | 93,00 | 100,00 | 94,00 | 258,00 | 59,00 |
| 1992 | 92,00 | 4,00 | 93,00 | 100,00 | 94,00 | 258,00 | 62.70 |
| 2004 | 92,00 | 4,00 | 132,00 | 115,00 | 99,00 | 259,00 | 78,00 |
Le total des réserves déclarées est de 701 milliards de barils, dont 317,54 douteuses.
Ce tableau suggère trois choses :
- tout d'abord, les pays producteurs affirment que les découvertes de nouveaux gisements, année après année, remplacent exactement ou presque exactement les quantités produites, puisque les réserves disponibles de ces pays ne varient quasiment pas d'une année sur l'autre. Par exemple, l'Arabie Saoudite extrait 3 Gb par an, on devrait logiquement voir les réserves diminuer d'autant. Cela suggère que les pays du Golfe incluraient la production passée dans les "réserves".
- en l'absence de grandes découvertes les justifiant, les réserves annoncées par ces pays sont au moins à 45 % fausses, sauf à supposer que les chiffres étaient délibérément sous-évalués jusqu'aux années 1980 ; cette hypothèse d'une sous-évaluation antérieure des réserves ne semble cependant pas avoir de justification.
- on remarque clairement la surenchère entre pays : le Koweit s'étant attribué 90 Gb de réserves, Abu Dhabi et l'Iran on répondu avec des chiffres très légèrement supérieurs, afin de se garantir un quota de production similaire. Saddam Hussein, soucieux de ne pas être dépassé par des pays qu'il ne portait pas dans son cœur, a répliqué avec un chiffre arrondi à 100.
D'autres exemples incitent à une extrême vigilance sur les chiffres officiels des réserves :
- la société Shell a annoncé le 9 janvier 2004 que 20 % de ses réserves devaient passer de prouvées à réserves possibles (c'est-à-dire incertaines). Cette annonce a fait chuter l'action et vaut à la société un procès, la valeur de la société ayant ainsi été frauduleusement augmentée. Depuis, elle a de nouveau révisé ses réserves trois fois, les faisant passer à 10 133 millions de barils (contre 14 500 millions). Son président, Phil Watts, a dû démissionner.
- Comme on le remarquera dans le tableau ci-dessous, les réserves revendiquées par le Koweit avant et après la guerre du golfe sont les mêmes, 94 Gb, bien que les immenses incendies des puits déclenchés par les forces iraquiennes avant de se retirer aient détruit environ 6 Gb.
- En 1970, l'Algérie, probablement sous l'influence russe, a augmenté ses « réserves prouvées », qui jusque-là se situaient aux alentours de 7-8 Gb, pour les porter à 30 Gb. Deux ans plus tard, ce sera 45 Gb. Puis les volontés politiques changent et, après 1974, le pays retournent à des chiffres inférieurs à 10 Gb (fait rapporté par Jean Laherrère).
- La Pemex (compagnie d'état du Mexique, qui a le monopole du pétrole dans le pays) a, en septembre 2002, revu ses réserves à la baisse de 53%, passant de 26.8 à 12.6 Gb. Peu après, elle les a relevé sensiblement, à 15.7.
Notons aussi que la définition des réserves prouvées change selon les pays. Ainsi, aux USA, la règle est de ne classer comme prouvées que les réserves qui sont en communication avec un puit en production. C'est donc une définition prudente, mais elle a pour effet que l'on peut accroître les réserves en forant un nouveau puit dans un gisement connu depuis des décennies. À l'inverse, l'Arabie Saoudite classe en réserves prouvées les gisements encore inexploités. Quand au Venezuela, il semble qu'il inclut dans ses réserves une partie des pétroles non conventionnels (bitumes) de l'Orinoco.
L'ASPO
Article principal : ASPO
L'ASPO est l'Association pour l'étude du pic pétrolier et gazier (Association for the Study of Peak Oil and gas).
Conséquences sur l'économie
Le pétrole connaît quatre débouchés principaux. Les deux premiers utilisent son potentiel énergétique, il s'agit des transports et de l'énergie domestique : chauffage en grande partie, et électricité. Il fournit au total 40 % de ressources énergétiques consommées annuellement sur la planète. Les deux autres utilisent une part significativement moins importante de la production pétrolière, mais l'un est essentiel dans nos sociétés, il s'agit de l'agriculture, et l'autre est devenu incontournable comme fournisseur de matières premières légères, il s'agit de la plasturgie.
