Noblesse
La relation entre suzerain et vassal se définit par un lien personnel qui, en principe, s'acquiert à la naissance, mais qui peut être accordé pour services rendus au roi ou à la nation.
La noblesse d'Ancien Régime est héritière du système féodal.
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Origines de la noblesse
La noblesse de l'Ancien Régime est issue de plusieurs traditions.
Les sociétés indo-européennes vivent sur la division tripartite de la société, entre une fonction sacerdotale, une fonction guerrière, et une fonction de production. L'Église s'est faite la promotrice de cette organisation trifonctionnelle de la société, entre ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent.
La noblesse est héritière pour une bonne partie de la nobilitas romaine. En latin nobilis signifie « connu », « célèbre ». Isidore de Séville, lui-même membre de la noblesse hispano-romaine, définit ainsi le noble dans ses Étymologies : « Est noble celui dont le nom et la famille sont connus ». Cependant cette noblesse n'avait pas de fonction guerrière. Les personnages les plus riches de la Rome naissante participèrent en effet au service armé en fournissant leur monture, d'où leur appellation de equites (cavaliers), mais ils dédaignèrent cependant la politique pour se consacrer au négoce, et formèrent l'ordre équestre. Par opposition, les citoyens descendant d'un ancêtre ayant exercé une magistrature dite curule (édile, préteur, consul, censeur ou dictateur) constituèrent un groupe qui fut appelé nobilitas et qui ne tarda pas à dominer le Sénat, pour former l'ordre sénatorial. Cet ordre ne tarda pas à opposer l'otium (nous dirions le loisir) au negocium. Il en subsistera que le commerce sera considéré comme une activité indigne de la noblesse — voire susceptible de la faire perdre, de déroger.
Les peuples barbares : celtes et germaniques connaissaient aussi une forme de noblesse. l'empereur Claude, par son discours des Tables de Lyon ouvrit aux nobles gaulois l'accès au Sénat de Rome. Mais les nobles gallo-romains seront surtout des grands propriétaires de villa, des domini. Parmi ces aristocrates gallo-romains certains sont devenus célèbres tels que Sidoine Appolinaire ou Venance Fortunat, qui très souvent accaparent les sièges épiscopaux.
Lorsque les peuplades germaniques établirent leurs royaumes dans l'Empire romain, leur noblesse finit par s'associer aux lignages nobles gallo-romains. Pareillement les chefs de clans bretons (les machtyern) et les tenants-en-chefs scandinaves de Normandie s'allieront aux lignages locaux.
Évolution de la noblesse
L'époque franque emploie les termes de nobiles viri ou illustri viri (« hommes illustres »), qui prouvent que l'héritage romain a été intégré, mais aussi des termes tels que proceres (« les grands »).
Initialement les nobles francs sont détenteurs de charges amovibles au bon vouloir des souverains, comparables à des hauts fonctionnaires. Cependant à partir de 877, par le capitulaire de Quierzy-sur-Oise, l'hérédité des domaines (les « honneurs ») et des charges se met en place, donnant naissance progressivement à la féodalité. Le pouvoir se désagrégeant la noblesse fini par s'identifier au seigneur local, le miles.
La noblesse connait au Moyen Âge un renouvellement incessant du fait des guerres. En Bretagne, des 34 familles ayant participée à la bataille de Bouvines (1214) seules 4 à 5 existent encore à la seconde moitié du XVIIe siècle.
Les guerres flamandes de Philippe le Bel à la fin du XIIIe siècle porteront un premier ombrage à la fonction militaire de cette noblesse par ses défaites contres les troupes communales flamandes, telles que la bataille de Courtrai dite « Bataille des Éperons d'or » (11 juillet 1302) où par dérision les flamands exhibèrent comme trophées les éperons des chevaliers français abattus.
Au XIVe siècle, la noblesse française est gravement saignée par les pertes des grandes batailles (Poitiers, Azincourt) et le peuple ne tarde pas à se soulever contre les nobles qu'il juge incompétents, mouvements appelés jacquerie. La guerre devient de plus en plus l'affaire de professionnels et mercenaires. Alors que les nobles évitent de s'entretuer au combat pour tirer une rançon de leurs prisonniers, les mercenaires ne s'encombre plus des valeurs « chevaleresques ».
