Wilhelm Gustloff
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Le Wilhelm Gustloff est un prestigieux navire de croisière de grandes dimensions lancé à Hambourg par la marine allemande le 5 mai 1937. Transportant plusieurs milliers de réfugiés de Prusse orientale fuyant la progression de l'Armée rouge, il est torpillé par un sous-marin russe le 30 janvier 1945. Selon des études récentes (Heinz Schön), son naufrage provoqua la mort d'environ 10 000 personnes, ce qui en ferait la plus grande catastrophe maritime de tous les temps. Selon d'autres sources, le nombre de victimes du Gustlof serait même de 12 000 et non de 10 000.
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Baptême nazi
Wilhelm Gustloff était un activiste virulent du parti nazi en Suisse, à l'antisémitisme exacerbé. Né le 30 janvier 1895 à Schwerin (dans le Land de Mecklenburg), il fut assassiné à Davos le 4 février 1936 par David Frankfurter, un étudiant juif, qui rêvait par ce geste de « réveiller son peuple ».
Adolf Hitler décide de baptiser de son nom un paquebot en cours de finition dans les chantiers navals de Hambourg. Le lancement du navire a lieu en présence de Hitler et de Hedwig, la veuve de Gustloff.
Un paquebot prestigieux
Lancé le 5 mai 1937, le Wilhelm Gustloff est un prestigieux paquebot de la Kraft durch Freude (la force par la joie), organisation de loisirs créée par le dirigeant national-socialiste Robert Ley afin de concilier la classe ouvrière.
Le navire fait 208 mètres sur 24 et est conçu pour transporter un total de 1 865 personnes. Étant utilisé par la Kraft durch Freude, il ne comporte pas de classe de luxe, ce qui est un fait rare pour l'armement des navires de croisière de l'époque.
Le Wilhelm Gustloff sert pour de nombreuses croisières à la fin des années 1930, avant qu'il ne soit réquisitionné en 1940 pour être transformé en navire-hôpital lors de la campagne de Norvège, servant alors à rapatrier les blessés. L'ancien paquebot est ensuite mis à quai au port de Gotenhafen (aujourd'hui Gdingen, en Prusse orientale, afin d'y servir de caserne flottante.
Une fin tragique
La fuite face aux Russes
Début 1945, la progression des troupes soviétiques, et la défaite de l'Allemagne semblent inéluctables. La Prusse orientale accueille de nombreux civils et militaires fuyant l'impitoyable offensive de l'Armée rouge.
Plusieurs milliers d'entre eux prennent place à bord du Wilhelm Gustloff qui lève l'ancre au matin du 30 janvier 1945, dans l'espoir de rejoindre les ports Flensburg et de Kiel, encore libres de toute occupation. Une liste officielle dresse le nombre de 7 956 personnes à bord, comprenant membres d'équipage, soldats et réfugiés civils. Dans les faits, ce nombre est très supérieur. Il dépasse les 8 000 personnes et de récentes recherches (Heinz Schön) avancent le chiffre de 10 050 personnes. L'unique certitude est que plus de 4 000 enfants et adolescents s'y trouvaient alors.
Cependant la Mer Baltique est alors peu sûre, car de nombreux sous-marins soviétiques y patrouillent afin de couler tout navire allemand qu'ils pourraient croiser. Dès le début du voyage du Wilhelm Gustloff, trois sous-marins sont signalés, mais ils sont jugés sans danger pour le paquebot.
Le naufrage
Au soir du 30 janvier, le Wilhelm Gustloff reçoit un message d'une formation de dragueurs en approche lui demandant de naviguer avec les feux de position allumés pour éviter tout risque de collision entre les navires, ce que le capitaine Petersen exécute immédiatement. Mais un quatrième sous-marin se trouvait alors en patrouille à proximité, le long de la côte basse de Poméranie orientale : le S13, sous le commandement d'Alexandre Marinesko. Ce commandant, peu discipliné et semble-t-il porté sur l'alcool, nourrissait une haine affichée à l'encontre des Allemands.
Arrivé en vue du Wilhelm Gustloff, Marinesko est aussitôt prévenu par son officier de quart de la présence d'une proie inespérée. Il fait armer 4 torpilles, dénommées « pour la mère-patrie », « pour Staline », « pour le peuple soviétique » et « pour Léningrad ». Elles sont lancées à 700 mètres de distance, sur une cible massive qui n'a alors plus aucune chance de leur échapper, d'autant plus que le navire est dépourvu de blindage. La salle des machines est touchée et en moins d'une heure, le paquebot coule.
Pendant ce laps de temps, une grande panique règne à bord du navire bondé. Il fait une température de -15°C et les canots de sauvetages, couverts de glace, sont pris d'assaut. Les marins sont obligés de garder l'accès aux échelles de coupe l'arme au poing pour donner la priorité aux femmes et aux enfants. L'un des rescapés, le mécanicien Johann Smrczek fait le récit des événements. Ayant rejoint le pont supérieur aménagé pour les blessés du front oriental, il y a « pris conscience du drame qui se déroulait en bas. À travers les vitres blindées, je ne pouvais les entendre crier. Mais les gens étaient serrés comme des sardines et le pont inférieur était déjà à moitié couvert d'eau. Et j'ai vu des éclairs; des coups de feu. Les officiers tuaient leur propre famille. »
Seuls 996 rescapés sont secourus par des navires accourus à la rescousse, laissant derrière eux plusieurs milliers de victimes.
Des catastrophes oubliées
D'autres navires de transport subiront le même sort dans la fuite de la Prusse orientale :
- le Général von Steuben coulé le 10 février 1945 par le même Alexandre Marinesko (et dans la même mission) et qui fit près de 3 000 victimes, réfugiés et blessés essentiellement,
- le Goya, le 16 avril 1945. On avance le chiffre de 15 000 victimes cumulées pour les naufrages du Wilhelm Gustloff et du Goya.
Du fait de son contexte, une Seconde Guerre mondiale sanguinaire entachée de nombreux drames, ces catastrophes resteront longemps quasi ignorées, enfouie dans la mémoire traumatisée de nombreux réfugiés allemands d'Europe orientale. De plus, la découverte de l'horreur de la Shoah à la même époque a occulté toute référence à la souffrance des Allemands. Ce n'est que récemment que des chercheurs et des auteurs se sont penchés sur cette tragédie.
Sur le sujet
- Christopher Dobson, John Miller et Ronald Payne , Die Versenkung der Wilhelm Gustloff, Ullstein, 1995, ISBN 3548236863 (en allemand, original en anglais)
- Günter Grass, En crabe (titre original allemand : Im Krebsgang), 2002, ISBN 2020685337
- Heinz Schön, Die Gustloff-Katastrophe, 2002, ISBN 3613010275 (en allemand)
Au Cinéma
- Nacht fiel über Gotenhafen, un film de Frank Wisbar de 1959
Liens externes
- Site de la ZDF consacré au naufrage du Wilhelm Gustloff (en allemand)
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