Ivan Lendl
Tchécoslovaque / Américain (après 1992)
Carrière 1978-1994
Né en mars 1960, Ivan Lendl est probablement l'un des joueurs qui auront le plus marqué l'histoire du tennis. Non par son jeu de fond de court, au demeurant assez classique et relativement peu inspiré, mais par son professionnalisme à toute épreuve. À la folie dure d'un McEnroe, à la furie d'un Jimmy Connors, au calme lymphatique des suédois Edberg et Wilander, à la fougue du jeune Becker, Ivan Lendl avait sa réponse : une préparation physique admirablement bien conçue, une approche intelligente de la compétition, un coach fin stratège (l'australien Tony Roche, ancien vainqueur de Roland-Garros), et une détermination sans faille.
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La révolution Lendl dans le tennis pro
Oh, Ivan Lendl n'était pas charismatique, le public, notamment français, goûtait assez peu ce personnage aux dehors antipathiques. Il est d'ailleurs notable qu'ici on se souvient de lui principalement pour sa défaite face à Michael Chang à Roland-Garros 1989. Et pourtant, l'ex-Tchécoslovaque possède un des plus beaux palmarès de l'histoire du tennis moderne : 270 semaines numéro un mondial, 8 tournois du grand chelem, 94 titres, 1 coupe Davis.
Et pourtant, il n'est que peu resté dans les esprits de ceux qui aiment le tennis. On se souvient de l'époque « bénie » des Vilas et Borg, moins de celle d'Ivan Lendl, qui dura pourtant aussi longtemps. John McEnroe, son vieil ennemi, le reconnaît lui-même dans sa biographie, Lendl était un adversaire redoutable qui transforma plus le tennis qu'aucun de ses contemporains immédiats.
L'approche extrêmement posée qu'adoptent certains pros d'aujourd'hui (Andre Agassi ou Justine Hénin-Hardenne par exemple) se situe dans la droite lignée de ce qui a fait d'Ivan Lendl un des plus grands champions du XXe siècle. Le talent pur manquant, il combla ce déficit par un travail de tous les instants et une approche méthodique parfaitement adaptée aux exigences du sport moderne.
Si elle peut paraître classique, la préparation Lendl (que subit le jeune Sampras à l'hiver 89-90, peu avant son premier triomphe à l'US Open) détonnait dans les années 80. Les joueurs de l'époque ne se refusaient ni sorties, ni boissons. Loin de moi l'idée d'affirmer qu'ils étaient tous d'affreux pochards, mais les standards minimaux de diététique étaient à l'époque très bas.
Avec Ivan, tout a changé, et le tennis est entré dans l'ère du professionnalisme. À jamais !
Des débuts difficiles : la « poule mouillée »
Au point de vue de la carrière, Ivan Lendl fut le premier champion du monde juniors de l'histoire en 1978. Rapidement, il s'imposa sur le grand circuit où régnaient encore les 4 as de l'époque, Bjorn Borg, Jimmy Connors, John McEnroe et Guillermo Vilas. Vainqueur de 7 tournois en 1980, il atteignit sa première finale de grand chelem à Roland-Garros 1981, où il prit deux sets à l'invincible Borg. Jusqu'en 1984, Ivan Lendl traîna la réputation d'être ce que Connors appelait une « poule mouillée ». En effet, il parvenait à s'imposer très souvent sur le circuit : 10 titres en 1981, 15 en 1982, 7 en 1983, mais échouait sans cesse en finale de Grand Chelem.
A l'US Open 1982 (Connors), 1983 (re-Connors), en Australie la même année (Wilander), ainsi qu'aux Masters 1980 et 1983, Lendl avait échoué. Comme grands titres, à la veille de la saison 1984, il ne comptait que deux Masters (1981, 1982) et une Coupe Davis (1980).
Le duel avec McEnroe
Mais il était dit que sa persévérance finirait par l'emporter de la furia McEnroe : A Roland-Garros 1984, dans une finale dramatique, il remonta de deux sets à 0, break dans la 3e manche pour finalement s'imposer contre un Américain effondré.
À 24 ans, beaucoup plus tardivement que les autres grands, Lendl entrait dans l'histoire. S'il laissa la suite de la saison 84 à McEnroe (qui le battit à l'US Open), ce fut pour mieux enterrer définitivement l'Américain en 1985, chez lui, lors de l'US Open.
Alors qu'il avait perdu face à Wilander le tournoi de Roland-Garros 1985, et que McEnroe avait été surpris en 1/4 de Wimbledon par le sud-africain Curren, les deux joueurs se retrouvèrent à jouer la première place mondiale, le quitte ou double lors d'une finale américaine qui sentait le souffre. En fait de match, on assista au cavalier seul du tchécoslovaque qui prenait la première place mondiale pour les 3 années qui suivirent. John McEnroe ne regagnerait plus de grand chelem... Lendl enchaîna par une victoire au Masters 85.
