Jean Monnet
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Jean Omer Marie Gabriel Monnet (1888-1979) est un homme d'État français, artisan de la victoire des alliés durant la Seconde Guerre mondiale, père de la planification à la française et un des pères fondateurs de l'Union européenne.
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Biographie
Jean Monnet est né à Cognac le 9 novembre 1888 et mort le 16 mars 1979, il est issu d'une famille de négociants en cognac et a débuté sa carrière dans l'entreprise familiale.
Devenu haut-fonctionnaire inter-allié en 1916, au cours de la Première Guerre mondiale, il propose au président du Conseil la coordination des ressources alliées. En 1919, il travaille à la création de la Société des Nations, et effectue des missions en Silésie, en Autriche, en Pologne et en Roumanie. En 1920, il est appelé au poste de secrétaire général adjoint de la nouvelle organisation internationale.
Démissionnaire en 1922, pour rejoindre quelque temps l'entreprise de son père, Jean Monnet s'engage dans une carrière d'homme d'affaires et de financier international et travaille en France, aux États-Unis, où il dirigea une grande banque américaine à San Francisco, puis en Chine, comme conseiller de Tchang Kaï-chek qui voulait faire entrer son pays dans le XXe siècle. En 1929, il rencontre sa future épouse Silvia de Bondini.
La seconde Guerre mondiale
Rentré en France, en 1938, il préside, dès décembre 1939, au début de la Seconde Guerre mondiale, l'organisation visant à mettre en commun les capacités de production de la France et du Royaume-Uni en vue de préparer et de coordonner l'effort d'armement. Il est à Londres, lorsque le général de Gaulle sous-secrétaire d'État à la Guerre y arrive, et collabore momentanément avec lui pour tenter de maintenir le gouvernement de la France aux côtés des Alliés. Néanmoins il refuse de s'associer à lui pour le lancement de la France libre.
En août 1940, Jean Monnet est envoyé aux États-Unis par le gouvernement anglais, pour négocier l’achat de fournitures de guerre. Les États-Unis étaient isolationnistes, mais il réussit à persuader le président Roosevelt de relancer l'industrie de guerre américaine, afin de pouvoir contre-attaquer très vite et très fort le moment venu. C’est la mise en place du « Victory program ». Jusqu’en 1945, il s’emploiera à coordonner l’effort de guerre entre la Grande-Bretagne et les États-Unis. Dès 1942, il était prévu de construire 60 000 avions, 45 000 chars d’assaut et huit millions de tonnes de navires de guerre. John Keynes a dit de lui qu’il avait abrégé la guerre d’un an.
En 1943 à Alger, il devient successivement membre du Commandement civil et militaire de Giraud, qu’il exhorte à abandonner la législation de Vichy (voir Régime de Vichy en Afrique libérée (1942-43), puis membre du Comité français de la Libération nationale institué pour unifier l’effort de guerre des autorités françaises de Londres et d’Alger. En 1944, il est chargé d’évaluer les besoins qu’aura la France après la libération, et négocie auprès du gouvernement américain, les premiers prêts et les premiers accords de crédit. Mais cependant il n’a aucune responsabilité dans le lancement du Plan Marshall.
| Image manquante Jean_Monnet_5_-_Commission_européenne.jpg Jean Monnet devant le Plan de modernisation et d’équipement. - © Commission européenne |
| Image manquante Jean_Monnet_02_-_Premier_jour_15_mars_1980.JPG Carte premier jour pour le timbre « Jean Monnet, père de l’Europe » |
| Image manquante Traité_CECA_-_archivesMonnet4.jpg Traité instituant la CECA - © Archives Jean Monnet |
Le plan de reconstruction
Pour lui, l'économie de guerre était planifiée, et il est naturel que l'économie de la reconstruction le soit aussi, mais son but n'est pas d'adopter la philosophie de la planification à la soviétique et surtout de transposer en France leurs méthodes autoritaires. Son but est d'insuffler du dynamisme, pas d'imposer des objectifs. À la libération, il est chargé du plan pour relancer l'économie, en tant que Commissaire au Plan, de décembre 1945 à 1952. Il est le père de la planification à la française. Le travail de ses services consiste à étudier la situation, à mettre en évidence les priorités, à évaluer les volumes de production souhaitables, à lancer les discussions sur les moyens de les mettre en œuvre, et surtout à lancer la reconstruction et la modernisation de l'appareil de production.
En janvier 1947, après de longs entretiens avec près d'un millier de personnes (patrons, syndicaliste et fonctionnaires), secrets et en tête à tête, pour éviter le formalisme et le lobbyisme, un plan est présenté au gouvernement de Léon Blum. Ce plan est l'affaire de tous et est soutenu par tous les syndicats ouvriers (CGT, CFTC), les syndicats agricoles et le CNPF.
L’Union européenne
Dès 1950, des rapports signalaient que l’Allemagne se relève beaucoup plus vite que la France, certains craignent que les vaincus soient à nouveau tentés par une revanche. De plus il faut définitivement intégrer l’Allemagne dans le camp occidental alors que la guerre froide débute et que le centre de l'Europe risque de devenir un espace d'instabilité et de guerre Est-Ouest. La France se doit de prendre l’initiative, de tendre la main à l’ennemi d'hier et de proposer de lier les destins des deux principaux pays de l’Europe continentale.
