Langue des signes française
La langue des signes française (ou LSF, Image manquante
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en LSF) est une langue gestuelle qui est la langue naturelle utilisée par les sourds(-muets : attention aux termes employés, la plupart des sourds ne sont pas muets, au sens clinique du terme) et certains malentendants en France pour traduire leur pensée visuelle. La LSF est une langue à part entière et un des piliers de base de l'identité de la culture sourde.
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Histoire
Pendant longtemps le sourd, isolé de sa communauté, n'a pu enrichir sa langue (la LSF) et a dû se contenter d'une gestuelle basique ; de ce fait, ne disposant pas une langue élaborée, son esprit ne pouvait se structurer et il lui était donc impossible de développer ses capacités intellectuelles (d'où l'idée répandue que le sourd aurait moins de capacités intellectuelles : au Moyen-Âge on le considérait même idiot). C'est dans les familles de sourds qu'ont pu s'élaborer les premiers fondements de la LSF. Et c'est en vivant ensemble que les sourds ont pu enrichir leur langue.
L'Abbé de l'Épée fut en 1760 le premier entendant à s'intéresser aux méthodes de communication des « sourds-muets » en observant un couple de jumelles sourdes communiquer entre elles par gestes ; il découvre l'existence d'un début de langue des signes. Il ouvre alors un Institut pour enseigner aux sourds, crée et tente d'imposer un langage gestuel conventionné de signes méthodiques qui sera vite abandonné.
Pourtant, les entendants oralistes considèrent que les sourds doivent apprendre à parler pour s'intégrer dans la Société française et c'est ainsi que le Congrès de Milan en 1880 —où n'étaient réunis pratiquement que des entendants— décrète l'interdiction de l'utilisation des langues des signes dans l'enseignement. Cette interdiction a duré près de 100 ans : dans les écoles, les professeurs étaient entendants et utilisaient la méthode oraliste. Mais, pour autant, la LSF n'a pas disparu car, regroupés entre eux dans les écoles, les sourds se la transmettaient de génération en génération, la plupart du temps pendant la récréation, puisqu'il était interdit de signer en classe. En 1991, la loi Fabius favorise le choix d'une éducation bilingue pour les sourds : LSF et français écrit et oral. En février 2005, une loi décrète la LSF comme langue officielle en France.
Aujourd'hui, ce sont des instituts plus ou moins privés ou des associations qui ont de nouveau intégré la LSF dans leur enseignement. Les professeurs sourds ne sont pas reconnus de façon officielle par l'Éducation nationale et ce sont des professeurs entendants qui signent, aidés par des éducateurs sourds.
Grammaire
La grammaire de la LSF est en 3D, ce qui la différencie de la grammaire française linéaire.
Par exemple
- Le francophone va dire « Hier je me suis super bien amusé à la fête… » en mettant les mots dans cet ordre
- Le signeur va signer sur la ligne du temps que c'était hier, signer le mot la fête et qu'il s'est super bien amusé en utilisant les intensifs du visage et des gestes.
La langue des signes française a une grammaire différente du français signé (qui garde la syntaxe du français, mais utilise des signes pour les mots).
Clefs de la grammaire LSF
- Expressions du visage pour indiquer le sens de la phrase. Par exemple, pour poser une question fermée (qui sollicite une réponse par oui ou non), le locuteur aura les sourcils froncés pendant sa phrase. En revanche, une question ouverte comme « Où vas-tu en vacances ? » sera posée avec un haussement des sourcils, également utilisé pour les intensifs par exemple très ou beaucoup…
- La ligne du temps : il n'existe pas de conjugaison en LSF, il suffit au signeur de situer l'action sur la ligne du temps (perpendiculaire à lui : derrière son épaule le passé, au niveau de son corps le présent et devant lui le futur).
- Classificateurs : des gestes pronominaux montrant le rôle ou la forme du référent. Pour faire référence à un homme, le locuteur utilisera son index vers le haut, mais pour parler d'une voiture, il utilisera la main à plat. Notez que les noms pour homme et voiture sont différents des pronoms décrits.Les verbes de mouvement peuvent également être signés pour indiquer la direction : « La voiture tourne à gauche » sera le classificateur de voiture tournant à gauche. Autre exemple‚ « Un homme monte l'escalier » se fera par deux doigts imitant les jambes montant un escalier, dans un mouvement pouvant être différent selon qu'il s'agit d'un escalier classique ou en colimaçon…
- Pour raconter quelque chose et parler de personnes absentes le signeur définit sa place et celle des autres dans l'espace, à la manière d'une mise en scène théâtrale, il est ainsi plus facile de comprendre et de suivre visuellement de qui il s'agit et quels sont les rapports entre les personnages.
- Les verbes uni et pluri-directionnels :
- Les verbes pluri-directionnels. Pour signer « Je te téléphone », le locuteur fera le signe téléphone de lui vers son interlocuteur. En revanche, « Tu me téléphones » se fera en signant téléphone de l'interlocuteur vers le locuteur.
- Les verbes uni-directionnels: qu'on utilise le "je", le "tu" ou le "il" le verbe aura la même forme comme par exemple les verbes 'aller', 'manger'.
La syntaxe de la LSF est un sujet de recherche. Elle est parfois enseignée comme une langue d'ordre libre ou une langue OSV (objet sujet verbe), mais certains chercheurs pensent que les choses sont un peu plus subtiles.
