Jeux (Rome antique)
Les Jeux de la Rome antique, ou Ludi, comprennent les courses de chevaux, les naumachies, les jeux du stade (athlétisme), la boxe et même du théâtre. Citons ici Jean-Paul Thuillier pour saisir l'importance des Jeux à Rome : « D'une certaine façon, Rome est donc la fille des jeux du cirque, de ces courses de chars sans lesquelles elle n'aurait pas pu exister » (J.-P. Thuillier, Le sport dans la Rome antique, Paris, éd. Errance, 1997, p. 7). La gladiature ne fait pas partie des Ludi et bénéficie d'un calendrier propre, les munera. À quelques très rares occasions, les combats de gladiateurs sont admis dans le programme des ludi, sous Caligula surtout.
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Les calendriers archaïques
- Sous la royauté, Rome n'avait pas de Ludi à proprement parler, mais certains jours de célébration remplissaient la même fonction. Citons ici les Consualia (21 août et 15 décembre), les Equirria (27 février et 14 mars) et l'Equus October, fête du cheval du 15 octobre.
- Les courses hippiques étaient les activités les activités les plus prisées de ces jeux, mais dès cette période, les concours d'athlétisme sont attestés.
Les premiers Ludi
- Les premiers Ludi baptisés ainsi sont les Ludi Capitolini qui ne sont pas des jeux civiques (c'est-à-dire concernant toute la cité) à leurs débuts. Il s'agissait d'une fête sportive de quartier. Boxe et course à pied étaient notamment au programme.
- Les Ludi Taurei avaient lieu tous les cinq ans au Circus Flaminius et remontent aux Étrusques. Ces jeux sont uniquement constitués de courses hippiques et le débat d'historiens est vif pour savoir si les chevaux étaient montés, attelés ou si le programme proposait les deux variantes.
- Les Ludi sæculares avaient lieu tous les siècles. Ils remontent à la civilisation étrusque. Ces jeux se déroulaient au Champ de Mars. Seule certitude sur le programme de ces jeux avant le IIIe siècle, les courses de chars en étaient l'élément sportif essentiel.
Les Ludi publics et annuels
- Les Ludi magni ou Romani sont les jeux les plus prestigieux du calendrier sportif romain. Institué par Tarquin l'Ancien, en 500 avant notre ère, les Romains développent ces jeux y introduisant même 16 jours de « jeux scéniques » (théâtre) du 4 au 19 septembre. Courses de chars, boxe, athlétisme, lutte étaient au programme sportif.
- Les Ludi pleibei, pendant des jeux Romains, n'avaient pas lieu au Circus Flaminius comme on l'avait longtemps cru. Ils se tiennent du 4 au 17 novembre.
- La deuxième guerre punique marque un virage pour les Romains qui vont désormais multiplier les Ludi. Les premiers grands jeux nés de cette crise sont les Jeux Apollinaires qui se tiennent pour la première fois en 212 av. J.-C. avant de devenir annuels dès 208 av. J.-C.. Il se tiennent du 6 au 13 juillet.
- Les Ludi megalenses deviennent annuels en 191 av. J.-C.. Ils se déroulent du 4 au 10 avril.
- Les Ludi florales deviennent annuels en 178 av. J.-C.. Ils se tiennent du 28 avril au 3 mai.
- De nouvelles créations de Ludi à Rome coïncident avec l'accroissement de l'importance des généraux ; ce sont les jeux triomphaux. Ils sont liés à un événement précis mais certains sont pérennisés et se tiennent dès lors chaque année. Citons ici les jeux de Sylla en 80 av. J.-C. du 26 octobre au 1er novembre et les jeux de César, du 20 au 30 juillet.
- À la fin de la République Rome compte 76 jours de Ludi à son calendrier annuel, dont 16 dédiés aux courses de chars. Traditionnellement, les jeux s'ouvrent par les scenici, les jeux scéniques (théâtre), quand ces derniers figurent au programme. De même, les jeux s'achèvent par les compétitions à caractère sportif, les circences.
- Le calendrier des jeux romains ne se limitait pas à ce seul calendrier de compétitions annuelles et à l'occasion de victoires militaires par exemple, d'autres jours de jeux complétaient le programme.
- Si les Jeux romains ont tous des origines religieuses, ils se laïcisent nettement par la suite même si on maintient un certain décorum religieux, par tradition.
- Les Romains étaient très pointilleux sur les questions d'équité sportive. On n'hésitait pas à faire recourir une course, notamment à l'hippodrome, quitte à rajouter des jours supplémentaires de compétition à la fin du programme des Ludi si le besoin s'en faisait sentir. Les cas de ce type sont assez nombreux.
Les Ludi sous l'Empire
- La multiplication du nombre de jours de Ludi est la première notion à retenir de l'histoire des Jeux sous l'Empire. On passe en effet de 76 jours de jeux annuels à la fin de la République à 175 au milieu du IVe siècle. 64 jours étaient consacrés au courses de chars avec 24 courses par jour. On maintient les jeux de la période républicaine même si on réduit leur durée et on ajoute de nouveaux rendez-vous au calendrier. De fait, le Romain peut désormais « du matin au soir », pour citer ici Suétone, suivre des compétitions sportives de tous genres.
- Parmi tous ces jeux romains créés par l'Empire citons les Ludi pro valetudine Caesaris créés par le Sénat en l'an 30.
- L'évergétisme est à la base du financement de ces jeux.
- Les chrétiens protestent très tôt (début du IIe siècle) contre la tenue des Ludi et des Munera. Ces protestations n'empêchent pas la multiplication des Ludi. Ils n'obtiennent ni la fin de la gladiature ni les fin des jeux avant l'effondrement romain et le transfert de la capitale à Constantinople. « La nouvelle Rome » perpétue jusqu'à la fin du XIIe siècle (et la IVe croisade, c'est-à-dire la prise de Constantinople par les les Croisés) la tradition des courses de chars en particulier avec une passion intacte par rapport au modèle
Les Jeux face à l'Histoire
- Juvénal, intellectuel romain hostile au mouvement sportif, forge une expression qui devient un des clichés de la civilisation romaine : Panem et circenses, le pain et le cirque. Nous sommes au début du IIe siècle après J.-C. et les chrétiens reprennent à leur compte cette expression afin de pointer du doigt la « passion » sportive, incompatible à leurs yeux avec la chrétienté. Une copieuse littérature existe sur ce thème. On retrouve cette philosophie jusque dans les écrits de l'historien français Carcopino qui traite globalement les Romains de fainéants assistés...
- L'historien français Paul Veyne publie en 1976 son fameux « La Pain et le cirque, sociologie historique d'un . Hélas, beaucoup font encore référence à ce livre, sans l'avoir lu, pour appuyer les thèses de Juvénal !
- La brêche créée par Veyne permet toutefois l'émergence d'une école d'historiens dégagés des clichés romains d'avant la Seconde Guerre mondiale. Les « jeux » sont désormais étudiés sous l'angle sportif, sans négliger toutefois l'approche sociologique, car le sport constitue clairement l'un des piliers de la romanité.
Articles liés
Bibliographie
- Humphrey J.H., Roman Circuses. Arenas for chariots-racing, Berkeley, 1986. (en anglais)
- Thuillier Jean-Paul, Le sport dans le Rome Antique, Paris, Errance, 1997.
- Thuillier Jean-Paul, Les jeux athlétiques dans la civilisation étrusque, Rome, 1985.
- Veyne Paul, Le pain et le cirque. Sociologie historique d'un pluralisme politique, Paris, 1976.
