Juifs en Inde

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On distingue trois communautés juives en Inde (6 000 membres en 1997) : la communauté de Cochin, les Bene Israël et la communauté baghdadi, chacune dans une aire géographique très déterminée. La particularité des religions indiennes, non missionnaires et à réalisation personnelle, font que ces communautés ne subirent aucune persécution, aucun antisémitisme, si on excepte la période de la colonisation portugaise où l'inquisition fut transplantée en terre indienne.

Sommaire

La communauté de Cochin

Les relations marchandes entre les mondes méditerranéen et indien sont très anciennes. Ce dernier fournissait depuis l'Antiquité des matières premières dont il avait le monopole - en particulier, les épices, dont le poivre qui ne prospérait que sur la côte de Malabar, au sud de l'Inde, mais aussi le bois de santal ou le teck apprécié pour la construction navale, le diamant et les autres pierres précieuses - ou dont le monde occidental appréciait la qualité - tissu du Goujerat que l'on retrouve utilisé dans l'Égypte ancienne ou l'acier de Damas dont la technique trouve son origine en Inde.

Ce commerce florissant nécessitait un réseau organisé de marchands et c'est peut-être l'une des raisons de la présence d'une communauté juive très ancienne en Inde sur la côte du Kérala. D'après leur tradition, ils seraient présents dans cette région depuis le destruction du second temple de Jérusalem en 79 quand la ville fut conquise par les armées de Titus Vespasien. La communauté se concentrait tout d'abord à Cranganore (Kodungallur), l'endroit où l'apôtre Thomas est censé avoir accosté en Inde pour l'évangéliser, débutant par la communauté juive qui y vivait, mais siège traditionnel de la plus vieille mosquée construite en Inde (contruite par Malik Ibn Dinar durant les années 640 d'après la tradition), ce qui en dit beaucoup sur la tolérance religieuse qu'a connu et que connaît toujours le Kérala.

Cependant, leur présence est attestée de façon certaine depuis le Xe siècle, lorsque qu'un rajâ de la dynastie Chera, qui dominait le Malabar, accorde une charte aux juifs - ainsi d'ailleurs qu'aux chrétiens nestoriens - qui vivent sur son territoire, probablement pour l'aide qu'ils lui apportent dans sa résistance contre le pouvoir grandissant des Chola voisins. Cette charte, gravée sur plaques de cuivre, est toujours conservée dans la synagogue de Cochin (Anquetil-Duperron de passage dans la ville en fera une traduction). Pourtant, la communauté musulmane va gagner en importance, au dépend des autres, notamment par sa maîtrise du commerce maritime, que les hindouistes abandonnent car le franchissement des océans est source d'impureté.

La communauté juive émigre de Cranganore à Cochin de 1341 - une crue du fleuve Periyar rendant le port de la ville impropre au commerce - à 1565, après avoir subi un raid arabe en 1524. Ils s'installent à Mattancheri, sur des terres contiguës au palais, construisent une synagogue et montrent la même loyauté envers le rajâ de Cochin que celle dont ils ont fait preuve à celui de Cranganore, et ce jusqu'à l'indépendance de l'Inde.

Les juifs de Cochin parlaient malayalam et s'habillaient à l'indienne. Leurs habitudes de vie connurent une contamination des pratiques brahmaniques, comme le fait de se déchausser en entrant dans la synagogue, ou une exclusion, plus sévère que celle recommandée par le judaïsme, de la vie sociale des femmes pendant leur menstrues. La communauté était partagée, à l'indienne, en deux castes, les juifs noirs ou malabari (85%) et les juifs blancs ou paradesi (ou pardeshi, étranger), ce qui correspondait à leur couleur de peau. Les malabari, depuis plus longtemps en Inde - depuis peut-être le début de notre ère, et même avant - s'étaient probablement mêlés aux populations dravidiennes, les paradesi arrivés plus récemment, surtout en nombre depuis l'expulsion des juifs de la péninsule ibérique possédaient une carnation plus claire. À l'image du système indien, les paradesi correspondaient à une caste supérieure à celle des noirs, et, par exemple, les mariages exogènes étaient interdits, et ils pratiquaient leur culte dans des synagogues séparées. Cette situation sera maintes fois comdamnée par les autorités religieuses juives. Cependant, aucune ne possédant de rabbin, elles étaient gouvernées par des anciens, à l'image des panchayats indiens et un chef traditionnel, le mudaliar faisait la liaison avec le Rajâ, puis avec les puissances européennes colonisatrices.

[On remarquera que le castéisme indien, tout en respectant la liberté religieuse, a contaminé toutes les communautés religieuses qui se sont installées au Kérala de longue date, les chrétiens de Saint-Thomas et les musulmans vont reproduire, comme les juifs, le système brahmanique avec des chrétiens blancs et noirs et des musulmans aschraf et ajlaf - les premiers subdivisés eux-mêmes en thangals, arabes et malabari- groupes non commensaux et endogames. Aux yeux des indiens, les juifs, chrétiens et musulmans ne formaient que des jati de plus.]

