Le Cid (Corneille)
Le Cid est une pièce de théâtre de Pierre Corneille dont la première représentation date de 1637.
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2.1 Un couple sportif et brillant : Chimène et Rodrigue |
Résumé de l’œuvre
Acte Premier
Une heureuse nouvelle pour Chimène, fille du comte de Gormas : le père de Rodrigue qu'elle aime, Don Diègue, va proposer leur mariage au Comte à l'issue du Conseil qui, pense-t-on, désignera ce dernier comme gouverneur du prince royal. (sc. 1) La fille du Roi, infante de Castille, elle aussi aime Rodrigue, mais sans espoir : son honneur lui interdit d'épouser un simple chevalier. (sc. 2) Contretemps tragique : Don Gormès sort du palais, furieux que le Roi ait appelé Don Diègue aux fonctions de gouverneur du prince. Au cours d'une violente dispute, il soumet le père de Rodrigue après avoir repoussé la demande en mariage. Don Diègue se lamente de n'avoir plus la force de venger son honneur avec l'épée (sc. 4), puis remet ce soin entre les mains de son jeune fils Rodrigue (sc. 5). Resté seul, le jeune homme est désespéré d'avoir à se battre contre le père de celle qu'il aime, mais il décide de sacrifier son amour à l'honneur de sa famille (sc. 6).
Acte Deuxième
Le Comte refuse, malgré l'ordre du Roi, de présenter des excuses à Don Diègue (sc. 1). Rodrigue, en dépit de sa jeunesse, le provoque fièrement : la rencontre aura lieu. L'Infante promet à Chimène de l'empêcher (sc. 3). Trop tard : un page annonce que Rodrigue a quitté le palais avec le Comte (sc. 4). L'Infante se confie à sa gouvernante Léonor : elle a pitié de Chimène, mais ne peut se défendre de penser que la victoire de Rodrigue le séparerait de celle qu'il aime et le rendrait digne d'une fille de roi (sc. 5). Le roi Don Fernand donne l'ordre d'arrêter le Comte, malgré l'intervention de Don Sanche, un gentilhomme de la Cour amoureux de Chimène. Il révèle que les Maures menacent la ville (sc. 6). La rencontre a eu lieu : on vient apprendre au Roi que Rodrigue a tué le Comte (sc. 7)... quand accourt Chimène : elle demande justice tandis que Don Diègue présente la défense de son fils en réclamant pour lui-même le châtiment (sc. 8).
Acte Troisième
Rodrigue, venu voir Chimène pour remettre sa vie entre ses mains, se cache à l'arrivée de la jeune fille (sc. 1). Don Sanche offre de la venger : elle déclare qu'elle n'acceptera cette offre qu'en dernier recours (sc. 2). À sa gouvernante Elvire, elle affirme qu'elle aime toujours Rodrigue, mais qu'elle veut sa mort pour mourir après lui (sc. 3). Rodrigue apparaît alors, et c'est entre les deux jeunes gens une belle scène où l'amour et l'honneur s'affrontent pour se confondre : il ne saurait, lui, regretter un acte qui le rend digne d'elle; elle proteste de son côté qu'elle accomplira son devoir comme il a accompli le sien, mais que ce n'est pas à elle de lui ôter la vie. Don Diègue, qui était inquiet de ne pas trouver son fils (sc. 5), le rencontre enfin, lui dit sa joie et l'envoie combattre les Maures (sc. 5).
Acte Quatrième
Rodrigue a défait les Maures : quand elle apprend qu'il est sain et sauf, Chimène fait taire son amour pour continuer à soutenir son honneur et suivre ce qu'elle appelle son « triste devoir » (sc. 1), malgré les conseils de l'Infante (sc.2). Après avoir entendu, de la bouche même du vainqueur, le récit de la bataille, le Roi décide d'éprouver la jeune fille (sc. 4). Il lui annonce que Rodrigue a été tué. Elle défaille et révèle ainsi, malgré elle, son amour. Mais dès qu'elle est détrompée, elle promet sa main à qui lui apportera la tête de « l'assassin de son père »; elle accorde à Don Sanche la faveur d'être son champion (sc. 5).
