Massacre des Algériens à Paris

Le Massacre des Algériens à Paris (aussi appelé le Massacre du 17 octobre) a débuté le 17 octobre 1961, pour continuer durant quatre jours dans plusieurs centres de détention. Selon les estimations, entre 32 et 325 nord Africains sont morts sous les coups de la police de Paris, alors sous les ordres du préfet de police de Paris, Maurice Papon.

Sommaire

Les prémices

Bien avant la nuit du 17 octobre, la tension entre les membres du FLN et la police est déjà importante. Les nombreux attentats visant des policiers attisent la colère des forces de l'ordre. Au total, 22 policiers trouvent la mort dans les attentats du FLN de janvier à octobre 1961, alors qu'il n'y en a eu que 9 pour toute l'année 1960.

Alors que l'État français tente par tous les moyens de tempérer les relations avec le FLN pour élaborer les Accords d'Évian, notamment en n'exécutant plus aucun membre du FLN, la police considère cela comme un sabotage de son autorité. Des groupes de policiers se forment donc et sur leur temps libre ils pratiquent des passages à tabac et des exécutions sur des nord Africains. Un pic de 54 cadavres de nord Africains sera recensé par l'Institut médico-légal du 1er au 16 octobre 1961.

Charles de Gaulle considère que tous ces attentats du FLN sont un moyen de pression exercé sur l'État français. Ordre est donc donné à Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, d'empêcher par tous les moyens les membres du FLN de se réunir et de manifester. Le préfet de police lance une série de mesures accroissant considérablement les contrôles divers et variés sur la population nord africaine. Elle est de plus en plus harcelée et humiliée par la police. Certains disparaissent même mystérieusement après une rafle des forces de l'ordre. À l'enterrement d'un policier tué dans un attentat du FLN, Maurice Papon dit : « Pour un coup reçu, nous en porterons dix ». Et il assure à ses hommes que s'ils ouvrent le feu les premiers, ils seront couverts.

Le massacre

C'est dans cette ambiance qu'il décide le 5 octobre d'effectuer un couvre-feu, fixé de 20h30 à 5h30, pour tous les Français musulmans d'Algérie de la région parisienne.

Voulant manifester contre cette mesure, les dirigeants du FLN décident d'organiser des manifestations pacifistes la nuit, en plein couvre-feu. Tous les Algériens de la région parisienne, femmes et enfants (même en très bas âge), sont alors vivement invités, bien souvent sous la contrainte, à venir manifester pacifiquement contre la mesure.

Maurice Papon donne l'ordre d'intercepter tous les Algériens et de les empêcher par tous les moyens de participer à la manifestation. Des contrôles sont effectués dans tous les grands points de passage de Paris. De nombreux nord Africains sont frappés et emmenés dans des centres de détention (dont le Centre d'Identification de Vincennes), où ils subissent des passages à tabac, ce qui pour certains se terminera par la mort.

Près du Pont Saint-Michel, les manifestants se heurtent à la police, de nombreux nord Africains sont alors frappés par les officiers de police, certains, inconscients ou morts sont alors jetés dans la Seine.

Des faux messages d'information sont même diffusés durant la nuit, relatant des échanges de coups de feu avec les manifestants et l'annonce de la mort de plusieurs policiers. Tous ces messages n'avaient qu'un seul but, attiser encore plus la colère des forces de l'ordre à l'encontre des nord Africains.

L'oubli

Au lendemain du 17 octobre, certains responsables politiques et journalistes s'indignent de la violence des forces de police. Mais tout comme les crimes commis de part et d'autre durant la guerre d'Algérie, le massacre des Algériens à Paris fut très vite rayé de la mémoire collective française.

En plus de cela, l'État, pendant de nombreuses années, fait tout pour empêcher que la vérité voie le jour. La création d'une commission d'enquête parlementaire est bloquée, la publication de plusieurs livres interdite, les bandes d'un documentaire sont saisies par la police (toujours sous les ordres de Maurice Papon).

Les partis de la gauche française ont également participé à cet oubli. Le Parti communiste français notamment, en faisant passer l'évènement de Charonne comme la réponse la plus violente de la police sur des manifestants pacifiques.

La reconnaissance

Ce n'est que dans le milieu des années 1970 et le début des années 1980 que l'on peut voir les premiers articles et livres relatant le massacre du 17 octobre. La véritable médiatisation du massacre des Algériens à Paris viendra étrangement avec un procès en diffamation que Maurice Papon attente au journaliste Jean-Luc Einaudi. Ce dernier a publié un livre dans lequel il relate très fidèlement les événements du 17 octobre. Son travail se base sur de nombreux témoignages (aussi bien d'Algériens que de policiers présents) et de documents du FLN. Il ne put consulter les archives de la police de Paris, faute d'avoir les autorisations nécessaires. Mais ce n'est pas pour la publication de son livre que Maurice Papon porte plainte, mais pour celle d'un article qu'il a écrit et publié dans le journal Le Monde. L'ancien préfet de police perd son procès et c'est avec ce dernier que le massacre du 17 octobre revient véritablement sur le devant de la scène médiatique.

Pourtant, il faut attendre le 17 octobre 2001, quarante ans jour pour jour après les faits, pour qu'un élu reconnaisse officiellement le massacre des Algériens à Paris. C'est le maire de Paris, le socialiste Bertrand Delanoë qui inaugure la plaque commémorative sur le Pont Saint Michel. Aucun représentant de la droite municipale ne désira participer à la célébration.

Le jour même, l'après-midi, à l'Assemblée nationale, le Secrétaire d'État à la défense chargé des anciens combattants Jacques Floch évoqua notamment à propos des événements du 17 octobre « un couvre-feu appliqué sur la base du faciès ». La plupart des députés du RPR et de Démocratie libérale ont alors quitté l'Assemblée nationale, critiquant la récupération politique d'un tel évènement.

Responsabilité de l'État français

La responsabilité de l'État français ne s'arrête pas à Maurice Papon, elle va bien au-delà. Tacitement, les plus hauts responsables politiques en place (principalement Michel Debré alors premier ministre et Charles de Gaulle) laissent à Maurice Papon la liberté de répondre par la force au problème du terrorisme nationaliste du FLN en France.

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