L'Escalade
L'Escalade est le nom d'une fête célébrant chaque année la victoire de la ville de Genève qui repoussa une attaque du duc de Savoie Charles-Emmanuel dans la nuit du 11 décembre au 12 décembre 1602.
La coutume veut que les enfants se déguisent et défilent durant cette nuit dans les rues. Les étudiants des niveaux post-obligatoires (collèges, écoles de commerces, etc.) font également depuis une dizaine d'années un défilé diurne dans les rues de la cité. De plus, plusieurs défilés ont lieu en ville en costumes d'époque et la population se déguise alors pour participer à la multitude de soirées qui sont organisées en marge des événements officiels. Cette commémoration est considérée comme la fête nationale genevoise culminant par le feu de joie sur le parvis de la cathédrale Saint-Pierre au son du Cé qu'è lainô, l'hymne genevois glorifiant cet événement.
Le nom « escalade » vient du fait que les savoyards durent escalader les murailles de la vieille-ville au moyen d'échelles afin de tenter d'y entrer.
L'un des symboles fort de cette fête est la mère Royaume qui, selon la légende, versa par sa fenêtre, durant cette bataille nocturne, une marmite de soupe chaude sur les soldats savoyards passant dans sa rue. De là vient la fameuse marmite en chocolat (remplie de bonbons et de légumes en massepain) et la soupe de légumes dégustés à cette occasion. La marmite est traditionnellement brisée, après la récitation de la phrase rituelle « Ainsi périrent les ennemis de la République » par les mains jointes du benjamin et du doyen de l'assistance.
Course de l'Escalade
L'histoire de la Course de l'Escalade s'inscrit dans le cadre d'une double révolution : celle du sport pédestre populaire tout d'abord, engagée au début des années 1970 et celle aussi, plus transgressive, liée à la résurgence progressive d'une forme de carnaval au cœur de la Genève protestante où ce type de célébration était formellement interdit depuis la Réforme.
Très tôt, la victoire « militaire » de l'Escalade se double de célébrations profanes qui se sont enracinées dans les mentalités, en dépit des interdictions et des remontrances des pasteurs. Dans un Etat où toute fête religieuse est alors bannie depuis un demi-siècle, la commémoration de l'Escalade s'impose très vite et réintroduit la fête à Genève.
Progressivement, deux tendances de célébration vont s'opposer nettement jusqu'à représenter un véritable enjeu social. Il y a ceux qui d'une part veulent faire de l'Escalade une véritable fête patriotique (commémorative, digne et grave avec culte, cortège et banquets) et ceux qui entendent célébrer l'Escalade dans la liesse et d'une manière proche du carnaval ou du charivari.
En 1898, un groupe de citoyens fondent l'Association patriotique genevoise pour la rénovation de l'Escalade. Celle-ci sera rebaptisée en 1928 sous le nom de Compagnie de 1602. Ces associations vont se donner pour tâche de « maintenir à la commémoration de l'Escalade le caractère de dignité patriotique qui lui sied et de stimuler le zèle de tous ceux qui veulent conserver les nobles traditions du passé ».
En 1960, une ordonnance du Conseil d'Etat (le gouvernement du canton de Genève), n'autorisant les déguisements sur la voie publique qu'aux seuls enfants de moins de 15 ans, est promulguée en raison « d'atteintes à la solennité de la cérémonie de 1602 ». L'interdiction est reconduite en 1978.
En 1978, lors de la première Course de l'Escalade, le nombre de coureurs déguisés est encore quasi inexistant. Si les organisateurs cherchent à lier leur événement à celui de la commémoration historique, c'est surtout dans l'espoir de donner une visibilité accrue à une manifestation jeune et méconnue. Après coup cependant, quelques témoignages sont venus contredire cette vision des choses. Comme celui de Jean-Louis Bottani, président du comité d'organisation, qui dans le Nouveau Quotidien du 2 décembre 1994, déclarait : « Lorsque nous avons imaginé ce rendez-vous, il y a dix-sept ans, c'était d'abord pour faire un clin d'œil à Calvin. Nous voulions créer une autre fête, une sorte de contrepoids à la rigueur historique de la commémoration de l'Escalade ».
La tradition du déguisement ne s'est imposée que très progressivement à la Course de l'Escalade. Ce n'est qu'en 1985 que ce déguisement a été « reconnu », avant d'être institutionnalisé en 1991 par la création de l'épreuve de la Marmite. On peut raisonnablement penser que la Course de l'Escalade fut, et d'une certaine manière reste, un moyen de contourner l'interdit officiel de 1960 renouvelé en 1978. Car l'épreuve genevoise prolonge de manière inattendue et originale le long conflit ayant opposé depuis le 17ème siècle les défenseurs de la commémoration solennelle et ceux de la fête humoristique. En 1978, l'invention de la Course de l'Escalade avait été ressentie par la Compagnie de 1602 comme une tentative de remise en question des valeurs traditionnelles. Finalement, c'est la population genevoise elle-même qui, petit à petit, réintroduira la mascarade spontanée de l'Escalade par l'intermédiaire du sport et de la course à pied.
