Pauvreté

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Dorothea Lange, Migrant Mother

La pauvreté au sens économique est une notion à la fois facile à comprendre et difficile à définir. Elle désigne le manque ou la mauvaise qualité de ressources (naturelles, financières, immatérielles, etc.) vécu par des personnes, groupes de personnes, régions du monde, etc.

Le mot possède un sens différent qui ne sera pas abordé dans cet article s'il est utilisé dans le contexte religieux (catholique, en particulier), où la pauvreté est considérée comme la condition d'écoute optimale de Dieu et des besoins de son prochain (beaucoup d'ordres font vœu de pauvreté) et s'oppose en ce cas à la misère, condition de dénuement qui au contraire dégrade l'homme et l'empêche d'atteindre sa dimension spirituelle.

Sommaire

Définition et mesure

La pauvreté est généralement considérée comme un phénomène multidimensionnel. La dimension économique est la plus fréquemment prise en compte et est décomposée en trois formes.

Pauvreté monétaire

La pauvreté monétaire ou de revenu résulte d'une insufficance de ressources ou d'une consommation insuffisante. Lorsque les revenu fluctuent de trop, la pauvreté est mieux appréhendée par le niveau de consommation. Ainsi, un individu est considéré comme pauvre lorsque son niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté. Du fait de sa simplicité de mesure, elle est couramment utilisée pour définir les individus pauvres et mesurer le taux de pauvreté.

Selon l'approche absolue, le seuil est fixé, depuis les travaux de Rowntree en 1901, en fonction d'un panier de biens alimentaires et non alimentaires nécessaires à la survie quotidienne (2400 calories par jour pour la pauvreté et 1800 pour l'extrême pauvreté). Les biens non alimentaires comprennent l'habillement, le transport, l'hygiène, l'eau et l'énergie. Les États-Unis et le Canada ont recourt à la mesure absolue de la pauvreté.

Selon l'approche relative, le seuil est fixé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l'ensemble de la population. Eurostat fixe le seuil de pauvreté relative à 60% du niveau de vie médian. L'Insee, pour la France, le fixe à 50%.

Pauvreté des conditions de vie

La pauvreté des conditions de vie ou d'existence résulte de l'impossibilité de satisfaire les besoins qui permettent de mener une vie décente dans une société donnée. La pauvreté d'existence peut résulter d'une mal-nutrition, d'une absence d'éducation, d'un logement insalubre... Elle est plus difficile à cerner que la pauvreté monétaire.

Pauvreté des potentialités

La pauvreté des potentialités ou des capacités exprime le manque de moyen permettant de sortir de la pauvreté.

Pauvreté humaine

Outre la dimension économique, la pauvreté s'exprime sous des dimensions non-économique regroupée sous le terme de pauvreté humaine. Il s'agit des dimensions sociales, culturelles, politiques et éthnique de la pauvreté.

Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a créé deux indicateurs synthétiques de pauvreté : l'IPH-1 et l'IPH-2 (indicateur de pauvreté humaine).

Voir l'article Indicateur de pauvreté.

Ces indicateurs permettent de classer les pays ; ainsi, en 2000,

mais tous les pays ne sont pas classés, les statistiques manquent pour certains d'entre eux). Le pays ayant le moins de pauvreté est la Suède.

Voir l'article Classement IPH des pays, 2000.

Évolution de la pauvreté dans le monde

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Famille dans un bidonville de Jakarta

De nombreux organismes tentent d'évaluer le nombre de pauvres, en fonction de leur champ d'action. Très naturellement, les estimations divergeront faute de parler vraiment de la même chose. Par exemple, en 2003, la Banque mondiale définissait comme pauvres les ménages qui disposent de moins de deux dollars par jour, dont extrêmement pauvres ceux qui ont moins d'un dollar par jour. Selon cet indicateur, ce sont respectivement 2,8 et 1,2 milliard de personnes qui sont concernées (le nombre de personnes souffrant de sous-alimentation en 2002 est, lui, de 800 millions).

Si on s'intéresse à la situation de pays développés comme la France, cet indicateur réduit à presque rien le nombre de pauvres. S'il est adapté à une analyse globale, il est donc peu utilisable pour mesurer la situation de ce seul pays. Pour cette raison, les institutions françaises préfère utiliser comme seuil de pauvreté la moitié du revenu médian, (le revenu médian est le revenu séparant la population en deux, c'est-à-dire que la moitié de la population a un revenu plus élevé, et la moitié un revenu inférieur) ; le nombre de pauvres devient en un tel cas plus élevé, quel que soit l'enrichissement général.

