Breton

Le breton (brezhoneg en breton) est une langue celtique insulaire du groupe brittonique.

Une personne qui parle breton est dite « bretonnante », terme ancien en français. Cependant, est apparu depuis quelques années dans les média le terme « brittophone », encore peu employé. Elle est encore parlée dans la partie occidentale de la Bretagne (à partir de Saint Brieuc au Nord et de Vannes au Sud). Les parlers de la Bretagne se partagent en deux parties pour les langues: Le parler Breton en basse Bretagne et le parler Gallo en haute Bretagne.

Des controverses sur l'état de la langue bretonne existent entre les tenants d'un breton populaire et les partisans d'une langue unifiée ou standardisée.

Sommaire

Histoire

Le breton est une langue celtique de la branche brittonique, proche cousine du gallois et surtout du cornique.

À propos de breton et gaulois

Certains historiens, comme Léon Fleuriot dans son ouvrage Les Origines de la Bretagne, se basant sur César et Tacite, l'ont présenté comme également proche du gaulois disparu au milieu du VIIe siècle : plusieurs peuples vivaient des deux côtés de la Manche, et les échanges étaient courants. De plus la notion de Gaule et Gaulois, héritée de César, n'est peut-être pas adaptée à la situation politique linguistique des peuples et langues celtes de l'époque. L'on peut admettre que le gaulois des côtes de la Manche était assez proche du breton des côtes opposées, et plus proche que du gaulois des bords de la Méditerranée. Mais on admet généralement que l'on connaît peu l’état du breton en Armorique à l’époque des migrations des Bretons insulaires vers l’Armorique, et encore moins l’état de la langue gauloise à l'époque, ce qui rend hasardeux toute comparaison.

Dans les années 1940 et 1950, le chanoine Falc'hun avança que le breton aurait bénéficié d'un apport du gaulois (étant présupposé que le gaulois serait resté vivace en Armorique comme il l'était encore dans certaines parties de la Gaule). Pour lui, ceci expliquait ainsi la principale différence du vannetais, à savoir son accent sur la finale des mots et non la pénultième. Il n'utilisait aucun élément de la linguistique moderne et se basait uniquement sur l'état de la langue bretonne au XXe siècle pour émettre ses hypothèses. Celles-ci ont été réfutées scientifiquement par Kenneth Jackson dans son ouvrage sur l'histoire de la langue bretonne.

On sait aujourd'hui que :

Cette diversité de la position de l'accent tonique dans les langues celtiques interdit toute supposition sur la place de l'accent en vieux celtique et ne permet pas d'expliquer par un substrat gaulois les spécificités du vannetais.

Par contre, la romanisation semble avoir été bien plus avancée dans le vannetais où les vestiges gallo-romains sont bien plus nombreux que dans le reste de la Bretagne. De plus, la palatalisation de /k/ et /g/ est un phénomène inhérent au bas-latin des IIe et IIIe siècles, donc avant les premières immigrations bretonnes. Enfin, le vannetais et le bas-cornouaillais ont effectué plus d'emprunt au roman que les autres dialectes surtout le long de la route Vannes-Quimper. Il convient tout de même de noter que l'accentuation du vannetais était celle du vieux-breton dans son ensemble. Son maintien peut être du, lui, à l'influence romane. Le chanoine Falc'hun se félicitait que sa thèse soit, à son avis, une épine dans le pied des nationalistes bretons puisque selon lui une origine gauloise même partielle du breton aurait démontré que les Bretons sont les plus français des Français. Là réside probablement l'origine et le succès éphémère de sa thèse.

Périodes

On distingue aujourd'hui différentes périodes dans l'évolution du breton :

À l'époque de la chute de l'empire romain, le breton était parlé de l'estuaire de la Loire à celui de la Clyde (rivière de Glasgow). C'est dans ce breton qu'écrivent les poètes Aneurin et Taliesin dans les royaumes bretons du sud de l'Écosse actuelle. Au XIXe siècle en France, on commence à appeler cette langue le « brittonique » pour le distinguer du breton armoricain.
c'est à cette époque que le breton est devenu une langue propre à la Bretagne armoricaine. Il a été étudié par Léon Fleuriot dans sa Grammaire et son Dictionnaire du Vieux Breton.

