Syndicat jaune
Le « syndicalisme jaune » est un syndicalisme qui refuse certains modes d'action comme la grève et l'affrontement avec le patronat. Ce terme, aujourd'hui péjoratif, vient du mouvement créé par Biétry le 1er avril 1902, la « Fédération Nationale des Jaunes de France ».
Histoire
Le premier syndicat jaune est fondé en novembre 1899 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) par un petit groupe de mineurs qui refusent de participer aux mouvements de grève. Son audience s'étend à partir de 1901 avec la création de l' « Union fédérative des syndicats et groupements ouvriers professionnels de France et des colonies » qui se veut l'organisation nationale des jaunes. Elle est dirigée par Paul Lanoir.
Selon Biétry lui-même, dans son ouvrage Le socialisme et les jaunes, son but est de « réaliser la renaissance nationale en créant la réconciliation des classes sur un programme de justice sociale ».
Dans les faits, ce mouvement s'oppose vigoureusement au mouvement socialiste et il cessera d'y faire référence en 1904. Ce mouvement est alors soutenu par l'extrême droite nationaliste et antisémite jusqu'à certains organes radicaux qui pensent tenir là une force nouvelle capable de faire face à la gauche marxiste. Il est soutenu financièrement par de grands industriels, le Duc D'Orléans ou la duchesse d'Uzès. Présent vers dans l'Est, le Nord de la France ou à Paris, on estime que le mouvement a atteint les 100 000 adhérents.
En mai 1908, Biétry scinde son mouvement en un parti politique, le Parti propriétiste et un syndicat la Fédération syndicaliste des Jaunes de France. Aux socialistes, Biétry oppose la participation des ouvriers à la propriété des moyens de production (le « propriétisme »). À la lutte des classes, les jaunes opposent collaboration des classes au sein de « la grande famille du travail », unie dans une « inséparable communauté d'intérêts ». (Paul Lanoir, Discours au premier banquet des Jaunes, L'Union ouvrière, 1902).
Les jaunes après 1945
Le syndicats catégorisés comme « jaunes » sont dispersés et changent souvent de nom : Condédération Générale des Syndicats Indépendants, Confédération Française du Travail, Confédération des Syndicats Libres, Confédération Autonome du Travail, Union Française du Travail, etc.
Au nom de la productivité, la CGSI s'oppose aux nationalisations. Cette logique l'a poussé jusqu'à dénoncer les fonctionnaires assimilés parfois à « une bureaucratie fainéante et gaspilleuse » (Travail et liberté, 29 octobre 1949) et à proclamer la nécessité de l'économie de marché et du libéralisme. En décembre 1974, la CFT préconise « la concertation permanente à tous les niveaux en instituant une décentralisation et une large délégation des pouvoirs ».
D'une manière générale, les « jaunes » ont rejeté toute référence au fascisme, mais continuent à montrer une opposition frontale à la gauche et à la CGT. Cependant, dans sa pratique de cogestion, il lui arrive de cogérer des comités d'entreprise avec la CFTC, la CFE - CGC, la CFDT. Aux élections prud'homales l'audience des « jaunes » a été circonscrite à environ 5% des voix.
Aujourd'hui
L'expression « syndicat jaune » est le nom donné par des syndicats à un autre, accusé d'être peu revendicatif et de céder facilement au patronat.
Ces accusations sont formulées par exemple lors d'un appel à ne pas faire grève lorsque la plupart des autres syndicats y appellent ou lors de la signature d'accords de branche auquel la plupart des syndicats y sont opposés.
