Jean-Jacques Servan-Schreiber
Jean-Jacques Servan-Schreiber, également appelé par ses initiales JJSS, né Jean-Jacques Schreiber le 13 février 1924 à Paris.
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Naissance d'un surdoué
Issue d'une prestigieuse et influente famille, Jean-Jacques Servan-Schreiber naît en 1924. Il est le fils aîné d'Émile Servan-Schreiber, co-directeur du journal Les Echos, et de Denise Brésard.
Jouissant de toute l'attention de sa mère, JJSS est un enfant doué et travailleur. Dès l'adolescence, son père l'entraîne avec lui dans les réunions de son cercle où se rencontrent des personnalités comme le ministre Raoul Dautry. Reçu à l'École polytechnique en 1943, il rejoint de Gaulle avec son père et choisit la filière américaine en étant formé comme pilote de chasse dans l'Alabama. Il ne participera cependant à aucune bataille.
Finissant Polytechnique à la libération, il n'exercera jamais de métier d'ingénieur. Passionné par les sciences et la politique, Jean-Jacques Servan-Schreiber se découvre un goût pour l'écriture et le journalisme. Visiblement très brillant, il est engagé au Monde par Hubert Beuve-Méry en personne et devient à 25 ans éditorialiste en politique étrangère. Sa bonne connaissance des États-Unis lui permet de se spécialiser sur la guerre froide.
Fondateur de L'Express à 29 ans
Ayant compris bien avant l'establishement français que la décolonisation était inéluctable et nécessaire, il signe une série d'articles sur le conflit indochinois. Cela lui permet une rencontre qui changera le cours de sa vie avec Pierre Mendès France, député de l'Eure et farouchement opposé à la poursuite de l'effort militaire français en Indochine.
Considérant Mendès France comme le seul homme capable de sortir la France de l'enlisement et de la médiocrité du personnel politique de la IVe République, JJSS crée en 1953 le journal L'Express avec la journaliste Françoise Giroud. Leur but est de faire un journal généraliste affichant pourtant clairement son but d'amener Mendès France au pouvoir. Malgré des débuts difficiles, L'Express sera rapidement le journal de toutes les innovations, séduisant la jeunesses et même les intellectuels les plus en vue des années 50 et 60.
À seulement 30 ans, Jean-Jacques Servan-Schreiber est le directeur de son propre journal, où écriront Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Malraux et François Mauriac. Entre saisies et censures, le succès de L'Express est grandissant. Durant le gouvernement de Mendès France, JJSS devient même le conseiller de l'ombre du président du Conseil.
Proche de François Mitterrand comme de Valéry Giscard d'Estaing, qu'il a connu à Polytechnique, JJSS est alors un éditorialiste virulent et influent. Son réseau comprend également des hommes tels que Simon Nora et Jacques Duhamel.
Lors de sa mobilisation en Algérie en 1957, il sera mis sous les ordres du Général Jacques Pâris de Bollardière, seul général français ayant refusé la torture en quittant son poste de commandement. De son expérience algérienne, JJSS tirera son premier ouvrage « Lieutenant en Algérie » pour lequel il sera accusé un moment d'atteinte au moral de l'armée.
Opposé au retour du Général de Gaulle en 1958, JJSS voit son journal perdre de son audience au début des années 60. C'est une période de gros bouleversement personnels pour le fondateur de L'Express. Suite à une dispute familiale, les Servan-Schreiber perdent le contrôle des Échos et JJSS se fâche avec son mentor Mendès France. Il divorce de sa première épouse Madeleine Chapsal et se sépare de sa maîtresse Françoise Giroud pour épouser Sabine de Fouquières avec qui il aura quatre fils : David, Émile, Franklin et Edouard.
En 1964, JJSS décide, suite à une étude qu'il a commandée à son frère Jean-Louis Servan-Schreiber, de transformer son journal en un news magazine sur le modèle de Time Magazine et de Der Spiegel. C'est un nouveau coup de génie ! L'Express décolle de nouveau et se généralise de plus en plus : nouvelles technologies, libération de la femme... L'Express devient le reflet des changements de la société française.
Le déclic du Défi américain
Jean-Jacques Servan-Schreiber est alors un riche patron de presse et un éditorialiste politique toujours à l'affût des nouvelles idées. Par ses brillantes analyses et synthèses, il attire à lui les cerveaux de sa génération. L'Express est le principal journal d'opposition au Général de Gaulle et compte dans ses rangs quelques barons de la presse d'aujourd'hui : Claude Imbert, Jean-François Kahn, Catherine Nay, Michèle Cotta ou encore Ivan Levaï.
De plus en plus anti-gaulliste et persuadé que le vieux Général n'est plus l'homme d'une France moderne, JJSS ne veut plus se contenter de son rôle d'observateur politique. Il est pourtant influent dans les milieux de gauche, de part ses amitiés avec Gaston Defferre et François Mitterrand.
Il fait alors la rencontre de Michel Albert, érudit travaillant à Bruxelles pour le marché commun. Celui-ci lui fournit énormément de documentation et de rapports économiques que JJSS utilise de plus en plus dans ses éditoriaux. L'un d'eux bouleverse JJSS : les États-Unis et l'Europe se mèneraient une guerre économique silencieuse où l'Europe semble totalement dépassée, tant au niveau des méthodes modernes du management que de l'équipement technologique et la capacité de recherche. Servan-Schreiber trouve là une trame de fond qu'il veut développer dans un livre choc. Mais il veut aussi apporter des clés de lecture et des propositions concrètes pour une contre-offensive. Son livre « Le Défi américain », paru en 1967, reste aujourd'hui le plus gros succès de librairie pour un essai politique. Le livre est traduit en 15 langues, se vend à des millions d'exemplaires partout dans le monde et est unanimement reconnu comme très brillant.