Transports
Actuellement, 96 % des transports mondiaux utilisent des hydrocarbures comme énergie : que ce soit le transport maritime, le transport aérien, fluvial, routier, tous n'utilisent que des moteurs à explosion (ou des turboréateurs dans le cas des avions de ligne), tous brulant du pétrole ou parfois du gaz. Le seul secteur où le pétrole n'est pas prépondérant, c'est le transport ferroviaire de passagers, en grande partie électrifié (bien qu'une part non négligeable de cette électricité soit produite avec du pétrole).
Des recherches sont en cours pour mettre au point des véhicules dits propres.
Voir aussi : Biocarburant
Énergie domestique
Pour ce qui est du chauffage, pour remplacer le fioul et l'électricité d'origine pétrolière, diverses solutions existent :
- bois sous diverses formes (granulés, sciure ou copeau, bûche). Cette ressource n'est renouvelable et neutre en CO2 que si son exploitation est modérée et bien organisée, la quantité de bois utilisée étant compensée par les arbres qui poussent. Si le bois vient de déforestation, la ressource s'épuise et son utilisation dégage du CO2 dans l'atmosphère,il y a donc peu de différence avec un combustible fossile. Rappelons toutefois que le manque de bois a été au XVIIe siècle la cause de la première crise de l'énergie en Europe, conduisant à l'exploitation de plus en plus poussée du charbon de terre. aujourd'hui, ce sont des pays comme l'Indonésie qui sont dans la meme situation, ayant détruit en quasi totalité leurs forets primaires. Cependant, le problème de son transport et de son stockage est important dans les centres urbains. En outre, la combustion du bois produit d'importantes quantités de déchets (cendres) et de polluants (dégagement de SO2, NOx responsables des pluies acides, de poussières inhalables, voire d'HAP et même de dioxine ou de métaux lourds en fonction des traitements subits par le combustible).
- houille : la solution est limitée (en Europe, elle est peu exploitable, mais le reste du monde possède des ressources disponibles importantes) ; ses inconvénients sont les suies et les gaz à effet de serre principalement ; il s'y ajoute des coûts importants en vies humaines chez les mineurs (accidents et silicose), même avec les dispositifs de sécurité existants.
- gaz naturel, qui connaîtra un pic similaire à celui du pétrole, bien que plus tard ;
- biogaz, qui peut être produit par fermentation de matière organique et notamment de déchets organiques (boues de stations d'épuration, déchets d'ordures ménagères, effluents d'élevage...). L'intérêt de cette source d'énergie contre l'effet de serre est énorme : non seulement on économie des ressources fossiles, mais surtout on brule du méthane qui sinon serait émis dans l'atmosphère, et on émet du CO2, dont l'impact sur le réchauffement climatique est bien moindre ;
- la combustion des déchets ménagers. Ceux-ci étant le plus souvent humides, leur combustion n'est possible qu'en les mélangeant à des carburants pétroliers. Par ailleurs les émissions de polluants sont de mieux en mieux contrôlées grâce à des dispositifs de filtrage.
- géothermie, très écologique cette solution nécessite pourtant soit des sources chaudes soit des surfaces importantes ;
- électricité, mais encore faut-il à la fois isoler les maisons et produire l'électricité.
Les économies d'énergie possibles sont à envisager (Negawatt). Il est possible de réduire de 50 à 80 % les dépenses d'énergie domestique, par exemple avec des habitations ne nécessitant pas de chauffage, seule une ventilation mécanique étant nécessaire (cette méthode est basée principalement sur l'isolation et l'effet de serre des vitres).
Une approche de cette « bonne conception » architecturale est la démarche Haute qualité environnementale qui se développe principalement dans les chantiers publics à l'heure actuelle.
Agriculture
Bien que ce secteur ne semble que peu concerné par un renchérissement fort et durable du pétrole, il sera peut-être le plus durement touché. En effet, l'agriculture intensive repose sur l'utilisation d'intrants (engrais chimiques, pesticides) élaborés à partir de l'énergie pétrolière ou issus de l'industrie pétrochimique. Par ailleurs, l'agriculture consomme de grandes quantités de plastique (serres, mulch, emballages, outils...) et de carburant pour les engins agricoles (et ce même dans des schémas dits non productivistes).
Par la combinaison de l'augmentation du prix des engrais et de celui des carburants, deux clefs de la révolution verte sont sérieusement remis en question.
En effet, théoriquement, le pétrole peut être remplacé par des biocarburants (carburants issus de l'agriculture) ou par des huiles végétales. Cependant le bilan énergétique de ces carburants « verts » est pour le moment trop faible. De plus, les techniques de synthèse en chimie organique pour l'élaboration par exemple de molécules pesticides devraient être revues en l'absence de pétrole.
