Maryse Choisy
Maryse Choisy (1903-1979) a suivi un parcours atypique. Passionnée de psychanalyse, elle a l'idée d'en introduire les concepts dans ses romans pour donner plus de densité à leurs personnages, puis entreprend de voir ce qui peut être apporté à la littérature par d'autres disciplines, idée que reprendra bien plus tard Michel Houellebecq dont elle a déjà le côté cynique et désabusé. Elle fonde à cette occasion un mouvement qu'elle nomme le suridéalisme pour mettre l'accent sur le gisement conceptuel sur lequel il va pouvoir s'appuyer.
Elle ne va pas hésiter, comme Jack London ou Alexandra David-Néel, à se documenter aux sources, allant jusqu'à passer un mois dans une maison de prostitution pour écrire son enquête Un mois chez les filles et... à se travestir en jeune moine pour Un mois chez les hommes (elle devra d'ailleurs, écrit-elle, échapper à des avances d'un moine du mont Athos!).
Un événement inattendu surgit alors chez l'auteur, qui est sa conversion religieuse. Elle va alors jusqu'à faire retirer ses ouvrages du commerce et à faire disparaître de la circulation à ses frais ceux qui s'y trouvent - au motif qu'ils ne satisfont pas au critère des trois passoires qu'on attribue à Socrate : vérité, utilité, bonté - et se consacrera à la psychanalyse, qu'elle estime capable de contribuer durablement au bonheur du genre humain. Elle fondera à cette occasion la revue et le mouvement Psyché où fera ses premières armes un certain Jacques Lacan.
La vocation des lettres ne la quitte pas pour autant, et elle rédige l'histoire de sa conversion (Sur le chemin de Dieu on rencontre d’abord le diable) et de très émouvants Contes pour ma fille où le thème de la mort prend une importance particulière, même si un humour discret y est en permanence présent.
Extraits
- « Mon héroïne s’appelle Cécile, comme tout le monde. Je ne vous dirai pas son autre nom. Cécile existe. Vous la connaissez. Il serait incorrect de la mettre à poil. D’ailleurs, quand une femme se marie, elle change de nom. Donc, le seul qui compte est son prénom ».
- « Si Cécile ne se fut jamais égarée dans les sentiers de Lesbos, son âme n’eût point été arc-en-ciel. Son âme est un arc-en-ciel ».
- « Elle aima les femmes pour l’amour de l’homme. Toutes celles qui plurent à Jean, toutes celles qui convoitèrent Jean eurent Cécile ».
- « Ami lecteur, comme vous êtes très intelligent, - puisque vous me lisez -»
- « Maintenant, je veux être moi. Delteil est un bouffeur de « moi » Adieu, Delteil ! »
Bibliographie partielle
Il est très difficile d'établir une bibliographie de Maryse Choisy en raison
- de ses nombreux changements d'éditeur
- de la chasse qu'elle a menée à ses propres livres,
- de sa fécondité littéraire (jusqu'à quatre ouvrages par an).
mais les ouvrages suivants sont connus, et le lecteur pourra encore en retrouver certains chez les bouquinistes des bords de Seine si elle n'y est pas passée avant lui :
- Presque…, quasi-roman. Editeurs associés, 1923.
- La Chirologie. Alcan, 1927.
- Mon cœur dans une formule.
- Cahiers suridéalistes.
- Un mois chez les filles. Montaigne, 1928.
- Un mois chez les Hommes, Éditions de France, 1929.
- Delteil tout nu. Montaigne, 1930.
- Le Vache à l’âme. Éditions du Tambourinaire, 1930.
- La guerre des sexes (? - réédité en 1970).
- L'Amour dans les prisons. Montaigne, 1930.
- Problèmes sexuels de l'adolescence. Montaigne, 1954.
- Le thé des Romanech. 1943.
- Quand les bêtes sont amoureuses. Édition des portiques, 1931.
- Sur le chemin de Dieu on rencontre d’abord le diable. Mémoires, 1925-1939. Emile Paul, 1977.
- Contes pour ma fille... et pour les autres.
- Yoga et psychanalyse, Mont Blanc, 1948
- Qu’est-ce que la psychanalyse ?, L’Arche, 1950
Liens externes
- Symboles et Mythes, texte de Maryse Choisy (1947)