La période portugaise (1502-1663) ne fut pas heureuse pour la communauté de Cochin, seule la protection du rajâ leur permit de ne pas subir les méfaits de l'inquisition. En revanche, la période hollandaise (1663-1795) est considérée comme un deuxième âge d'or, après celui mythique où la communauté possédait une royaume dans la région de Cranganore. De plus, entrant en contact avec la communauté juive d'Amsterdam, elle aussi largement originaire d'Espagne et actionnaire jusqu'à hauteur du quart de la Compagnie hollandaise des Indes orientales, elle put lier d'importants contacts commerciaux et s'approvisionner en textes religieux, les malabari continuant eux à faire venir leur textes du Yémen.

Comptant 2 500 membres en 1945, ils finiront par émigrer en masse en Israël en 1951, seuls resteront sur place des vieilles personnes refusant de changer d'environnement et de mode de vie. Leur nombre ne fera plus que décroître passant de 370 en 1951 à 112 en 1971, puis 50 en 1982 et 20 en 1992. Leur histoire est difficile à reconstituer, la plus grande partie des documents ayant été détruits lors des raids arabes ou portugais.

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Les Bene Israël

Le Bene Israël - les fils d'Israël - sont un groupe de juifs qui, au milieu du XXe siècle, vivaient principalement à Bombay, Kolkata, Delhi et Ahmadabad. Leur langue maternelle était le marathi, alors que les juifs de Cochin parlaient le malayalam.

Les Bene Israël affirment descendre de juifs ayant fui des persécutions en Galilée au IIe siècle. Ils sont semblables aux Marathes non juifs en ce qui concerne l'apparence physique et les coutumes, ce qui indique probablement qu'ils se sont mêlés aux populations indiennes. Les Bene Israël ont cependant conservé des pratiques qui ont permis de les identifier, en particulier le respect des prescriptions religieuses concernant la nourriture, la circoncision et l'observation du shabbat comme jour de repos.

Les Bene Israël pensent aussi que leur ancêtres étaient, en Galilée, des fabricants d'huile et qu'ils sont dans le pays konkan à la suite d'un naufrage. Ils furent découverts et identifiés en tant que juifs au XVIIIe siècle par des marchands venus de Bagdad. À cette époque, ils ne pratiquaient qu'un judaïsme rudimentaire et n'avaient pas de chef religieux pour conduire la communauté. Plus tard, on vint de Bagdad et de Cochin, aux XVIIIe et XIXe siècles pour parfaire leur éducation religieuse.

Des marchands juifs provenant d'Europe voyagèrent jusqu'en Inde au Moyen Âge pour raison de commerce, mais on ne sait pas avec certitude s'ils installèrent des comptoirs permanents en Asie du sud. Au XIIe siècle, la référence à une communauté juive indienne par Abraham ibn Daoud est malheureusement extrêmement vague, puis restera sans écho durant plusieurs siècles.

On estime que les Bene Israël étaient au nombre de 6 000 dans les années 1830, 10 000 au tournant du siècle et en 1948 - lorsque leur communauté était la plus nombreuse en Inde - on comptait 20 000 individus. Depuis, leur population n'a cessé de diminuer, principalement du fait de l'émigration vers Israël et ils seraient moins de 5 000.

En 1964, les Bene Israël ont été reconnus comme pleinement juifs par le premier ministre d'Israël et autorisés ainsi à émigrer dans le pays.

La communauté baghdadi

Les Baghdadi sont des juifs de langue arabe qui ont émigré depuis l'Irak, il y a quelque 250 ans et qui se sont installés dans les villes de Mumbai et de Calcutta. Commerçants avisés, ils sont rapidement devenus une des communautés les plus prospères de la ville et y ont fait œuvre de philanthropes. Le membre le plus connu de cette communauté est Sir David Sassoune, né à Bagdad en 1792 et décédé à Pune en 1864.

La communauté baghdadi comptait à son apogée, dans les années 1940 quelque 7 000 membres, cependant, après une forte émigration en Israël, elle est aujourd'hui en extinction, avec moins de 50 personnes.

Les Baghdadi étaient beaucoup plus stricts concernant la religion que les Bene Israël avec lesquels ils ne se mêlaient pas, introduisant un castéisme inconnu dans le judaïsme, mais faisant penser à celui de Cochin. Les Baghdadi n'autorisaient pas les mariages entre leurs enfants et les enfants de la communauté Bene Israël, ils ne consommaient pas de nourriture préparée par un membre de cette communauté et refusaient de compter un Bene Israël comme élément du minyan, les dix hommes nécessaires pour commencer une prière. Les Bene Israël étaient en fait considérés comme des juifs impurs.

Voir aussi


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See also: Juifs en Inde, 1341, 1502, 1524, 1565