Michel Henry

Michel Henry est un philosophe et un romancier français né le 10 janvier 1922 à Haïphong (Viêtnam) et décédé le 3 juillet 2002 à Montpellier (France).

Sommaire

Vie et œuvre de Michel Henry

Biographie

Michel Henry a vécu au Vietnam jusqu’à l’âge de 7 ans où il a très tôt perdu son père, qui était commandant dans la marine. Il s’est ensuite installé en France avec sa mère et a fait ses études à Paris. Il va se découvrir une véritable passion pour la philosophie qui va le conduire au désir d’en faire sa profession. Dès juin 1943, il s’engage dans la Résistance où il rejoint le maquis du Haut Jura sous le nom de code de Kant, et devra redescendre de la montagne pour accomplir ses missions dans Lyon occupé par les allemands et quadrillé par les nazis, une expérience de la clandestinité qui va profondément marquer sa philosophie.

À l’issue de la guerre, il va passer l’agrégation de philosophie, puis se consacrer à la préparation d’une thèse sous la direction de J. Hyppolite, J. Wahl, P. Ricoeur, F. Alquié et H. Gouhier. Il va d’abord rédiger son livre sur la Philosophie et phénoménologie du corps achevé en 1950, puis son premier grand ouvrage publié en 1963 sur L’essence de la manifestation et auquel il va consacrer de longues années de recherche nécessaires pour surmonter la principale lacune de toute philosophie intellectualiste qui est l’ignorance de la vie telle que chacun l’éprouve.

Michel Henry a été, à partir de 1960, professeur de philosophie à l’Université de Montpellier où il a patiemment édifié son œuvre à l’écart des modes philosophiques et loin des idéologies dominantes. Le sujet unique de sa philosophie, c’est la subjectivité vivante, c’est-à-dire la vie réelle des individus vivants, cette vie qui traverse toute son œuvre et qui en assure la profonde unité en dépit de la diversité des thèmes abordés.

Une phénoménologie de la vie

Le travail de Michel Henry est fondé sur la phénoménologie, qui est la science du phénomène. Le phénomène n’est pas ce qui apparaît, mais l'acte même d'apparaître. Sa réflexion le conduit au renversement de la phénoménologie de Husserl, qui ne connaît comme phénomène que l'apparaître du monde, c'est-à-dire l'extériorité. Michel Henry oppose à cette conception de la phénoménalité une phénoménologie radicale de la vie.

Michel Henry définit la vie d'un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir de se sentir et de « s'éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour Michel Henry, la vie est essentiellement force et affect, elle est par essence invisible, elle consiste en une pure épreuve de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. La pensée n'est pour lui qu'un mode de la vie car ce n’est pas la pensée qui nous donne accès à la vie, mais c’est la vie qui permet à la pensée d’accéder à soi.

Pour Michel Henry, la vie n’est pas une substance universelle, impersonnelle et abstraite, elle est nécessairement la vie personnelle et concrète d’un individu vivant, elle porte en elle une Ipséité qui lui est consubstantielle et qui désigne le fait d’être soi-même, le fait d’être un Soi. Qu’il s’agisse de la vie personnelle et finie des hommes, ou de la vie personnelle et infinie de Dieu.

Des informations complémentaires sur cette conception phénoménologique de la vie peuvent être trouvées dans les articles sur la vie et sur la philosophie de la vie.

Une théorie de la subjectivité

Alors que la question de l'être reprenait de l'importance en France dans la postérité de Heidegger, et que la question du sujet était relancée, Michel Henry a su combiner les apports les plus vivants de la philosophie pour produire ce qui reste aujourd'hui le dernier système philosophique complet. La vie en est le socle, elle est le principe indéductible, et donc l'essence de la vérité, de toute vérité. La vie, échappant par essence à toute mise à distance, à toute transcendance, confondant dans l'unité d'une épreuve la puissance spéculative d'un principe et la présence matérielle d'une expérience, est le propos unique de Michel Henry.