Acte Cinquieme
Chimène décide Rodrigue à se défendre dans ce nouveau duel pour 1' « ôter à Don Sanche » (sc. 1). L'Infante, qui a renoncé à son amour pour Rodrigue en faveur de Chimène (sc. 2), avoue à Léonor qu'elle a le cœur déchiré, mais qu'elle se doit de vaincre ses sentiments pour « ne troubler pas une si belle flamme » (sc. 3). Chimène déclare à sa gouvernante Elvire que si Rodrigue est vainqueur, elle lui suscitera encore mille autres adversaires (sc. 4)... quand (sc. 5) Don Sanche lui apporte son épée : persuadée que Rodrigue est mort, elle lui reproche d'avoir tué le « héros » qu'elle « adore ». Près de défaillir (sc. 6), elle reconnaît devant le Roi qu'elle n'a cessé d'aimer Rodrigue et lui dit sa décision de se retirer dans un cloître : mais Don Sanche explique que c'est lui-même qui a été désarmé et que son vainqueur l'a chargé de remettre cette épée à celle qu'il aime. Arrive Rodrigue (sc. 7) : Chimène renonce à sa vengeance, mais refuse de l'épouser. Et lui, sur la promesse du Roi, s'en va ravager le pays des Maures avec l'espoir de conquérir sa Dame par de nouveaux exploits.
Etudes des personnages
Un couple sportif et brillant : Chimène et Rodrigue
Ils ont environ vingt ans, et même moins. Les coutumes de la noblesse, au Moyen Age, époque où se situe l'action, nous obligent à le penser : Chimène n'est pas encore mariée, et « on n'a jamais vu » Rodrigue « les armes à la main ». Nous pouvons donc les imaginer ainsi, avant le lever du rideau. Chimène, fille d'un grand d'Espagne, a reçu une éducation rigoureuse. Elle est encore sous la garde d'une gouvernante, Elvire, à qui elle se confie et demande conseil. Mais, quoique recluse dans sa maison, elle n'est pas ignorée des jeunes gens de son âge; un grand nombre guette sa main. Elle a surtout remarqué l'ardeur de deux d'entre eux, Don Sanche et Don Rodrigue. La fille du Roi, à qui elle fait souvent part de ses sentiments, l'a rapprochée de Rodrigue, et elle en est tombée amoureuse. Mais la décision ne lui appartient pas. Son père seul doit choisir. Elle a délégué vers lui sa gouvernante pour lui indiquer ses deux prétendants, sans souffler mot de sa préférence secrète. Et elle redoute qu'il ne choisisse pas Rodrigue. Rodrigue, s'il n'a jamais combattu, a cependant reçu l'éducation d'un chevalier. Sous la direction de son père, il a appris non seulement à manier l'épée, mais encore à « attaquer une place, ordonner une armée » et il brûle maintenant de s'illustrer. On lui a inculqué le sens des devoirs envers sa famille et envers sa patrie. Sa courtoisie, on la jugerait naturelle, à voir la rudesse de son père. Elle est celle des jeunes nobles de son âge qui pensent que c'est une trahison que d'être infidèle à sa « dame ». Bouillant, mais raffiné, il est essentiellement séduisant : il a su plaire à une princesse, à Chimène, mais aussi aux preux qui devinent déjà que bientôt il brillera dans leurs rangs. Il a l'assurance de celui qui va droit au but, sans prévoir, comme Chimène, de catastrophes futures.
De même rang, de même âge, bruns et sveltes tous les deux, s'aimant, ils semblent faits l'un pour l'autre.
