Le nationalisme breton et la Seconde Guerre mondiale

Sommaire

Situation à la veille de la seconde guerre mondiale

A la veille de l'Occupation, les nationalistes bretons sont partagés entre régionalisme, fédéralisme et séparatisme. Pour l'essentiel ces courants, même divisés, restent insensibles voire franchement hostiles aux valeurs démocratiques. Parmi ceux-ci, seul le courant ouvertement séparatiste du Parti national breton demeure organisé ; dissous en 1939, il se reconstitue rapidement à l'automne 1940 et devient le parti politique le plus actif en Bretagne sous l'Occupation. Ayant rompu dès 1931 avec le régionalisme, ses fondateurs (Olier Mordrel/Fransez Debeauvez) s'inspire de la révolution irlandaise et joue la carte nationaliste. Lorsque la guerre éclate, le Parti National Breton opte pour une ligne de ferme neutralité. Ce courant, dont l'idéologie anti-démocratique est très complaisante à l'égard de la xénophobie et de l'antisémitisme, influencé par les celtisants allemands, s'apparente à tous les fascismes européens. Pendant la guerre l'activisme du Parti national breton a complètement dominé les autres tendances du mouvement breton, qui dès lors s'en est trouvé discrédité.

Collaboration avec le régime de Vichy

On retouve un certain nombre de nationalistes bretons dans le Comité Consultatif de Bretagne, crée le 11 octobre 1942 par Jean Quénette, préfet de la région Bretagne. " Organisme d'étude et de travail ", selon Yvonnig Gicquel, il ne dispose d'aucun des pouvoirs de décision et d'exécution (contrairement au voeu d'un parlement provincial tel que le concevaient les adeptes de la doctrine régionaliste bretonne). La volonté de ses membres (dont des membres du PNB prennent : Yann Fouéré, Joseph Martray,...) furent de transformer ce comité consultatif en véritable assemblée légiférante sur le plan des problèmes régionaux. On retrouvera certains de ses membres lors de la création du CELIB.

Collaboration avec les nazis

Des membres aussi importants du Parti National Breton (comme Morvan Lebesque, Roparz Hemon, Alan Heusaff) basculent dans une collaboration plus ou moins importante avec les nazis, et adoptent une politique de collaboration active. L'exemple de l'Irlande - voire l'idéal d'une Bretagne indépendante - continuait d'être la référence. De récentes études ont montré les liens étroits entretenus bien avant la guerre, depuis la fin des années vingt, par des dirigeants autonomistes bretons (tel Célestin Lainé, Alan Louarn) avec les services de renseignements militaires de l'Abwehr. Après la défaite de 1940, écartant la question de l'autonomie de la Bretagne, les Allemands ont utilisé ces agents autonomistes dans des opérations militaires ou des actions de répression contre les résistants. Un certain nombre de nationalistes bretons feront un choix dramatique : l'enrôlement dans un service d'ordre allemand, l'organisation Bezen Perrot, de Célestin Lainé, et Alan Heusaff (qui n'atteindra jamais 70 personnes). A la fin de la guerre une poignée de militants bretons, décident de demander l'appui allemand face à l'assassinat de plusieurs personnalités du mouvement culturel tel l'abbé Perrot. Devant se dénommer à l'origine "Bezen Kadoudal", l'assassinat en 1943 du prêtre, décida Lainé à nommer son organisation de son nom en mars 1944.

Les Strolladoù Stourm (SS), prolongement des ultras du bagadou stourm, service d’ordre de Yann Goulet et de Alan Louarn seront une milice supplétive des nazis. Ils seront engagés dans un affrontement contre la population de Landivisiau, le 7 août 1943.