Qu'elle soit brimée, retournant ses forces contre elle-même, qu'elle se déploie dans l'art, dans l'amour, dans le travail, la vie focalise toutes les préoccupations de sa pensée. La phénoménologie atteint donc ses limites, puisque la texture elle-même du phénoménal nous renvoie sans cesse à l'effectivité de la vie, qu'elle nécessite à titre de condition. C'est le sens du titre de l'ouvrage principal de Michel Henry, L'essence de la manifestation : le monde ne se déploie que devant un sujet, qui ne découvre cet espace d'extériorité que parce qu'il est d'abord en relation de passivité à l'égard de lui-même, comme vivant. Michel Henry a proposé la théorie de la subjectivité la plus profonde du XXe siècle.

Deux modes de manifestation

Il existe selon Michel Henry deux modes de manifestation des phénomènes qui sont deux façons d’apparaître : l’extériorité qui est le mode de manifestation du monde visible, et l’intériorité phénoménologique qui est le mode de manifestation de la vie invisible. Notre corps par exemple nous est donné de l’intérieur dans la vie ce qui nous permet par exemple de bouger notre main, et il nous apparaît également de l’extérieur comme n’importe quel autre objet que l’on peut voir dans le monde.

L’invisible dont il est question ici ne correspond pas à ce qui est trop petit pour être vu à l’œil nu ou à des rayonnements auxquels notre œil n’est pas sensible, mais à cette vie à jamais invisible parce qu’elle est radicalement immanente et qu’elle n’apparaît jamais dans l’extériorité du monde : personne n’a jamais vu une force, une pensée ou un sentiment dans leur réalité intérieure apparaître dans le monde, personne ne les a jamais trouvé en creusant les couches d’argile du sol.

Certaines de ses affirmations semblent à première vue paradoxales et difficiles à comprendre, non seulement parce qu’elles sont extraites de leur contexte, mais surtout à cause de nos habitudes de penser qui nous conduisent à réduire toute chose à son apparence visible dans le monde au lieu de chercher à atteindre sa réalité invisible dans la vie.

Conséquences de sa philosophie

Sur les problèmes de société

Michel Henry a fait un travail important sur Karl Marx, qu’il considère paradoxalement comme l'un des premiers penseurs chrétiens et comme l’un des plus grands philosophes de l’Occident, du fait de l'importance qu'il accorde dans sa pensée au travail vivant et à l'individu vivant en lequel il voit le fondement de la réalité économique. La raison pour laquelle la véritable pensée de Marx a été si mal comprise et si mal interprétée tient à l’ignorance complète des écrits philosophiques fondamentaux de cet auteur dans la constitution de la doctrine officielle du marxisme du fait de leur publication très tardive, par exemple en 1932 seulement pour L’idéologie allemande.

Dans son essai sur La barbarie, Michel Henry s’interroge sur la science, qui se fonde sur l’idée d’une vérité universelle et comme telle objective et qui conduit donc à l’élimination des qualités sensibles du monde, de la sensibilité et de la vie. La science n’est pas mauvaise en soi aussi longtemps qu’elle se borne à étudier la nature, mais elle tend à exclure toutes les formes traditionnelles de culture, à savoir l’art, l’éthique et la religion. La science livrée à elle-même conduit à la technique dont les processus aveugles se développent d’eux-mêmes de façon monstrueuse sans référence à la vie. La science est une forme de culture dans laquelle la vie se nie elle-même et se refuse toute valeur, elle est une négation pratique de la vie, qui se prolonge dans une négation théorique sous la forme de toutes les idéologies qui ramènent tout savoir possible à celui de la science, à savoir les sciences humaines dont l’objectivité même les prive de leur objet : que valent des statistiques face au suicide, que disent-elles du désespoir dont il procède ? Ces idéologies ont envahi l’université et la précipite vers sa destruction par l’élimination de la vie de ses recherches et de son enseignement. La télévision est la vérité de la technique, elle est la pratique par excellence de la barbarie, elle réduit tout événement à l’actualité, à des faits incohérents et insignifiants. La culture subsiste malgré tout, mais seulement dans la clandestinité.

