Le Bain turc
| Le Bain turc |
| Image manquante Dominique_Ingres_-_Le_Bain_turc.jpg |
| Dominique Ingres, 1862 |
| toile sur bois |
| 108 × 108 cm |
| Louvre |
Le Bain turc est un tableau de Dominique Ingres. Cette œuvre orientaliste présente une foule de femmes nues dans un harem. Le contenu érotique du tableau ne provoqua pas de scandale - contrairement au Déjeuner sur l'herbe de Manet (1863) - car il demeura longtemps dans des collections privées.
| Sommaire |
Histoire du tableau
Réalisation
C'est un vieillard qui signe ce tableau érotique en 1862 non sans une certaine malice, puisqu'il inscrit avec fierté AETATIS LXXXII (à l'âge de quatre-vingt deux ans). Quelques années plus tard - en 1867 - il déclare d'ailleurs qu'il ressent toujours «tout le feu d'un homme de trente ans» 1. Rectangulaire à l'origine, ce n'est qu'en 1863 que le peintre lui donne la forme d'un médaillon.
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Pour réaliser ce tableau, Ingres n'a recours à aucun modèle, mais s'inspire des nombreux croquis et tableaux qu'il a réalisés au cours de sa carrière. On retrouve ainsi des figures de Baigneuses et d'Odalisques 2 qu'il dessinait ou peignait le plus souvent seules, sur un lit ou au bord d'un bassin. La figure la plus connue recopiée dans le tableau est La Baigneuse de Valpinçon, qui est reprise quasiment à l'identique et constitue l'élément central de la composition. De même, l'odalisque aux bras levés qui s'étire au premier plan fut peinte d'après un croquis représentant la femme de l'artiste - Madeleine - réalisé en 1818.
Postérité
Le premier acheteur du tableau - un parent de Napoléon III - le rendit au bout de quelques jours, sa femme le trouvant « peu convenable » 3. Il est finalement acheté en 1865 par Khalil Bey, un ancien diplomate turc. Ce dernier l'ajouta à sa collection de peintures érotiques, qui contenait notamment L’Origine du monde de Courbet. Au début du XXe siècle, des mécènes voulurent offrir Le Bain turc au Musée du Louvre, mais le conseil du Musée refusa à deux occasions. C'est après une offre d'achat des collections nationales des musées de Munich que le Louvre l'accepta dans ses collections en 1911.
Edgar Degas demanda à ce que ce tableau soit présenté à l'exposition universelle. Il fut par la suite à l'origine de réactions contrastées : Paul Claudel alla jusqu'à le comparer à une «galette d'asticots» 3.
L'inspiration orientaliste
Ingres est marqué très tôt par le courant orientaliste, relancé lors de la campagne d'Egypte de Napoléon. En 1806, quand il part pour l'Italie, il recopie dans ses carnets un texte vantant les bains du sérail de Mohammed. On peut y lire une description du harem où l'on «passait dans une chambre entourée de sophas [...] et c'était là que plusieurs femmes destinées à cet emploi attendait la sultane au sortir du bain pour essuyer son beau corps et le frotter des plus douces essences ; c'est là qu'elle devait ensuite prendre un repos voluptueux» 4.
En 1825, il recopie un passage des « Lettres d'Orient » de Lady Mary Montagu intitulé Description du bain des femmes d'Andrinople. Cette femme de diplomate anglais avait accompagné son mari en 1716 dans l'empire Ottoman. Entre 1763 et 1857, les lettres de Lady Montagu furent rééditées huit fois en France et alimentèrent la fièvre orientaliste. «Je crois qu'il y avait en tout deux cents filles», indique Lady Montagu dans le passage recopié par Ingres. «De belles femmes nues dans des poses diverses... les unes conversant, les autres à leur ouvrage, d'autres encore buvant du café ou dégustant un sorbet, et beaucoup étendues nonchalamment, tandis que leurs esclaves (en général de ravissantes filles de dix-sept ou dix-huit ans) s'occupaient à natter leur chevelure avec fantaisie» 5.
Cependant, contrairement à Delacroix qui visita un harem algérien, Ingres ne voyagea jamais en Afrique ou au moyen-orient. Aussi les courtisanes représentées ont un teint plus européen qu'oriental. Le thème oriental est pour lui avant tout un prétexte pour représenter le nu féminin, dans une mise en scène passive et lascive. Les éléments exotiques sont rares dans la composition : des instruments de musique, quelques parures, un encensoir.
Sources
Notes
- 1. D'après [Hagen] : Ingres cité dans [Pach] p. 158.
- 2. Les odalisques sont les esclaves blanches des harems. Voir aussi La Grande Odalisque.
- 3. Anecdotes citées par [Hagen] p. 415.
- 4. D'après [Hagen] : extrait des carnets de voyage de Ingres cité dans *[Catalogue] pp. 4,5
- 5. D'après [Hagen] : [Montagu], pages 133 et suivantes
Bibliographie
- [Hagen] Rose-Marie & Rainer Hagen, Les dessous des chefs-d'œuvre TASCHEN 2000, Köln, pages 410 à 415.
- [Pach] Walter PACH, Ingres, New York 1973.
- [Catalogue] Catalogue de l'exposition du Louvre : Le Bain turc d'Ingres, Paris 1971
- [Montagu] Lady Mary Montagu : L'islam au péril des femmes, une Anglaise en Turquie au 17e siècle, Paris 1981
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