Inquisition
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L'Inquisition était une juridiction spéciale de l'Église catholique romaine chargée de lutter contre l'hérésie. Elle fut fondée en 1231 par Grégoire IX.
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Périodes
Il convient de distinguer trois différentes Inquisitions :
- l'Inquisition médiévale
- l'Inquisition espagnole, inféodée à la couronne d'Espagne, fondée en 1478
- l'Inquisition romaine (Congrégation de l'Inquisition romaine et universelle), fondée en 1542, rebaptisée Sacrée Congrégation du Saint-Office en 1909, puis Congrégation pour la doctrine de la foi en 1967
La lutte contre les hérésies, avant l'institution de l'Inquisition, était confiée aux évêques pour la recherche et au juge séculier pour la punition. Les décrets du concile du Latran III (1139) constituaient les premiers éléments de législation pontificale. Ils furent appliqués lors de la croisade contre les Albigeois. C'est l'Empereur qui choisit en 1224 d'appliquer la peine du feu, décision reprise par Grégoire IX en 1231. Ces dispositions bientôt ne suffirent plus : le pouvoir des évêques restait limité à leur diocèse.
L'Inquisition médiévale
L'Inquisition eut pour but de pallier les déficiences des tribunaux épiscopaux. C'était une juridiction spéciale et permanente. Elle était affranchie de l'autorité des évêques. Son seul but était la défense de la foi catholique. Créée pour lutter contre les Vaudois et les Cathares, elle s'étendit ensuite aux autres hérésies, puis à la sorcellerie en tant que survivance du paganisme et au blasphème.
Pour parvenir à ses fins, elle disposait de la procédure inquisitoire. Celle-ci, définie par la décrétale Licet Heli (1213), permettait de poursuivre une personne sur simple soupçon, sans dénonciation ou accusation publique préalable. Ces dispositions furent confirmées par Latran IV (1215) et approuvées par les autorités civiles des différents pays concernés : Frédéric II, Louis VIII, Blanche de Castille ou encore le comte de Toulouse. L'Inquisition se déploya dès les années 1230. En 1231, Conrad de Marbourg fut désigné pour l'Empire, mais ses excès ruinèrent le crédit de la nouvelle institution. En 1232, elle s'étendit en Aragon puis en 1233 en France et à partir de 1235, en Italie.
Fonctionnement
Le tribunal inquisitoire possédait le plus souvent un siège fixe. Les inquisiteurs travaillent par deux. Leur compétence était égale. Ils étaient choisis généralement parmi les franciscains ou les dominicains. Ils étaient assistés d'un personnel nombreux : clercs, tels les notaires, et greffiers, geôliers, etc. Les inquisiteurs réguliers vivaient en marge de la vie conventuelle, ce qui occasionna souvent des tensions entre eux et leur ordre d'origine.
Les deux procédures les plus courantes étaient la citation individuelle et l'enquête générale. La citation individuelle se faisait par le biais du curé. L'enquête générale était proclamée dans une région entière. Dans les deux cas, ceux qui refusaient de comparaître se trouvaient excommuniés. En compensation, ceux qui se présentaient en temps et en heure étaient censés n'encourir que des peines légères (voir ci-dessous). Un suspect devait jurer de révéler tout ce qu'il savait sur l'hérésie. Un notaire transcrivait tous les débats. Pour obtenir des informations, les juges pouvaient avoir recours à des délateurs, à de faux témoins, à l'incarcération ou encore, à partir de 1252 (bulle Ad extirpendam), à la torture — sous réserve que soit évitée la mutilation définitive des membres, afin de préserver le corps appelé à ressusciter.
Les protections accordées aux accusés étaient quasiment inexistantes. Par exemple, ils n'étaient pas informés de l'identité des témoins à charge, dont la parole pouvait être suffisante faute d'aveux, ni même parfois des chefs d'accusation. Le tribunal acceptait des témoignages qui auraient été rejetés dans d'autres circonstances : voleurs, prostituées, personnes de mauvaise vie. La présence d'un conseil pouvait être refusée. Même les papes, Clément V par exemple, finirent par s'en émouvoir, en vain. En 1297, Philippe le Bel, lui-même se plaignit de la violence des tortures infligées, ce qui ne l'empêcha pas ensuite de faire torturer les Templiers. Un suspect innocenté un temps pouvait de nouveau être appelé à comparaître plus tard. L'Inquisition jugeait même des cadavres, qui étaient déterrés et brûlés si le mort était reconnu coupable.