Le communisme et le capitalisme ne sont pour Michel Henry que les deux visages d’une même mort, qui consiste en une même négation de la vie. Le marxisme élimine la vie individuelle au profit d’abstractions universelles comme la société, le peuple, l’histoire ou les classes sociales. Le marxisme est une forme de fascisme, c’est-à-dire une doctrine qui procède de l’abaissement de l’individu dont elle considère l’élimination comme légitime. Tandis que le capitalisme substitue des entités économiques telles que l’argent, le profit ou l’intérêt aux besoins véritables de la vie. Le capitalisme reconnaît cependant la vie comme source de la valeur, le salaire étant la représentation objective du travail réel subjectif et vivant. Mais le capitalisme cède progressivement la place à l’exclusion de la subjectivité par la technique moderne, qui remplace le travail vivant par des processus techniques automatisés, éliminant du même coup le pouvoir de créer de la valeur et ainsi la valeur elle-même : les biens sont produits en abondance, mais le chômage augmente et l’argent manque constamment pour les acheter. Ces thèmes sont développés dans son livre Du communisme au capitalisme, théorie d’une catastrophe.

Le prochain livre qu’il projetait d’écrire devait s’intituler La subjectivité clandestine. Un titre qui évoque la condition de la vie dans le monde moderne et qui fait aussi allusion à son engagement dans la Résistance et à son expérience personnelle de la clandestinité.

Sur l’art et la peinture

Michel Henry était un grand admirateur et connaisseur de la peinture ancienne, de la grande peinture classique qui précède la figuration scientiste des XVIIIe et XIXe siècles, mais aussi des créations abstraites qui résultent d’une quête spirituelle authentique comme celles du fondateur de l’art abstrait, le peintre Wassily Kandinsky. Michel Henry lui a consacré un très beau livre intitulé Voir l’invisible, sur Kandinsky où il décrit son œuvre en des termes éblouissants. Il analyse dans cet ouvrage les écrits théoriques de Kandinsky sur l’art et sur la peinture dans leur dimension spirituelle et culturelle comme moyen d’accroissement de soi et d’affinement de notre sensibilité. Il explore les moyens de la peinture que sont les formes et les couleurs, il étudie leurs effets sur la vie intérieure de celui qui les regarde émerveillé en suivant les analyses rigoureuses et presque phénoménologiques qu’en propose Kandinsky. Il nous explique que toute forme de peinture susceptible de nous émouvoir est en réalité abstraite, c’est-à-dire qu’elle ne se contente pas de reproduire le monde, mais cherche à exprimer cette force invisible et cette vie invisible que nous sommes. Il évoque aussi la grande pensée de Kandinsky qui est la synthèse des arts, leur unité dans l’art monumental ainsi que la dimension cosmique de l’art.

Sur le christianisme

La Vie s’aime elle-même d’un amour infini et ne cesse de s’engendrer elle-même, elle ne cesse d’engendrer chacun de nous comme son fils ou sa fille bien-aimés dans le présent éternel de la vie. La Vie n’est pas autre chose que cet absolu d’amour que la religion appelle Dieu. C’est pourquoi la Vie est sacrée et c’est pour cela que personne n’a le droit de l’agresser ou de porter atteinte à elle. Le problème du mal est celui de la dégénérescence de cette condition originelle de fils de Dieu, lorsque la vie se retourne contre elle-même dans la haine ou le ressentiment. Le commandement d’aimer n’est pas une loi éthique, mais la Vie elle-même. Ces thèmes sont développés dans son livre C’est moi la Vérité, pour une philosophie du christianisme.

