Méthode des éléments finis
En analyse numérique, la méthode des éléments finis est utilisée pour résoudre numériquement des équations aux dérivées partielles.
Introduction
Historique
- Analyse des structures née vers 1850
- RDM (Résistance des matériaux) ⇒ calculs « manuels »
Maxwell, Castigliano, Mohr - Concept d'éléments finis né vers [1940]
Newmark, Hrenikoff, Mc Henry - Développement réel depuis 1960
Calcul numérique sur ordinateur
- RDM (Résistance des matériaux) ⇒ calculs « manuels »
Domaines d'application
- Calcul de structures, électricité, hydraulique, aérodynamique, ...
Principe
- Le milieu continu est « idéalisé » par la subdivision en un nombre fini d'éléments dont le comportement est représenté par un nombre finis de paramètres
- La résolution du problème global, obtenu par assemblage des éléments, suit les règles qui régissent les structures discrètes.
Les difficultés
- D'ordre théorique : formulation des éléments
- D'ordre pratique :
- Discrétisation du milieu continu (maillage)
- Qualité des résultats (convergence de la méthode)
Exemple de problème discret
Pb_discret.png
-
Équation locale du composant e :

- soit
- soit
-
On écrit :
- La continuité des potentiels en chaque connexion
- L'équilibre des courants à chaque connexion
- L'adjonction des courants externes
- La continuité des potentiels en chaque connexion
-
On obtient l'équation globale du système assemblé :
- soit
- soit
Définition d'un élément fini
| * Problème vrai : | * Problème idéalisé : | |
| Image manquante Milieu_continu.png image:milieu_continu.png | Image manquante Milieu_discretise.png image:milieu_discretise.png |
- En calcul de structures, un élément fini est caractérisé par deux matrices :
- La matrice de raideur
- La matrice de masse
- La matrice de raideur
Formulation d'un élément fini
Définitions et notations
- Déplacement :
- C'est un vecteur dont chaque composante est également appelée degré de liberté
- 3 ddl de translation :
- 3 ddl de rotation :
- 3 ddl de translation :
- Déformation : (voir Tenseur des déformations)
- C'est le rapport de l'allongement à la longueur initiale.

Deformation_EF.png
Comme
, on a 
On néglige les termes d'ordre 2 :
Remarque :
est sans dimension
- Contrainte : (voir Tenseur des contraintes)
- Elle représente les efforts internes qui s'appliquent dans la structure.
: contraintes normales
: contraintes de cisaillement
- Une contrainte est homogène à une pression (N/m²)
- Il existe un système de coordonées dans lequel
est une matrice diagonale :
sont appelées les contraintes principales
- Elle représente les efforts internes qui s'appliquent dans la structure.
- Relations Contraintes-Déformations : (voir Loi de Hooke) ≡ lois de comportement
: module de Young (N/m²)
: coefficient de Poisson (sans dimension)
- On utilise parfois le module de cisaillement :

- Pour un matériau isotrope, il n'y a que 2 paramètres indépendants. Il y en a 6 pour un matériau orthotrope et 21 pour un matériau anisotrope
- En notation matricielle, on écrit :
est appelée matrice d'élasticité du matériau.
- Énergie de déformation :
- Travail d'une force :
- C'est le produit de la force par le déplacement de son point d'application :
- Moment :
- C'est une force appliquée sur un ddl de type rotation
Équations fondamentales
Équations de l'elasticité linéaire :
Image manquante
Elasticite_lineaire


Relations déformations-déplacements :




- Symboliquement, on écrit
![\{\epsilon\} = [S]\{U\} \,](/img/math/724941f6b0af3275412d58b61e363851.png)
- Symboliquement, on écrit
Signification du coefficient de Poisson :
Poisson_coef.png
Si on applique au barreau une contrainte
, on observe un rétrécissement dans la direction y correspondant à une déformation 
Quelques valeurs usuelles :
- Acier : E = 2,1E11 N/m² = 210 000 MPa
= 0,29
- Aluminium : E = 7,41E10 N/m² = 74 000 MPa
= 0,32
Remarques : On a toujours
0,5
Quand
0,5, les relations précédentes ne sont plus valables. Le matériau est dit viscoélastique.
Exemple de formulation : Barre en traction
Barre_traction.png
On suppose que le déplacement en tout point de la barre est donné par un polynôme du 1er degré : 
- On a
et 
- d'où