Leurs doubles et leurs rivaux : L'Infante et Don Sanche
Don Sanche, jeune chevalier, un peu plus âgé que Rodrigue, est son rival en amour. L'Infante, qui doit avoir à peu près le même âge que Chimène, est éprise de Rodrigue, comme elle, sans qu'elle le sache. Pour se guérir d'un amour impossible, puisque, fille de roi, elle ne peut songer à épouser un de ses sujets, elle favorise le mariage des deux jeunes gens. Ni l'un ni l'autre ne constituent donc à proprement parler des obstacles à ce bonheur attendu : l'un et l'autre aiment sans être aimés; Don Sanche, courtois comme Rodrigue, sait s'effacer; l'Infante, élevée dans le « respect de sa naissance », ne saurait déchoir. Ils tiennent, par rapport au couple central, une place symétrique. On devine, dans l'ombre, leur mélancolie.
Mais, en même temps, ce sont des doubles : Don Sanche, c'est encore Rodrigue, avec son désir de s'illustrer, son appétit de bonheur, mais un Rodrigue plus discret et un peu plus mûr. L'Infante, c'est encore Chimène, une âme fière et tourmentée, une jeune fille recluse et sentimentale, mais une Chimène plus hésitante et déjà soumise à l'épreuve de la douleur.
Le roi et la cour
Sur tous pèse l'autorité du roi de Castille, don Fernand. C'est à la fois un roi médiéval, c'est-à-dire un seigneur plus puissant parmi d'autres seigneurs, et un roi absolu à la manière de Louis XIII. Il redoute les Maures, et, pour mieux les arrêter, il a transporté sa cour de sa capitale Burgos à Séville, où se déroule l'action de la pièce. Mais il se méfie aussi de la désobéissance de ses vassaux qui critiquent ses décisions, se battent en duel et élèvent la voix contre lui. Sa bonhomie, sa bienveillance l’amènent à utiliser l’habilité plus que contrainte, parce qu’il se soucie moins de l’orgueil du pouvoir que du bien-être de ses sujets. À coté de lui, nous voyons une cour de chevaliers, de compagnons fidèles, dont font partie Don Alonse et Don Arias.
Leurs parents
Il existe entre don Diègue, le père de Rodrigue, et le comte de Gormas, le père de Chimène, la même différence d'âge qu'entre ce dernier et Rodrigue : on peut supposer qu'ils ont respectivement soixante et quarante ans. Don Diègue a été autrefois le premier capitaine et le soutien du royaume de Castille. Don Gomès tient aujourd'hui cette place. Ils tirent, l'un de ses souvenirs, l'autre de ses exploits présents, la même fierté. Ils aspirent également aux faveurs royales, mais don Diègue se contente de les espérer, don Gomès estime qu'elles lui sont dues. Don Diègue continue de servir scrupuleusement son roi; don Gomès est plus indépendant et deviendrait facilement un second roi dans le royaume. Ils aiment leurs enfants et se soucient de leur bonheur, mais exercent sur eux une grande autorité. Chimène prend bien garde de laisser à son père l'initiative des décisions. Rodrigue respecte les avis du sien et leur obéit presque malgré lui. Ils ont appris de leurs parents à placer avant tous les autres les devoirs du sang. Par rapport au couple central, don Diègue et don Gomès occupent donc aussi une place symétrique, celle de statues redoutables dont on appréhende les exigences.
Les gouvernantes
Ce serait une erreur que d'imaginer semblables la gouvernante de Chimène, Elvire, et celle de l'Infante, Léonor. La première est assurément encore assez jeune ; passionnément dévouée à sa maîtresse, élevant rarement la voix, elle est la confidente attendrie de ses amours et favorise les vœux de Rodrigue. La seconde ressemble beaucoup plus à la duègne traditionnelle : plus âgée, sans doute vêtue de noir, elle a la voix sèche et cassante, elle remplit ses fonctions avec autorité, elle représente aux yeux de la princesse la rigueur du devoir et le remords. Ces personnages sont ceux d'un conte dont l'action se situe à Séville au XIe siècle de notre ère...