La mutation du modèle agricole actuel vers un système « sans pétrole » sera laborieux. Les pertes de productivité qui pourraient en découler pourrait engendrer des situations de crise alimentaire dans le pire des cas, ou, du moins un questionnement sur la consommation alimentaire et ses modes. Il est peu probable que l'agriculture puisse se maintenir ou se développer dans le modèle productiviste, même sans pic pétrolier (problèmes écologiques, économiques, de santé publique et sociétaux avec par exemple la dégradation de la qualité des eaux et des sols).
Voir aussi : permaculture | agriculture biologique | productivisme | agriculture
Industrie
Société de consommation
Plasturgie
Aujourd'hui, une grande part des matériaux d'emballage et de fabrication des produits industriels utilisent du plastique, c'est-à-dire du pétrole transformé. Un choc pétrolier propulsant le prix du baril à plus de 50 dollars de façon durable et irréversible pourrait remettre en cause cet usage du pétrole, qu'il sera difficile de remplacer. La plupart des aliments (vin, moutarde, pâtes, bonbons...) se vendaient en vrac avant les années 1950. Les fibres synthétiques et les emballages unitaires (flacons, pots, tubes...) sont apparues tardivement. De même, l'avènement du tout jetable est un phénomène relativement récent.
Il est possible de produire certaines matières plastiques en utilisant des végétaux ou des bactéries ; mais pas dans la gamme de diversité des plastiques issus de la pétrochimie. Ces produits ne sont pas encore non plus finalisés pour une utilisation industrielle :
- les surfaces de production agricole ne peuvent pas être immédiatement concédées à ces cultures industrielles (si elles le sont, ce sera sans doute au détriment d'autres cultures, les jachères ne suffisant pas),
- la filière industrielle reste à créer.
Conséquences géopolitiques
Le pétrole étant une ressource importante pour les économies des différents pays du monde, sa raréfaction entraînera une crise économique pour les pays n'en disposant pas en quantité suffisante, ou ne pouvant pas remplacer le pétrole par une autre source d'énergie.
Historique des guerres du pétrole
Les offensives britanniques de la Première Guerre mondiale en Irak et en Palestine visaient à occuper des territoires pressentis comme riches en pétrole. La pacification française de la Syrie assurait à la France un approvisionnement régulier.
La Syrie fut défendue par les troupes vichyssoises contre les FFL, car l'Allemagne nazie avait absolument besoin de son pétrole. Celle-ci mena d'ailleurs une offensive en 1942 vers les gisements russes du Caucase à Bakou, et la constitution de l'Afrika korps obéissait en partie à cette logique.
En 1941, le Japon considéra qu'il devait faire guerre aux États-Unis malgré la disproportion des forces puis mena une offensive vers l'Indonésie, car il avait besoin du pétrole qui s'y trouvait (et qu'il ne contrôla d'ailleurs jamais).
Le "contre choc pétrolier" de 1986 s'explique en partie par une volonté des États-Unis et de leurs alliés moyen-orientaux de mettre l'URSS en banqueroute. Les exportations de pétrole étant vitales pour la balance des paiements soviétique et pour la diplomatie du Kremlin (garantir aux pays satellites un approvisionnement en pétrole était l'un des moyens qu'avait l'URSS de les tenir en captivité politique), les Américains réussirent à convaincre les Saoudiens (qui étaient déjà leurs alliés dans la guerre en Afganistan), les Emiratis et les Koweitis d'augmenter fortement leur production, afin de faire chuter les cours. Le prix du pétrole fut divisé par deux.
Le cout fut élevé pour les pays à l'origine de cette offensive économique. nombre de petits producteurs américains furent mis en faillite, tandis que l'afflux de pétrodevises pour les pays du golfe se ralentit, causant une sévère réduction de leur "train de vie". Ces "effets secondaires" étaient parfaitement anticipés et acceptés par les gouvernements impliqués, et cette politique porta ses fruits. L'URSS pompa autant de pétrole qu'elle put, mais en 1988 son principal gisement, Samotlar, se mis à décliner sévèrement, entrainant la production du pays. La principal source de devises de l'URSS diminua, alors meme que les finances du pays étaient terriblement sollicités (le conflit afghan et les grands projets militaires s'ajoutant aux dépenses normales) Bien qu'oublié par nombre d'analyses, ce facteur fut l'un des plus importants dans l'effondrement de l'Union Soviétique.
La guerre entre l'Iran et l'Irak des années 1980 est en partie due à la volonté de l'Irak de contrôler des ressources frontalières. L'invasion du Koweit par l'Irak au début des années 1990 fut également à l'origine d'une guerre dans laquelle les États-Unis sont intervenus pour assurer une sécurité de leurs approvisionnements. Ce pays a depuis eu une politique de prépositionnement (cf. infra).