qu'on écrit symboliquement :
avec
![\left|\begin{matrix}[N(x)] & = & \left[ \left(1-{x \over L}\right) ; \left({x \over L}\right) \right] \\ \{U\} & = & \begin{Bmatrix}u_1 \\ u_2 \end{Bmatrix} \end{matrix}\right. \,](/img/math/9d82fb42917a9b7afe2e08bf192d3458.png)
On en déduit :
D'autre part, on a par définition :
où S est l'aire de la section de la barre.
On pose :
On obtient finalement :
Soit une relation du type :
En explicitant :
On voit que la matrice de rigidité se calcule comme le produit de 3 matrice :
: Transformation des déplacements aux déformations
: Matrice d'élasticité du matériau
: Transformation des contraintes aux forces
Formulation générale (méthode directe)
- La démarche est la suivante :
- On exprime le déplacement
en tout point de l'élément en fonction des déplacements aux noeuds
- On exprime les déformations en fonction des déplacements
![\{\epsilon(x)\}=[S]\{u(x)\}\,](/img/math/6434b863ed4484c25a91240e5b61ff1e.png)
- d'où
- On écrit la loi de comportement du matériau qui relie les contraintes aux déformations :
![\{\sigma(x)\}=[D]\{\epsilon(x)\}\,](/img/math/0bb4f8e11c093b18894c2e7d85f7be04.png)
- On écrit que le travail des forces externes appliquées à la structure pour un déplacement virtuel
est égal au travail interne des contraintes pour ce même déplacement :

- En explicitant, on a :
- Comme cette relation est vraie pour tout déplacement virtuel, on en déduit :
![\{F\}=[K]\{U\} \,](/img/math/256b1c17205d63549ff12bd58cb6cff2.png)
- avec
sous sa forme plus générale :
Remarques :
- La relation ci-dessus montre que
est symétrique.
- Le terme courant
de la matrice correspond à la force qui s'exerce sur le noeud
lorsqu'on impose un déplacement unitaire du noeud
.
La symétrie de
qui s'écrit
correspond mécaniquement au théorème de réciprocité de Maxwell-Betti.
Qu'est-ce qui va différencier les différents types d'éléments finis ?
- Le choix des fonctions N(x)
- La nature de l'opérateur S (reliant déformations et déplacements) qui dépend du type de théorie élastique utilisée :
- théorie des poutres
- théorie des plaques
- théorie de la contrainte ou de la déformation plane
- théorie des coques
- théorie des corps de révolution
- théorie de l'elasticité 3D
Remarques :
Nous avons décrit le processus de formulation d'un élément fini dans le cadre de la méthode directe.(dite aussi méthode des déplacements)
Il existe d'autres approches :
- La méthode des résidus pondérés
- L'application du principe des travaux virtuels
- La minimisation de l'énergie potentielle
Toutes ces approches sont équivalentes et aboutissent à la construction de la même matrice de rigidité.
Étude des fonctions N(x)
- Dans le cas général de l'élasticité tridimensionnelle, ce sont en fait des fonctions de x, y, z.
- Les fonctions les plus couramment utilisées sont des polynômes.
- Polynôme de degré 1 : élément linéaire (2 noeuds par arête)
- Polynôme de degré 2 : élément parabolique (3 noeuds par arête)
- Polynôme de degré 3 : élément cubique (4 noeuds par arête)
- etc...
- etc...
Les fonctions N(x) sont appelées fonctions de forme ou fonctions d'interpolation de l'élément.
Les éléments isoparamétriques
Problème
- Soit on construit
pour un certain nombre d'éléments de forme et de géométrie figée ⇒ nécessité, pour mailler une structure complexe, d'utiliser un grand nombre d'éléments.
- Soit on utilise des éléments à géométries variables ⇒ il faut reconstruire
à chaque fois.
D'où l'idée
Pour construire la matrice de raideur d'un élément à géométrie variable, on va utiliser des fonctions d'interpolation pour décrire non seulement le champ de déplacement de l'élément mais également sa géométrie. De plus, on va travailler en coordonnées locales.
Interpolation de la géométrie
![]() Idem pour les autres coordonnées. | Image manquante EL_isoparam_champ.png Image:EL_isoparam_champ.png |
Coordonnées locales (cas 2D)
EL_isoparam_coord.png
Élément isoparamétrique
Un élément est dit isoparamétrique si on prend les mêmes fonctions d'interpolation pour le déplacement et la géométrie.
Autres classes d'éléments
EL_super_param.png
Évaluation de K
La forme générale s'écrit :
![[K]=\int_x \int_y \int_z G(x,y,z) dxdydz \,](/img/math/a43855af644b1b26766780b5eca47f14.png)
On passe en variables locales 
On a 
s'appelle la matrice Jacobienne.
On est alors amené à calculer des intégrales du type :