Le tribunal inquisitoire n'infligeait pas de peines à proprement parler, mais des « pénitences ». Les moins graves étaient appelées « pénitence arbitraire ». C'étaient la fustigation publique au cours de la messe, les visites aux églises, les pèlerinages, l'entretien d'un pauvre, le port de la croix sur les vêtements, etc. En revanche, les autres encouraient la prison à vie, bien que la peine fût souvent réduite par la suite. La prison connaissait deux modes possibles : le « mur étroit » (réclusion solitaire) et le « mur large », moins sévère. Le relaps ou l'obstiné, qui refusait d'avouer son crime, était abandonné à l'autorité séculière, qui le condamnait au bûcher. La peine était relativement rare. L'inquisiteur Bernard Gui en prononça que 40 dans sa longue carrière. La peine du feu permettait de ne pas laisser de relique aux partisans du condamné.
Grandeur et décadence de l'Inquisition
Le XIIIe siècle vit l'apogée de l'Inquisition. En France, elle mit fin à l'hérésie cathare, malgré beaucoup de difficultés comme le massacre d'Avignonnet où Guillaume Arnaud, Étienne de Narbonne et leurs compagnons furent assassinés. En 1244, la chute de Montségur sonna le glas du catharisme. Entre 1250 et 1257, l'Inquisition menée par Robert le Bougre ratissa les campagnes, brûlant 21 personnes et en condamnant 239 au mur étroit. En 1273, la cité-État de Sermione fut accusée de cacher un évêque cathare. Deux cent de ses habitants furent envoyés au bûcher.Toutefois, le dernier cas de catharisme enregistré fut le cas de Pierre Autier, brûlé en 1310. En Italie, l'Inquisition revint plutôt aux franciscains. Là encore, les juges rencontrèrent des difficultés : l'un d'entre eux fut assassiné. C'était Pierre de Vérone, surnommé « saint Pierre Martyr », l'une des canonisations les plus rapides de tous les temps (un an).
Les succès de l'Inquisition en vinrent à gêner les autorités, civiles comme ecclésiastiques : la machine s'emballait, les inquisiteurs étaient de moins en moins contrôlables. Innocent IV par exemple tenta de rétablir sa tutelle sur eux, plaçant ceux de la région d'Agen sous le contrôle de l'évêque du diocèse, en 1248. Outrés, les juges dominicains se démirent. Il y eut aussi des rivalités entre les deux ordres mendiants, à un point tel qu'en 1266 le pape dut intervenir. Malgré tout, l'Inquisition sortit victorieuse de son bras de fer avec la papauté : les juges obtinrent le droit de se relever mutuellement de l'excommunication, et de ne plus être contrôlables par les légats pontificaux. Sous Urbain II, l'Inquisition atteignit son pinacle : elle avait des antennes partout et était libre de ses mouvements.
L'Inquisition espagnole
Lors de la réunification totale de l’Espagne, à la fin du XVe siècle, aboutissement de la Reconquista qui avait débuté au lendemain de l’invasion musulmane, les Rois catholiques voulurent asseoir leur double monarchie (Castille et Aragon) sur l'unité et la pureté de foi. L'Inquisition espagnole – royale et non plus pontificale – en fut tout ensemble la conséquence et l'instrument. Cette instrumentalisation se fit à travers une institution, dite la Suprême, constituée en Conseil royal, sans que l'Inquisition cessât d'être pour autant une instance ecclésiastique : le Conseil était d'État mais l'Inquisiteur général était d'Église, choisi par le roi, confirmé et nommé par le pape.
