Nombre transfini

Les nombres transfinis sont les nombres infinis découverts et explorés par le mathématicien Georg Cantor. Cantor a introduit une sorte de hiérarchie dans l'infini, en développant la théorie des ensembles.

Sommaire

Aspect épistémologique

Les travaux de Cantor sur la théorie des ensembles ont été à la source de nombreux paradoxes, et ont contribué à la crise des fondements qu'ont connu les mathématiques, entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Kronecker, par exemple, a exprimé pourquoi ils ne considérait pas comme mathématiquement valides les démonstrations de Cantor faisant intervenir l'infini de deux façons différentes en considérant l'un comme achevé et l'autre comme en construction.

La question fut tranchée par une boutade que l'on résume en général par Cantor a créé pour les mathématiciens un paradis dont ils ne se laisseront pas expulser.

Aucune application autre que mathématique n'a été trouvée à ce jour (2004) aux nombres transfinis, mais les nombres complexes sont restés quelque temps aussi sans que les physiciens sachent vraiment quoi en faire. Toutefois, la plupart du temps, c'est le phénomène inverse qui se produit : les physiciens développent des bricolages, et les mathématiciens passent derrière pour les formaliser en outils un peu plus propres, comme dans le cas du calcul opérationnel interprété par la transformation de Laplace ou les « fonctions » de Dirac mise en forme propre (et généralisée par la Théorie des distributions).

Distinction importante

Un nombre entier naturel peut être utilisé pour décrire la taille d'un ensemble fini, ou pour désigner la position d'un élément dans une suite. Ces deux utilisations correspondent aux notions de cardinal et d'ordinal respectivement. Bien que semblables en apparence, ces deux concepts cantoriens doivent être distingués lorsque l'on s'intéresse à des ensembles infinis.

Nombres ordinaux transfinis

En théorie des ensembles, les entiers naturels peuvent être construits avec des ensembles :

0 = {} (ensemble vide)
1 = {0} = { {} }
2 = {0,1} = { {}, { {} } }
3 = {0,1,2} = {{}, { {} }, { {}, { {} } }}
4 = {0,1,2,3} = { {} , { {} }, { {}, { {} } } , {{}, { {} }, { {}, { {} } }} }

etc. De cette manière, tout entier naturel est un ensemble bien ordonné, et l'inclusion des ensembles se traduit par un ordre sur les entiers naturels. Cela nous conduit à la définition d'un nombre ordinal par John von Neumann : un ensemble E est un ordinal si et seulement si E est totalement ordonné pour l'inclusion et tout élément de E est aussi un sous ensemble de E. Cette approche permet d'envisager les nombres ordinaux infinis.

L'existence des ordinaux infinis est assuré par L'axiome de l'infini.

Le premier nombre ordinal transfini est ω, cf. alphabet grec. Il correspond à l'ensemble des nombres entiers naturels \mathbb{N}=\{0,1,2,3,\ldots\}. L'addition des nombres entiers naturels, traduite en terme d'ensembles, permet de généraliser l'addition aux nombres ordinaux transfinis. Cette addition est associative mais pas commutative. Elle donne lieu à une arithmétique sur les nombres ordinaux transfinis. Ainsi ω < ω + 1 < ω2, mais ω = 1 + ω = 2ω.

On montre qu'il existe une infinité de nombres ordinaux transfinis :

\omega < \omega + 1< \omega + 2 < \dots < \omega+\omega = \omega 2 < \dots < \omega\omega = \omega^2 < \dots < \omega^\omega < \omega^{\omega^\omega} < \dots

Il existe des nombres ordinaux transfinis qui ne peuvent pas être obtenus en effectuant un nombre fini d'opérations arithmétiques n'utilisant que les nombres ordinaux finis et ω. Le plus petit d'entre eux est appelé ε0 et vaut \omega^{\omega^{\omega^\cdots}}. Il est en outre solution de l'équation x = ωx.

À noter que les ordinaux ne forment pas un ensemble, au sens des axiomes ZFC (la théorie axiomatique des ensembles habituelle), mais une classe propre. Ceci peut-être mis en évidence grâce au paradoxe de Burali-Forti : l'ensemble des ordinaux serait par définition un ordinal ... mais qui serait strictement plus grand (aussi par définition) que tous les ordinaux. Ceci est évidemment contradictoire.