Selon le seuil de pauvreté de 1 dollar par jour en PPA 1985, la majorité des pauvres se trouvent en Asie du sud (39%), Asie de l'est (33%) et en Afrique sub-saharienne (17%). Les pays comptant plus de la moitié de leur population sous le seuil de pauvreté sont: Guatemala, Guinée-Bissau, Inde, Kenya, Lesotho, Madagascar, Népal, Niger, Senegal, et Zambie.

Lutte contre la pauvreté

De tous temps, les sociétés ont cherché à lutter contre cette situation. Ainsi, on retrouve trace au IIIe siècle de distributions de soupe aux pauvres en Asie mineure.

Selon le lieu et l'époque, plusieurs solutions ont été envisagées.

De même la forme de l'action est très variable, et parfois même répressive.

Enfin, les pauvres aidés varient également

Intervention étatique

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Russell Lee, Men in transient camp near Hagerman Lake, Michigan - Repas dans un camp de chômeurs dans les années 1930 aux États-Unis.

Depuis le XIXe siècle, certains pays occidentaux ont tenté de remédier à la pauvreté en instituant des garanties de ressources minimales.

Pour les enfants :

Pour les adultes, l'État peut chercher à

Mais c'est surtout au milieu du XXe siècle que certains États s'engageront dans un programme d'intervention directe massive, en prenant le contrôle des institutions privées (caisses de retraite, assurances chômage) et diversifiant ses interventions (aides au logement).

Les aides au revenu sans conditions d'utilisation sont plus récente. l'Allemagne fut l'une des premières à l'établir. En France, le Revenu Minimum d'Insertion (RMI) fait partie de ce filet de sécurité censé empêcher des personnes de tomber dans la pauvreté. Il est à noter que ce fut l'une des rares lois votées par l'Asemblée nationale sans une seule voix s'y opposant.

Au début du XXIe siècle, on évoque la fin de l'état-providence : la mondialisation (désindustrialisation occidentale, révolution numérique, mobilité financière etc.) retire à l'état la capacité de contrôler discrétionnairement ce qui se passe sur son territoire, tandis que se répand l'idée que les organisations non gouvernementale sont plus efficaces que l'état et sa bureaucratie inhumaine, notamment dans ce domaine éminamment sentimental qu'est la lutte contre la pauvreté.

L'état se fait donc en général plus modeste, et la lutte contre la pauvreté est de plus en plus déléguée par les pouvoirs publics a des associations. Ce mouvement reste un sujet polémique, certains préférant faire confiance à l'état pour gérer la solidarité, craignant une exploitation de la bonne volonté des bénévoles parallèlement à l'orientation des ressources économisée par l'état à d'autres fins plus contestables, et voyant de nombreux problèmes éthiques comme les problèmes de confidentialité.

En Europe occidentale

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Pauvreté marginale : sans-abri aux États-Unis

Serge Paugam [1] distingue trois idéaux-types de la pauvreté :

En applicant ce modèle aux différents pays d'Europe on peut distinguer plusieurs grandes régions :

Par ailleurs, il y a une double institutionnalisation de la pauvreté :

Il s'ensuit une disqualification sociale, une humiliation due à ce double assistanat et à l'absence d'espoir de trouver un emploi, un sentiment d'être socialement inutile, qui crée une détresse psychologique (dépression nerveuse) chez les pauvres. Cette détresse psychologique ne se trouve ni dans les pays du Sud en raison de l'intégration sociale, ni dans les pays du Nord en raison du maintien du niveau de vie.

Intervention mondiale

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Bidonville à Jakarta

La lutte contre la pauvreté fait partie des Objectifs de développement de l'ONU pour le millénaire. C'est devenu une priorité mondiale.

voir le lien externe : Objectifs de développement pour le millénaire de l'ONU

La Banque mondiale a pour mission de lutter contre la pauvreté en finançant des projets pouvant réduire la misère. Certaines organisations non gouvernementales comme Oxfam encouragent le commerce équitable pour que les producteurs puissent vivre dans de meilleurs conditions. D'autres comme ATD Quart Monde, refusent avec les pauvres que la personne humaine soit réduite à ses manques, s'attachent à ce que les personnes, familles et groupes en situation d'extrême pauvreté puissent reconquérir leurs droits, réassumer leurs responsabilités et contribuer à la société par eux-mêmes. Ils sont alors acteurs centraux de la lutte contre la pauvreté.