Au XVe siècle l'armée se professionalise encore davantage avec la création des compagnies d'ordonnance, et l'appel au ban et à l'arrière-ban se fait rare. De nombreux petits nobles deviennent des gentilhommes campagnards dont le journal de Gilles de Gouberville donne idée du mode de vie.
En dehors de l'exploitation agricole, plus ou moins tolérée selon les provinces, les seules activités non dérogeantes sont la verrerie et l'activité de maître de forges. La Bretagne autorise la noblesse dite « dormante », le noble peut mettre de côté sa noblesse, parfois sur plusieurs générations, pour se refaire une santé financière, une simple déclaration suffit à retrouver l'intégrité de ses droits. Pour attirer la noblesse dans les Compagnies des Indes le roi dût promulguer des édits de dérogation.
Parallèlement la noblesse entre toujours davantage dans les fonctions et charges au service de l'État. Fonctions et charges rémunératrices depuis les petits offices de notaire dans les campagnes aux hautes fonctions dans les Parlements où à la Cour.
À partir du XVIe siècle, devant les besoins d'argent de la monarchie, un certain nombre de charges sont ouvertes aux roturiers avec un anoblissement à la clef – elles furent qualifiées de « savonnette à vilains » (comme les charges de secrétaire du Roi). De ce système naquit la noblesse dite de robe (la robe des magistrats, par opposition à la noblesse d'épée -des militaires -).
La noblesse à l'Époque contemporaine
La situation de la noblesse
Depuis la Révolution et donc la chute de l'Ancien Régime, la noblesse ou aristocratie n'a plus de droits particuliers dans les instances de l'État et n'a plus aucun privilège, sinon le droit de porter le titre de noblesse transmissible de père en fils.
On peut noter que lors des réceptions officielles, la présidence de la République honore ses hôtes nobles de leurs titres sur les cartons d'invitation, « privilège » supprimé seulement au cours du septennat de Valéry Giscard d'Estaing.
Hiérarchie des titres de noblesse
Il n'y avait pas de vraie hiérarchie des titres proprement dite sous l'Ancien régime. En dehors de la famille royale (les princes du sang), seul le titre de duc, surtout quand il est accompagné de la dignité de pair de France, donnait droit à une réelle précéance protocolaire sur les autres nobles (et à un tabouret pour les duchesses...). La hiérarchie des familles se faisait notamment sur la base de critères tels que :
- l'ancienneté de la famille (noblesse immémoriale, noblesse d'extraction chevaleresque, etc),
- l'illustration (personnages s'étant distingués, surtout dans la carrière militaire),
- les alliances (qualité des familles nobles épousées),
Cependant, Napoléon en recréant une noblesse d'Empire, qui s'apparente d'ailleurs plus à une titulature héréditaire qu'à une noblesse de sang, introduisit une hiérachie des titres inspirée du système anglais. Nous trouvons alors par ordre croissant : chevalier, baron, vicomte, comte, marquis, duc et prince.
Il est à noter qu'en France, sous l'Ancien Régime, le titre de prince était réservé aux seuls princes du sang. Sinon, c'était un titre étranger et seules quelques familles princières originaires de provinces anciennement étrangères, mais annexées au Royaume par la suite (Bretagne, Alsace, ...), purent porter ce titre en France : c'est la raison pour laquelle il est resté sous l'Ancien Régime inférieur au titre de duc.
Cercle
Certains domaines de la vie publique ou économique sont proportionnellement surreprésentés par des gens issus de la noblesse : nombreux cadres dans le corps diplomatique, l'armée et d'autres secteurs de l'administration, ainsi que dans la haute finance. On en retrouve aussi plus qu'ailleurs dans les relations publiques (essentiellement des femmes), certains domaines culturels, comme la conservation du patrimoine et même la mode, où le port d'un nom aristocratique est considéré comme un avantage et un gage de savoir-vivre.
