Joute nautique
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Historique
- Les plus anciennes représentations de joutes nautiques parvenues jusqu'a nous se trouvent sur des bas reliefs datant de l'ancien empire égyptien (III à VI dynasties, -2780 à -2380), il semblerait pourtant s'agir d'avantage de rixe plutôt que de loisirs, vu que l'affrontement se déroulait sans aucune protection, avec des gaffes munies de ferrures à deux pointes à leurs extrémités.
- Après le témoignage égyptien, s'ensuivi un premier « trou noir », ne retrouvant plus de traces de joutes nautiques jusqu'à la Grèce antique. Civilisation qui aurai ensuite introduit cette pratique en Sicile ou les latins, grands amateurs de spectacles en tous genres, l'adoptèrent d'emblée. En effet, on retrouve un nombre incalculable de traces de joutes sous l'empire romain, notamment lors des naumachies. Il s'agissait de spectacles nautiques se déroulant dans des arènes conçues pour être mises en eau. Selon toute vraisemblance, les Romains ont diffusé les joutes dans tout leur empire, dont une description de fête à Strasbourg en 303, en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Certains historiens plaident toutefois en faveur d'une introduction des joutes dès la fondation de Massalia...
- L'époque romaine laisse la place a un second « trou noir » de sept siècles, car il faut attendre le XIIe siècle pour réentendre parler de joutes nautiques. Il est possible qu'elle ait survécut durant cette période au sein de communauté proche de l'eau, mais il n'en fut fait mention nulle part. Le plus ancien document de l'époque post-latine fait état d'un tournoi de joute à Lyon le 2 juin 1177, pour la commémoration du millénaire des martyrs chrétiens de Lyon et de Vienne.
- Un document nous rapporte aussi qu'« en 1270 à Aigues-Mortes les croisés, soldats et marins, attendant l'embarquement pour la terre sainte avec le roi Louis IX (Saint Louis), s'affrontaient en combats singuliers montés sur des embarcations légères ».
- Les documents écrits ou illustrés se multiplient à partir du XVe siècle, faisant état de joute en Sologne, à Toulon, et plus généralement sur tout le littoral méditerranéen.
- En ce qui concerne la région Rhône-Alpes, on lit que le 13 avril 1507, « les pêcheurs de St Vincent (Lyon) tirèrent l'oye et joustèrent, sur la Saône a St-Jean pour distraire la reine Anne de Bretagne et ses gens ». En 1536, un spectacle de joute est donné par les mariniers a Saint-Just Saint-Rambert (Loire), en l'honneur de François Ier. On joute aussi sur la Saône en 1548 pour Henri II et Catherine de Médicis.
- Le XIXe siècle est un tournant dans l'histoire des joutes nautiques. Des sociétés se créent. À l'origine, le but des sociétés n'était pas prioritairement la pratique des joutes nautiques. Il s'agissait de mariniers qui se groupait pour porter secours aux riverains lors des fréquentes crues du Rhône. Ils pratiquaient les joutes lors des fêtes locales, perpétuant ainsi les gestes transmis de générations en générations dans cette fière corporation d'hommes du fleuve.
- En 1899, naît l'Union fédérale des Sociétés françaises de natation et de sauvetage, première structure accueillant les sociétés de sauvetage. L'Union organisera en 1901 le premier championnat de France, certes très rudimentaire, sur le lac de la tête d'or a Lyon.
- En 1905, l'Union est remplacée par la Fédération nationale des sociétés de natation et de sauvetage, qui organise elle aussi des championnats de France... régionaux!
- Il faudra attendre 1960 pour que la joute soit officiellement reconnue comme un sport par le gouvernement. La fédération actuelle (Fédération française de Joute et de Sauvetage nautique) naquit en 1971 suite à un profond désaccord avec l'ancienne fédération, qui ne développait pas assez la joute en tant que sport. Cette date marque aussi l'agrément jeunesse et sport, consacrant ainsi véritablement la joute en tant que sport.