Bénéfice de l'approche
On s'est ramené à un domaine d'intégration simple et invariant pour lequel on peut appliquer les formules de quadrature de gauss :
les
et
étant tabulés.
Les
sont appelés points d'intégration de l'élément ou encore points de gauss de l'élément.
Cas particulier : les éléments axisymétriques
- Image manquante
EL_axisymetrique.png
Décomposition en série de Fourier :
L'axisymétrie correspond à la restriction
de cette décomposition.
Remarque importante :
Pour utiliser ce type d'élément, le problème doit être globalement axisymétrique :
- la géométrie
- les conditions limites
- le chargement
Processus de calcul (cas statique)
- Maillage
- Construction de la matrice de raideur de chaque élément
- Assemblage de la matrice globale
- Construction du vecteur chargement
- Élimination de certains ddl (si besoin)
- Résolution :
- Calcul des quantités dérivées de
- etc ...
Références
- O. C. Zienkiewicz, R. L. Taylor, J.Z. Zhu : The Finite Element Method: Its Basis and Fundamentals
Butterworth-Heinemann; 6 edition (March 21, 2005)ISBN: 0750663200
- K. J. Bathe : Numerical methods in finite element analysis
Prentice-Hall (1976) ISBN: 0136271901
- Chu-Kia Wang : Matrix methods of structural analysis
International Textbook Co; 2d ed edition (1970) ISBN: 0700222677
- R. H Gallagher : Introduction aux éléments finis
Pluralis (1977)
- N. Willems : Matrix analysis for structural engineers
Prentice-Hall (1968) ASIN: B0006BUP26
Approche mathématique/théorique
Durant cet exemple, si f est une fonction, la dérivée partielle de f par rapport à x sera notée fx.
La meilleure façon d'introduire ce sujet est de donner un exemple simple (un « problème modèle »). Nous allons prendre l'équation de Laplace sur l'intervalle [0,1[x[0,1[. Tout d'abord, notons
Soit g une fonction de Ω vers F, l'ensemble des scalaires (l'ensemble des réels R ou le plan complexe C). Notre problème est de trouver une fonction u du plan R2 vers F qui vérifie
- u est deux fois différentiable sur R2
- uxx+uyy=g dans Ω
- u(x,y)=u(x+1,y)=u(x,y+1), c'est-à-dire, u est périodique en x et en y, de période 1.
Le problème peut être réécrit de la manière suivante :
- u appartient à H2(Ω) (H2(Ω) est un espace de Hilbert,
)
- Lu=g avec g un élément de
L étant l'opérateur différentiel défini ainsi
- Lf = fxx + fyy.
L est appelé opérateur de Laplace. Nous cherchons maintenant un u dans V tel que Lu=g.
Formulation faible
Soit φ une forme linéaire sur V.
Notons par V* l'ensemble de ces fonctions. Ainsi, les propriétés suivantes sont équivalents
- Lu = g
et
Fonctions tests
L'ensemble V* est plus grand que ce dont on a besoin. Par conséquent, nous choisissons la fonction de la sorte
où
| ∫ |
| Ω |
. En intégrant par parties,
et du fait des conditions aux limites, les termes
et
s'annulent.
L'écriture précédente est équivalente à :
La fonction ψ de u est de v est en fait bilinéaire sur
et c'est la forme bilinéaire associée à L. Les fonctions v sont appelées fonctions tests.
Le problème variationnel abstrait s'écrit :
- Trouver
tel que, quelque soit
, on ait
Un ensemble minimal de fonctions tests
En analyse fonctionnelle, nous savons qu'il est inutile d'essayer toutes les fonctions tests v dans V. En fait, si E={e1,e2,...} est un sous ensemble de V, l'ensemble des combinaisons linéaires est dense dans V. Par conséquent, on peut utiliser ces fonctions comme fonctions tests. Maintenant, nous allons rechercher une solution au problème
Première discrétisation
De manière à rendre ce processus implémentable, nous devons choisir un sous ensemble fini de E. Prenons F=Fn={e1,e2,...,en} un ensemble fini, F est un sous ensemble de E, et nous voulons résoudre le problème
avec l'idée que quand n tend vers l'infini (et Fn croit vers E), les solutions un devront converger vers la solution u de (*).
Ce problème est indéterminé, par conséquent, une autre discrétisation est nécessaire.
Seconde discrétisation
Le problème variationnel dans F a une solution et est unique (conséquence du théorème de Lax Milgram sur V, ψ est une forme bilinéaire sur
, V est elliptique et φ est une forme bilinéaire continue.
Remplaçons dans (**) et en développant, on obtient :
Se pose maintenant la question : comment obtenir un gn acceptable ? Il existe plusieurs approches qui dépendent du choix de l'ensemble E. Si E est une base de Fourier, gn est la projection de g sur l'ensemble des combinaisons linéaires de F, mais d'autres approches existent.
Une autre approche peut être de calculer directement
à partir d'une méthode de quadrature numérique.
Problème sous forme matriciel
Le lecteur astucieux aura noté que le problème précédent peut être formulé sous forme matricielle :
- Pa = Qb
où a, b sont des vecteurs colonnes
Les matrices P et Q sont données par (***):
Qjk = ∫ ekej. Ω
P est appelé matrice de rigidité et Q, matrice de masse.
Algorithme
La méthode des éléments finis doit être conduite ainsi
- On calcule la matrice de rigidité P
- On détermine le membre de droite, soit par l'intermédiaire de la matrice de masse, soit directement par une méthode de quadrature
- On résoud le problème Pa=Qb. Selon la base qui a été choisie et selon les données du problème, il faut choisir la méthode d'inversion la plus efficace.
- On peut écrire u grâce à a.
Note : Dans notre problème,
- si l'on choisit une base lagrangienne pour F, la matrice P sera tridiagonale.
- étant donné que notre forme bilinéaire ψ est symétrique, P est symétrique
- ψ étant V-elliptique, P est symétrique définie positive
on peut utiliser une méthode spécifique pour les systèmes linéaires à matrice tridiagonale ou une factorisation de Cholesky par bande.




