Louis de Beaufront
Peu à peu, des divergences l’opposèrent à l’initiateur de la langue, Zamenhof, et à la majorité des espérantistes français: pour Zamenhof, l’utilisation d’une langue commune n’était que l’expression d’un humanisme presque religieux ; pour Louis de Beaufront, l’espéranto n’était qu’un outil « lingvo kaj religio estas du » ; cette divergence doit se replacer dans le contexte historique de l’époque où se discutait en France la loi de séparation de l’église et de l’état. De même, d’opinion conservatrice, il appréciait peu ceux qui liaient l’espéranto aux luttes politiques. Des querelles de personnes intervinrent également, notamment lorsque des espérantistes firent annuler un contrat qu’il avait négocié avec l’éditeur Hachette. Sous un fallacieux prétexte, il n’assista pas au premier congrès espérantiste de Boulogne-sur-Mer où fut adopté le « Fundamento de Esperanto », c’est-à-dire les règles intangibles qui garantissent la stabilité de la langue.
Il fut néanmoins désigné par Zamenhof pour représenter l’espéranto à la « délégation pour l’adoption d’une langue auxiliare internationale ». Alors qu’il était censé défendre l’espéranto, il plaida pour un projet dérivé, l’ido, qu’il avait en sous-main créé avec Louis Couturat. Il quitta alors les espérantistes, et resta idiste jusque la fin de sa vie : son action n’eut pas le même succès que pour l’espéranto, et l’ido s’épuisa en projets de réforme.
Il mourut en 1935 dans le département de la Somme où il s’était retiré.