Les duels Lendl-McEnroe avaient ceci de particulier qu'ils constituaient une opposition totale : le côté pince sans rire, froid, méthodique d'un joueur de fond de court travailleur contre l'approche inspirée d'un génie du jeu d'attaque, souvent incontrôlable. Cette opposition, qui connut une apogée dramatique à Roland-Garros 1984, s'éteignit malheureusement avec la crise de confiance que connut l'Américain à la fin 1985. Resteraient les souvenirs et pour l'Américain, les regrets de ne pas avoir gagné cette finale qui lui tendait les bras.
Le règne du Tyran 1985-1990
En 1986, il écrasa sa concurrence à Paris et à New York mais échoua en finale de Wimbledon face au jeune Allemand de l'ouest Boris Becker. Pour Lendl, le tournoi londonien allait devenir son chemin de croix. Une 4e victoire au Masters ne corrigeait pas ce sentiment. En 1987, Lendl continua sur sa lancée, tenant ses titres parisien (Roland-Garros) et new-yorkais (US Open + Masters). Mais encore une fois il échoua à Wimbledon, cette fois face à l'Australien Pat Cash, joueur fragile et fantasque qui se trouvait cette année-là en état de grâce !
1988, année Wilander, vit Lendl échouer partout : en Australie, autre tournoi qui se refusait à lui, en France, à Londres et à l'US Open. Même le Masters ne lui sourit pas. Beaucoup pensaient alors qu'entre le Suédois de 23 ans et le Tchécoslovaque de 28 ans le flambeau venait de passer. Et pourtant Wilander, à la fin de son petit chelem, a eu beau prendre la première place de Lendl, il ne s'y maintint que 20 semaines avant de sombrer définitivement.
Et Lendl de reprendre et garder sa première place jusqu'à l'été 1990. Il parviendra à s'imposer en Australie à 2 reprises (face à Mecir et Edberg) mais échouera à Roland-Garros 89 dans un match resté dans les mémoires face au jeune Américain Chang. En 5 sets, cet adolescent de 17 ans, perclu de crampes allait renverser la domination de Lendl sur Roland-Garros. Usant de tous les stratagèmes possibles, n'hésitant pas à servir à la cuiller ou à se placer à proximité de la ligne de carré de service pour retourner, Chang provoqua la fureur du Tchécoslovaque qui quitta Roland-Garros et n'y revint qu'en 1992 : il voulait se consacrer à Wimbledon, son tournoi maudit.
Le lent déclin du grand Ivan
Cela ne lui fut d'aucune utilité : il ne gagna jamais à Londres. Pour un joueur de fond de court comme lui, il aurait fallu arriver dans une période moins féconde en excellents joueurs de gazon (entre McEnroe, Edberg et Becker, quelle place lui restait-il ?). Il perdit également la finale de l'US Open 89, sa 8e consécutive à New York (record absolu).
Les dernières années ne sont qu'un lent recul : dernière finale en grand chelem face à Becker à l'Australian 91, dernière demie à l'US Open de la même année face à Edberg, il quitte les 10 meilleurs à la fin 92 (alors qu'il vient de prendre la nationalité américaine), puis, rattrapé par des problèmes de dos, abandonne le tennis pro à l'automne 94. Il se reconvertit alors dans le golf où il continue, aujourd'hui encore de prendre beaucoup de plaisir.
Bilan :
94 titres emportés dont
2 Australians 1989, 1990 (2 finales perdues en 1983 et 1991)
3 Roland-Garros 1984, 1986, 1987 (2 finales perdues en 1981 et 1985)
2 défaites en finale de Wimbledon (1986, 1987, 5 défaites en demi-finales en 1983, 1984, 1988, 1989, 1990)
3 US Open 1985, 1986, 1987 (5 finales perdues en 1982, 1983, 1984, 1988 et 1989)
5 Masters 1981, 1982, 1985, 1986, 1987 (4 finales perdues 1980, 1983, 1984, 1988 : record de 9 finales consécutives !)
1 Coupe Davis 1980 (seule victoire de la Tchécoslovaquie)
Il est le joueur qui a disputé le plus de finales de grand chelem dans l'histoire, celui qui a le plus gagné de matches au Masters, le 2e plus long règne de l'histoire à la première place mondiale (derrière Sampras)
En outre il a gagné Monte-Carlo 1985, Key Biscayne et Rome 1986, Hambourg et le Canada 1987, Monte-Carlo, Rome et le Canada en 1988, Key Biscayne, Hambourg et le Canada en 1989.