En 1492, année où le dernier bastion maure tomba (le Royaume de Grenade), un édit fut promulgué, exigeant que les juifs se convertissent au Catholicisme ou quittent le pays; une règle similaire concernant les Maures fut ensuite établie. Beaucoup quittèrent l'Espagne au risque de perdre leurs biens, d'autres préférèrent rester et se faire baptiser, pour la forme. On s'en rendit bientôt compte, d'où l'institution de cette nouvelle forme de l'inquisition, itinérante.
L'Inquisiteur le plus célèbre de l'Histoire est sans doute Tomás de Torquemada, grand Inquisiteur de Tolède de 1481 à 1498. Il débuta sa carrière comme confesseur d'Isabelle la Catholique, et obtint de la jeune reine la promesse de faire tout ce qui lui serait possible pour bannir les Juifs d'Espagne. Intransigeant et zélé, Torquemada chercha tout au long de sa carrière à cherrcher à convertir les juifs et les musulmans ou à les faire expulser si, convertis au christianisme (conversos ou marranes) ceux-ci continuaient à pratiquer leur religion en secret, donc à corrompre la religion catholique.
Le coût élevé de l'entretien des hérétiques emprisonnés à vie poussa Torquemada a créer de grands centres pénitenciers. Ceux-ci avaient pour vocation de redonner une activité aux prisonniers en lien avec leur ancienne profession. Le produit servait ensuite à l'Église ou était revendu. Ces prisonniers a perpétuité enduraient en fait la peine du strictus murus, ou « mur étroit » et ne devaient en théorie jamais sortir du cachot (cf. ci-dessus).
En dix-sept ans d'activité, le nombre de condamnations prononcées par le tribunal inquisitorial de Tolède sous la tutelle de Torquemada se révéla important : 10 220 brûlés vifs, 6 840 égorgés et brûlés, 65 271 suppliciés et morts au cachot, 12 340 pendus, 19 760 condamnés aux galères à perpétuité, soit un total de 114 431 condamnations à des peines lourdes.
Toutefois, même si la saisie systématique des biens des condamnés produisit un montant faramineux, Torquemada ne céda pas personnellement à la tentation de la richesse ou du luxe, et resta toute sa vie en accord avec la rigueur monacale de son ordre. Mais il utilisa les dépouilles de ses victimes pour enrichir l'Eglise et étendre son emprise, par la fondation ou la rénovation d'édifices religieux, ou encore par des donations aux œuvres de charité gérées par celle-ci. Son entêtement et son fanatisme le conduisirent à refuser de se démettre, en dépit de son grand âge.
Les successeurs de Torquemada
Les successeurs de Torquemada mirent sur pied, en Espagne puis au Portugal, une structure de surveillance systématique et de délation généralisée, non seulement à l'encontre des convertis, mais aussi de leurs descendants, et de tous les chrétiens d'ascendance même très partiellement juive, baptisés "Nouveaux chrétiens". Certes, à la suite de leurs conversions, ceux-ci, qui avaient antérieurement tous été alphabétisés dès l'enfance pour obtenir leur "Bar Mitzva" (=communion) virent s'effacer les interdits frappant les juifs, dans ce pays peuplé en grande majorité d'illettrés. Beaucoup accédèrent alors à des postes très importants, ainsi que leurs enfants, dont beaucoup, élevés dans la religion catholique, adhéraient sincèrement à leur nouvelle foi, au point même que plusieurs d'entre eux s'engagèrent dans les ordres religieux et y accédèrent à de hautes fonctions. Ces succès suscitèrent la jalousie des "vieux chrétiens". De véritables pogroms de "nouveaux chrétiens" eurent alors lieu, encouragés par les Franciscains.
De nouvelles interdictions furent alors instituées contre les descendants de juifs et de musulmans, et allaient durer 400 ans. Pour appliquer ces interdictions, l'inquisition délivra des "certificats de limpidité de sang", qui furent non seulement exigées pour accéder aux emplois interdits, mais aussi demandées par les familles à la veille des mariages. De ce fait les chrétiens, si pratiquants soient-ils affligés d'un ancêtre juif ou maure furent condamnés à se marier entre eux, et de ce fait à conserver le souvenir de leur origine. Les humiliations et persécutions incessantes menées contre eux par les inquisiteurs étaient loin d'être toujours désintéressées. En effet lors des confiscations de biens, qui frappaient non seulement les "coupables", mais aussi toute leur famille, le Saint-Office perçut une part de plus en plus élevée, pouvant atteindre 80% du produit des biens saisis, si bien que les accusés "nouveaux chrétiens" qui avaient le malheur d'être riches étaient exposés aux plus terribles condamnations.
