Mentonasque
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| Parlé en | France | |||
| Région | Menton | |||
| Nombre de locuteurs | ? | |||
| Classement | Non-classée | |||
| Classification par famille | ||||
| Statut officiel et codes de langue | ||||
| Langue officielle de | ||||
| Régi par | ||||
| ISO 639-1 | ||||
| ISO 639-2 | (B) / (T) | |||
| SIL | ||||
| Voir aussi : langue, liste de langues, code couleur | ||||
Le Mentonasque (ou mentonnais) est le nom du dialecte parlé dans le canton de Menton, dans les Alpes-Maritimes.
Dans ce parler, on l'écrit Ou Mentounasc, en utilisant une graphie mistralienne adoptée en 1986, prononcé [u mɛɴ'tunaʃk], en employant l'article défini spécifique ou (devant une consonne) comme en ligure et non l'article habituel du provençal maritime.
| Sommaire |
Dialectologie
Sa catégorisation en parler permet d'éviter les polémiques souvent stériles sur le statut de langue ou de patois. Les auteurs qui écrivent ou enseignent le mentonasque acceptent l'utilisation du terme dialecte de préférence à patois, connoté. Décrit pour la première fois de façon scientifique par James Bruyn Andrews à la fin du XIXe siècle (« Il dialetto di Mentone, in quanto egli tramezzi ideologicamente tra il provenzale e il ligure », in Archivio Glottologico Italiano XII, 1890/92, pp. 97-106), il fait l'objet d'études plus récentes notamment par Jean-Philippe Dalbera (« Interférences entre provençal et ligurien dans la génèse du […] mentonnais » in Bulletin du Centre de romanistique et de latinité tardive 4-5, Nice, 1989, pp. 89-97) et surtout par Werner Forner de l'université de Siegen (« L'Intemelia linguistica », in Intemelion 1, Sanremo, 1995, pp. 67-82), dont les recherches sont bien résumées dans « Le mentonnais entre toutes les chaises ? », in Lexique Français-Mentonnais, SAHM, Menton, 2001. Dans ces différentes études, il appert un caractère nettement intermédiaire de ces parlers entre le provençal (donc l'occitan) et le ligure (dans sa variante intémélienne). Il est néanmoins enseigné, en fonction des règles françaises en vigueur dans l'Éducation nationale, comme une simple variante du nissard (et donc de l'occitan) — et non comme un parler spécifique. D'un point de vue génétique, malgré des influences certaines et massives dues au provençal maritime (réalisation diphtonguée de ò notamment), « la position du mentonnais est donc celle de dernier avant-poste méditerranéen, témoin de l'ancienne étendue du type linguistique royasque-pignasque jusqu'au bord de la mer » (Werner Forner). Les parlers royasques et pignasques sont nettement de type ligure — assez différents cependant du génois tel qu'il est parlé à Gênes.
Aréologie
Il est parlé non seulement à Menton, mais aussi dans les villages de son canton, à savoir Gorbio, Sainte-Agnès et Castellar. Le parler de Roquebrune-Cap-Martin est généralement considéré comme du mentonasque par la plupart des auteurs même s'il présente des particularités qui peuvent en faire un parler distinct — cette remarque étant par ailleurs valable pour chaque village du canton… Il s'agit néanmoins d'une aire dialectale bien délimitée « qui se distingue nettement tant de ses voisines occidentales (aire du provençal de type nissart et îlot linguistique ligure de Monaco) que de sa voisine orientale (aire du ligure [intémélien]) » (Alain Venturini, in Lou Sourgentin, n° 56, avril 1983).
Il est étroitement apparenté aux parlers alpins de la vallée de la Roya - Bévéra (notamment ceux de Sospel, de Breil et de Saorge et aux parlers archaïsants de Pigna, dans la province d'Imperia.
En revanche, il se distingue, assez nettement, surtout à l'oreille, des parlers ligures de Vintimille (intémélien) et de Monaco (monégasque), influencés tardivement par le génois parlé à Gênes.
Sa parenté avec la prestigieuse langue d'oc (occitan), notamment à travers sa variante nissarde parlée à Nice, est aujourd'hui remise en cause : l'apocope généralisée et une seconde diphtongaison tardive (comme dans puánt pour le mot pont) lui donnent effectivement des traits provençaux, surtout à l'oreille — qui sont les seuls traits caractéristiques, avec du vocabulaire, de l'influence de la langue parlée à Marseille (le provençal maritime) arrivée jusqu'à Menton, « large ondée qui s'est brisée contre les Baoussé Roussé » (i Balzi Rossi, les rochers qui forment aujourd'hui la frontière littorale franco-italienne) pour reprendre l'image de Werner Forner.
Littérature
Le mentonasque n'a pas le prestige littéraire des langues voisines. Il existe néanmoins quelques textes et chansons publiés récemment en mentonnais (pour la plupart au XXe siècle) et il est désormais régulièrement enseigné dans l'académie de Nice, dans le canton de Menton. Parmi les différentes publications, A Lambrusca de Paigran (la Vigne vierge de Grand-père) par Jean-Louis Caserio, illustrations de M. et F. Guglielmelli, SAHM, Menton, 1987.
Bibliographie
- Lexique Français-Mentonnais, Société d'Art et d'Histoire du Mentonnais (SAHM), Menton, 2001.
- Intemelion (revue), n° 1, Sanremo, 1995.
- Louis Caperan-Moreno et Jean-Louis Caserio, Ou Mentounasc à Scora, SAHM, 2003, 3e édition revue et corrigée.
- Ou Mentounasc per ou Bachelerà (le mentonasque au baccalauréat), choix de textes présentés par Jean-Louis Caserio, professeur de langue et culture régionales, 4e édition, SAHM, 2002
- Gerhard Rohlfs, « Entre Riviera et Côte d'Azur : à propos du mentonnais » in Mélanges de philologie romane à la mémoire de J. Boutière, éd. I. Cluzel - F. Pirot, vol. II, Liège, 1971 (pp. 883-891) et « Entre Riviera et Côte d'Azur (II) » in Mélanges de philologie romane offerts à Ch. Camproux, vol. II, 1978, pp. 971-978.
