Julius Evola

Julius Evola fut un penseur italien du XXe siècle, très influent sur la droite moderne du pays. Théoricien du fascisme, Mussolini le rejettera après avoir salué ses travaux. Néanmoins, la profondeur de sa pensée et de ses critiques, surtout en comparaison des doctrines politiques de son époque, lui a conféré une influence prégnante sur la pensée italienne.

Sommaire

Biographie

(adaptée du site [1])

Premières années

Giulio Evola est né à Rome le 19 mai 1898. On sait peu de chose sur sa vie d'avant ses premiers écrits, sinon qu'il fut descendant d'une famille sicilienne. Néanmoins il est certain qu'il trouva très tôt un intérêt particulier à toutes les manifestations de la pensée. Son enfance et son adolescence furent remplies par la lecture de romans, et une vive considération pour l'art. Il se penche également sur la philosophie. Les lectures qui le marquèrent à cette époque furent (comme il le raconte dans Il Cammino del Cinabro) : Oscar Wilde, Gabriele D'Annunzio, Michelstaedter, Weininger, et surtout Nietzsche).

L'Artiste

Ses premières tentatives en tant que créateur dans le monde artistique sont caractérisées par une adhésion aux tendances les plus modernes. Intéressé par le dadaïsme, il contacte Tristan Tzara, et entretient avec lui une correspondance soutenue. Il devient alors un des premiers dadaïstes italiens, se consacrant à la peinture et à la poésie. Il se lie également au futurisme et à son créateur Filippo Marinetti. Dès cette époque néanmoins se prononce chez lui une tendance vers la religion, ou plutôt le « religieux », dans un sens très général, la transcendance. En 1917 (il a alors 19 ans), il participe comme officier d'artillerie à la Première Guerre mondiale. S'il n'est pas alors nationaliste, il connaît une fascination pour les grands empires, y compris ceux qu'il doit combattre. Cette époque marque le début pour lui d'une crise existencielle, qui va bouleverser ses habitudes intellectuelles. Il ne supporte plus la « vie ordinaire » qu'il mène alors à Rome. À vingt-trois ans il décide de mettre fin à ses jours.

Le Penseur

Avant d'exécuter la sentence qu'il s'était lui-même rendue, il lit un texte bouddhiste. Ce qu'il ressent alors, il l'assimile à une illumination. « Qui prend l'extinction comme extinction, et une fois ceci fait pense à l'extinction, réfléchit sur l'extinction, et se dit : “mienne est l'extinction” et se réjouit de l'extinction, celui-là ne connaît pas l'extinction » disait le texte. Ce suicide avorté sera une vraie mort pour Evola, mort à l'art et à la poésie qu'il a abandonnées en 1921 et 1922 ; et une naissance à la philosophie à laquelle il va désormais se consacrer. L'intérêt de l'italien pour les traditions orientales se révèle alors pleinement. Dans L'uomo come potenza (L'homme comme puissance) apparaît une conception du « moi » inspirée du tantrisme : le « moi » s'identifie au monde perçu, et inversement, pour se fondre dans l'Unité. L'attachement au monde sensible constitue le « voile de Maya » déjà mentionné par Schopenhauer (Evola a assurément mieux compris les doctrines orientales que le philosophe allemand), qu'il faut enlever pour s'unir au Soi.

Evola se lie à cette époque à de nombreux cercles « ésotéristes » romains de tous bords. En 1924, il commence à se mêler de politique et participe à l'écriture de Lo Stato democratico (L'État démocratique), un texte à la fois anti-fasciste et anti-démocratique. Il fonde le groupe « UR »,en 1927, groupe de recherches sur les traditions extra-européennes. Un an plus tard il écrit un ouvrage qui va le rendre célèbre en Italie : Impérialisme païen (Imperialismo pagano). Il y attaque très violemment le Christianisme et se tourne vers le Fascisme, dans une volonté de retrouver la grandeur romaine antique. Cette époque est également marquée pour lui par la lecture intensive de l'œuvre de René Guénon. C'est sous cette influence qu'il quitte les thèses extrémistes d'Impérialisme païen pour revenir à la considération de la Tradition, et fonde la revue La Torre. On peut lire dans un éditorial de cette revue qu'elle est destinée à « défendre les principes qui pour nous seraient absolument les mêmes, que l'on se trouve dans un régime fasciste, communiste, anarchique ou démocratique. En eux-même, ces principes sont supérieurs au plan politique ». La revue n'est pas du tout appréciée par le régime fasciste, et à cette époque Evola doit se protéger avec un garde du corps lors de ses déplacements.