Les joutes modernes
Méthode Languedocienne
- Communément appelée « Joutes sétoises », cette forme de joutes est essentiellement pratiquée à Aigues-Mortes, Agde, Frontignan, La Grande-Motte, Mèze, Palavas et Sète, évidemment. L'épreuve reine est les fameuses joutes de la Saint-Louis à Sète le 25 août (depuis 1743), mais un championnat de France (depuis 1941) et une Coupe de France (depuis 1962) existent également dans trois catégories de poids : Lourds, Moyens et Légers. Un quart des licenciés français pratiquent les joutes sétoises. Autres épreuves importantes : le Pavois d'or (depuis 1903), toujours à Sète, et le Trophée du Languedoc (depuis 1920), à Agde le premier dimanche d'août.
- Les barques lourdes propulsées par huit à dix rameurs se croisent à droite. En plus des rameurs, deux musiciens (tambour et hautbois) et le « timonier patron » : le barreur. Les jouteurs sont montés sur une plate-forme se situant à près de trois mètres de l'eau, la tintaine. Sur la partie basse de la tintaine, se tiennent les jouteurs des prochaines joutes.
- Un jouteur en position est en fente-avant, à la manière d'un escrimeur. Pas de position de grand écart en joutes sétoises. C'est une joute en force, d'autant que le jouteur porte une (très) lourd pavois (bouclier) de 70 cm de haut pour 40cm de largeur et une lance de 2m50 l'autre main. Avant 1920, les pavois étaient encore plus grands (20 cm de hauteur en plus) et plus lourds.
- Le vainqueur est celui qui reste en place sur la tintaine après l'assaut. Une tenue intégralement blanche est obligatoire pour tous jouteurs. Le port des chaussettes (blanches) est obligatoire. Tout jouteur mouillé devra se changer avant de jouter à nouveau.
- Parmi les grands jouteurs du passé, il convient de citer Louis Vallié (dix victoires à la Saint-Louis) et Barthélémy-Louis Aubenque, dit « le terrible », qui défia (avec succès)un pont 1749!
- La musique est omniprésente à l'occasion de joutes sétoises. Une pena est toujours chargée de ponctuer les exploits des jouteurs, tandis que les rameurs ont droit à deux musiciens embarqués.
- Contrairement aux autres formes de joutes, pas de classement par équipes en joutes sétoises. Seul le jouteur individuel est couronné. La Ligue du Languedoc est affiliée à la FFSJN depuis 1974. Sète tient une place centrale avec sept sociétés (clubs) pour cette seule ville. Toutes méthodes de joutes confondues, Sète est un cas unique. Mèze et Frontignan comptent deux sociétés chacune et sont les autres seules communes de France comptant plus d'une société de joutes.
Méthode Provençale
- Joute pratiquée de Nice à Arles. Les barques sont motorisées et le pavois plus petit et moins lourd qu'au Languedoc.
Méthode Lyonnaise et Givordine
- Les joutes lyonnaises et givordine se pratiquent surtout dans la vallée du Rhône, plus généralement de Digoin à Avignon, mais aussi en région parisienne et sur les rives du Lot.
- Il existe quatre catégories seniors (léger, moyens, mi-lourd et lourd), puis sont apparues les catégories juniors (moins de vingt ans, séparés ensuite en léger et lourd), et cadets (moins de seize ans, séparé en léger et lourd depuis 1998). 1991 vit l'apparition des critériums des jeunes jouteurs, faisant s'affronter des enfants de onze à treize ans avec du matériel adapté à leur age. Cette catégorie minime est elle aussi séparée en léger et lourd.
