Opération Torch
L’Opération Torch désigne le débarquement allié en Afrique du Nord du 8 novembre 1942 (Maroc français et Algérie).
Ce débarquement marque le tournant de la guerre sur le front occidental, conjointement avec les victoires britannique à El Alamein et soviétique à Stalingrad.
Mais, s'il est certain que l'Opération Torch a constitué une démonstration éclatante des qualités d'organisation et de la puissance navale des nations anglo-saxonnes, il est souvent méconnu que le succès n'en a été acquis que grâce au dévouement de la résistance française:
Celle-ci, par son putsch du 8 novembre 1942, a réussi à neutraliser pendant 15 heures le XIXe Corps d'Armée vichyste d'Alger.
Ainsi les Américains ont-ils pu débarquer sans opposition, encercler Alger, puis capturer la ville le soir même, alors qu'à Oran et au Maroc, les généraux et amiraux de Vichy accueillaient les Alliés à coups de canon et leur livraient un combat sanglant pendant 3 jours.
C'est seulement le 10 novembre que Darlan et Juin, prisonniers du général Clark à Alger, ayant cédé aux menaces de ce dernier, se décidèrent enfin à ordonner le cessez-le-feu à Oran et au Maroc, et que le combat fratricide entre Français et alliés y prit fin.
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1.1 Le putsch des résistants français, source du succès militaire allié à Alger |
Le coup d'État du 8 novembre 1942 facteur décisif du succès militaire de l'Opération Torch
Le putsch des résistants français, source du succès militaire allié à Alger
- Le putsch du 8 novembre 1942 a été l'un des plus importants faits d'armes de la résistance française, par ses circonstances et surtout par ses effets. Il a en effet permis le succès de l'Opération Torch, c’est-à-dire du débarquement allié en Afrique du Nord, dont la réussite, avec les victoires alliées d'El-Alamein et de Stalingrad ont constitué le tournant de la guerre:
- Aprés une longue préparation (voir la préparation de l'Opération Torch), et en exécution d'accords passés secrètement à Cherchell, le 23 octobre 1942, entre la résistance algéroise et le commandement allié, 400 résistants civils mal armés, dont les 2/3 étaient des juifs, ont neutralisé, à eux seuls, le 8 novembre 1942, les batteries cotières de Sidi-Ferruch et le XIXe corps d'armée d'Alger pendant une quinzaine d'heures.
- Ils avaient pour cela occupé, pendant la nuit, la plupart des points stratégiques. Simultanément, l'un de leurs groupes, composé d'élèves du Lycée de Ben-Aknoun commandés par l'aspirant de réserve Pauphilet, avait réussi à arrêter le général Juin commandant en chef en Afrique, ainsi que l'amiral Darlan, inopinément présent à Alger cette nuit là.
- Aprés une longue préparation (voir la préparation de l'Opération Torch), et en exécution d'accords passés secrètement à Cherchell, le 23 octobre 1942, entre la résistance algéroise et le commandement allié, 400 résistants civils mal armés, dont les 2/3 étaient des juifs, ont neutralisé, à eux seuls, le 8 novembre 1942, les batteries cotières de Sidi-Ferruch et le XIXe corps d'armée d'Alger pendant une quinzaine d'heures.
- Ainsi, est-ce grâce à ces 400 patriotes français, que la garnison vichyste n'a pas réussi à se mobiliser, ni même à reprendre la position principale des résistants (le Commissariat Central), et que les forces alliées ont pu débarquer sans rencontrer de résistance, encercler Alger et en obtenir la reddition le jour même. (voir l'article intitulé réussite de l'opération Torch).
- En revanche, à Oran et au Maroc, où la résistance avait échoué, les forces de Vichy ont livré un combat sanglant aux Anglo-américains, et les ont tenus en échec pendant 3 jours. Ils n'ont finalement cessé le feu que le 10 novembre, sur l'ordre de leurs supérieurs Darlan et Juin, prisonniers des alliés, qui, après avoir d'abord refusé de donner cet ordre pendant plusieurs jours, ont finalement cédé aux menaces du général américain Clark.
Si donc la résistance avait manqué son putsch à Alger, le 8 novembre 1942, le débarquement allié aurait eu toute chance d'échouer, car les Allemands, au lieu de n'intervenir qu'en Tunisie, auraient alors pu accourir directement au Maroc en soutien de l'armée de Vichy, et occuper toute l'Afrique du Nord. Quant à l'armée d'Afrique elle serait bien rentrée en guerre, mais dans le camp de l'Axe.
Rarement un acte de résistance aura donc eu un tel impact.
L’extension du succès militaire allié d’Alger à Oran et au Maroc
- C’est d’Alger que les dirigeants militaires de l’Afrique du nord, Juin et Darlan, entre les mains des Alliés, furent contraints, non sans peine, après 3 jours de négociations et de menaces, d'ordonner le cessez le feu à Oran et au Maroc, et la résistance aux Allemands à l’armée de Tunisie.