Aujourd'hui, il est parlé et écrit à l’ouest d’une ligne reliant, grosso modo, Plouha et Vannes. À noter encore que des groupes de bretonnants existent dans toutes les les grandes villes de France, ainsi qu'au Royaume-Uni et en Amérique du Nord. Parler des élites de l'État breton jusqu'au XIIe siècle, il ne fut ensuite plus que celui du peuple de Bretagne occidentale ou Basse-Bretagne ( Breizh Izel...) quand successivement la noblesse, puis la bourgeoisie bretonnes se francisèrent. Pour l'écrit, le duché de Bretagne employa le latin puis le français (XVe siècle).

Tentatives d'éradication du breton

Même après la réunion du duché à la France, l'Ancien Régime, faisant peu de cas des langues locales à de rares exceptions, accepta le breton comme il était : essentiellement une langue vernaculaire et cultuelle. Cependant son usage fut interdit dans l'administration, dans la ligne de l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui prescrivait l'emploi du français dans les cours de justice et les actes officiels. Encore cette interdiction fut de portée symbolique, car le duché de Bretagne avait adopté le latin puis le français comme langue administrative plus d'un siècle avant le royaume de France.

Le véritable combat commença sous la Révolution. En 1794, Barrère effectue une présentation au Comité de salut public de son « rapport sur les idiomes » dans lequel il déclarait que « le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton ». On cherchait alors à faire disparaître les langues autres que le français, les « langues régionales de France », dont le breton.

Le 19 juillet 1925 lors de l'inauguration du Pavillon de la Bretagne à l'Exposition Universelle de Paris, le ministre de l'Instruction Publique, Anatole de Monzie, résume sa politique : « pour l'unité linguistique de la France, la langue bretonne doit disparaître ! ». En 1972, Georges Pompidou, Président de la République disait encore : « il n'y a pas de place pour les langues régionales dans une France destinée à marquer l'Europe de son sceau ».

L'influence catholique

L'Eglise et la langue bretonne

Un certain nombre de catholiques bretons prirent la défense de la langue et la culture bretonne. L'Eglise n'a pas toujours été indifférente à la spécificité bretonne. A tout le moins peut-on dire qu'elle n'a tenté à aucun moment, dans les siècles passés de faire adopter la langue et la culture française officielle aux Bretons qui parlaient leur langue et restaient attachés à leurs traditions.

Aux XVIIème et XVIIIème siècles, il a été publié, par les gens d'Eglise, quantité d'ouvrages religieux, ou même de divertissement honnête, destinés à la population des campagnes en breton.

La position au début du XXe siècle

Au début du XXème siècle. au moment du conflit entre L'Eglise et l'Etat sous la Troisième République, le clergé de l'évêché de Quimper, auquel les autorités avaient interdit de prêcher et de faire le catéchisme en breton, a mené, pendant un certain temps, un véritable combat pour la langue bretonne. Dans un port de pêche faisant à cette époque figure de petite ville, alors que le catéchisme, dans cette localité se faisait en breton et en français, le catéchisme en français étant réservé aux familles bourgeoises, les prêtres de la paroisse passaient dans les familles populaires pour demander aux parents d'envoyer leurs enfants au catéchisme en breton, la tendance des couches populaires étant de s'intégrer culturellement à la classe bourgeoise dominante; et donc d'envoyer leurs enfants au catéchisme français.

Mouvements et revues d'inspiration chrétienne avant guerre

Malheureusement, il ne s'est agi là que d'une réaction passagère du début du siècle dernier, suite au conflit entre l'Église et l'État. Pour réagir, il fallait mettre en place tout un système d'enseignement du breton. Il y eut quelques initiatives vers 1900-1914 dont le Bleun Brug créé en 1905 par l'abbé Perrot.

De nombreux mouvements d'inspiration chrétienne de défense de la langue bretonne, se sont fait jour en Bretagne occidentale :

Mouvements et revues d'inspiration chrétienne après guerre

A la fin de la deuxième guerre mondiale, les revues catholiques populaires en breton répandues en Léon et Cornouaille disparurent :

Lesquelles furent remplacées pendant un certain temps par :

Dans les années 60-70, seront publiée :

Ouvrages liturgiques en breton

Parmi les activités inspirées par la foi et s'exprimant en breton, il faut signaler :

Jusque récemment, il n'existait aucune oeuvre bretonnante soutenue officiellement par aucun des évêchés bretons, sauf le centre de rencontre bretonnant de Minihi-Trelevenez, dirigé par l'abbé Job Irien, qui publie un bulletin ainsi que des traductions de textes liturgiques, particulièrement une partie de la "Prière du Temps Présent". Cependant l'ensemble des activités des bretonnants catholiques du diocèse de Quimper même soutenues par la hiérarchie, se situe actuellement au niveau d'une élite.