Importateurs principaux
Actuellement, les trois principaux importateurs mondiaux de pétrole sont les États-Unis d'Amérique, la Chine (importateur net depuis 1996 et deuxième importateur mondial depuis le deuxième trimestre 2003) et le Japon (deuxième importateur jusqu'en 2003). La Chine notamment voit ses importations croître de 9 % par an, et consomme déjà 20 % de l'énergie des pays de l'OCDE.
Pour ces pays, il est vital de savoir à quel prix et en quelles quantités ils peuvent recevoir du pétrole. Il peut être également très intéressant de pouvoir distribuer certaines quantités à des alliés dans le besoin.
Politique de prépositionnement étatsunienne
Depuis quelques années, les États-Unis mènent des opérations militaires de manière à occuper une position favorable dans les zones ou à proximité des zones pétrolifères.
Ainsi, en 2001, l'Afghanistan est envahi ; il reste occupé depuis. Les pays d'Asie centrale sont des producteurs de pétrole. Mais les espoirs sont déçus, puisqu'en 2002, BP annonça que les gisements inexploités de la Caspienne ne recelaient pas 200 milliards de barils comme espéré, mais 39 milliards d'un pétrole de mauvaise qualité.
En 2003, les îles de Sao Tomé et Principe ont signé un accord autorisant les États-Unis à implanter des bases militaires sur leur territoire. Ces îles offrent des implantations de choix dans le Golfe de Guinée, à proximité des gisements du Nigeria, de l'Angola et du Brésil, qui totalisent près de 85 milliards de barils de réserves, soit de quoi satisfaire 3 à 4 années de la demande mondiale. De plus, le golfe de Guinée est traversé par les pétroliers allant du golfe Persique aux États-Unis.
En 2003 également, les États-Unis ont envahi l'Irak, qui possède les 3e réserves du monde. De plus, il leur offre une base de départ vers le Caucase (pétrole de Bakou et oléoducs d'Asie centrale vers l'Europe), vers l'Iran (pris en tenaille avec l'Afghanistan), et vers l'Arabie saoudite. Ils sont également à proximité immédiate des autres émirats du golfe.
La Chine s'était opposé à l'ONU à cette guerre.
Conclusion
Contrairement à leur promesse faite en mai 2004, les pays de l'OPEP ne sont pas parvenus à augmenter leur production, et l'ensemble des infrastructures pétrolières (de la production au raffinage) ont atteint un seuil maximal d'activité. Cela signifie qu'il est impossible de produire et de transformer plus de pétrole en 2005 qu'en 2004, d'autant plus que les investissements prévus en 2005 sont nettement inférieurs à ceux faits en 2004, essentiellement pour maintenir la production du brut. Cela semble confirmer que l'on a bien atteint un plafond de la production de pétrole et confirmerait l'imminence du pic pétrolier ;
Le 11 octobre 2004, le baril de brut a de nouveau franchi un plus haut historique au New York Mercantile Exchange (NYMEX), en s'établissant à 53,42 $. Depuis le début de l'année, la hausse se chiffre à 64 %. Quant au baril de Brent, il a pour la première fois franchi la barre symbolique des 50 $ le même jour. Cependant, les cours du pétrole semblent se stabiliser depuis l'automne 2004 entre 40 et 45 $, soit à un niveau acceptable pour les économies européennes.
Mise à jour : depuis la mi-janvier 2005, le baril de brut se situe au dessus de 45$ de même, depuis fin février 2005, celui ci n'est jamais retombé en dessous de 50$, avec des pointes à 57$. En Mars, lors d'une séance d'échange, une transaction a atteint les 100$ le baril.
L'annonce par les États-Unis d'une volonté de repasser à une économie basée sur le nucléaire a fait « chuter » les cours à 52$, reste à savoir si le mouvement est durable.
Voir aussi
- American way of life
- Énergie renouvelable
- Choc pétrolier
- marée noire
- Régions pétrolières
- Pic de Hubbert
Liens externes
- Le « peak oil », bombe à retardement du XXe siècle
- Peak Oil : sommes-nous prêts ? en partie en anglais
- dossier sur l'impasse énergétique actuelle
- Association NégaWatt, pour un avenir énergétique sobre, efficace et renouvelable
- Introduction à la déplétion du pétrole site presque entièrement traduit en français
- oleocene.org site dédié à la fin de l'âge du pétrole
- Ekopedia.org: L'encyclopédie des techniques alternatives de vie