Jean Monnet, travaille en secret à un projet de mise en commun du charbon et de l’acier, principales sources d'une possible industrie de guerre. Au printemps 1950, il propose son projet à Robert Schuman, celui-ci après s’être assuré de l’accord du chancelier Konrad Adenauer, fait le 9 mai 1950, une déclaration solennelle pour inviter tous les pays intéressés à poser « les premières bases concrètes d’une fédération européenne ». Dans un discours de 1950, il dit :
« La prospérité de notre communauté européenne est indissolublement liée au développement des échanges internationaux. Notre Communauté contribuera à régler les problèmes d’échange qui se posent dans le monde. Nous sommes déterminés à rechercher sans délais dans des conversations directes, les moyens de mettre en œuvre l’intention déclarée du gouvernement britannique d’établir l’association la plus étroite avec la Communauté. Nous sommes convaincus que nous pouvons envisager une collaboration étroite et fructueuse avec les États-Unis, qui depuis la proposition faite par Monsieur Schuman le 9 mai 1950, nous ont donné des preuves répétées de leur sympathie active. Nous assurerons toute liaison utile avec les Nations Unies et l’Organisation Européenne de Coopération Économique. Nous développerons avec le conseil de l'Europe toutes les formes de collaboration et d'assistance mutuelle prévues par le traité. Mais, nous ne sommes qu'au début de l'effort que l'Europe doit accomplir pour connaître enfin l’unité, la prospérité et la paix. »
Le traité de Paris de 1951, entérine la création de la Haute Autorité, l’Assemblée des Six, une Cour de Justice qui veille au respect du Traité, et un Conseil de Ministres qui assure l'harmonisation des politiques des États membres. C’est la préfiguration d'une Fédération européenne. La CECA est créée et Jean Monnet devient, de 1952 à 1955, le premier président de cette Haute Autorité de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA), installée à Luxembourg, le 10 août 1952. Dès 1953, le charbon et l'acier circulent librement en Europe pour le plus grand avantage des consommateurs aussi bien que des producteurs.
Pour lui, cette Europe des six en devenir, est le moyen de lier l’Allemagne et la France et de désamorcer la renaissance d'une rivalité séculaire, en plaçant les productions de l'acier et du charbon, dans le cadre d'une délégation de souveraineté. Mais il veut aller plus loin, car dès cette époque il est envisagé une armée nationale allemande, ce qui semble être un dangereux retour en arrière. Il propose donc la création d'une armée européenne, présentée par René Pleven dans le cadre d'un Plan de Communauté européenne de défense (CED). Un premier traité sera signé mais sous le gouvernement Mendès France, le Parlement français le rejette en 1954.
Suite à cette première grave crise européenne, Jean Monnet démissionne de la Haute Autorité et fonde le Comité d'action pour les États-Unis d'Europe, afin de poursuivre son activité en faveur de l’unité européenne à travers lui. Ce comité regroupe les forces syndicales et politiques des six pays et représente plus de dix millions de personnes. Il prône une fédération européenne et propose de placer le siège des institutions communautaires dans un « district fédéral » échappant aux souverainetés nationales. Jean Monnet l’anime jusqu'à sa mort en 1979, et travaille sur les projets de traité pour le Marché Commun et d’Euratom, qui aboutissent au traité de Rome, le 25 mars 1957, et sur le projet d’élargissement de la Communauté à la Grande-Bretagne.
En 1963, il crée à Lausanne l’Institut de recherches historiques européennes dans le but de rassembler des archives significatives et de leur consacrer des recherches. Il assurera la présidence de cet institut jusqu’en 1965.
En 1975, à l’âge de 87 ans, il prend sa retraite définitive dans sa maison d’Houjarray pour écrire ses Mémoires. Il décéde le 16 mars 1979, à l’âge de 91 ans. Ses obsèques ont lieu le 20 mars 1979 à Montfort-l'Amaury.
| Image manquante Jean_Monnet_-_Premier_jour_15_mars_1980.JPG Carte premier jour pour le timbre « Jean Monnet, père de l’Europe » |
| Image manquante Journée_nationale_du_timbre_7_octobre_1978.JPG Journée nationale du Timbre - Jean Monnet |
Récompenses
Il fut intronisé Docteur Honoris Causa par de nombreuses universités : Université de Cambridge (8 juin 1961), Dartmouth (11 juin 1961), Yale (12 juin 1961), Université d'Oxford (26 juin 1963). Au total, une trentaine de prix et distinctions lui furent attribués.
Le 2 avril 1976, le Conseil européen de Luxembourg décerne à Jean Monnet le titre de «Citoyen d'honneur de l'Europe» ; il est considéré comme un des pères de l'Union européenne. En 1988, le président français François Mitterrand fait transférer ses cendres au Panthéon.
Citations
- « Nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes. »
- « La modernisation n'est pas un état de choses, mais un état d'esprit. »
- « Nous n’avons que le choix entre les changements dans lesquels nous serons entraînés et ceux que nous aurons su vouloir et accomplir. »
- « Si je suis convaincu, alors je fais de mon mieux pour convaincre les autres, mais pas à la légère. Je me concentre, et je pense que si je n’étais pas moi-même convaincu, je n’agirais pas. »
- « La grande révolution européenne de notre époque, la révolution qui vise à remplacer les rivalités nationales par une union de peuples dans la liberté et la diversité, la révolution qui veut permettre un nouvel épanouissement de notre civilisation, et une nouvelle renaissance, cette révolution a commencé avec la Communauté européenne du charbon et de l’acier. »
- « Lorsqu’une idée correspond à la nécessité de l’époque, elle cesse d’appartenir aux hommes qui l’ont inventée et elle est plus forte que ceux qui en ont la charge. »
Livres
- Mémoires de Jean Monnet - éd. Fayard 1976 - 642 pages
- La construction de l'Europe de Pierre Gerbet - Imprimerie nationale - 498 pages - ce livre reporte dans tous ses détails les débuts de l'aventure de la CECA et de la CEE.
Liens externes
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