La Mort à Venise (livre)

Sommaire

La nouvelle de Thomas Mann

Il y a une part autobiographique dans cette nouvelle, ce que Thomas Mann, qui fit un voyage à Venise du 26 mai au 2 juin 1911, reconnaissait volontiers. Il commence la rédaction de Der Tod in Venedig dès juillet 1911, mais l'achèvera seulement en juillet 1912.

Le personnage principal est Gustav von Aschenbach, un écrivain munichois reconnu (et annobli) dans la cinquantaine. Troublé par une mystérieuse rencontre lors d'une promenade, il part en voyage sur la côte adriatique et finit par aboutir à Venise, une ville dans laquelle il ne s'est jamais senti à l'aise. Dans son hôtel du Lido, Aschenbach découvre Tadzio, un jeune adolescent polonais qui le fascine par sa beauté. Il n'ose l'aborder et le suit dans la ville de Venise. Aschenbach, en proie à une sombre mélancolie et une sorte de fièvre dionysiaque, succombe à l'épidémie de choléra asiatique qui fait alors rage dans la ville. Il meurt sur la plage en contemplant une dernière fois l'objet de sa fascination.

Admirablement servi par une langue très riche, truffé d'allusions à la Grèce antique et à la mythologie grecque, tout le récit est rythmé par les thèmes de la mort, de l'art et de la nostalgie.

Interview de Thomas Mann

En 1951, Luchino Visconti rencontra Thomas Mann et l'interrogea à propos de sa nouvelle. Voici la réponse de l'écrivain :

« Rien n’est inventé, le voyageur dans le cimetière de Munich, le sombre bateau pour venir de l’Ile de Pola, le vieux dandy, le gondolier suspect, Tadzio et sa famille, le départ manqué à cause des bagages égarés, le choléra, l’employé du bureau de voyages qui avoua la vérité, le saltimbanque méchant, que sais-je… Tout était vrai...
L’histoire est essentiellement une histoire de mort, mort considérée comme une force de séduction et d’immortalité, une histoire sur le désir de la mort. Cependant le problème qui m’intéressait surtout était celui de l’ambiguïté de l’artiste, la tragédie de la maîtrise de son Art. La passion comme désordre et dégradation était le vrai sujet de ma fiction.
Ce que je voulais raconter à l’origine n’avait rien d’homosexuel ; c’était l’histoire du dernier amour de Goethe à soixante dix ans, pour Ulrike von Levetzow, une jeune fille de Marienbad : Une histoire méchante, belle, grotesque, dérangeante qui est devenue la Mort à Venise. À cela s’est ajoutée l’expérience de ce voyage lyrique et personnel qui m’a décidé à pousser les choses à l’extrême en introduisant le thème de l’amour interdit. Le fait érotique est ici une aventure anti-bourgeoise, à la fois sensuelle et spirituelle.
Stefan George a dit que dans La Mort à Venise tout ce qu’il y de plus haut est abaissé à devenir décadent et il a raison ».

(Source : Arte, à propos du film Mort à Venise)

L'ombre de Gustav Mahler

On a beaucoup glosé sur coté musical de la Mort à Venise. Pour beaucoup, le portrait de Gustav von Aschenbach, le personnage principal serait directement inspiré d'une photo de Gustav Mahler, le chef d'orchestre et compositeur mondialement célèbre, pour lequel Thomas Mann nourrissait une grande admiration. Or l'exigence absolue et très apollinienne qu'avait Gustav Mahler envers son art est bien connue ; tout comme le héros de la nouvelle. De plus, Mahler est mort le 18 mai 1911, une semaine seulement avant le voyage de Mann à Venise. La mort de Mahler l'avait beaucoup touché. Le prénom commun signerait la ressemblance.

D'aucuns ont risqué un rapprochement de Aschenbach avec Bach (le ruisseau, mais aussi le compositeur) et Asche (la cendre).

Fascination vénitienne

La nouvelle de Thomas Mann exerce à son tour une sorte de fascination notamment sur :

Les similitudes entre Visconti et Britten sont intéressantes. Tous deux ont une vision très musicale de l'œuvre de Thomas Mann, une musique forcément mélancolique, ce qui peut être rapproché du fait que le musicien, comme le cinéaste, tous deux homosexuels, déjà âgés, meurent la même année, en 1976, peu de temps après avoir créé leur œuvre, comme s'ils s'étaient eux aussi identifiés au héros de la nouvelle.

Le « vrai » Tadzio

Le « vrai » Tadzio, celui qui a inspiré l'adolescent de la nouvelle, se nommerait Wladyslaw Moes. C'est un polonais né en 1900 et mort en 1986, que Thomas Mann aurait rencontré lors d'un voyage à Venise en 1910. Dans un essai paru en 2001, Gilbert Adair présente ses recherches au sujet du « vrai » Tadzio, sa vie le long du siècle dernier et ses réactions par rapport au fait qu'il ait inspiré une véritable icône de la culture homosexuelle et pédéraste.

Bibliographie

See also: La Mort à Venise (livre), 18 mai, 1900, 1910, 1911, 1912, 1951, 1971, 1973