- Les lances vont de 14 pieds (4,6 m) à 18 pieds (6 m) pour les seniors mi-lourd et lourd. Le jouteur est campé sur la plate-forme arrière du bateau, nommé tabagnon. Un « bourron » lui servant de cale pour sa main droite lui serre la cuisse droite. Le plastron, sorte de bouclier, est maintenu grâce à une sangle lui enserrant le cou et l'épaule gauche, tandis qu'une autre sangle beaucoup plus courte est passée dans sa main gauche. Il doit tenir sa lance des deux mains, sans la lâcher durant le déroulement de la passe. Il ne doit pas non plus toucher le tabagnon avec une autre partie du corps que ses deux pieds sous peine d'être aussitôt « mouiller » pour avoir « briqué ». Il est en outre obligé de piquer dans le carré central du plastron adverse, appelé « neuf ».
- Il existe deux positions que peut adopter le jouteur. La première, dite jambe « cassée », est la plus ancienne. Le pied droit calé sur le taquet situé à l'arrière du tabagnon, jambe droite tendue et jambe gauche légèrement pliée à l'avant. Cette positions a été la seule durant la première partie de l'histoire des joutes rhodaniennes. Néanmoins, peu à peu les jouteurs se sont étirés de plus en plus, nécessitant une plus grande souplesse (d'où le besoin croissant d'entraînement), et débouchant à terme sur la seconde position. La seconde posture est dite jambe « tendue ». Elle est apparue au début des années soixante-dix avant de se généraliser dans les années quatre-vingt. Le jouteur est pratiquement au grand écart sans pour autant toucher le tabagnon (voir plus haut). Cette position, si elle abaisse énormément le centre de gravité rendant ainsi le jouteur plus dur à battre, nécessite un entraînement soutenu aussi bien en souplesse qu'en musculation. Généralement, les jouteurs débutants adoptent une position jambe pliée avant d'adopter une posture plus basse au bout de quelques années.
- La différence entre la méthode lyonnaise et la givordine tient essentiellement dans le côté de croisement des bateaux. Les lyonnais se croisent à gauche tandis que les givordins croisent à droite. Il va sans dire que cette différence modifie l'équilibre du jouteur sur le tabagnon, compliquant le passage d'une méthode à une autre. Les sociétés, si elles pratiquent souvent les deux joutes, conservent tout de même leur méthode de prédilection.
- Il existe plusieurs compètitions. La plus cotée restant le championnat de France, en individuel, qui se déroule comme une coupe: phases éliminatoires, demi-finale et finale (à quatre). Toujours en individuel, mais seulement en ligue Rhône-Alpes, il y a le classement aux point sur toutes les compètitions régionales de la saison. Il y a enfin la coupe de France par équipes, où chaque clubs engage un jouteur par catégorie.
Méthode Alsacienne
- Joutes alsaciennes aussi appelées « Joutes strasbourgeoises », est pratiquée dans le Nord-Est de la France, mais aussi en Allemagne, Belgique, Suisse et Autriche. Le grand rendez-vous de cette méthode de joutes se déroule chaque année à Munich (Allemagne) où les jouteurs peuvent profiter des installations des Jeux Olympiques d'été de 1972.
- Pas de bouclier ni de protection pour le jouteur, mais la lance est munie d'un tampon de cuir. Le jouteur victorieux doit faire tourner par deux fois sa lance au dessus de sa tête afin de montrer au jury qu'il est physiquement indemne après l'assaut. Les barques de rivières sont propulsées par six rameurs.
- Un championnat de France est mis en place à partir de 1958.
Méthode Parisienne
- Pratiquée sur la Seine et la Loire et leurs affluents. Pas de bouclier ici, juste un plastron rembourré pour les jouteurs. Les barques sont motorisées.
- Longtemps rendu difficile par l'éloignement des différentes sociétés de joutes, un championnat de France est mis en place en 1980. Quatre catégories : Lourds, Mi-lours, Moyens et Légers. Un championnat de France féminin voit le jour en 1981 dans deux catégories : Légères et toutes catégories.
Autres méthodes
- Il existe de nombreuses autres méthodes de joutes nautiques pratiquées en France. Citons ici les joutes Cognaçaises, les joutes d'Accolay, les joutes de Merville et les différentes joutes bretonnes.
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