Jean 't Serclaes, comte de Tilly
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Tilly, portrait par Van Dyck
Issu d'une famille noble du Brabant, il a été élevé dans la foi catholique et formé par les Jésuites qui lui inculquèrent la passion de la défense de la Contre-Réforme. Il embrassa la carrière militaire dans ce but, et apprit le métier des armes auprès des plus fameux capitaines de l'armée espagnole : le duc d'Albe (Don Juan d'Autriche) et Alexandre Farnèse. Il fut au service du duc de Lorraine, puis de l'Empire, grimpant lentement les échelons de la hiérarchie. Il se fit remarquer en Hongrie, ou il fut en garnison de 1602 à 1606, dans le combat contre des insurgés et particulièrement par son courage contre les Turcs.
En 1608, il participa à la reprise en mains de Donauwörth ou s'étaient confrontés catholiques et protestants. Ce fut le véritable début de sa carrière car le duc Maximilien Ier de Bavière lui confia en 1609 la mise sur pied et l'organisation des forces armées de la Ligue Catholique formée alors pour contrer l'Union Évangélique des États protestants d'Allemagne. À la tête de l'armée bavaroise, il se rendit en 1620 Haute-Autriche pour mettre au pas la noblesse insurgée contre Maximilien.
À cette même époque, la Bohême était en soulèvement contre l'empereur Ferdinand II : les armées de celui-ci avait subi une défaite, et les Bohémiens avaient menacé Vienne. Sur ordre de Maximilien, Tilly se joignit le reste de cette armée, et se dirigea vers Prague. Dans des conditions tactiques difficiles, il mit en complète déroute les troupes du roi de Bohème Frédéric à la fameuse bataille de la Montagne Blanche (8 novembre 1620), un des moments forts de la guerre de Trente Ans qui commençait. L'intervention de Tilly permit à l'empereur de reprendre la main en Bohême, et mit en fuite Frédéric.
Cette victoire catholique amena plusieurs princes protestants à lever leurs armées, et Tilly se rendit en 1621 vers la vallée du Rhin pour les y combattre, notamment le plus dangereux d'entre eux, Ernst von Mansfeld. Pendant les quartiers d'hiver, le Palatinat fut ravagé par les soldats cantonnés dans un pays hostile. Le 27 avril 1622 les deux armées s'affrontèrent et Tilly subit une des rares défaites de sa carrière à Wiesloch près de Mingolsheim. Il fut alors rejoint par une armée espagnole et battit une autre armée, celle du margrave de Baden-Durlach à Wimpfen et à Höchst ; il ne put empêcher la jonction des armées de Mansfeld et de Christian de Brunswick qu'il parvint à éloigner momentanément. Il prit Heidelberg puis Mannheim. Une partie des manuscrits de la bibliothèque d'Heidelberg fut envoyée à Rome pour y être intégrée à la Bibliothèque Vaticane contre des subsides du pape.
Le 6 août 1623, Tilly remporta sur Christian de Brunswick la grande bataille de Stadtlohn et continua de pourchasser Ernst von Mansfeld dans le nord de l'Allemagne. Il regagna au catholicisme les évêchés de Halberstadt, Hildesheim, Minden et Osnabrück. À cette époque, le Danemark entra dans le conflit. Les années 1624 à 1626 et suivantes furent terribles aussi bien pour les armées en campagne que pour les contrées parcourues par la soldatesque, ravagées par la peste, la famine, et toutes les exactions des temps de guerre. Engagé par l'empereur pour diriger une armée impériale, Albert de Wallenstein fit aussi peu qu'il put pour aider Tilly alors que ses troupes bénéficiaient de conditions matérielles bien meilleures. Mais Tilly travaillait pour ce qu'il considérait son devoir, et Wallenstein pour son propre compte.
Wallenstein avait écrasé les troupes de Mansfeld le 25 avril 1626 au pont de Dessau. Le 27 août, Tilly remporta contre Christian IV de Danemark la bataille décisive de Lutter. Sa victoire amena la retraite de l'armée danoise vers le Jutland, poursuivie par les troupes de Tilly et de Wallenstein. Le roi du Danemark fut contraint de signer la paix de Lübeck le 12 mai 1629. Après le renvoi de Wallenstein par l'empereur en août 1630, Tilly assuma également le commandement des armées impériales.
Mais la Suède venait d'entrer dans le conflit, sous la conduite de son roi Gustave II Adolphe. Celui-ci évita, dans un premier temps le combat. Pour le forcer à intervenir, et pour s'assurer le contrôle d'une place stratégique de première importance, Tilly mit le siège devant Magdebourg ou stationnait une garnison suédoise. Il prit la ville, qui pendant le sac qui s'ensuivit, fut presque entièrement détruite par un gigantesque incendie. On ne sait pas qui l'alluma, des troupes catholiques, de la garnison suédoise ou des habitants contraints à se cacher ou à fuir. Cependant le désastre de Magdebourg fut pendant des siècles compté à charge de Tilly qui pourtant, s'efforça toujours de contenir ses troupes.
La ville ne pouvant plus offrir d'abri ni de vivres, Tilly et son armée se dirigèrent vers la Thuringe. Ils y furent rejoints par les suédois qui leur infligèrent une sanglante défaite à Breitenfeld (au nord de Leipzig) le 17 septembre 1631. Puis les suédois se dirigèrent vers le sud de l'Allemagne ou il allaient porter le combat dans la vallée du Rhin et en Bavière.
Tilly avait reçu des renforts à Halberstadt et les avait à nouveau poursuivis. Lorsque les suédois se dirigèrent vers Munich, il tenta de s'opposer à eux à Rain am Lech. Il y fut mortellement blessé le 5 avril 1632 et mourut quelques jours après (à 73 ans), non sans avoir organisé la défense d'Ingolstadt et de Ratisbonne malgré de grandes souffrances. Il fut enterré à Altötting. Napoléon Bonaparte eut pour lui beaucoup d'admiration et rendit visite à son tombeau, qu'il fit ouvrir.
Tilly fut un des plus grands stratèges de son temps, mû par un idéal et non, comme beaucoup d'autres contemporains par l'appât du gain. C'était un homme austère, extrêmement pieux et désintéressé, très respecté de ses hommes et qui, dans les conditions difficiles de son commandement, s'efforçait personnellement de limiter les méfaits de la guerre pour les populations. Il eut pendant une bonne partie de sa carrière, une renommée d'invincibilité qui ne lui fit défaut que quand il fut dans l'impossibilité d'assurer un ravitaillement correct de ses troupes : il passa en effet de nombreuses années en pays ennemi et peu enclin à coopérer.
Voir aussi
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