Depuis l'année 2000 il existe une commission permanente mise en place par les trois évêchés de la Bretagne occidentale pour établir de nouveaux textes liturgiques et un Missel à l'usage de ces trois évêchés, mais cette initiative des évêques de la Bretagne occidentale répondait à la demande formulée par une Congrégation romaine de présenter une version unique du Missel pour les trois évêchés, une des versions ayant été établie uniquement pour le diocèse de Quimper.

Enseignement du breton

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Enseignement à Rennes

Histoire

Au milieu du XIXème siècle, selon François Vallée, il existait des écoles privées chrétiennes qui, entre autres choses, apprenaient à lire en breton et en latin, et enseignaient quelques rudiments de français littéraire. Un certain nombre d'évêques, également au XIXème siècle, en Basse-Bretagne, Mgr Graverand en particulier, ont essayé d'organiser un enseignement de la langue bretonne et de L'histoire de la Bretagne, parfois en breton, comme le montre l'histoire de Bretagne en breton rédigée par Anna Mezmeur, religieuse de la congrégation du Saint-Esprit.

Politique scolaire contre le breton, sous la IIIe République

Sous la IIIe République, le désir de faciliter une certaine promotion sociale, et d'assurer l'unité française, amena les responsables de l'enseignement à proscrire l'usage de tous patois ou parlers regionaux à l'école. A partir du milieu du XIXe, le pouvoir central commence à réprimer les langues dites régionales qui sont peut à peu méprisées. A partir de la fin du XIXe, ces langues sont interdites dans l'enseignement, au grand dam d'une partie du corps enseignant qui se demande comment enseigner tant de telles conditions à des élèves non francophones.

Le français contre le breton ?

Ainsi en 1902, le ministère Combes promulgue par décret l'interdiction de « l'usage abusif du breton » .

Les écoles religieuses suivent rapidement et le breton n'est plus enseigné à partir du début du XXe mais continue à être transmis de génération en génération par voie orale.

Il faut noter quelques initiatives particulières tendant à promouvoir un certain enseignement de la langue bretonne dans les Ecoles chrétiennes, depuis celle du Frère Constantius au début du siècle, au pays de Léon principalement, jusqu'à celle du Frère Seité, après la dernière guerre.

La politique scolaire contre le breton date de la fin du XIXe siècle. Elle utilise alors deux méthodes :

Certains pensent que la politique française vise à imposer pour des motifs idéologiques la langue française comme langue unique de la République (« je ne veux voir qu'une seule tête, n'entendre qu'une seule langue »). Pour illustrer la vigueur de cette politique, ils s'appuient sur une phrase qui aurait été longtemps affichée dans certaines écoles primaires : « Il est interdit de cracher par terre et de parler breton », phrase qui juxtapose deux interdictions de nature différente, illustrant bien la nature des moyens employés pour parvenir à réaliser un linguicide en Bretagne.
L'exemple est-il bien choisi ? À ce jour, personne ne peut attester l'existence de cette affiche. Fañch Broudic qui a mené une étude sur le sujet conclut à une extrapolation :

« Autant le principe édicté en 1897 par l'Inspecteur d'Académie du Finistère, Dosimont, selon lequel pas un mot de breton ne devait être prononcé ni en classe ni dans les cours de récréation est couramment référencé, autant il est difficile de retrouver trace de l'interdiction « de cracher par terre et de parler breton »… Sous réserve d'inventaire complémentaire, il faut considérer que la phrase que l'on brandit désormais comme un contre-slogan est, historiquement, une extrapolation. »

Cependant, si cette phrase n'a pas existée telle quelle, elle a belle et bien existé sous forme paraphrasée. Le même auteur cite le « Règlement pour les écoles primaires élémentaires de l'arrondissement de Lorient », adopté et arrêté par le Comité supérieur de l'arrondissement, en 1836 et approuvé par le recteur en 1842, qui stipule : « Art. 21. Il est défendu aux élèves de parler breton, même pendant la récréation et de proférer aucune parole grossière. Aucun livre breton ne devra être admis ni toléré. » S'exprimer en breton et parler « grossièrement » font l'objet de la même prohibition (dans « La pratique du breton de l'Ancien Régime à nos jours », chapitre 17).

