Statut et enjeux de Bruxelles-Capitale
Le statut de Bruxelles, capitale de la Belgique, et de sa région de Bruxelles-Capitale n'est pas toujours compris et admis par les deux principales communautés de Belgique dans les mêmes termes. Différents points de vue ou options s'affrontent. Des divergences importantes existent, à la fois entre Flamands et Francophones, et au sein de ces groupes eux-mêmes on en rencontre entre Flamands modérés et d'extrême droite, et entre francophones unitaristes et régionalistes.
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Bruxelles, capitale multiple
Bruxelles, ou plutôt la région de Bruxelles-Capitale, assume le rôle de capitale pour de nombreuses entités. On pense bien sûr à elle comme siège de l'Union européenne (rôle partagé avec Strasbourg et Luxembourg) dont elle héberge de nombreuses institutions, mais elle est aussi la capitale de la Belgique. Au sein d'un système fédéral complexe cette ville-région bilingue est à la fois la capitale de la communauté française (compétente en Wallonie et pour les matières francophones en région bruxelloise) et de la communauté flamande (compétente en Flandre et pour les matières néerlandophones en région bruxelloise).
Là où les choses se compliquent, c'est que les institutions de la région flamande, dont Bruxelles ne fait pas partie, et celles de la communauté flamande, dont les Flamands de Bruxelles font partie, ont fusionné dès leur création en un ensemble auquel on se réfère souvent sous le nom de Flandre. Dans ce contexte, dire que Bruxelles, où les Flamands sont très minoritaires, est la capitale de la Flandre (et non pas de la communauté flamande) est un raccourci qui peut hérisser plus d'un Bruxellois non flamand.
Volontarisme chez les bruxellois francophones modérés
Auprès des mandataires bruxellois francophones comme le ministre-président Charles Picqué (socialiste), chez les écologistes et chez la majorité des entrepreneurs bruxellois, on retrouve un définition volontariste de Bruxelles. Pour eux, Bruxelles est une ville majoritairement francophone, mais avec une vocation internationale et de multiples minorités. Ils désirent donc coexister correctement avec les Flamands, les deux communautés y bénéficiant des droits égaux. Ce point de vue est assez cohérent avec la constitution (qui y reconnait les deux communautés avec des compétences identiques) et avec la réalité sur le terain.
Au niveau institutionnel, cela se traduit par des institutions de chaque communauté comme la Commission communautaire flamande (VGC) et la Commission communautaire française (COCOF), renommée depuis peu parlement francophone bruxellois, bénéficiant d'un large autonomie de gestion.
Ces francophones mettent néanmoins l'accent sur une autonomie absolue des institutions de la région comme le parlement et le gouvernement bruxellois. Ils redoutent à la fois l'ingérence des Wallons, et encore plus celle des Flamandss extérieurs à la région. Dans ce débat, la double signification du mot « Flamand » crée une certaine confusion : un Flamand comme citoyen de la communauté flamande (qui peut très bien être un Flamand de Bruxelles) ou un Flamand comme résidant dans un territoire extérieur, la région flamande.
Les francophones de la ligne dure
Pour la ligne dure francophone (représentée principalement par le Front des francophones (FDF) actuellement partie du Mouvement réformateur (MR) et quelques représentants d'autres partis francophones), Bruxelles doit particulièrement veiller à rester une région à part entière, une entité fédérée avec sa réalité institutionnelle actuelle, sur le même pied et avec exactement les mêmes compétences que les deux autres régions. Ils privilégient en plus une alliance entre les francophones de Bruxelles avec les Wallons, et contre les Flamands.
Cependant, Bruxelles n'a pas toujours la masse critique pour assumer ces responsabilités, comme en témoignent les problèmes structurels de l'administration pour l'emploi (l'ORBEM) ou le traitement des déchets toxiques. Le taux de chômage extrêmement élevé parmi les Bruxellois et les importants problèmes de circulation dépassent largement le cadre de la région et doivent être traités d'une manière plus large.
La solution pour ces francophones n'est pas de collaborer avec les entités voisines pour venir à bout de ces problèmes, mais d'agrandir les frontières de la région. Le nombre de communes convoitées varie fortement : certains veulent principalement rajouter les communes périphériques bénéficiant de facilités linguistiques pour les francophones, d'autres une douzaine de communes flamandes, voire plus. Évidemment, toute expansion se ferait surtout au détriment de la région flamande, dans laquelle Bruxelles est intégralement enclavée, même si certains proposent de rajouter aussi quelques communes du Brabant wallon.
Du côté flamand, toute expansion est considérée comme inacceptable au plus haut point, et comme une trahison envers les Flamands des communes concernés.
En ce moment (fin 2004), le problème au premier plan de l'actualité est la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Hal-Vilvorde qui s'étend au-delà des frontières de la région bruxelloise.
Une optique flamande, modérée
La plupart des Flamands, y compris l'ensemble des partis flamands sauf le Vlaams Belang, et, depuis peu, le N-VA, considèrent Bruxelles comme une ville qu'ils partagent avec les francophones, les deux communautés y bénéficiant des droits égaux.
En comparaison avec les francophones modérés, ces Flamands mettent plus l'accent sur la nécessité d'une bonne coopération entre les institutions de la métropole et les deux grandes communautés, sur une neutralité de la capitale dans les relations difficiles entre Flamands et Francophones, que le rôle de capitale implique une coopération avec les institutions fédérées, et sur la nécessité pour le gouvernement flamand de pouvoir exercer sa protection sur les Flamands de Bruxelles.
C'est aussi dans cette optique, et en signe de solidarité avec la minorité flamande à Bruxelles, et dans le cadre de son autonomie garantie par la constitution belge, que le Parlement Flamand a choisi d'investir cette ville comme capitale de la Flandre (décision prise à l'unanimité).
Ces flamands modérés concidèrent Bruxelles comme une région à part et pas comme une région à part entière, et ont comme projet politique pour cette région une co-gestion de la région à la fois par les francophones et les flamands. Projet proposé par le parlement flamand et rejeté par le parlement francophone.
L'appétit des séparatistes flamands
Parmi les extrémistes flamands de droite, largement regroupés au sein du Vlaams Belang (successeur du Vlaams Blok, parti d'extrême-droite nationaliste flamand dissous récemment suite à une condamnation pour racisme), tous s'indignent de la situation des Flamands de Bruxelles qui seraient impitoyablement discriminés et « forcés » de devenir francophones. Néanmoins, par rapport aux solutions, les avis divergent. Quelques-uns accepteraient de « laisser tomber » Bruxelles si cela pouvait apporter l'indépendance du reste de la Flandre, mais une majorité écrasante d'entre-eux désire intégrer Bruxelles dans une Flandre indépendante, en accordant éventuellement certaines facilités pour les francophones de la région de Bruxelles (sur lesquelles ceux-ci ne se font pas trop d'illusions).
Cela ne surprendra probablement personne que ces projets soient considérés comme irréalistes et hors de propos, tant par les flamands modérés, que par une très grande majorité des francophones.