Étude spatio-temporelle
On peut imaginer que la pièce se déroule, en Espagne dans le royaume de Castille à Séville (Corneille a déplacé l’action qui, dans la logique, se trouverait à Burgos), et sur quinze tableaux représentant quatre décors que voici :
La maison de Chimène
Acte I, scène 1 ; Acte III, scène 1,2,3,4 ; Acte IV, scène 1,2 ; Acte V, scène 1,4,5
C’est un lieu d’attente et de rencontre. La pièce commence d’ailleurs sur ce décor.
Chez l'Infante
Acte I, scène 2 ; Acte II, scène 3,4,5 ; Acte V, scène 2,3
C’est un lieu sans plan précis mais pourtant primordial. Au départ nous y apprenons la « tragédie de l’Infante » ou elle explique son impuissance face à son cœur, cela nous permet de cerner son caractère. Ensuite il devient le lieu pour le renversement de situation et les décisions primordial et ultime (Nb. La pièce est construite de plusieurs tragédies internes comme celle de l’Infante)
La Place publique devant le Palais Royal
Acte I, scène 3,4,5,6 ; Acte II, scène 2 ; Acte III, scène 5,6
C’est un lieu tragique où a lieu querelle, provocation et combat.
Le Palais royal (surtout la Salle du trône)
Acte II, scène 1,6,7,8 ; Acte IV, scène 3,4,5 ; Acte V, scène 6,7
C’est le lieu oratoire par excellence. Les personnage y font des plaidoiries célèbres, essayent de s’y réconcilier, y vivent des épopées et enfin c’est le lieu de l’épilogue.
Etude des thèmes
Le texte est composé de deux thèmes : la vengeance et l’amour présenté sous forme de tragédie :
La vengeance
Contrairement à la « tragédie du soufflet » aussi présente dans le texte, la force meurtrière est finalement arrêtée au bord de la catastrophe par les freins qui lui sont opposés : - le frein de l’amour que Chimène porte encore à Rodrigue lui fait décliner une première fois l’offre de don Sanche (III, 2) et encourager Rodrigue contre son propre champion (V, 1) - les freins extérieurs : (II, 8) : la temporisation du Roi ; (IV, 2) : celle de l’Infante ; (IV, 3). Tragédie de l’impuissance pour l’honneur de Chimène, elle apparaît au spectateur comme une tragédie arrêté.
L’amour
Un conflit apparemment insoluble entre des forces égales, puisque l’éclat de l’honneur avive l’amour et que l’amour implique des devoirs auxquels on ne serait se soustraire sans déshonneur. Difficile à dénouer, elle n’aboutit pas, à la fin de la pièce, à un dénouement véritable.
Quelques mises en scènes historiques
- Création en janvier 1637 au théâtre du Marais.
- 1799 : La Comédie-Française, après l'emprisonnement de ses acteurs pendant la révolution, rouvre ses portes avec Le Cid, le révolutionaire Talma incarnant Rodrigue.
- Au XIXe siècle, l'interprétation du personnage de Rodrigue par Mounet-Sully devient une référence.
- 1947 : La mise en scène de Jean Vilar tourne pendant 149 représentations.
- 1951 : Reprise mythique de la mise en scène de Jean Vilar, dans la cour d'honneur du Palais des Papes d'Avignon avec Gérard Philipe dans le rôle titre qu'il incarnera 605 fois.
- 1977 : Terry Hands met en scène le Cid à la Comédie Française avec Francis Huster dans le rôle de Rodrigue, Ludmilla Mickaël dans le rôle de Chimène.
- 1985 : Reprise du Cid mis en scène par Francis Huster avec Jany Castaldy dans le rôle de Chimène, Jean-Louis Barrault dans le rôle du roi, Jean Marais dans le rôle de Don Diègue.
- 1993-1994 : Tournée à travers toute la France du Cid, dans une mise en scène de Francis Huster avec Francis Huster dans le rôle titre, et les acteurs de la Compagnie Francis Huster (Valentine Varela, Christiana Reali, Valérie Crunchant, Yves Le Moign, Jacques Spiesser...).
Liens
Articles connexes
- La véritable histoire : Rodrigo Diaz de Bivar