L'émergence d'un enseignement du breton

Régulièrement, des voix s'élèveront en faveur d'un multi-culturalisme et d'un respect des autres cultures mais elles resteront minoritaires. En particulier, de grandes pétitions (Er Brezhoneg er skol dans les années 1930, la grande pétition populaire d'Emgleo Breiz en 1967) et des manifestations régulières demanderont l'enseignement du breton.

Yann Kerlann organise l'enseignement du breton à l'école publique de Plestin-Les Grèves en novembre 1942, non loin de Lannion, définitivement interrompu en 1944. Cette école est dirigée par Yann Kerlann qui après la mort de Yann Sohier a été le responsable d’Ar Falz, mouvement qui regroupait les instituteurs publics partisans de l’enseignement du breton.

Dans les années 1940 et 1950, l'administration répond timidement par des mesures symboliques (« autorisation » d'enseigner les langues régionales quelques heures, ...) mais en pratique elles sont suivi de peu d'effets.

En 1951, est votée la loi Deixonne autorisant l'organisation de cours facultatifs pour quatre langues « locales », dont le breton. Mais l'impact en est réduit, non seulement en raison des dispositions limitées de la loi elle-même, mais également à cause de l'application restrictive qui en est faite. De fait, même si l'enseignement était autorisé dans certaines conditions, il n'était possible presque nulle part. Et aucun enseignant n'étant formé, aucun diplôme n'existant, quasiment personne ne pouvait en assurer l'enseignement.

L'abbé Armand Le Calvez (revue d'étude pédagogique intitulée "Skol) est le fondateur et le directeur de la première école entièrement en breton, une école catholique, "Skol Sant-Erwan" ("Ecole Saint-Yves"), qui dura trois années, entre 1958 et 1961, à Plouezec, entre Saint-Brieuc et Paimpol. L'abbé dut renoncer à son entreprise à la suite des nouvelles lois qui réglaient les rapports des Ecoles privées et de l'Etat à partir de 1962 : ces lois ne lui laissaient plus la liberté de choisir son programme d'enseignement.

Cette politique, utilisée aussi au sein de l'armée, s'est poursuivie jusque dans les années 1960. Peu de bretonnants s'en inquiètent, persuadés que le breton n'est pas l'avenir pour leurs enfants ou, au mieux, que ceux-ci l'apprendront par le fait de vivre dans un milieu bretonnant. Mais dans les années 50-70, les enfants exclusivement bretonnants se sont raréfiés, ils sont soit bilingues français-breton soit monolingues français. Puis le bilinguisme s'est progressivement éteint chez les enfants, et au début des années 80, le pourcentage d'élèves parlant breton au début de leur scolarisation est marginal. Le breton est alors quasi-exclusivement parlé par des adultes qui très rarement savent l'écrire.

Diwan, et le changement des années 80

C'est au vu de cette situation qui rendait impossible l'enseignement du breton que furent créées en 1977, les écoles Diwan (le germe), qui pratiquent la méthode par immersion pour l'apprentissage du breton. Voir encore l'article Controverses sur le breton

En 1982, une circulaire Savary ouvre la possibilité d'une filière de classes bilingues dans l'enseignement. Se mettent alors en place les classes Div Yezh (deux langues) dans l'enseignement public (association créée en 1979) et Dihun Breizh (l'éveil) dans le privé en 1990.

À la rentrée scolaire 2004, les effectifs affichés par ces écoles, tous niveaux confondus, sont de :

Il s'agit essentiellement d'enfants en maternelle et en primaire.

Opposition actuelle à l'enseignement du breton

C'est pour les tenants de la langue bretonne généralement  :

C'est aussi les pressions de certains cercles "libres-penseurs", de certains groupes politiques, de certaines personnalités médiatico-culturelles, pour demander soit la fermeture des écoles Diwan comme à Saint Nazaire ou Nantes, soit la suppression de l'enseignement du breton à l'Université, comme à Rennes et Nantes, soit la fin des subventions aux éditeurs en langue bretonne.

Situation du breton

Dans ce contexte, le breton est en voie de disparition rapide. Au début du XXe siècle, la moitié de la population de Basse-Bretagne ne connaissait que le breton, l'autre moitié étant bilingue breton-français.

Une partie des bretonnants passera au français dans les années 30 pour plusieurs raisons :

Le passage au français sera plus rapide et plus définitif pour les citadins que dans le monde rural, du fait d'un environnement francophone plus présent (administration, école, journaux, etc.)