- En effet, à l'heure où les généraux de Vichy tiraient sur les alliés, à Oran et au Maroc, ils livraient la Tunisie aux Allemands sans un seul coup de revolver. Force est donc de constater que la combinaison de ces deux attitudes opposées semble traduire de la part de ces généraux (mais non de la part de leurs subordonnés qui n'ont fait qu'obéir aux ordres), davantage un comportement collaborationniste que le strict respect des conventions d'armistice.
- Le coup d’État des résistants d'Alger fût baptisé quelques mois plus tard « putsch » par ses auteurs, lorsqu’ils s’avisèrent qu’il avait été exécuté un 8 novembre, c'est-à-dire le même jour que le putsch manqué d’Hitler à Munich, en 1924.
Quoiqu’il en soit c’est grâce à ce « putsch du 8 novembre 1942 » que furent d’abord obtenues les deux conséquences militaires essentielles recherchées par l'Opération Torch :
- Le succès du débarquement allié et
- Le retournement de l'armée d'Afrique, qui, après 3 jours de combat sanglant contre les Alliés, termina finalement la guerre dans le camp des vainqueurs.
Le putsch du 8 novembre 1942, source du succès politique à terme
Mais de plus, ce putsch du 8 novembre 1942, apparemment générateur d’un succès purement militaire, allait entraîner des conséquences politiques capitales, malgré le maintien momentané à Alger d'un pouvoir vichyste sous protectorat américain (voir Régime de Vichy en Afrique libérée(1942-43)).
Les dirigeants américano-britanniques n'avaient pas confiance en de Gaulle, soupçonné par Roosevelt d'intentions dictoriales, et lui préfèrèrent Darlan. Celui-ci invoquant l’acte constitutionnel n° 4 quater qui le désignait comme successeur du Maréchal, se proclama le 14 novembre 1942 « Haut Commissaire de France en Afrique », « au nom du Maréchal empêché ». Il fut cependant abattu par un jeune résistant le 24 décembre 1943.
Giraud lui succéda alors avec le soutien des alliés. Mais afin de calmer les choses et d'unifier les différentes forces françaises (armée d'Afrique et FFL), Churchill et Roosevelt incitèrent fermement de Gaulle à venir à la Conférence de Casablanca de janvier 1943. Et en juin 1943, les deux autorités fusionnèrent dans Comité français de la Libération nationale (CFLN) dont Giraud et De Gaulle étaient les co-présidents. Cependant, Charles de Gaulle allait rapidement prendre la prééminence dans le Comité dont il devint l'unique président en novembre 1943, compte tenu du montage par Giraud de l'expédtion de libération de la Corse, sans en réfèrer aux autres membres du CFLN.
L’occultation du putsch du 8 novembre 1942
Cette neutralisation pendant 15 heures d’un corps d’armée, par une poignée de civils mal armés a pourtant été occultée par de nombreux auteurs, bien qu’elle ait conditionné la première grande victoire alliée sur le front occidental, et permis à l’armée française d’Afrique, pourtant mal partie, de finir la guerre dans le camp des vainqueurs.
Le négationnisme vichyste
- En effet cette opération a été remportée par des civils sur des généraux. Et ceux-ci, loin d’être reconnaissants envers les jeunes résistants qui les ont ramenés dans leur devoir, sont restés humiliés de leur arrestation momentanée, ainsi que de la neutralisation du Corps d’armée d'Alger par quelques civils qui avaient foi en la France.
- Comme ces généraux et officiers supérieurs vichystes, après s’être rachetés dans les combats de Tunisie, d’Italie et de France, se sont retrouvés, aprés la guerre, plus nombreux dans l'armée que leurs homologues Français libres, c’est à eux que se sont adressés, la plupart des journalistes et éditeurs en quête de souvenirs de guerre. Et ces officiers, qui avaient passé deux années sur cinq de guerre sans se battre (sauf à l’occasion contre les Alliés) ont diffusé, ou fait diffuser, des évocations historiques où ils omettaient d’évoquer les éventuels actes de collaboration, auxquels eux ou leurs collègues avaient pu être mèlés (livraison aux Allemands, ou à leurs alliés, des stocks de l’armée d’armistice en Afrique du Nord et au Levant, ainsi que d'une base en Syrie, livraison sans combat de la Tunisie à l'ennemi, etc.). Ils ont surtout peu insisté sur leurs combats contre les alliés, et sur leur arrestation ou celle de leurs supérieurs par de jeunes patriotes, le 8 novembre 1942.
À en croire certains d'entre eux, ils auraient même attendu les Alliés avec impatience, et n’auraient fait tirer sur eux que par pure convenance, dans un simple « baroud d’honneur » (En 3 jours: 1346 morts français et 479 alliés + 1997 blessés français et 720 alliés en 3 jours, sans parler des lourdes pertes matérielles en vaisseaux coulés, avions abattus, etc. pour satisfaire la conception de l'honneur de ces généraux!).