C'est à cette période que paraissent plusieurs essais sur le symbolisme traditionnel : La Tradition hermétique (La Tradizione ermetica, 1931), Masque et visage du spiritualisme contemporain (Maschera e volto dello spiritualismo contemporaneo, 1932), Le Mystère du Graal (Il Mistero del Graal, 1937) et en 1936 Le Mythe du Sang (Il Mito del Sangue), où il expose les conceptions de la race dans l'Antiquité et les théories racialistes du XVIIIe siècle, et qui sera suivi de Synthèse de Doctrine de la Race (Sintesi di dottrina della razza) en 1941. Il prend contact et fait participer à sa revue de grands auteurs, comme René Guénon, Paul Valéry, Gottfried Benn, etc… En 1934, Evola avait publié son œuvre la plus célèbre, Révolte contre le Monde moderne (Rivolta contro il mondo moderno), où il décrit la déchéance du monde moderne, annoncée par les traditions antiques.

Dans ses œuvres, Evola met souvent l'accent sur l'unité spirituelle entre les civilisations allemande et italienne (de cet amour pour l'Allemagne il avait déjà changé son prénom en Julius). Il prend contact en 1938 avec le roumain Cornelio Codreanu. La figure aristocratique d'Evola est appréciée par le régime, même si sa non-adhésion au parti fasciste lui crée des problèmes. En 1940, cela l'empêche même de s'engaer sur le front soviétique où il voulait combattre.

En 1942 il publie « le Mythe du sang » où il développe son antisémitisme forcené , qui n'est pas racial , si l'on ne s'en tient qu'au vocabulaire, mais qui en a tout l'esprit et la logique. Son antisétimitisme est « non-racial » en ce sens qu'il considère que les juifs ne forment pas une race pure, pas plus que les peuples européens, qui ont été mélangés au cours de l'histoire. Antisémitisme non racial au sens qu'il donne au mot et bien qu'il oppose les juifs aux aryens et soit un partisan de l'établissement par la guerre de la supériorité aryenne), mais qui est un anti-judaïsme total, guerrier, forcené, tout aussi déterminé que celui des nazis, dont il partage et soutient le projet d'élimination des juifs. C'est ainsi qu'il peut prétendre à l'existence d'un être juif éternel, constant et nocif depuis les origines, et dont les caractéristiques tiennent au judaïsme, qui a été inventé pour dominer les autres peuples et les détruire. Hormis cette réserve sur le mot race par quoi il se distingue des théories raciales nazies, il partage toutes les accusations et tous les délires sur les juifs qui furent le lot des nazis et qui se trouvent dans le Protocole des Sages de Sion, célébre faux , œuvre de la police secrète du tsar, et qui fut la référence de la propagande nazie qui le diffusa systématiquement et le plus largement possible. De ce faux, Evola déclare que peu importe l'authenticité, parce qu'il dit la vérité (complot mondial, pouvoir secret, projet de domination mondiale, destructions des sociétés que les juifs pourrissent de l'intérieur, qu'ils détruisent comme un virus ronge un corps sain, qui apportent avec eux la dégénérescence etc. etc.).

Il fait paraître en 1943 La Doctrine de l'Éveil (La dottrina del risveglio), une étude sur l'ascèse bouddhique. Il est touché par un bombardement lors d'un passage à Vienne en 1945 qui le laissera paralysé des membres inférieurs. Il passera plusieurs années à l'hôpital.

Il faut dire que d'abord, s'il se trouvait à Vienne à ce moment, c'est qu'il avait quitté l'Italie fasciste qui l'intéressait moins pour son projet et pour ce qu'il s'y passait, que l'Allemagne nazie, dont le projet était à ses yeux plus grandiose et plus ambitieux. Evola se trouvait à Vienne, également et pour remplir une mission pour les SS et pour Himmler, pour les quels il avait une grande admiration, et qu'il servit. Ses pensées sur les intérêts respectifs de l'Italie et de l'Allemagne, à l'égard de leurs traditions respectives, et quant au présent, se trouvent dans un texte de 1942 « Pour un alignement politico-culturel de l'Italie et de l'Allemagne » où se lit clairement l'admiration de Evola pour le national-socialisme, et sa supériorité sur le fascisme. Malgré ce qui est formulé dans « le Mythe du sang » l'adhésion de Evola à l'idéologie raciale du nazisme est explicite dans ce texte : on y trouve une apologie de l'aryanité et une admiration pour l'audace national-socialiste qui ose reprendre et réanimer l'esprit aryen et germain des origines. Il dit bien, même, que le caractère a-scientifique et idéologique des thèses racialistes ne lui échappe pas, mais ne constitue pas pour autant une objection qui pourrait leur être faite. À comprendre dans la ligne de ce qu'il pense du faux que constitue « le Protocole... » mais qui doit être tenu pour vrai, même si son authenticité est peu vraisemblable. Autrement dit son irrationalisme ne se cache pas, qui consiste à soutenir qu'un texte, une idée, même contraires à la science, à la raison et à la connaissance, et bien qu'intenables de ces points de vue, sont valides et doivent être tenus par conséquent pour vrais. Car « une quantité d'idées, qui seraient considérées comme des fantaisies sans valeur scientifique par les « chercheurs » de nos universités, jouent un rôle très important, politique et éthique, dans la nouvelle culture germanique et inspirent des directives précises pour la formation systématique de la jeunesse ».


