Juvénal Habyarimana
Juvénal Habyarimana (8 mars 1937 - 6 avril 1994) fut le président du Rwanda de 1973 jusqu'à son assassinat en 1994.
Ministre de la défense pendant la présidence de Grégoire Kayibanda, dont le fils était son filleul, Juvénal Habyarimana dirige un coup d'État et prend le pouvoir le 5 juillet 1973. Il laissa mourir en prison Grégoire Kayibanda et plusieurs membres de son gouvernement renversé. Il faut comprendre que Juvénal Habyarimana était originaire du nord-ouest du Rwanda et Grégoire Kayibanda du sud. Historiquement, même si ces deux présidents se reconnaissaient comme Hutu, les populations des deux régions avaient peu de sympathies mutuelles.
Marqué, comme son prédécesseur, par l'institutionalisation des catégories administratives prétendument ethniques lors de la colonisation belge, il favorisera les Hutu, sa catégorie administrative, pendant les vingt années de sa dictature, et soutiendra la majorité hutu du Burundi contre le gouvernement tutsi, avant que le pouvoir ne revienne, dans ce pays voisin du sud, aux partis hutu en 1993. Pourtant durant la première partie du règne d'Habyarimana, les Tutsi ont eu le sentiment de pouvoir respirer dans les années 80, malgré l'institution de quota ethniques qui les désavantageaient dans l'administration et l'enseignement.
Au début des années 1990, la rébellion armée tutsi du FPR, intégrant dans ses rangs les démocrates Hutu opposants à Juvénal Habyarimana, le Front patriotique rwandais, mène des actions militaires de plus en plus efficaces contre le gouvernement rwandais, après avoir franchi la frontière ougando-rwandaise en masse le 1er octobre 1990 ; l'avancée se poursuit jusqu'à Gabiro (à 90 km de Kigali), mais suite aux contre-attaques meurtrières de l'armée rwandaise et à l'engagement des forces françaises de l'opération Noroït, le FPR poursuit des actions de guérilla pour maintenir son contrôle sur une partie du territoire rwandais. Le Président François Mitterrand entretint une relation particulière avec Juvénal Habyarimana, de même que les fils des présidents Jean-Pierre Habyarimana et Jean-Christophe Mitterrand, responsable de la cellule africaine à l'Elysée, que les Rwandais, comme d'autres africains, appelaient « papa m'a dit ».
Dans la soirée du 6 avril 1994, le président Habyarimana, le président Cyprien Ntaryamira du Burundi, ainsi que plusieurs hauts responsables du Rwanda et du Burundi, sont tués à bord de l'avion qui les ramène de Tanzanie, où ils avaient participé à un sommet consacré aux crises burundaise et rwandaise. Leur Falcon 50 avait amorcé sa phase d'atterissage sur l'aéroport de Kigali, lorsqu'il a été frappé par un tir de missile sol-air.
Les circonstances exactes et les responsabilités de cet attentat n'ont pas été élucidées ; certains allèguent que l'attentat a eu lieu sur ordre de Paul Kagamé, chef du FPR, d'autres que ce sont les extrémistes Hutu décus par les accords d'Arusha, éventuellement aidés par des militaires et/ou mercenaires français. D'autres pistes ont été évoquées, mais aucune enquête publiée officiellement n'a pu déterminer qui était responsable.
Les rapports internationaux sur le génocide au Rwanda montrent que Juvénal Habyarimana a certainement joué un rôle de premier plan dans la préparation du génocide, car tous les rouages de l'Etat ont été mobilisés à cette fin dès 1992, notamment par la création des milices Interahamwe qu'il annoncera, par le lancement de la radio des milles collines avec le concours de la radio nationale, de son épouse Agathe Habyarimana et du noyau dur de l'Akazu, (la « maisonnée » du président), et par les camouflages des dépenses préparatoires dans la comptabilité nationale qui ont été révélées lors de procès devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda.
À la mort du président Habyarimana, les hutu qui croyaient que son gouvernement était trop modéré ont immédiatement déclenché un génocide contre les adversaires du pouvoir hutu, que ces adversaires soient hutu modérés ou tutsi. Pendant les cent jours que dure le génocide, au moins 800 000 tutsi seront massacrés, soit 90 % des tutsi de l'intérieur du Rwanda, et la plupart des notables hutus modérés opposés au régime Habyarimana.