Comme il le dit dans son dernier livre Paroles du Christ, c’est dans le cœur que parle la vie, dans son auto-révélation pathétique immédiate, mais ce cœur est aveugle à la Vérité, il est sourd à la parole de Vie, il est dur et égoïste, et c’est de lui que vient le mal. C’est dans la violence de son auto-révélation silencieuse et implacable, qui porte témoignage contre cette vie dégénérée et contre le mal qui en provient, que se tient le Jugement qui est identique à la venue de chaque Soi en lui-même et auquel nul ne peut échapper.

Dans son livre Incarnation, une philosophie de la chair, Michel Henry commence par opposer la chair vivante et sensible, telle que nous l’éprouvons en permanence de l’intérieur, au corps matériel et inerte, tel que nous pouvons le voir de l’extérieur, semblable aux autres objets que l’on trouve dans le monde. Après avoir situé le problème difficile de l’incarnation dans une perspective historique en remontant à la pensée des Pères de l’Église, il fait une relecture critique de la tradition phénoménologique qui aboutit au renversement de la phénoménologie. Il propose ensuite d’élaborer une phénoménologie de la chair qui conduit à la notion de chair originaire non constituée mais donnée dans l’archi-révélation de la Vie, ainsi qu’une phénoménologie de l’Incarnation.

Bien que la chair soit traditionnellement comprise comme le siège du péché, elle est aussi pour le christianisme le lieu du salut, qui consiste en la déification de l’homme, c’est-à-dire dans le fait de devenir Fils de Dieu. Dans la faute, nous faisons l’expérience tragique de notre impuissance à faire le bien que l’on voudrait faire et de notre incapacité à éviter le mal. Ainsi face au corps magique de l’autre, c’est le désir angoissé de rejoindre la vie en lui qui conduit à la faute. Dans la nuit des amants, l’acte sexuel accouple deux mouvements pulsionnels, mais le désir érotique échoue dans le désir d’atteindre le plaisir de l’autre là où il est éprouvé, dans une fusion amoureuse totale. La relation érotique se double cependant d’une relation affective pure, étrangère à l’accouplement charnel, une relation faite de reconnaissance réciproque ou d’amour. C’est cette dimension affective qui est niée dans cette forme de violence qu’est la pornographie, qui arrache la relation érotique au pathos de la vie pour la livrer au monde, et qui consiste en une véritable profanation de la vie.

Sur la psychanalyse

Michel Henry a fait une étude de la genèse historique et philosophique de la psychanalyse à la lumière de la phénoménologie de la vie dans son livre Généalogie de la psychanalyse, le commencement perdu, dans lequel il montre que la notion freudienne d’inconscient résulte de l’incapacité de Freud, son fondateur, à penser l’essence de la vie dans sa pureté. La représentation refoulée n’est pas de l’inconscient, elle n’est simplement pas formée : l’inconscient n’est qu’une représentation vide, il n’existe pas, ou plutôt le véritable inconscient, c’est la vie elle-même dans sa réalité pathétique. Et ce n’est pas le refoulement qui provoque l’angoisse, dont l’existence tient au seul fait de pouvoir, mais l’énergie psychique ou la libido inemployée. Quant à la notion de conscience, elle signifie simplement le pouvoir de voir, elle n’est qu’une conscience d’objet qui conduit à une subjectivité vide.

Citations de Michel Henry

Sur l’affectivité

Sur les problèmes de société

Sur l’art et la peinture

Sur le christianisme

Description de quelques livres

Sur les problèmes de société

Sur l'art et la peinture

Sur le christianisme

Œuvres littéraires

Bibliographie de Michel Henry

Œuvres philosophiques

Ouvrages posthumes

Œuvres littéraires

Livres sur Michel Henry

Liens extérieurs

On trouvera une biographie exhaustive ainsi que le résumé complet de la plupart de ses ouvrages sur le site Internet : http://amichelhenry.free.fr.

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