Michel de Montaigne

Image manquante
Michel_de_Montaigne_1.jpg


Michel Eyquem de Montaigne (28 février 1533 - 23 septembre 1592) était un penseur français de la Renaissance.

Sommaire

Biographie

Montaigne reçut sous l'impulsion de son père une éducation à la fois libérale et humaniste, et le latin fut sa langue maternelle. Admirateur de Virgile et de Cicéron, il fut un humaniste qui prit l'homme, et en particulier lui-même, comme objet d'étude dans son principal travail, les Essais, entrepris à partir de 1571 à l'âge de 37 ans. Il y annonce « Je veux qu'on m'y voie en ma façon simple, naturelle et ordinaire, sans contention et artifice : car c'est moi que je peins ». Le projet de Montaigne était de lever les masques, dépasser les artifices pour dévoiler le moi dans son essentielle nudité.

Travail sans précédent dans sa sincérité et sa saveur personnelle ; c'est celui d'un sceptique pour qui sont à bannir les doctrines trop figées et les certitudes aveugles. Son influence a été colossale sur la littérature française, occidentale et même mondiale.

Durant le temps des guerres de religion, Montaigne, lui-même catholique, a agi comme un modérateur, respecté par le catholique Henri III et le protestant Henri de Navarre.

De 1580 à 1581, il a voyagé en France, Allemagne, Autriche, Suisse et Italie, tenant un journal détaillé décrivant des épisodes variés et les différences entre les régions qu'il a traversées, qui n'a été publié qu'en 1774, sous le titre de Journal de voyage.

Tandis qu'il était à Rome, en 1581, il apprit qu'il avait été élu maire de Bordeaux. Son père Pierre Eyquem avait été maire de cette ville, que Michel de Montaigne servit jusqu'en 1585, et où, il tenta de modérer les relations entre catholiques et protestants. Vers la fin de son mandat, la peste sévit dans sa ville.

Lorsqu'Henri IV, nouvellement roi, et avec qui il a toujours entretenu un lien d'amitié, l'invite à venir à sa cour comme conseiller, refusant le rôle qu'a tenu Platon conseillant le tyran Denys de Syracuse, il décline cette généreuse proposition : «  Je n'ai jamais reçu bien quelconque de la libéralité des rois, non plus que demandé ni mérité, et n'ai reçu nul paiement des pas que j'ai employé à leur service (...) Je suis, Sire, aussi riche que je me souhaite». Il continua d'étendre et de réviser Les Essais jusqu'à la fin de sa vie, en 1592 au château de Montaigne.

Son œuvre

Montaigne écrit d'une plume allègre et affranchie, virevoltant d'une pensée à l'autre, « à sauts et à gambades ». Ses considérations sont en permanences étayées de citations de classiques grecs et romains. Il s'en explique par l'inutilité de « redire plus mal ce qu'un autre a réussi à dire mieux avant lui ». Soucieux d'éviter le pédantisme, il évite néanmoins de rappeler à chaque fois l'auteur ou l'œuvre citée, de toute façon connus à son époque. Les annotateurs futurs de son œuvre s'en chargeront.

Il déclare que son but est de « décrire l'homme, et plus particulièrement lui-même (...) et l'on trouve autant de différence de nous à nous-même que de nous à autrui ». Il estime que la variabilité et l'inconstance sont deux de ses caractéristiques premières. «  Je n'ai vu, dit-il, un plus grand monstre ou miracle que moi-même ». Il décrit sa pauvre mémoire, sa capacité à arranger des conflits sans s'y impliquer émotionnellement, son dégoût pour les hommes poursuivant la célébrité et ses tentatives pour se détacher des choses du monde pour se préparer à la mort. Sa célèbre devise « Que sais-je ? » apparaît comme le point de départ de tout son étonnement philosophique.