L'ordre des mots est le suivant : tout d'abord le LIEU, puis le TEMPS, ensuite le SUJET et enfin l'ACTION. Ce qui est logique puisque la pensée visuelle des sourds entraîne une mise en scène systématique de ce qui se dit : le décor est tout d'abord planté, les acteurs entrent ensuite en scène et l'action peut enfin débuter…
Vocabulaire et Genèse des signes
Le lexique des signes est toujours en perpétuel mouvement et s'enrichit encore aujourd'hui. En effet, au fur et à mesure que le monde des sourds découvre et accède à des milieux spécialisés (milieu étudiant ou professionnel), le besoin de créer de nouveaux signes se fait davantage sentir.
- des signes venus du mime : beaucoup de signes peuvent être faciles à retenir même pour un entendant car il font partie du mime pour des actions (manger, dormir, parler…), des objets (pomme de terre, poupée…), des lieux ou paysages (école, maison, montagne…), des animaux (vache, escargot, éléphant).
Ce sont ces signes culturels que sourds et entendants ont en commun dans leur imaginaire collectif qui sont la base de la communication entre eux ; ces signes créent souvent une complicité et un sens de l'humour commun. Tout cela fait des échanges entre sourds et entendants un moment agréable, voire une découverte, pour les entendants, d'un univers poétique qui allie visuel et pensée.
- des signes arbitraires : l'alphabet dactylologique est un des meilleurs exemples de signes arbitraires (bien que certains signes aient des ressemblances de formes avec la graphie de la lettre) créés afin de faire lire les mots français aux sourds. Il permet aux sourds d'épeler des mots à des entendants qui ne connaissent pas le signe correspondant, mais le plus souvent c'est pour épeler leur nom ou celui d'une ville dont le signe n'est pas encore connu. Il s'agit là d'un pont non négligeable entre les deux langues.
- des signes influencés par la langue française : en côtoyant le monde des entendants la LSF a aussi intégré des signes directement en relation avec le français et souvent les premières lettres des mots sont associées à des mouvements plus ou moins arbitraires, par exemple le v de vert, vrai ou vacances, le r de rêve ou de raison, le s de sœur ou le f de frère…
- des signes sans cesse inventés : ceux par exemple pour nommer quelqu'un : c'est la première chose que font les sourds lorsqu'une personne nouvelle arrive et qu'elle n'a pas de signe, ils en trouvent un en fonction du physique ou du caractère de la personne…
Français signé
Le français signé est l'utilisation de signes de la LSF ordonnés selon la syntaxe linéaire de la langue française. Ce compromis naît de la nécessité de communiquer ; il est utilisé par des entendants de langue maternelle française qui ont d'ailleurs parfois une bonne connaissance des signes mais ne maîtrisent pas la syntaxe de la LSF.
Par exemple, en LSF, la phrase « J'aime cette voiture. » sera signée voiture cette aimer. Dans le français signé, le locuteur utilisera l'ordre aimer cette voiture.
Dans l'enseignement aux jeunes sourds, le problème qui se pose est que leurs enseignants sont souvent des entendants et qu'ils n'utilisent pas naturellement la syntaxe de la LSF, mais plutôt naturellement celle du français signé, ainsi les jeunes sourds n'ayant pas de parents sourds calquent leur façon de signer sur leurs enseignants entendants (d'où la nécessité d'avoir des enseignants sourds pour la LSF).
Autres langues des signes
Il existe aussi une langue des signes belge et une langue des signes québécoise qui sont différentes de la LSF. La LSF est une cousine de la langue des signes américaine (American Sign Language, ASL) avec une similarité lexicale de 43 %.
Génétique
La langue des signes américaine a pour ancêtre la LSF.
Voir aussi
Articles connexes
- langue parlée complétée (LPC)
Bibliographie
Autobiographie, Histoire des sourds
- Helen Keller, Sourde, muette, aveugle, PBP
- Emmanuelle Laborit, Le cri de la mouette, Pocket
- Harlan Lane, Quand l'esprit entend, collection Opus, Odile Jacob
- Olivier Sacks, Des yeux pour entendre, Seuil
- Armand Pelletier et Yves Delaporte, Moi, Armand, né sourd et muet…, collection Terre Humaine, Plon (Autobiographie d'un sourd et muet et analyse d'un ethnologue)
Ouvrages de références
- Philippe Galant, Le poche : Dictionnaire bilingue LSF / Français, IVT Éditions
- Monica Companys, La LSF : Mode d'emploi / L'expression par la pensée visuelle, Ed. Monica Companys, 2003
- Bill Moody, La langue des signes (Tome 1), IVT Éditions (Histoire et syntaxe de la LSF)
- Bill Moody, La langue de signes (Tome 2 et Tome 3), IVT Éditions (Dictionnaire de la LSF, classé par thèmes)
Liens externes
- http://www.france5.fr/oeiletmain/ émission très intéressante en LSF, autour des sourds et de la culture sourde sur France 5 les samedis à 9h10 et jeudis matins à 10h35.
- http://www.signes.ch émission mensuel est diffusé sur la TSR (Télévision Suisse Romande).
- http://www.ffsb.be le site officiel de la Fédération Francophone des Sourds de Belgique.