![\epsilon = \left[-{1 \over L} ; {1 \over L} \right]\begin{Bmatrix}u_1 \\ u_2\end{Bmatrix} = [B]\{U\} \,](/img/math/e4a26bd4e8d69bb13e6b1b156949ceb8.png)
![\sigma = E\left[-{1 \over L} ; {1 \over L} \right]\begin{Bmatrix}u_1 \\ u_2\end{Bmatrix} = [D]\epsilon \,](/img/math/2d2a7af6387aaf354c01a6053279d304.png)
![\{F\} = \begin{Bmatrix}F_1 \\ F_2 \end{Bmatrix} = [A]\sigma \qquad \mbox {avec} \qquad \{A\} = S \begin{Bmatrix}-1 \\ 1 \end{Bmatrix} \,](/img/math/1d01181c6e890ad31843c10ee38fad9b.png)
![\{F\} = [A][D][B]\{U\} \,](/img/math/55656625cf793be5a336c3c9fdeecba0.png)
![\{F\} = [K]\{U\} \qquad \mbox {avec} \qquad [K] = [A][D][B] \,](/img/math/b5beef13b34aab89c1c2b00e8afe79a3.png)
![[K] = {ES \over L} \begin{bmatrix}1 & -1 \\ -1 & 1 \end{bmatrix} \,](/img/math/53f32fd25a05dbdc17ff442790a214da.png)