Il montre son aversion pour la violence et pour les conflits fratricides entre catholiques et protestants (mais aussi entre Guelfes et Gibelins) qui avaient commencé à se massacrer conjointement à l'apparition de la Renaissance, décevant l'espoir que les humanistes avaient fondé sur elle. Pour Montaigne, il faut éviter la réduction de la complexité à l'opposition binaire, à l'obligation de choisir son camp, privilégier le retrait sceptique comme réponse au fanatisme. En 1942, Stefan Zweig disait de lui : « Que malgré sa lucidité infaillible, malgré la pitié qui le bouleversait jusqu'au fond de son âme, il ait dû assister à cette effroyable rechute de l'humanisme dans la bestialité, à un des ces accès sporadiques de folie qui saisissent parfois l'humanité (...) c'est là ce qui fait la vraie tragédie de la vie de Montaigne ».

Les humanistes avaient cru retrouver dans le Nouveau Monde le Jardin d'Eden, alors que Montaigne déplore, que la conquête de celui-ci, apporte des souffrances à ceux qu'on tente de réduire en esclavage. « Viles victoires. » Il était plus horrifié, par la torture que ses semblables infligeaient à des êtres vivants, que par le cannibalisme de ces amérindiens qu'on appelait sauvages, et il les admirait, pour le privilège qu'ils donnaient à leur chef de marcher le premier à la guerre — attitude qu'à la même époque Henri IV ne démentait pas!.

Comme beaucoup d'hommes de son temps (Érasme, Thomas More, Guillaume Budé...), Montaigne constatait un relativisme culturel, reconnaissant que les lois, les morales et les religions des différentes cultures, quoique souvent fort diverses et éloignées, ont toutes quelque fondement. « De ne changer aisément une loi reçue » constitue l'un des chapitres les plus incisifs des Essais. Par-dessus tout, Montaigne est un grand partisan de l'humanisme. S'il croit en Dieu, il se refuse à toute spéculation sur sa nature, et, parce que le moi se manifeste dans ses contradictions et ses variations, il pense qu'il doit être dépouillé des croyances et des préjugés qui l'entravent.

Ses écrits sont marqués d'un pessimisme et d'un scepticisme rares du temps de la Renaissance. Citant le cas de Martin Guerre, il pense que l'humanité ne peut atteindre la certitude et il rejette les propositions absolues et générales. Son scepticisme est le mieux exposé dans le long essai Apologie de Raymond Sebond (Chapitre 12, livre 2) fréquemment publié séparément des Essais. Pour lui nous ne pouvons pas croire nos raisonnements car les pensées nous apparaissent sans acte de volition : nous ne les contrôlons pas. Nous n'avons pas de raison de nous sentir supérieurs aux animaux. Nos yeux ne percoivent qu'à travers nos connaissances :

« Si vous demandez à la philosophie de quelle matière est le ciel et le Soleil, que vous respondra-t-elle, sinon de fer ou, avec Anaxagoras, de pierre, et telle étoffe de notre usage ? »
« Que ne plaît-il un jour à la nature de nous ouvrir son sein et de nous faire voir au propre les moyens et la conduite de ses mouvements, et y préparer nos yeux ! O Dieu ! Quels abus, quels mécomptes nous trouverions en notre pauvre science »

Il considère le mariage comme une nécessité pour permettre l'éducation des enfants, mais pense que l'amour romantique est une atteinte à la liberté de l'individu : « Le mariage est une cage; les oiseaux en dehors désespèrent d'y entrer, ceux dedans désespèrent d'en sortir ».

Enfin, en éducation, il prônait l'entrée dans le savoir par les exemples concrets et l'expérience, plutôt que les connaissances abstraites acceptées sans aucune critique. Mais il se refuse lui-même en guide spirituel, en maître à penser; il n'a pas de philosophie à faire prévaloir, se considérant seulement en compagnon de celui qui entame une quête d'identité.

La liberté de penser ne se pose pas en modèle, ni en mètre étalon, elle offre seulement aux hommes la possibilité de faire émerger en lui cette liberté, le pouvoir de penser et de s'assumer jusqu'à la liberté ultime : « Qui apprendrait aux hommes à mourir leur apprendrait à vivre».

Voir aussi

Liens externes

Bibliographie

Image manquante
80px-Wikiquote.png


Wikiquote possède quelques citations de ou à propos de Michel de Montaigne.

See also: Michel de Montaigne, 1533, 1571, 1580, 1581, 1585, 1592, 1774