La discrétion excessive des auteurs américains
Les généraux américains, heureux de tenir enfin une victoire après leurs déconvenues initiales face aux forces de l'Axe, et surtout leurs mémorialistes, ont eu fortement tendance à omettre ou à minorer le rôle de la résistance française dans leurs relations ultérieures de l'opération Torch. Le fait que les forces vichystes leur aient tenu tête pendant 3 jours à Oran et au Maroc, alors que leur débarquement réussissait le premier jour à Alger grâce à la résistance française (dont ils avaient pourtant décoré les chefs), et le fait qu'à Oran et au Maroc le cessez-le-feu n'avait pu ensuite être obtenu que grâce au succès initial de l'opération à Alger, ne leur ont pas paru essentiels à rappeler.
Quant aux diplomates américains, il n'ont fait allusion aux résistants que discrètement et comme s'il s'agissait de vulgaires hommes de mains à leur disposition, donnant ainsi à penser qu'eux seuls et leurs généraux avaient remporté le succés de l'opération Torch.
Certes, les correspondants de guerre américains ou anglais qui étaient sur le terrain à l'époque, avaient-ils réussi sur le moment à alerter la presse et les opinions alliées sur le role capital des résistants français. Mais leurs interventions semblent avoir été rapidement oubliées.
Du moins, les nouveaux historiens français et américains, qui ont enfin pu éplucher les archives militaires alliées, ont t'ils commencé à rétablir les faits. Mais, en attendant qu'ils aient été suffisamment lus, la plupart des amateurs habituels d'ouvrages historiques sont encore restés tenus dans l'ignorance du fait d'armes capital accompli par la résistance française, à Alger, le 8 novembre 1942.
L’usurpation des titres de résistance
- Par ailleurs certaines allégations erronées ont attribué le putsch d’Alger aux Chantiers de jeunesse, alors que seuls 7 membres desdits Chantiers, en tout et pour tout, sur quelques 400 patriotes, ont participé à l’opération.
- D’autres allégations inexactes ont attribué la direction de la Résistance à un pseudo « groupe des cinq » (ou « comité des cinq »), inventé après coup par quatre résistants tardifs initialement vichystes, nommés Lemaigre-Dubreuil, Rigault, Tarbé de Saint-Hardouin et VanHeycke. Ceux-ci ont trouvé deux auteurs complaisants pour accoler leurs noms, dans leurs ouvrages, à celui d’Henri d'Astier de la Vigerie. Or, en réalité, seul ce dernier, parmi les pseudo « Cinq », a véritablement dirigé la résistance en Afrique du nord, secondé à Alger par le jeune José Aboulker ainsi que par le colonel Germain Jousse, et à Oran par Roger Carcassonne.
En réalité, le 8 novembre 1942, trois des prétendus « Cinq » avaient disparu d’Alger, tandis qu'un autre, Lemaigre Dubreuil, allait attendre Giraud à Blida, ce qui était moins risqué que d'occuper une caserne à Alger. Seul des pseudo-cinq, Henri d’Astier était à Alger le jour du putsch et y a vraiment participé aux arrestations et occupations de points stratégiques effectuées par José Aboulker, Germain Jousse, Bernard Karsenty et leurs 400 camarades.
Il a été nécessaire, compte tenu de l'importance du sujet et de la complexité des évènements, de présenter la relation de cet évènement en deux articles:
- La préparation de l'Opération Torch (Débarquement allié en Afrique du nord) et
- La réussite de l'opération Torch (Débarquement allié en Afrique du nord).
Sources et bibliographie de base
Rapports officiels d’époque des acteurs du putsch du 8 novembre 1942, à Alger
- Les Cahiers Français, La part de la Résistance Française dans les évènements d’Afrique du Nord (Rapports des chefs des groupes de volontaires qui se sont emparés d’Alger le 8 novembre 1942), Commissariat à l’Information du Comité National Français, Londres, août 1943.
Ouvrages scientifiques
Auteurs français
- Professeur Yves Maxime Danan, La vie politique à Alger de 1940 à 1944, Paris, L.G.D.J., 1963.
- Christine Levisse-Touzé, L'Afrique du Nord dans la guerre, 1939-1945, Paris, Albin Michel, 1998, ISBN 2226100695
- Jacques Cantier, L'Algérie sous le régime de Vichy, Odile Jacob, Paris 2002, ISBN 2738110576
- Professeur José Aboulker et Christine Levisse-Touzé, 8 novembre 1942 : les armées américaine et anglaise prennent Alger en quinze heures, Paris, « Espoir », n° 133, 2002.
Auteurs alliés
- George F. Howe, North West Africa: Seizing the initiative in the West, Center of Military History, U.S Army, Library of Congress, 1991, ISBN 0758173954
- Arthur L. Funck, The politics of Torch, University Press of Kansas, 1974.
Mémoires des principaux protagonistes
- José Aboulker, Nous qui avons arrêté le général Juin, Paris, « La Nef », n° 25, avril 1959.
- Général Giraud, Un seul but : la victoire, Alger 1942-1944, Paris, Julliard, 1949.
- Général Alphonse Juin, Les mémoires du maréchal Juin, Paris, « Le Figaro », mars 1949.
Interviews
- Daniel Rondeau et Roger Stéphane, Des hommes libres : La France libre par ceux qui l'ont faite, chapitres 18 à 20, Paris, Grasset, 1997.
