Jacques Ferron
Jacques Ferron (20 janvier 1921, Louiseville, Québec - 22 avril 1985, Longueuil) était un écrivain, un dramaturge, un médecin, un journaliste et un homme politique québécois. Au Québec, il est surtout connu pour son œuvre écrite, qui mêle politique, médecine et humour.
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Biographie
Il est né dans le comté de Maskinongé qui deviendra un des hauts lieux de sa géographie intime et littéraire. Après la mort de sa mère, il vit surtout en compagnie des femmes, auprès des Filles de Jésus du Jardin de l'Enfance de Trois-Rivières. Il fait son cours classique au Collège Brébeuf où il apprécie l'enseignement du père Robert Bernier. Il se lie à Pierre Baillargeon, rencontre Pierre Laporte et Pierre Elliott Trudeau. «Moraliste précoce et précieux, timide, grand seigneur, aisément narquois», Ferron écrit déjà «admirablement bien», se rappelle Pierre Vadeboncoeur (Dix lettres de Jacques Ferron dans Études littéraires, p. 105).
À l'Université Laval, il prête le serment d'Hippocrate et devient médecin en 1945 : «Ce sera le médecin qui entretiendra l'écrivain. Je serai mon propre mécène» (Gaspé-Mattempa, p. 43). Enrôlé dans les Forces armées canadiennes, il visite le Canada et se retrouve au camp de Grande-Ligne, «partagé entre les prisonniers allemands et les bons Olds Vets qui les gardaient, neutre comme un bon Québécois» (ibid., p. 10).
Délaissant une carrière aisée à la ville, il s'installe pour deux ans à Petite-Madeleine en Gaspésie. En 1949, il s'établit près de Montréal, à Ville Jacques-Cartier, où il est consterné par la situation linguistique et par la détérioration du français qui se décompose au contact de l'anglais.
Dans les années qui suivent, le militant pacifiste sympathise avec les idées socialistes, rencontre les opposants au régime duplessiste et les futures têtes d'affiche du mouvement indépendantiste. Par l'intermédiaire de sa sœur Marcelle Ferron, il connaîtra aussi le groupe des Automatistes de Paul-Émile Borduas.
Ses historiettes et ses lettres aux journaux se multiplient, mêlant politique, histoire et littérature. Entre les petites gens qui visitent le médecin et la vie publique de l'écrivain militant, une œuvre prend forme lentement.
Les contes qui ont fait sa réputation sont écrits durant cette période de réveil, de transition, et montrent bien que Ferron fut «le dernier d'une tradition orale, et le premier de la transcription écrite.» (le Mythe d'Antée dans Escarmouches, vol. 2, p. 34.)
Écriture prolifique, grandes oeuvres, genres multiples, critiques favorables, prix littéraires, la décennie soixante reconnaît et consacre l'écrivain. Mais entre l'auteur du Ciel de Québec et le futur négociateur et démystificateur de la crise d'octobre québécoise, entre l'écrivain et l'homme public, fondateur et chef du Parti Rhinocéros, il y a une sorte de malentendu: «"Ah! vous nous faites rire"», fait-il dire à ses lecteurs, et «parce qu'ils riaient, j'ai eu droit à un laissez-passer d'humoriste. Je m'en suis beaucoup servi pour aller à ma guise.» (Faiseur de contes, ibid., p. 29)
Risque et ambiguïté de l'engagement, bien sûr, mais aussi de l'ironie ferronienne avec laquelle il imagina son «pays incertain». Paradoxe d'autant plus significatif que cette reconnaissance quasi unanime survient au moment où, après deux contrats professionnnels dans des hôpitaux psychiatriques et une crise personnelle assez grave, il comprit «que la politique était secondaire et que primait le rapport du moi et des autres.» (ibid.)
À partir de 1973, Ferron se consacre à un grand livre sur la folie, le Pas de Gamelin jamais complété d'où sortiront ses derniers livres et des «contes d'adieu». On y retrouve la maîtrise du faiseur de contes et l'incertitude emblématique du mécréant: «Aurais-je vécu dans l'obsession d'un pays perdu? Alors, Seigneur, je te le dis: que le Diable m'emporte.» (les Deux Lys dans Conférence inachevée, p. 222)
En 1964, pour Contes anglais et autres, il reçoit le prix littéraire du Gouverneur général. Il reçoit en 1972 le prix Victor-Morin, suivi en 1973 du prix France-Amérique et du prix Duvernay. Quatre ans plus tard, il est répiendaire du prix Athanase-David.
Bibliographie
Romans, liste sommaire
- Contes anglais et autres
- Conférence inachevée
- Escarmouches
- Pas de Gamelin
Pièces de théâtre, liste sommaire
- les Rats (1947)
- la Mort de monsieur Borduas (1949)
- le Dodu (1950)
- Tante Élise ou le prix de l'amour (1955)
- le Cheval de Don Juan (1957)
- les Grands Soleils (1958)
- la Tête du roi (1963)
- l'Impromptu des deux chiens