Pour Evola l'efficacité en acte vaut pour critère de vérité : si une idée est utile elle est vraie, quel que soit l'avis des esprits savants et rationnels. La force prime sur l'esprit. Et c'est la force d'une idée qui fait sa vérité. Une idée est vraie parce qu'elle est opportune.

A vrai dire la seule critique que Evola ait à adresser au national-socialisme, c'est qu'il n'accomplit pas son programme, à savoir, dans le domaine juridique, la création d'un nouveau droit public allemand, anti-positiviste et inspiré par l'idée raciale -qui remonte aux origines aryennes et germaniques. Mais en vérité, le N.S. n'a pas su réaliser son programme, c'est pourquoi le problème juridique est réduit à l'hygiène raciale, pense-t-il.

Pour l'État il en va de même : la réalisation ne coïncide pas avec ce qui est proclamé à savoir que la légitimation du Führertum réside uniquement dans le Volk -ce qui ne correspond cependant pas aux formes originaires aryennes et germaniques, affirme Evola. Car il identifie le droit germain au droit romain ancien (ce dernier qu'il distingue de sa version libérale moderne): et qu'il caractérise par la présence d'un Rex d'origine divine, au-delà du chef exceptionnel (Dux, Imperator, ou Heretigo) élu par consentement et acclamation.

Bref, en tant qu'intellectuel ayant rallié le nazisme (+ que le fascisme) Evola addhère à ses principes et déplore ses réalisations, qui selon lui se trouvent toujours très en-deçà des principes proclamés, pas assez cohérentes, pas assez radicales, rapportées aux principes.

On pourrait le définir comme le théoricien d'un national-socialisme « pur ». ou comme partisan d'un « national-socialisme » idéal et plus radical : qui ait la force d'accomplir ses princcipes et de triompher pour établir la culture germanique, païenne, à laquelle il aspire.

En somme, nourri de bouddhisme, il partage avec Heidegger et Carl Schmitt le même dessein du réveil de l'Allemagne et de la renaissance de la germanité, contre l'américanisme et le communisme. Entre les Russes et les Américains, le national-socialisme est supposé inventer une troisième voie, celle d'un empire européen germanique et païen, ni capitaliste, ni socialiste, sous la conduite de l'Allemagne.

À partir de 1953, son influence sur un certain milieu politique italien est grandissante. Il écrit en 1958 Métaphysique du Sexe (Metafisica del Sesso), où il reprend ses études sur le symbolisme, ici étendues à de nombreuses traditions avec pour point d'ancrage l'acte sexuel.

En 1961, il publie Chevaucher le Tigre (Cavalcare la tigre) qui contient de nombreuses critiques du monde moderne, en continuation avec ses précédents ouvrages.

Il meurt le 11 juin 1974.

La Doctrine

La pensée de Julius Evola se présente comme éminemment guerrière. Ayant pour toile de fond l'adhésion à la métaphysique commune à toutes les traditions antiques, les écrits d'Evola font toujours ressortir l'aspect « héroico-guerrier ». Y compris dans ses interprétations symboliques, le penseur italien se consacre à retrouver la présence de la caste militaire, qu'il entend placer au sommet de la hiérarchie sociale, négligeant la présence de la caste sacerdotale et sa suprématie naturelle. Sa pensée peut se définir comme influencée par à la fois Guénon et Nietzsche, pourtant fondamentalement incompatibles. Evola tire de Guénon le fond de la doctrine traditionnelle et de Nietzsche l'apologie des valeurs aristocratiques, la défense des valeurs guerrières, ainsi qu'une hostilité au Christianisme, pour autant qu'il le considère comme nuisible à la vie et devant être critiqué du point de vue du principe de la vie (même si cette critique n'est pas appliquée par Evola, contrairement à Nietzsche, à toute ascèse — notamment l'ascèse bouddhique).

Ce qui témoigne de l'éclectisme d'Evola. Eclectisme qui est assez caractéristique, du reste, des doctrines fascistes et nazies.

See also: Julius Evola, 11 juin, 1898, 1921, 1922, 1924, 1927, 1931, 1932