L'inquisition devint si puissante et brava parfois si impunément le bras séculier, qu'elle s'attira l'aide de tous ceux qui la craignaient. C'est ainsi qu'elle développa autour d'elle l'institution des "Amis de l'Inquisition". Ceux-ci loin de se cacher, se flattaient avec arrogance de cette appartenance et défilaient annuellement à des parades, notamment à l'occasion des autodafés.
Plusieurs de ces "nouveaux chrétiens" qualifiés de Marranes essayèrent de fuir aux Amériques ou à l'étranger. Mais l'Inquisition avait le bras long, s'étant également implantée aux Amériques, et les y pourchassa ainsi qu'en Europe. Pourtant certains marranes portugais réfugiés dans la région de Bordeaux finirent par obtenir des souverains français le droit d'y demeurer et finirent par y revenir à la religion de leurs ancêtres. Les lieux de refuge les plus sûrs furent les pays protestants. Dans les premiers, les nouveaux chrétiens, redevenus juifs ou non, furent laissés en paix, dans la limite de certains interdits, tandis qu'en pays musulmans, ils purent s'installer, mais en étant frappés du statut dégradant de Dhimmis. Mais du moins lorsqu'ils adoptaient l'Islam, obtinrent-ils, ainsi que leurs descendants, le même statut que les autres musulmans.
L'Inquisition portugaise
L'inquisition au Portugal est souvent présentée comme plus débonnaire que celle d'Espagne, ce qui est totalement inexact. L'inquisition commença plus tard au Portugal, lorsque son souverain épousa une infante d'Espagne. Mais elle fût plus terrible car la conversion y fût imposée à tous les juifs et non assortie, comme en Espagne, de la possibilité d'émigrer. Par conséquent tous les "nouveaux chrétiens" y furent les descendants d'une conversion forcée, et les tentatives de fuites de Marranes vers l'extérieur,y furent proportionnellement plus importantes qu'en Espagne. L'inquisition fût si dure au Portugal, qu'un certain nombre de "nouveaux chrétiens" portugais allèrent même jusqu'à tenter de se réfugier ... en Espagne.
L'Inquisition romaine
Le pouvoir de l'Inquisition devint par trop dangereux : le 22 janvier 1588, Sixte V la réforma en réorganisant la curie. Saint Pie X la réforme à son tour le 29 juin 1908 et lui donne le nom de « Sacrée congrégation du Saint-Office ». Enfin, la réforme du 7 décembre 1967, Paul VI lui donne son nom actuel de « Sacrée congrégation pour la Doctrine de la foi ».
Voir aussi
Articles connexes
- dilemme de l'Inquisition : le mécanisme systémique de mise en place, puis d'auto-conservation, de l'Inquisition est étudié dans cet article.
- manuel de l'inquisiteur : concerne la soumission à la Question.
Bibliographie
- Bartolomé Bennassar, L'Inquisition espagnole, XVe-XIXe siècle, Hachette, 1979 ;
- Francisco Bethencourt, L'Inquisition à l'époque moderne (Espagne, Portugal, Italie : XVe-XIXe siècle), Paris, Fayard, 1995 ;
- Yves Dossat, article « Inquisition », Miroir du Moyen Âge. Institutions, figures, savoirs, Encylopædia Universalis, 1999 ;
- Henri Maisonneuve, L'Inquisition, Desclée-Novalis, 1989 ;
- Cecil Roth, Histoire des Marranes, Liana Levi piccolo, Paris 2002 ;
- E. William Monter, Frontiers of Heresy: The Spanish Inquisition from the Basque Lands to Sicily, Cambridge University Press, 2003.