Le reste des bretonnants, après la deuxième guerre mondiale, passera au français pour plusieurs raisons :

Ils n'étaient plus que 100 000 monolingues bretons en 1950, leur nombre est quasi-nul depuis les années 80. Environ 1 300 000 parlaient breton en 1930 ; aujourd'hui, le breton est encore parlé et compris par environ 300 000 personnes seulement, essentiellement des personnes âgées (64 % des locuteurs ont plus de 60 ans). L'UNESCO classe le breton parmi les langues gravement menacées. Dans son livre Qui parle breton aujourd'hui ? (voir bibliographie), Fañch Broudic analyse l'enquête de TMO réalisée en 1997 ; à cette date, il y avait très précisément 0,2% de jeunes de 15 à 19 ans capables de parler breton, soit moins de cinq cents personnes.

Renouveau de la langue bretonne

En 1807, Jean-François Le Gonidec publie une Grammaire celto-bretonne dans laquelle il réforme l'orthographe du breton, puis en 1821 un Dictionnaire celto-breton.

En 1839, Villemarqué publie le Barzaz Breiz, recueil de chants traditionnels en breton, présentant une « Histoire poétique de la Bretagne ». On sait aujourd'hui que certains des textes collectés ont été revus et modifiés par l'auteur, comme le faisaient les auteurs de contes populaires tels Perrault et Grimm, et certains autres textes ont été entièrement composés par lui. C'est de son œuvre que date le renouveau littéraire breton.

À partir de 1925, grâce aux efforts du professeur Roparz Hemon, lançant le second Emzav (Mouvement Breton), la revue Gwalarn a vu le jour. Au cours de ses dix-neuf années d'existence, elle a tenté d'élever cette langue au niveau des autres grandes langues « internationales » en créant des œuvres originales couvrant tous les genres et en proposant des traductions du patrimoine littéraire de l'Humanité.

Cependant, l'œuvre d'Hémon suscite de nombreuses controverses.

En 1946, ce fut Al Liamm qui prit la suite de Gwalarn. D'autres revues existent et font de la langue bretonne une langue à littérature plutôt fournie pour une langue minoritaire. Skol Vreizh, Emgleo Breiz, Al Lanv, Ar Skol Vrezoneg, Mouladurioù Hor Yezh, An Here, Evit ar brezhoneg et d'autres encore.

Le 17 décembre 2004, le conseil régional de Bretagne reconnait officiellement et à l'unanimité le breton et le gallo comme « langues de la Bretagne, au côté de la langue française ». Par ce vote, la région « s'engage, en recherchant la plus large association de ses partenaires, et en particulier des cinq départements bretons [les 4 départements de la Bretagne administrative et la Loire-Atlantique], afin de permettre la pérennisation de la langue et de la culture bretonnes ». La région envisage la formation de 150 enseignants par an, et espère atteindre 20.000 élèves dans les filières bilingues en 2010. Elle demande de nouveau à la France de ratifier la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires.

État actuel du breton

Certains poètes, linguistes et écrivains d'expression bretonne possèdent maintenant une renommée internationale, tels Yann-Ber Kalloc'h, Anjela Duval, Pierre-Jakez Hélias. Ces trois écrivains sont quelques uns des écrivains bretonnants du XXe siècle à avoir eu le breton comme langue maternelle.


La langue bretonne est aujourd'hui la seule langue celtique à ne disposer d'aucun statut.

La République française :

Voir l'article spécialisé sur le sujet : Politique linguistique de la France.

Chaque année, des rassemblements de plusieurs milliers de personnes demandent l'abrogation de cette loi unique en Europe et la ratification de la Charte européenne.

Dernièrement, l'association des écoles Diwan a déposé une plainte devant la Cour européenne des droits de l'homme pour obtenir des autorités publiques qu'elles respectent les droits linguistiques de la population bretonne.

Actuellement on assiste à des tentatives de déstabilisation de l'enseignement du breton dans les rares établissements où cet enseignement existe dans l'Education Nationale: remplacement des cours par des audio conférences, enseignants bilingues remplacés par des monolingues, refus d'ouverture de nouvelles classes bilingues pour assurer la continuité, déménagements prévus des sections bilingues... Mais la majorité des établissements scolaires ignorent totalement l'existence de la langue bretonne.