Nombres cardinaux transfinis

À tout ensemble correspond un nombre cardinal. Le cardinal d'un ensemble fini à n éléments est n. Le cardinal de l'ensemble infini \mathbb{N} des nombres entiers naturels est noté \aleph_0 (aleph-zéro), cf. alphabet hébreu. \aleph_0 est le plus petit nombre transfini cardinal. Il est plus grand que tout entier naturel. Deux ensembles ont le même cardinal lorsqu'ils sont en bijection. Ainsi, le cardinal de tout ensemble dénombrable infini est aussi \aleph_0, c'est le cas par exemple de l'ensemble des nombres algébriques. De manière plus générale, on montre que les ensembles des types suivants sont infinis dénombrables

Ces propriétés se traduisent sur le nombre transfini \aleph_0 par les formules suivantes

Mais l'infini ne se résume pas à \aleph_0. On montre à l'aide de l'argument diagonal de Cantor que l'ensemble \mathbb{R} des nombres réels n'est pas dénombrable. Si l'on note \aleph le nombre cardinal transfini associé à \mathbb{R}, on a donc

\aleph_0 < \aleph.

\aleph est parfois noté 2^{\aleph_0} par analogie avec les cardinaux finis car \mathbb{R} est en bijection avec l'ensemble des parties de \mathbb{N}. On a donc avec cette notation que \aleph_0 < 2^{\aleph_0}. De manière plus générale, on montre que le cardinal de l'ensemble des parties d'un ensemble est toujours strictement plus gros que l'ensemble de départ. Ainsi,

\aleph_0 < 2^{\aleph_0} < 2^{2^{\aleph_0}} < \cdots

Il existe donc une infinité de nombre cardinaux transfinis !

On a longtemps cherché à savoir s'il existait un nombre transfini strictement compris entre \aleph_0 et 2^{\aleph_0}, cf. hypothèse du continu. La réponse de Paul Cohen est plutôt surprenante, quoique présagée par Gödel.

Voir aussi

Contradiction cantorienne

Si l'on prend un certain nombre p d'objets parmi n objets donnés (arrangements avec répétitions de n objets par groupes de p), on a :

A p _ n = n^p

Ceci est vrai même si p > n.

On peut calculer, par exemple, le nombre de combinaisons A formées avec 2 objets rangés 3 par 3 :

A = 2^3 = 8

Que vaudrait A, par exemple, avec 2 objets rangés N par N ?

A = 2^N

Ce nombre correspond à toutes les suites que l'on peut former avec seulement 2 objets, ou 2 éléments (par exemple 0 et 1) :

0001111101010000110100010111111010000111111101000... 1010110111000000010000000101010000000111111100111...

Il y en a une infinité indénombrable.

Avec les 10 premiers chiffres du système décimal (de 0 à 9), nous pouvons former toutes les suites imaginables ne contenant que ces 10 chiffres :

900020110665399760063111167555439876772300444... 487777772106757434343295688880054311118744887...

Dans ce cas, A = 10^N.

Il est facile de s'apercevoir qu'un tel ensemble contient, par exemple, tous les nombres irrationnels compris entre 0 et 1 (il suffit de prendre les suites commençant par 0). D'après Cantor, l'ensemble des nombres transcendants a la puissance du continu, c'est à dire que CARD R > CARD N. Or, toujours d'après Cantor, CARD N = 10^N, c'est à dire 1 suivi d'une infinité de zéros. D'où la contradiction :

Si le théorème de Cantor est vrai, 10^N ne peut être à la fois le cardinal de R et de N.

- Si 10^N est le cardinal de N, l'ensemble des réels n'a pas la puissance du continu.

- Si 10^N est le cardinal de R, l'ensemble des entiers naturels a une puissance inférieure à 10^N.

On le voit, la théorie des ensembles n'a pas dit son dernier mot (Y.J).

See also: Nombre transfini, 2004, Alphabet grec, Alphabet hébreu, Argument de la diagonale de Cantor, Axiome de l'infini, Bijection, Classe (mathématiques), Distribution (analyse mathématique)