Pauvreté et politique

Les appréciation divergent sur l'évolution de la pauvreté. En général, les interventionistes étatiques ont tendance à la voir gravement croitre (et à préférer les indicateurs relatifs) alors qu'au contraire les libéraux ont tendance à trouver que la pauvreté est plutôt en régression (et à préférer les indicateurs absolus).

De même, le clivage est similaire sur les causes et les remèdes : les uns pensant que la pauvreté résulte d'un manque d'intervention des pouvoirs publics, les autres estimant au contraire que la meilleure façon de lutter contre la pauvreté est de laisser les institutions caritatives et les âmes charitables agir.

Durant la Révolution française est apparu un moment le « Quatrième ordre », celui des pauvres journaliers, des Infirmes, des Indigents... à côté des trois « ordres » (Noblesse, Clergé, tiers état) convoqués aux États généraux.

voir lien externe Cahiers du Quatrième Ordre

En 1987, le Conseil économique et social français publiait un rapport intitulé « Grande pauvreté et précarité économique et sociale ». Il est toujours consultable à l'adresse : http://www.atd-quartmonde.org/intern/fondam/WRES_JO87.pdf (site d'ATD Quart Monde, édité avec l'autorisation du Journal Officiel français).

Le rapporteur, Joseph Wresinski, y avait proposé une définition qui fait le lien entre plusieurs réalités : « La précarité est l'absence d'une ou de plusieurs sécurités, notamment celle de l'emploi, permettant aux personnes et familles d'assumer leurs obligations professionnelles, familiales et sociales et de jouir de leurs droits fondamentaux. L'insécurité qui en résulte peut être plus ou moins étendue et avoir des conséquences plus ou moins graves et définitives. Elle conduit à la grande pauvreté, quand elle affecte plusieurs domaines de l'existence, qu'elle devient persistante, qu'elle compromet les chances de réassumer ses responsabilités et de reconquérir ses droits par soi-même, dans un avenir prévisible. » (page 6 du document pdf).

Termes proches : misère, exclusion sociale, sous-prolétariat

Pauvreté d'un pays

Le terme « pauvreté » s'appliquant à des pays a peu à peu disparu pour faire place à d'autres notions comme « les Pays les moins avancés » plus liées à des questions de développement.

Alors que dans les siècles passés on opposait « pays pauvres » et « pays riches », l'opinion publique a petit à petit pris conscience que la pauvreté et la misère, même si elles étaient réparties différemment selon les pays, les concernait tous.

Même si, dans les enceintes internationales, quand on parle de lutte contre la pauvreté, on continue de regarder vers des pays du tiers monde (à cause du nombre de personnes concernées), plusieurs organismes internationaux, comme l'UNICEF ont aussi engagé une réflexion et une action de lutte contre la pauvreté dans les pays occidentaux.

Le cercle vicieux de la pauvreté

La pauvreté résulte généralement de conditions de départ défavorables (mauvais accès à la formation, santé déficiente, ...), et parfois d'accidents (destruction de biens, accident de santé, perte d'emploi, etc.).

Mais cela engendre souvent un cercle vicieux. La pauvreté oblige à se loger à bas prix, donc dans des quartiers ayant mauvaise réputation, où il y a peu de travail et une offre éducative dégradée, une criminalité sinon plus élevée du moins plus violente, une prévention médicale moins active, etc. Les chances de trouver un revenu par le travail sont moindres, la tentation plus forte de faire appel à des sources de revenu illusoires (loteries, paris) ou dangereuses (crime), les risques d'accidents sont plus importants. Ce phénomène touche évidemment les enfants, qui dans un tel contexte commencent leur vie avec un handicap, même si le pire n'est nullement certain pour eux.

Dans les pays en développement, où les ressources sont rares, les conséquences sont encore plus marquées (famines, catastrophes sanitaires...)

Informations complémentaires

Autres articles

Lien externe

Notes

1. c'est le dernier des 88 pays classés pour l'IPH-1, et il se trouve bien évidemment derrière les 17 pays classés de l'OCDE

Bibliographie

[1] Paugam S., Les Formes élémentaires de la pauvreté, PUF, Paris, mars 2005.

Filmographie

See also: Pauvreté, 1921, 1950, 2000, 2002