Histoire du recensement lexical breton

Le premier dictionnaire breton, le Catholicon, se trouve être aussi le premier dictionnaire français. Il a été rédigé par Jehan Lagadec en 1464 et publié en 1499 ou avant. C'est un ouvrage trilingue breton, français et latin.

Les recensements suivants eurent lieu deux siècles plus tard par :

Une date importante a été celle du Dictionnaire Celto-Breton de Le Gonidec (1821), augmenté par La Villemarqué vers 1847 : pour la première fois, certains mots se rapprochant du français sont systématiquement écartés, et des mots gallois, ou de vieux breton, sont incorporés au lexique sans plus de précision (cf. Controverses sur le breton).

Le colonel Troude sera plus réaliste, en 1886, en ne retenant que des mots entendus réellement (ou sinon en indiquant que le terme n'est plus en usage). Par contre, le bannissement du lexique breton d'origine latine continue. Il faut cependant remarquer que cela résulte d'un état d'esprit de l'époque, dans lequel le breton est une langue secondaire dans la Basse-Bretagne, complémentaire au français : ces dictionnaires ne prétendent pas présenter une langue universelle, mais surtout recueillir des mots originaux.

Ce « purisme celtique », expression utilisée par les détracteurs de cette attitude, sera plus ou moins général jusqu'aux années 1990, à l'exception notable du dictionnaire que Émile Ernault constitue pour le vannetais en 1904.

Notamment, côté KLT, le Grand dictionnaire français-breton de François Vallée, en 1931, radicalise cette opération en incorporant de nombreux néologismes en première publication, et sans préciser que ces mots nouveaux ne font pas partie du vocabulaire des locuteurs : une note dans la préface explique que ces locuteurs sauront bien les reconnaître. Les néo-bretonnants de Gwalarn les prendront sans se poser de question ; c'est le breton de ce dictionnaire que ses détracteurs appellent le néo-breton.

L'entreprise de François Vallée permettra cependant de recueillir dans les dialectes de nombreux mots rares.

Parallèlement, Pierre Le Roux travaille à un Atlas linguistique de la Basse Bretagne, paraissant à partir 1924, mais ne se focalisant que sur les variantes des vocables les plus communs.

L'après-deuxième guerre mondiale est une période douloureuse pour la culture bretonne : le mouvement nationaliste breton, pour avoir collaboré avec les occupants nazis, se trouve décrédibilisé aussi bien en France qu'en Bretagne. Il faudra attendre les années 1980 pour que paraissent :

Le premier comprend nombre de néologismes en reprenant ceux de dictionnaires précédents et en en créant d'inédits. Quant au second, si comme mots « chimiques » (mots savants que n'emploient pas les locuteurs natifs) il n'incorpore que ceux déjà utilisés par les lettrés , il n'inclut que très sporadiquement les mots d'origine française passé en breton courant.

Enfin, à partir de 1992 paraît le Geriadur ar Brezhoneg a-vremañ de Francis Favereau aux éditions Skol Vreizh, sous forme papier et CD-ROM. Cet ouvrage ne rejette pas systématiquement les néologismes et les mots sortis de l'usage, mais les signale comme tels, soit par un signe « - » pour les mots rares, soit par des guillemets quand il s'agit de créations maladroites ou fautives ; il reprend des termes issus des dictionnaires précédents, ainsi les mots d'origine française du Catholicon par exemple ou issus d'autres ouvrages, et les emprunts populaires (ce sont quelquefois les mêmes). Il faut noter que ce dictionnaire est le fruit de vingt années de travail et de collectage dans le Poher et autour de Poullaouen particulièrement, aire où portait la thèse de l'auteur, soutenue avant qu'il ne se décide à publier son dictionnaire.

Favereau a produit le plus complet des dictionnaires bretons jamais créés, avec pas moins de 50 000 entrées et le double de mots composés. Malgré le manque de soutien financier pour sa création, le dictionnaire s'est tout de même bien vendu et a eu plusieurs rééditions.

Aujourd'hui, d'autres dictionnaires bilingues anglais / breton, allemand / breton, espagnol / breton montrent bien la volonté de la nouvelle génération de bretonnants d'inscrire la langue dans le paysage linguistique international.

D'autres travaux lexicographiques plus savants sont en cours, notamment un Dictionnaire sanskrit / breton, à l'initiative de Pascal Geneste, linguiste peu connu. Tous ces travaux se font quasiment de façon bénévole.