Il est alors invité aux quatre coins de la France et de l'Europe. Il remplit les salles et commence à prôner une Europe fédérale ayant une monnaie commune et une France décentralisée. La démission du Général de Gaulle en 1969 le persuade qu'il a sa place dans la nécessaire renouvellement du personnel politique. C'est ainsi qu'il devient secrétaire général du Parti radical en octobre 1969 et entre de plein pied dans l'arene politique.
Une carrière politique contrastée
Auteur du Manifeste radical en 1970, Jean-Jacques Servan-Schreiber est un homme politique atypique. Sa carrière est faite de grands combats avant-gardistes dans une France sociologiquement conservatrice. Il lutte prioritairement pour la décentralisation par la régionalisation, pour l'arrêt du programme Concorde afin de concentrer nos efforts sur l'Airbus, plus rentable économiquement, pour l'arrêt des essais nucléaires, pour une réforme des grandes écoles et des concours, pour l'informatisation. Ses positions sont très proches des sociaux-démocrates suédois. Mais JJSS refuse tout accord avec le Parti communiste de Georges Marchais et ne veut donc pas faire alliance avec François Mitterrand. Sa stratégie centriste ne fonctionnera jamais et brisera peu à peu le Parti radical dont il est devenu Président en 1971.
JJSS est un orateur brillant ayant une vraie capacité à convaincre. Il essaie d'amener dans le débat public des thèmes novateurs contre ce qu'il appelle « l'Etat-UDR », c'est à dire la main mise des gaullistes sur tout l'appareil politique français. Mauvais négociateur, il n'arrivera jamais à entrer dans les jeux du pouvoir pour y avoir un rôle. Il sera brièvement ministre des Réformes en 1974 mais sera écarté par Jacques Chirac pour son opposition à la reprise des essais nucléaires. Il est président du conseil régional de Lorraine de 1976 à 1978.
Ne voulant plus diriger au quotidien son journal L'Express, qu'il a beaucoup utilisé pour financer son action politique et pour diffuser ses idées, il décide de le vendre en 1977. Sans cet appui précieux, sa carrière politique sombre rapidement. Il est pourtant le père fondateur de l'UDF pour aider le président Giscard d'Estaing à contrer la montée en puissance de Jacques Chirac aux élections législatives de 1978. Mais il perd son mandat de député de Nancy, acquis en juin 1970. Il quitte alors le Parti radical en 1979, au moment des élections européennes, pour présenter, avec Françoise Giroud, la liste « Emploi, Égalité, Europe ». N'obtenant que 1.84 % des voix, JJSS met un terme à sa carrière politique.
L'éveilleur de l'ombre
JJSS écrira en 1980 un second livre à succès, Le Défi mondial, consacré au décollage technologique du Japon par l'informatisation. Il joue alors de son influence auprès de Gaston Defferre afin de convaincre Mitterrand de créer un Centre pour l'informatisation de la France. JJSS est, comme il l'était avec Mendès France et Giscard d'Estaing, un conseiller de l'ombre du président, un éveilleur et même dit-on un « visiteur du soir ». Malgré la venue à Paris de plusieurs grands chercheurs en informatique et quelques succès à l'Éducation nationale et dans l'agriculture, le Centre informatique est un gouffre financier qui sera fermé en 1984. JJSS s'envole alors pour les États-Unis avec ses quatre fils pour qu'ils soient formés à l'université de Carnegie Mellon à Pittsburg, haut lieu de la recherche informatique et cybernétique. Il dirige les relations internationales de l'université pendant un temps avant de revenir en France où il rédigera ses mémoires parues en 1991 et 1993.
Atteint d'une dégénérescence neurologique proche de la maladie d'Alzheimer, JJSS écrit son dernier article en 1996 avant de se murer dans le silence. Il vit aujourd'hui près de Paris entouré de ses deux épouses, Madeleine Chapsal et Sabine de Fouquière.
Comme il le souhaitait, ses fils ont pris la relève. David, son fils aîné, est depuis peu reconnu pour ses brillants travaux en neuro-psychologie. Il est l'auteur d'un livre qui a fait sensation « Guérir le stress et la dépression, sans médicaments ni psychanalyse ».
Famille
- Fils d'Émile Servan-Schreiber, journaliste, et de Denise Brésard.
- Frère de :
- Père de David Servan-Schreiber, médecin
Bibliographie
- Jean Bothorel, Celui qui voulait tout changer, Les années JJSS, Paris, Robert Laffont, 2005.
- Madeleine Chapsal, L'homme de ma vie, Paris, Fayard, 2004
- Jean-Jacques Servan-Schreiber, Passions, Paris, Fixot, 1991
- Jean-Jacques Servan-Schreiber, Les fossoyeurs, Paris, Fixot, 1993
- Alain Rustenholz et Sandrine Treiner, La Saga Servan-Schreiber, Paris, Seuil, 1993
- Serge Siritsky et Françoise Roth, Le roman de L'Express, Paris, Julian, 1979