Point de vue des nationalistes bretons

Selon les nationalistes bretons, ils seront réprimés par Vichy, attaqués par les communistes contre l'avis des gaullistes, les militants culturels (rarement politiques) payeront ainsi un lourd tribu pour leur amour de la langue et de la culture bretonne. Plusieurs résistants communistes regretteront après la guerre ces exactions et le feront savoir publiquement. En 1944, à l'arrivée des troupes américaines, les maquisards communistes poursuivent la répression et abattent de sang froid un autre prêtre, l'abbé Lec'h bien. Pris violemment à parti par la population , les auteurs du crime expliquèrent qu'ils ne voulaient pas le livrer aux américains par peur de le voir relacher aussitôt! Cette épuration culturelle a été ferment condamnée par le parlement anglais par l'intermédiaire de députés gallois s'inquiétant de l'amalgame volontaire fait entre collaboration avec l'Allemagne et défense de la culture bretonne. Le PNB, dissous comme le Parti Communiste Français en 1939, ne peut plus avoir d'existence légale. Ses militants sont traqués et confondus à dessein avec les miliciens qui arboraient en Bretagne une hermine sur leurs bérets. Plusieurs d'entre eux sont déportés en camp de concentration, près de Rennes notamment lors du tristement célèbre évènement du Camp Marguerite de Rennes (300 femmes et enfants alsaciens furent affamés jusqu'à ce que mort s'en suivent pour sympathie "nationales socialistes"). Les nationalistes bretons défendent le fait que l'image souvent diffusée d'un mouvement ouvertement fasciste voire nazi ne reflète en rien l'engagement de nombreux militants souvent issus de formations politiques aussi variées que l'Action française (royalistes), la SFIO (socialistes), le PAB (parti autonomiste) ou le Parti Communiste Français. Yann Goulet obtiendra d'ailleurs l'appui et le soutien de plusieurs militants communistes à la libération. D'autres militants, accusés de collaboration, présentèrent devant les tribunaux des familles juives cachés par leur soin (Alan Eon-Yann Goulet).

Point de vue des historiens

Aux lendemains de l'Occupation, les pouvoirs publics et la population bretonne ont d'abord cédé à une « mémoire-panique », surestimant les dangers (insurrections) du PNB. Toutefois, c'est avant tout comme collaborateurs que ces membres ont été réprimés ; du reste tous n'ont pas été inquiétés, environ 15 à 16 % des membres du PNB ont été traduits devant les tribunaux, rares sont les sympathisants à avoir été jugés. Mais d'un autre côté, il n'y eut pas, comme l'affirma une propagande autonomiste d'après-guerre une oppression massive et aveugle. Cependant, à la Libération, condamnés à l’indignité nationale et interdits de séjour en Bretagne, de nombreux militants nationalistes bretons se retrouvèrent en banlieue parisienne, ou en exil.

L'engagement dans la Résistance

Plusieurs militants régionalistes ou fédéralistes ou nationalistes s'engagèrent dans la Résistance. Les motivations de ces militants bretons entrés en résistance relèvent de facteurs multiples ; pour certains, tel ce groupe Liberté de Saint Nazaire, formé de jeunes militants issus du PNB, l'anglophilie a été déterminante. Le groupe Liberté a participé, sous le nom de Bataillon de la Poche, à la libération de la poche de Saint Nazaire en mai 1945 ; pour d'autres la participation avant guerre à des mouvements autonomistes ou fédéralistes minoritaires, tels le Parti Autonomiste Breton (PAB) ou la Ligue fédéraliste de Bretagne, dont l'antifascisme et la critique de l'extrême-droite étaient avérés, a favorisé un engagement résistant. D'autres enfin se sont engagés dans la Résistance à titre personnel, puis ont renoué avec le militantisme breton après la Libération. L'action des quelques membres du Bezen Perrot a souvent servi pour occulter une réalité bien différente, comme ces membres des Bagadou Stourm fondateurs des "Forces Bretonnes de l'Intérieur" et déportés à Buchenwald.

Voir aussi

See also: Le nationalisme breton et la Seconde Guerre mondiale, 11 octobre, 1931, 1939, 1940, 1942, 1943, 1944, 1945, 7 août