Chose nouvelle pour la langue bretonne, il est paru deux dictionnaires unilingues édités par An Here, le Geriadur brezhoneg (13 000 entrées) paru en 1995 sous la direction de Jean-Yves Lagadeg et Martial Ménard et le Geriadur Brezhoneg An Here (20 000 entrées) paru en 2002 sous la direction de Martial Ménard et Iwan Kadoret. Ils visent à extraire des textes littéraires reflétant ou non un langage populaire, les termes de la langue écrite et orale contemporaine. Ce dictionnaire sera l'objet d'une polémique : affaire du dictionnaire breton, de la part du journal Le Canard enchaîné. Ils incluent un certain nombre de néologismes (rarement empruntés au gallois, plus souvent créés à partir des racines du vieux-breton, voir Controverses sur le breton).

De même, les éditions Preder publient des dictionnaires plurilingues spécialisés par domaine : psychanalyse, économie, etc. Certains parlent de Dictionnaire entre guillemets car les mots proposés sont en général des néologismes dont c'est la première apparition sur papier, ou des mots qui ne sont connus que d'une centaine de locuteurs. Cependant d'autres estiment que là réside leur intérêt : faire découvrir des mots nouveaux et étendre le champ lexical du breton à des domaines où il est traditionnellement peu présent.

Par ailleurs les éditions Sav-Heol ont publié en 2004 un lexique bilingue de locutions et tournures populaires sous le titre Teurel Blaz war ar Yezh.

Dialectes

Comme nombre de langues (notamment occidentales: allemand, anglais, basque, gallois, gaélique, mais également le chinois, le coréen, ... et à l'exception notable du français qui a subi une unification depuis le XVIIe), la langue bretonne varie d'un endroit à l'autre. En breton, ces différences dialectales touchent avant tout la prononciation et une faible partie du vocabulaire. Certains dialectes présentent aussi une syntaxe un peu différente. Les différences sont généralement faibles de proche en proche, mais plus on s'éloigne d'un point, plus le breton est différent. En règle générale, il n'y a pas de frontière nette entre dialectes, mais un changement progressif.

Traditionellement, on liste les dialectes bretons en fonction des anciens évêchés (on ignore si ceux-ci ont suivi les coutumes linguistiques ou s'ils ont favorisé localement une certaine cohérence) :

Le vannetais est bien différencié des autres dialectes, à de nombreux points de vue, et on peut le distinguer d'un ensemble KLT (abréviation de Kerne, Leon, Treger : Cornouaille, Léon, Trégor).

Ce découpage doit cependant être relativisé. En pratique, le domaine bretonnant est constitué de deux centres de prestige archaïsant (Saint-Pol-de-Léon et le vannetais), une troisième zone archaïsante autour de Quimperlé et une vaste zone centrale ou un breton « moyen » s'est formé. Il est fortement probable que ce sont les carrefours de route et les échanges économiques qui ont conduit à cette évolution. Ce breton est parfois appelé « breton de Carhaix ». Ce breton moyen s'est progressivement étendu, isolant le breton du Goëlo (qui par certains traits est proche des archaïsmes léonais), mordant dans le domaine du vannetais en s'infiltrant par les routes.

La très grande majorité des innovations linguistiques se sont opérés dans cette zone centrale.

Depuis le milieu du XVIIe siècle, la séparation entre parler vannetais et KLT a conduit à la coexistance de deux langues littéraires et à deux conventions orthographiques bien disjointes. Le léonard a servi de langue véhiculaire pour le KLT et le vannetais a adopté des conventions orthographiques différentes. Elles ont fait l'objet d'une tentative d'unification graphique, qui a donné naissance à l'écriture BZH (abréviation de BREIZH, unification des mots 'Breiz' en KLT et 'Breih' en vannetais).

Conventions orthographiques

Le breton s'écrit avec l'alphabet latin. Il n'utilise pas la lettre c mais y ajoute des lettres accentuées ñ, ù, é, ê et à, les digraphes ch et c'h, ainsi que l'apostrophe. N'ayant jamais bénéficié du statut de langue officielle, le breton n'a toutefois pas d'orthographe vraiment officielle.

Ordre alphabétique et valeur des graphèmes

A B CH C'H D E F G H I J K L M N O P R S T U V W Y Z
a b ch c'h d e f g h i j k l m n o p r s t u v w y z

La prononciation des lettres varie selon le contexte.

