Jean-François Paul de Gondi, cardinal de Retz
Jean-François Paul de Gondi, plus connu sous le nom du cardinal de Retz (Montmirail, 1613–Paris, 24 août 1679), homme d'État et mémorialiste français.
Neveu de Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, il naquit dans une famille de petite noblesse florentine, qui avait suivi Marie de Médicis lors de sa venue en France. Il eut comme précepteur Vincent de Paul. Très jeune, il fut destiné à l'état ecclésiastique, bien qu'il n'en eût ni le goût, ni les dispositions. D'un esprit curieux, il fit de solides études, lisant en particulier Salluste et Plutarque. Son inclination pour les conspirations le poussa à écrire, à l'âge de 18 ans, une monographie intitulée La Conjuration du comte de Fiesque (1639). En 1644, Louis XIII le nomma coadjuteur de son oncle. Il fut consacré le 31 janvier 1644 et reçu l'évêché in partibus de Corinthe. Très vite, il se rendit populaire par l'éloquence de ses sermons, sa générosité en matière d'aumônes, ses amitiés avec les Grands, comme les Rohan et ses acquointances avec le parti dévot.
Ambitieux — il convoitait le gouvernement de Paris, détenu par le duc de Montbazon —, désireux d'obtenir le chapeau de cardinal, et par goût naturel pour l'intrigue, il se lança dans la Fronde dès le début. Il tenta au départ de s'imposer comme médiateur entre la reine et les parlementaires rassemblés en Chambre Saint-Louis. Anne d'Autriche le congédia sans ménagements, et jeta ainsi le coadjuteur dans le camp des Frondeurs. Après l'échec de la paix de Saint-Germain, il tenta d'organiser la révolte en lui donnant un chef. Le Grand Condé refusa. Gondi dut se rabattre sur son frère cadet, le prince de Conti, qu'il jugeait pourtant « un zéro qui ne multipliait que parce qu'il était prince du sang. » Quand les régiments de l'armée d'Allemagne désertèrent Turenne, qui avait choisi la Fronde, en mars 1649, Gondi sentit le vent tourner. Il négocia en hâte avec la reine un codicille, réservant honneurs et places à lui-même et à ses amis. Malheureusement, Mathieu Molé, président du Parlement de Paris, divulgua le contenu du codicille, faisant ainsi brusquement chuter la popularité du coadjuteur.
Quand, après la Fronde parlementaire, Condé fut trouvé trop puissant, la régente ne put que se tourner vers Gondi et sa puissante coterie. Grâce à sa maîtresse, Charlotte de Lorraine-Chevreuse, le coadjuteur s'était retrouvé conseiller intime de Monsieur, oncle du roi. La reine le rencontra au cloître Sant-Honoré. Gondi accepta de faire défection, en échange du chapeau tant convoité. Les princes furent arrêtés le 18 janvier 1650.
Le 25 novembre, néanmoins, après avoir transféré les princes au Havre, hors de portée de Gondi, Mazarin lui refusa la barrette. De nouveau, Gondi se retourna, entraînant Monsieur avec lui. Après avoir réclamé le renvoi de Mazarin, il fut informé que la reine allait emmener le roi à Saint-Germain, où avait fui le cardinal. Il ameuta la foule, qui alla au Palais-Royal vérifier que le roi était bien dans son lit. Deux meneurs surveillèrent le sommeil royal. Louis XIV ne pardonna jamais cette humiliation au coadjuteur. Le 21 septembre 1651, Gondi obtint enfin le chapeau des mains d'Innocent X, grand adversaire de Mazarin. Quand il rentra à Paris octobre 1652, l'un de ses premiers gestes fut de faire jeter en prison le tout nouveau cardinal de Retz (16 décembre). Celui-ci fut mené à Vincennes.
Le 21 mars 1654, son oncle, l'archevêque de Paris, mourut. Retz était toujours en prison, malgré l'intercession de ses amis et même du pape. Retz signa une renonciation suffisamment vague pour être dénoncée aussitôt après. Placé en résidence surveillée au château de Nantes, il s'en échappa grâce à une corde dissimulée sous sa simarre. Furieux, Mazarin déclara vacant l'archevêché et Retz gagna l'Espagne, puis Rome. Il nomma des vicaires qui parvinrent à administrer le diocèse pour lui. En 1655, Alexandre VII succéda à Innocent X. Mazarin, qui venait de faire approuver la bulle Unigenitus, le dépeignit au pape comme un janséniste endurci. Alexandre VII, élu en partie grâce à l'appui de Retz, nia le tout vivement.
Pendant ses années d'exil, Retz voyagea en Europe, s'intéressant à la politique locale. Il prit ainsi parti en faveur des Stuarts. Quand Mazarin mourut en 1661, Retz espéra rentrer en grâce. Il avait sous-estimé la rancune de Louis XIV. En 1662, Retz se résigna à renoncer à son siège. En échange, il obtint l'abbaye de Saint-Denis, un bénéfice considérable. Il put regagner Paris en 1668. Il continua à se mêler de politique, mais uniquement celle entre Paris et Rome. Il empêcha Alexandre VII d'excommunier le Parlement de Paris, qui avait rejoint la Sorbonne dans son combat contre l'infaillibilité pontificale. Il prit part aux conclaves de Clément IX et Clément X, et attira quelques suffrages sur sa tête en 1676.
Il mourut en 1679, après s'être retiré dans son abbaye de Saint-Denis. Il y fut inhumé, mais Louis XIV interdit qu'on y dressât un monument.
Il reste connu pour ses Mémoires, rédigés à partir de 1671 et publiés en 1717. Retz y raconte, d'une plume spirituelle et sous forme romancée, son implication dans la Fronde.