Les nobles ont souvent une vie sociale riche dans le but de favoriser leurs réseaux de sociabilité et d'entraide. Quand ils en ont les moyens financiers, ils se côtoient et s'invitent souvent à l'occasion de dîners, de bals ou de rallyes. Les plus huppés d'entre eux organisent des soirées au profit d'une œuvre de charité, avec un droit d'entrée très cher et une tombola.
Il existe par ailleurs des associations ouvertes exclusivement à des personnes nobles, comme en France l'ANF (Association d'entraide de la Noblesse Française), ou en Italie le CNI (Corps de la Noblesse Italienne).
La chevalière
Elle est portée en France par les hommes à l'annulaire de la main gauche (avec l'alliance s'ils sont mariés), contrairement à l'usage dans d'autres pays européens où elle est portée à l'auriculaire de la main droite (Grande-Bretagne, Belgique...). En revanche, les femmes la portent toujours à l'auriculaire.
Il existe plusieurs modèles : ovale, tonneau, ronde, carrée, etc. Les armoiries de la famille y sont représentées et sont « timbrées », c'est-à-dire surmontées :
- soit d'une couronne si la famille posséde un titre de noblesse (la forme de ces couronnes varie en fonction du titre porté),
- soit d’un heaume (casque) d'écuyer, symbole de la chevalerie, pour celles qui ne possédent pas de titre de noblesse. Néamoins, certains d'entre eux ajoutent aujourd'hui une couronne à leurs armes.
Tous les annoblis peuvent porter le titre d'écuyer (c'est le titre des sans titres, en quelque sorte).
Les roturiers (personnes non nobles) ne doivent avoir sur leur chevalière qu’un simple écu ou leurs initiales.
La chevalière peut se porter en baise-main (pointe de l'écu vers l'extrémité des doigts) ou en bagarre (pointe de l'écu vers l'intérieur de la main). Il est de plus en plus courant de la porter en bagarre, malgré une vieille tradition française qui voudrait que seules les personnes mariées la portent ainsi, montrant ainsi qu'elles ne sont pas libres.
Et si porter une chevalière n’est pas gage de noblesse, ne pas en porter n’est pas gage de roture, car beaucoup de nobles n'en portent pas, le plus souvent par discrétion ou refus d'être catalogués comme tels.
La particule
La particule n'est pas forcément un signe de noblesse. En effet, des familles "roturières" peuvent avoir des noms à particule par ajout récent (notamment depuis l'instauration de la Troisième République), et inversement de nombreuses familles nobles possèdent des noms sans particule, parfois titrés d'ailleurs.
Monarchies européennes
Les titres de noblesse existent encore aujourd'hui dans les monarchies européennes, soit parce qu'ils sont attachés à l'histoire des familles royales, soit comme récompense pour services rendus à la nation. Aujourd'hui on observe une distinction entre la noblesse ancienne et la noblesse contemporaine : la première remonte parfois à des temps dits « immémoriaux », la seconde a gagné ses titres (souvent héréditaires comme en Belgique ou en Espagne) par son action dans l'armée, la haute finance, la politique (Margaret Thatcher), les sciences, les arts (Dali, Sean Connery, Elton John) ou les sports (Eddy Mercx, Ellen MacArthur). On peut dire qu'aujourd'hui seuls les souverains britannique, belge et espagnol peuvent encore octroyer des titres de noblesse à leurs sujets, et ceux-ci sont limités au rang de baron, vicomte, comte ou marquis (on ne crée plus - sauf de rares exceptions - de ducs ou de princes).
Voir aussi
Articles connexes
- féodalité
- noblesse franque
- baronnage anglo-normand (Angl.)
- hidalgo et rico hombre (Esp.)
- aristocratie
- anoblissement
- ministériaux (Emp. Germ.)
- chevalerie
- tiers état
- caste
- Agrégation à la noblesse
Bibliographie
- DUBY (Georges), Les trois ordres ou l'imaginaire du féodalisme, Gallimard, Paris, 1978.
- AURELL (Martin), La noblesse au Moyen Âge, Armand Colin, Paris, 1996
- CONTAMINE (Philippe), La noblesse au royaume de France de Philippe le Bel à Louis XII, PUF, Paris, 1997.
- CONSTANT (Jean-Marie), La noblesse française aux XVIe et XVIIe siècle, Hachette, 1994