Histoire

Ce n'est qu'à partir du début du XXe siècle que des linguistes, grammairiens et écrivains ont essayé de normaliser l'écriture du breton. Trois graphies ont été successivement mises au point dans ce but :

L'orthographe peurunvan est la plus employée aujourd'hui.

Usages

La graphie zh est utilisée dans des mots où la prononciation est différente entre vannetais d'une part et KLT d'autre part. La prononciation est [h], [ɣ], [x] ou [] en vannetais, [z] ou [s] sinon. En vérité, il a deux interprétations :

Les deux systèmes se suivent, sauf dans quelques mots.

L'apostrophe est utilisée à trois fins :

Le tréma est parfois utilisé pour marquer certaines diérèses. Dans certains cas cela résoud des homonymies : par exemple entre maerïoù /mè'riju/ (des mairies) de maerioù /'mèrju/ (des maires). D'autres diérèses sont indiquées par un accent circonflexe : on peut ainsi distinguer trôad /troad-t/ (circuit, virée) de troad /trwad-t/ (pied).

L'accent circonflexe et l'accent grave sont également utilisées pour distinguer des homonymies.

Caractéristiques grammaticales notables

Aspect duratif / non duratif

Comme en gaélique ou en anglais, il existe en breton deux formes par temps verbal, qui se distinguent par l'aspect selon que l'action est habituelle ou non. Ainsi au présent distingue-t-on la forme d'habitude de la forme progressive :


Le verbe ‘’être’’ et le verbe ‘’avoir’’ en revanche présentent deux formes distinctes sans périphrase « verbe être + o/é + nom verbal » :

Prépositions « conjuguées »

Comme dans les autres langues celtiques modernes, le breton « conjugue » les prépositions selon la personne (prépositions fléchies), c’est-à-dire que les pronoms fusionnent avec la préposition qui les précède. Si l'on regarde rapidement les pronoms :

On peut comparer avec les prépositions. Là où l’irlandais emploiera :


Le breton emploie respectivement (exemples en breton du Léon):

Mutations consonantiques

Comme toutes les langues celtiques modernes, le breton connaît le phénomène de la mutation consonantique. Les mutations propres au breton son décrites plus en détail dans l'article sur les mutations du breton

Tableau lexique comparatif


Le tableau au-dessous permet de comparer les apparentés linguistiques entre le breton et le cornique, le gallo et le français. Notons quelques similarités de construction entre le breton et le gallo, par exemple les expressions pour l'« écureuil », kazh-koad et chat-de-boéz, qui signifient « chat-de-bois » dans les deux langues.

cornique breton gallo français
gwenenenn gwenanenn avètt abeille
kador kado(e)r chaérr chaise
keus keuz, fo(u)rmaj fórmaij fromage
yn mes er-maez desort dehors
koedha kouezhañ, kouezho cheir tomber
gaver gavr biq chèvre
chy ti ostèu maison
gweus gweuz lip lèvre
ganow genoù, beg góll bouche (gueule)
niver niver limerot numéro
perenn perenn peirr poire
skol skol escoll école
gwiwer kazh-koad, gwiñver chat-de-boéz écureuil
sterenn ster(ed)enn esteill étoile
megy butunat, fumiñ betunae fumer
hedhyw hiziv, hidi, hiriv anoet aujourd'hui
whybana c'hwibanañ, c’hwitellat, sutal… sublae siffler

Quelques mots bretons

Emprunts lexicaux bretons en français

francisés

Ils sont assez peu nombreux, ce qui, pour une langue limitrophe, est l'indice qu'elle a peu de prestige.

conservés dans leur forme initiale

Les mots qui ne viennent pas du breton

Exemples

Mot Traduction Prononciation standard
terre douar 'duar
ciel oabl wabr
eau dour du:r
feu tan tã:n
homme den de:n
femme maouez mowəs
manger debriñ 'dibi
boire evañ 'e:və
grand bras bra:s
petit bihan 'bijən
nuit noz no:s
jour deiz de:

Voir aussi Nombres dans le monde et Dire bonjour dans le monde.

Divers

Voir aussi

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Wikipédia en breton.
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Consulter le Wiktionnaire en breton.

Liens internes

Bibliographie

Méthodes d'apprentissage du breton

Dictionnaires

Histoire de la langue

Étude sociologique de la langue

Liens externes

Dictionnaires

Échantillons de breton parlé par des locuteurs natifs

Échantillons de breton par des néo-bretonnants


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See also: Breton, 1464, 1499